PREMIÈRE
PARTIE
LES
PRINCIPES
|
Chapitre
1
Toujours
penser à Dieu est impossible
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| 1-Raisons
de cette impossibilité
|
| Une
distinction d’où jaillira une grande lumière
s’impose dès le début. Il faut se garder de
confondre les ACTES de prière et l’état de
prière.
Nous
préciserons plus loin en quoi consiste l’état
de prière. Quant aux actes de prière, personne ne
se méprend. Suivant que notre oraison sera vocale ou mentale,
nos actes de prière seront ou des paroles précitées
de boucher, ou des cris intimes, formulés ou informulés,
partant du cœur, des élans, des silences unissants.
Dans les deux cas, notre pensée est occupée ou cherche
à s’occuper de Dieu.
Nos
actes de prière sot des moments d’union cordiale
de notre souvenir avec Dieu.
Le
problème est celui-ci. Ces moments d’union cordiale
de notre souvenir avec Dieu peuvent-ils être à ce
point rapprochés qu’ils constituent une trame à
peu près continue ? Plus brièvement : Ma pensée
peut-elle être sans cesse occupée de Dieu ? Puis-je
ne songer qu’à Dieu ?
Non,
il y a à cela une double impossibilité. Impossibilité
pratique d’abord. Notre devoir d’état nous
enjoint une foule d’actes autres que des actes formels de
prière ? Ce sera une classe à préparer ou
à faire, un travail d’intérieur ou de charité
à assurer, une occupation intellectuelle absorbante. Et
s’il est vrai qu’au milieu des occupations matérielles,
on peut à la rigueur, sans nuire à l’action
en cours, songer à autre chose, une occupation même
extérieur, dans la majorité des cas et pour la majorité
des personnes, absorbe toute activité même intellectuelle.
Ainsi le veut notre faiblesse native. Nous essayerons de dire
plus loin comment, avec sagesse et méthode, on peut y changer
quelques chose`mais le fait est là. Immergés dans
le sensible, nous n’avons avec l’Invisible que des
rapport difficiles , toujours fragmentaires. Composés que
nous sommes de corps et d’esprit, on ne peut nous demander
et nul ne doit exiger de lui-même, une vie de pure esprit. |
Ce
n’est pas sans raison que saint Ignace recommande à
qui veut prier avec fruit, de préparer son sujet la veille
au soir afin d’ « occuper » la mémoire.
Puis de s’en dormir en songeant à la matière
de l’oraison ; dès le réveil, se rappeler
le sujet préparé et durant la toilette s’en
entretenir doucement. Conseil d’un maître en ascétisme,
mais tout autant d’une maître en psychologie. Encore,
le moment venu de prier, recommande-t-il, si l’on est
seul, de ne pas se placer aussitôt à genoux, mais
debout à quelque distance, de réfléchir
à Dieu Présent ; puis de baiser la terre, pour
« humilier la machine », et associer le corps à
la religieuse attitude de l’âme.
C’est la préparation prochaine, venant compléter
l’œuvre de la préparation lointaine. Il est
facile d’appeler cela minutie. Quiconque a cherché
sérieusement à faire oraison, n’ignore pas
qu’il faut appeler cela sagesse et génial bon sens
(3). Venir à l’oraison, comme font certains, juste
au sortir d’une action absorbante, et sans transition,
puis espérer qu’aussitôt à genoux
le silence va exister, les pensées divines abonder, quelle
plus grossière illusion. L’homme est tout d’une
pièce. Il n’y a pas en lui de cloisons étanches,
tout nous-même entre avec nous dans chaque démarche
de notre activité. Il faut des prodiges d’habilité
pour laisser à la porte ce qu’o ne veut pas agenouiller.
Parfois l’on a beau faire : même avec de la bonne
volonté, on n’arrive pas à demeurer, durant
l’oraison, maître chez soi. A plus forte raison
si la volonté prévoyante n'a pas préservé
les abords.
En
sens inverse, la pratique de l’oraison servira de préparation
la meilleur à la vie de recueillement.
Il
s’agit d’introduire en nous un lot d’images
et d’impressions utiles pour la prière. Rien n’y
aidera mieux que l’habitude, chaque jour, d’une
prise de contact voulue avec Dieu. Ainsi que le disait si justement
la Fondatrice des Oblates du Sacré-Cœur, Louise-
Thérèse de Montaignac : « C’est s’habituer
à aimer à heures réglées qui attire
la bienheureuse habitude de rentrer à toute heure en
Dieu.»
Espérer
vivre recueillit et ne pas s’adonner à l’oraison,
faux calcul et lourde illusion (4). Prier quand on le droit
et qu’on le peut, et le faire de son mieux, moyen le meilleur
pour apprendre à toujours prier. Il nous faudra y revenir.
Références -1
(1) Les auteurs appellent cette sorte de recueillement, le recueillement
infus, pour le distinguer de celui qui est le fruit de nos efforts
et qu’ils nomment le recueillement acquis on dira mieux
: conquis.
(2) Union transformante ou « mariage spirituel
(3) L’Église, par la pratique de l’eau bénite
à l’entrée dans le Temple saint, de la génuflexion,
du signe de la Croix, ne cherche pas autre chose : donner à
l’âme qui vient du dehors l’impression de
la proximité divine.
(4)
« On est debout seize heures. On ne trouvera pas un seizième
de sa journée ? Quoi ! Il y a vraiment seize choses plus
importantes et cela tous les jours ? « Extrait des Dernières
pensées, du R.P.Bouillon s.j., ancien Provincial ( Librairie
du S.-C. place Bellecour, Lyon). P.72- encoure parlait-il de
la méditation d’une demi-heure ou d’un quart
d’heure, c’est un trente-deuxième et un soixante
–quatrième qu’il faut lire.

|
Chapitre
2
Toujours penser à Dieu n’est pas nécessaire
|
| 1-État
de prière et devoir d’état |
Dans
un excellent opuscule : Direction pour rassurer dans leurs doutes
les âmes vouées à la piété,
le barnabite Quadrupani observe : « Agir pour Dieu vaut
mieux que penser à Dieu. »
Bien
comprise, cette composition est des plus justes. Il ne s’agit
nullement de décider laquelle est la plus parfaite, de
la vie contemplative ou de la vie active. La question est depuis
longtemps résolue et se trouve absolument en dehors de
la présente étude.
Voici
le point. Dans une vie quelle qu’elle soit, contemplative
ou non, dans le cloître ou dans le monde peu importe,
en dehors du moment consacré comme il convient aux exercices
de piété, qu’es t-ce que Dieu demande :
est-ce de penser à Lui, ou bien plutôt et avant
tout d’agir pour Lui. Est-ce notre cerveau que Dieu réclame
ou notre cœur ; notre mémoire ou notre vouloir ?
Sans
contredit, notre vouloir, avant tout, et réserve faite
du temps de l’oraison où alors notre « agir
pour Dieu » est de « penser à Lui »,
Dieu nous demande en toute occurrence d’agir pour Lui
au besoin même, en évitant de penser à Lui,
si penser à Lui se trouve, et le cas n’est point
chimérique, au détriment de l’« agir
pour Lui ».
Un
exemple va tout éclairer.
Telle
mère de famille se trouve chargée d’impérieux
devoirs d’intérieur, enfants nombreux, encore petits,
personnel réduit ; nécessité de s’employer
elle-même à la bonne marche de la maison. Mal instruite
de ses devoirs, la voilà qui, le matin, alors que la
sagesse exigerait qu’elle demeurât chez elle et
présidât aux soins du ménage, se rende à
la messe et s’y répand de longues et d’ailleurs
ferventes prières.
Se
trouve-t-elle dans la ligne exacte de ce que Dieu lu demande,
de ce qu’une spiritualité prudente réclame?
Ou
bien , supposons-le, la messe matinale est possible ; mais revenue
à son foyer, voilà cette mère de famille
tellement absorbée par se goûts de piété
qu’elle ne fait rien de bien, les moments de prières
se multiplient, les oraisons ou élans s’accumulent,
mais aussi les vêtement à réparer, les oublis
de toute sorte, les négligences. Qui ne conseillera :
moins d’exercices de piété, plus de fidélité
au devoir d’état.
Il
est clair que dans le cas où le devoir réclame
de nous la prière, tout l’effort doit se porter
à penser à Dieu le mieux possible.
En
dehors de celà, que réclame le devoir ? Que l’action
présente soit faire pour Dieu le mieux possible ; qu’en
agissant je ne me recherche en rien moi-même, que Dieu
seul soit l’objectif dernier que je poursuive ( 5) .
Cette
dernière ligne exprime en résumé la théorie
exacte du «Toujours prier ».
Toujours
parier ne veut point dire, juxtaposer aux exercices de piété.
De nouveaux exercices de piété, à un chapelet
faire succéder un petit office, puis une lecture, puis
une oraison mentale, et ainsi de suite mais vivre dans un état
où tout soit « élévation de l’âme
vers Dieu ». Personne peut, sous peine de folie rapide,
ne faire de sa vie qu’un tissu ininterrompu d’exercices
de piété ! Tout le monde doit, sous peine de mettre
bien de l’humain dans son existence, vivre en faisant
remonter aussi purement que possible à Dieu, son activité
entière.
Les
actes continus de prière son impossible : l’état
continue de prière est souverainement désirable.
Or,
l’état de prière consiste dans l’entière
pureté d’intention au long du devoir d’état.
Je ne puis avoir la pensé sans cesse occupée de
Dieu. Je ne dois jamais avoir la volonté orientée
vers autres chose que Dieu ( au moins comme but dernier).
Par
l’intime fond du vouloir, lui rapporter non toujours explicitement,
mais effectivement ce que nous faisons, voilà l’union
à Dieu sous une forme à la fois très accessible
et très parfaite.
La
question reviens donc à ceci : Comment rapporter à
Dieu le fond intime du vouloir, tous nos actions ?
C’est
le problème de la direction de l’intention.
Il
y a bien des manières de diriger vers Dieu son intention
:
- Ou bien en songeant à Lui au moment même où
l’on agit : intention actuelle.
_Ou bien sans y songer présentement, en agissant sous
l’emprise d’une intention antécédemment
adoptée et dont l’influence dure encore : invention
virtuelle.
-Certains
inclinent à penser que l’intention habituelle suffit
pour que notre activité soit surnaturellement méritoire.
Par le seul fait que l’intentation générale
de la vie ne se trouve pas contrariée par un acte positif
en sens inverse, la vie garde son cours, sa tendance vers Dieu,
sa valeur éternelle.
Avec
cette dernière hypothèse, tout acte humain qui
n’est pas mauvais s’achemine de soi vers Dieu, est
donc un acte montant, une élévation vers Dieu,
donc en même temps qu’un acte méritoire,
une prière.
Si
l’on réclame l’intention virtuelle, la partie
reste belle. Dans une âme fervente, tout l’activité
est commandée par des mobiles nettement surnaturels,
et l’intention virtuelle existe presque toujours.
Donc,
dans une vie chrétienne généreuse, si l‘on
distingue, d’une part les actes de prière proprement
dits, les exercices de piété, d’autre part,
les autres manifestations conscientes de l’activité,
tout se trouve monter vers Dieu; - ce qui est formellement prière,
c’est trop claire ; - ce qui n’a pas formellement
prière, tout aussi justement, puisque, d’accord
avec la définition : élévation de l’âme
vers Dieu.
«
C’est désirer de louer Dieu dans toutes les créatures
et pour toutes les créatures, en faisant un bon usage
d’elles toutes , et les sanctifiant par cet usage, afin
qu’IL soit glorifié : bon usage de la lumière
et des ténèbres ; bon usage du beau temps et de
la pluie ; bon usage du feu et de la glace ; bon usage de tout
ce qui est, et à plus forte raison, de soi-même,
de ses yeux, de sa langue de s abouche, de ses mains et de ses
pieds et de tout son cœur, et à plus forte raison
de son âme, de son intelligence… (6).»
Ailleurs,
il dit encore :
«
Il faut prier pendant le jour, prier pendant la nuit et tout
autant de fois qu’on s’éveille : et cette
prière perpétuelle ne consiste pas en une perpétuelle
tension de l’esprit ; mais plutôt…, ayant
prié à ses heures…, on se tient le plus
qu’on peut dans un état et de dépendance
envers Dieu, en lui exposant son besoin c’est -à-dire
en l’y y remettant devant les yeux, sans rien dire, alors
comme la terre entr’ouverte et desséchée
semble demander la pluie, seulement en exposant au ciel sa sécheresse,
ainsi l’âme en exposant ses besoins à Dieu
:« Seigneur, semble-t-elle dire, je n’ai pas besoin
de vous prier ; mon besoin vous prie, mon indigence vous prie
; ma nécessité vous prie… Ainsi on prie
sans prier, et Dieu entend ce langage (7).»
Elle
appliquait admirablement cette doctrine, l’âme aimante
qui écriait : « J’ai toujours pensé
que la nuit, ma meilleure prière est le sommeil…
Seulement je ne dors pas tout entière, mon cœur
veille auprès du tabernacle, et je prie mon bon ange
d’en offrir chaque battement à Notre-Seigneur comme
un acte d’amour (8)
Saint Augustin
dit de même, expliquant aux fidèles d’Hippone
le verset du psaume XXXIV : « Tout le jour, Seigneur,
ma langue publiera vos louanges » : Si vous chantez une
hymne, vous louez Dieu ( à supposer que le cœur
se joigne à la parole ); les chants ont cessé,
c’est le moment du repas, gardez-vous des l’excès
et vous avez loué Dieu, vous retirez-vous pour prendre
votre sommeil ? Ne vous levez pas pour mal faire et vous avez
toujours loué Dieu. Vous livrez-vous au commerce ? Point
de fraude et vous avez loué Dieu. Êtes-vous cultivateur?
Pas de chicane et vous avez encore loué Dieu. Voilà
comment, par l’innocence de vos œuvres, vous êtes
à même de louer Dieu tout le jour (9).»
Résumons
: Est prière tout ce qui monte vers le Très- haut
pour l’adorer, le remercier, lui demander pardon et implorer
ses grâces tout ce qui monte vers Lui, soit par prière
explicite et formelle ( les Actes de prière ) ; soit
par prière implicite et virtuelle ( le reste de notre
activité sur naturalisées, c’est-à-dire
le devoir d’état surnaturellement compris et vécu)
(10).
Autrement
dit : Nous pouvons prier ou par notre pensé ou par notre
vouloir. Par notre pensée : ce sont nos exercices de
piété. Par note activité tout entière
montant vers Dieu : nos obligations courantes surnaturellement
exécutées (11).
L’état
de prière c’est le culte du devoir d’état.
|
| 2-Notre-Seigneur,
modèle de l’état de prière |
La
théorie paraît claire. Les conséquences
ne le sont pas moins.
Se
figurer que tout au long de son activité, dans l’hypothèse
où elle se trouve pleinement surnaturelle, on ne vit
pas uni à Dieu parce qu’on en pense pas à
Dieu, c’et se tromper grossièrement. Nous dirons
au chapitre suivant comment il est possible et souhaitable de
mêler à son « agir pour Dieu » le «
penser à Dieu ». Mais il faut, avant tout, bien
comprendre que l’actuel « penser à Dieu »
n’est point, de soi, réclamé pour le «
surnaturellement agir ».
Sinon,
il faudrait admettre que seuls seraient « montant vers
Dieu » nos actes auxquels se mêleraient explicitement
un geste formel de prière, ce qui réduirait notre
activité surnaturelle et priante aux seuls « actes
» de piété. Il est trop clair que l’on
en peut être tout le jour à penser au Seigneur
dans quelque coin, les mains jointes ; au demeurant, cela ne
se trouve point requis.
Bien
mieux, quelquefois, nous l’avons marqué, les actes
formels de prière devront céder le pas devant
une obligation plus urgente.
D’abord
et avant tout, le devoir d’état. L’union
de notre vouloir avec la volonté de Dieu, voilà
la véritable union à Dieu, voilà la volonté
de Dieu ou son désir saintement apprécié
par une réflexion sage et suivant un programme approuvé,
se trouve que présentement je prie, mon devoir est de
prier ; si, actuellement, de laisser la prière pour vaquer
à d’autres devoirs, même si ces devoirs très
absorbants ne me laisser aucun repos d’esprit pour garder
durant ce temps l’union de souvenir avec Dieu mon union
à Dieu est parfaite.
La
sainteté se trouve là, dans l’union de votre
volonté au divin vouloir (12)
Que
disait de lui Notre-Seigneur : « Ma nourriture »,
c’est-à-dire la substance, la moelle même
de ma vie, ma raison d’être et d’agir, «
c’est-à-dire la volonté du Père ».
Et Marie, la créature la plus « Christ »,
la plus « chrétienne » au sens fort du mot,
ne dira pas autre chose , Ancilla Domini.
Nous
n’avons rien d’autre à faire ; agir en toute
suivant la volonté divine. Il ne nous est pas demandé
d’imiter, du Christ, sa naissance dans un mangeoire d’animaux
ou sa montée en croix. Il nous est demandé de
reproduire en toute la disposition fondamentale de son existence
entière, à savoir l’absolue et radicale
soumission à tous les vouloirs et désires de son
Père.
Le
Christ, essentiellement, est cela : Quelqu’un d’égal
au Père, qui se fait subordonné pour pouvoir,
par son obéissance, réparer la désobéissance
originelle, Verbe, il était l’égal. Incarné,
il sera l’inférieur.
Toute
sa vie se définira : Factus oediens, obediens usque ad
mortem, Obéissant, obéissant jusqu’à
la mort, trente ans de sa vie il obéit, erat subditus
: il était soumis. Le reste du temps, il obéit
encore ; Christus non sibi placuit : Le Christ n’a suivi
en rien son caprice. C’êut été détourner
à son profit quelques chose d’une activité
ayant le Père pour centre unique. Nescibatis quia in
his quae Patris mei sunt, oportet me esse : Je me dois entièrement
aux choses du Père… Il se livre aux « chose
du Père » jusqu’au tragique de l’Agonie
et du Clavaire. Non mea voluntas sed tua fia., Pas ma volonté,
la vôte ! Jusqu’au moment où, remontant à
son Père, il peut cesser d’obéir : Counsummatum
est. J’ai accompli toute la tâche.
Il
faut toujours revenir à cette idée fondamentale.
Pour vérifier l’idéal chrétien, chacun
de nous doit centrer sa vie de même façon que Notre-Seigneur,
ne jamais agir en prenant son caprice pour fin dernière,
mais toujours et uniquement, de façon plus ou moins formelle,
mais toujours effective, les « choses du Père »,
la volonté de Dieu (13)
Si
tel est en effet « le Christ », chaque chrétien
pour mériter réellement son titre « d’autres
Christ » devra se faire une réplique, un double,
de ce Suprême Obéissant qu’était son
Maître, quelqu’un de tellement soumis aux volontés
et aux désirs du Père, qu’il ne voit plus
en tout que ce que le Père demande : « On m’appellera,
disait «Isaïe, dans un de ses plus beaux textes messianiques,
on m’appellera : « Ma volonté est en Lui.»
Tout chrétien devrait vérifier pour son propre
comte, cet idéal de vie du Sauveur-Jésus (14)
Mais
cela, pour se vérifier, supposer la mort de l’empressement
naturel et du caprice. Le moi relégué à
l’arrière-plan, n’ayant rien à dire
dans la gouverne de notre vie, ou n’ayant à parler
qu’après Dieu et toujours sous sa lumière
; le « moi » réduit à une sujétion
judicieuse, à cette obéissance du dedans qui est
l’imitation parfaite du Sauveur ; Non quoero voluntatem
meam sed ejus qui misit me..(15) Quoe placita sunt ei, facio
semper (16). N’était-ce point le conseil que donnait
saint Paul à qui voulait reproduire vraiment Jésus
Crucifié. Se crucifier avec Jésus-Christ, ce n’est
point s’en foncer des clous dans les mains et dans les
pieds, mais se plier à cette renonciation absolue qui
vaut tous les gibets (17)
Agir
pour notre propre caprice, en nous prenant nous-même comme
but ultime, ce n’est pas accomplir une action montante,
mais au contraire une action « descendantes » ;
c’est replier vers soi, vers sa petitesse infime, quelque
chose de son activité, se prendre pour centre, sortir
de la parfaite initiation du Christ, et cesse d’être
uni a vouloir de Dieu, c’est omettre de « prier».
Est-il
besoin de faire remarquer que cette doctrine est simplement
la mise en exploitation pratique du Fondement que pose saint
Ignace dans son livre des Exercices et que osent, car c’est
même chose, tous les catéchismes quand ils précisent
nos devoirs envers Dieu. « L‘homme est crée
pour Dieu. Donc, sa vie, son être, son activité
doivent n’avoir que Dieu pour fin dernière. »
Dans tout ce que j’ai à exécuter, mêler
le moins de « moi» possible, non certes de moi comme
cause productive, au contraire, on ne fait jamais trop bien
ce que l’on fait mais de « moi » comme mobile
dernier d’action. Et cette élévation de
toute mon activité vers Dieu, sans aucun mélange
de moi, qu’est-ce autre chose que la « prière»
parfaite, l’hommage parfait rendu par ma vie à
Celui qui a droit à l’hommage de tout ce qui existe
absolument. On voit comment, dès les premières
réflexions de son petit livre, saint Ignace prépare
l’excitant à l’union à Dieu conçue
de la plus solide manière.
Autre
remarque : la prière parfaite de l’Église,
ce sera l’offrande du pain consacré, or, dans l’Hostie,
plus rien du pain ; tout st « Jésus-Christ »,
de même ma vie sera prière parfaite, si en moi
il n’y a plus mélange, s’il n’y a plus
de « moi», si tout est « Christ», soumission
pleine aux vouloirs du Père. (18)
Références
-2
(5). Jolie parole de Boudon l’archidiacre d’Évreux
: « Je désirerais que tous les chrétiens
fusent tous, en la présence de Dieu, en la manière
que l’expliquer le P. De Condren. Il disait que c’était
toujours être en présence Dieu que de faire ses
actions de telle sorte qu’on y faisant réflexion,
on ne voulut pas les faire d’une autre manière
ni pour d’autres motifs.»
(6)Lette
V à la Sr, Cornuau, éd, Vives, t. XXVII, p. 447
(7)Meditations
sur l’évangile , 40 et 41ime jours `éd,
vives, t, VI, pp.61-62- Voir éalemet BOURDALQUE : Pensé
sur la Prière.
(8)
8 Angè de la croix, des Gardiennes adoratrices de l’Eucharistie,
dites de Saint-Aignan, p.84 ( Lethielleux).
(9)
Enarr, In Ps, XXXIV , 2 serm., P.L. 36-34 S, Bonaventure, plus
brièvement , dira : No cessat orare qui non cessat benefacere
: « Celui qui agit bien prie constamment ».`et Louis
de Blois : Qui semper beneagit, sempter orat, Sancta vita, oratio
assidua ; « Bien agir, c’est prier toujours une
vie sainte, c’est une prière ininterrompue.»
(10)
C’est ce que Notre-Seigneur voulait faire entendre à
sainte Gertrude par ces paroles : « Est-ce que tu trouves
que l’Époux a moins de plaisir lorsqu’il
entretien familièrement et avec tendresse dans la chambre
nuptiale son épouse, que lorsqu’il est tout fier
de la voir se produire en public dans tout l’éclat
de sa parure.» Sainte Gertrude : le Héraut de l’amour
divin, t. L. 209
(11)
Les associés de l’Apostolat de la Prière
savent que la pratique de l’offrande quotidienne n’a
pas d’autre but que de les mettre en état de prière.
((12)
Illusion, et qui n’est pas rare de mette si bien la contemplation
au-dessus de l’action qu’on en vient à oublier
qu’au dessus de l’une et de l’autre il y a
la volonté de Dieu, que l’une et l’autre
sont de simples moyens, et ne doivent pas se confondre avec
le but qui est la sainteté… Que Marthe ne se plaigne
pas du travail entrepris pour Dieu. Saint François de
Sales lui dire qu’il y a une extase des œuvres, laquelle,
tout aussi bien que l’extase de l’oraison, mais
autrement, nous jette hors de nous-mêmes, en Dieu ! ainsi
parle le P. Brou à propos de la Mère Barat écrivant
: à une supérieure : « Quand à votre
difficulté de vous recueillir et de vous unir à
Notre-Seigneur au milieu des occupations si distrayantes qui
vous excèdent, ne vous en inquiétez pas ; c’est
pour Dieu que vous les supportez, et que d’occasions vous
avez de vous renoncer. Certainement, cette vie de sacrifice,
de travail, de support du prochain, est bien la meilleure prière
que vous puissiez faire, pourvu toutefois que vous éleviez
fréquemment votre cœur vers notre nom Maître,
et que vous agissiez purement pour Lui,» Brou. : travail
et Prière : Saint Mad-Saph. Barat.Beauch.,1925,pp.282
et 181-182.
(13)
S’il faut en croire Marie d’Agréda, Notre-Seigneur
n’a jamais exercé qu’une seule fois la faculté
qu’il avait de choisir, et c’est lorsqu’il
a choisi la souffrance. Cité en note dans FABEr : Bethéem,1,p.50,
Retaux,5 édit..
(14)Consummata
n’avait pas d’autre objectif de sainteté,
elle n’est montée si haut, jusqu’ aux sommets,
de l’Union divine, que pour être constamment assujettie
à cette règle « chrétienne »,
la vraie règle de la sainteté vraie.
(15)
Joan, V.30
(16)
Id., VIII,29
(17)
Exspoliantes veterem hominem in oedbus suis, Maintenant ( ou
chassant ) le vieil homme dans ses limites ( Col., III,9)
(18)
Voir dans le Christ –Jésus, les chapitres sur L’Eucharistie,

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| |
Souvent
penser à Dieu est très utile
|
| 1-Pas
d’état de prière sans renoncement habituel |
Voici
donc où nous en sommes :
On
ne pet toujours penser à Dieu? Ce n’et d’ailleurs
pas nécessaire. On peut être constamment uni à
Dieu sans penser pour autant constamment à Lui, l’union
la seul vraiment requise étant celle de notre volonté
avec la volonté; de Dieu.
Quelle
est alors l’utilité, prônée par tous
les maîtres, de l’exercice de la présence
de Dieu ?
Nous
allons précisément essayer de la marquer.
Il
nous faut en toutes nos actons, disions-nous , une pureté
d’intention, donner à notre devoir d’état
généreusement pratiqué le maximum d’orientation
surnaturelle. Ainsi notre vie, même en dehors des moments
voués à la prier, sera une vie priante.
On
comprend que pour agir ainsi de façon constante avec
une absolue pureté d’intention, pour se rendre
assez affranchi du caprice t de l’empressement naturel,
pour demeurer maître chez soi, ou plutôt pour Dieu
y soit seul Maître et que l’on agisse en tout sous
la dépendance du Saint-Esprit, l’habitude d’un
regard vers Dieu au moment de se déterminer doive aider
puissamment.
Quand
Notre-Seigneur va s’employer à quelque action capitale,
nous le voyons toujours, dans l’Évangile, s’arrêter
un instant, lever les yeux vers son Père ; et après
seulement après cette minute de recueillement, vaquer
à l’occupation qu’il Il s’est fixées.
Et elevatis oculis incoelum, voilà des expressions qui
reviennent avec une fréquence bien instructive. Là
où le geste ne se traduit par rien d’extérieur,
il se trouve dessiné au dedans, sans aucune doute.
L’Idéal
est le même pour nous. Cette sujétion constante
de l’esprit propre à l’Esprit Saint se trouve
singulièrement facilitée du fait que, dans l’âme,
l’Esprit Saint mis en bonne place est invité à
présider explicitement, officiellement, à toutes
les déterminations. Impossible, de pratiquer de la grande
manière l’esprit de renoncement sans un profond
esprit de recueillement. On ne se soumet de façon radicale
à l’Hôte invisible que si l’Hôte
invisible est tenue dans une perpétuelle proximité.
L’Esprit de mort ne peut régner que si L’Esprit
de vie s’en installé en maître sur les ruines
et s’il plane sur les eaux.
Celui-là
ne consent à chasser les vendeurs du temple que s’Il
réalise pratiquement qu’il est un Saint, des Saints
; non une maison de trafic, mais en toute réalité
la maison de Dieu.
L’on
aboutit ainsi à ces deux propositions lumineuses :
Pas
d’absolue dépendance du Saint-Esprit, ce qui est
proprement vivre en « Christ », sans entier renoncement,
du « moi».
Pas d’entier renoncement, sans un constant esprit de foi,
sans l’habitude du silence intérieur, silence tout
peuple de divinité.
Plusieurs
ne voient pas le lien qu’il y a entre le souvenir du Roi
et le service du Roi ; entre le silence intérieur fait,
semble-t-il, d’immobilité et le continuel détachement
qui est la suprême activité.
Il
n’est que de bien regarder. Le lien existe, étroite,
serré, infrangible. Cherchez une âme recueillie,
elle est détachées ; une âme détachée,
elle est recueillie. L’expérience est aisée
dans la mesure où il est aisé de trouver l’un
ou l’autre de ces deux âmes. Trouver l’un
ou l’autre, c’est avoir trouvé l’une
et l’autre. Qui s’est un jour essayé à
pratiquer soit le détachement, soit le recueillement,
n’ignore pas qu’il a fait ce jour-là coup
double.
|
| 2-Pas
de renoncement habituel sans constant recueillement |
Si
pour être pleinement « Christ », pleinement
chrétienne, une âme doit vivre sous l’entière
dépendance du Saint-Esprit, et si l’on ne vit sous
l’entière dépendance du Saint-Esprit qu’à
condition de vivre recueilli, il va de soi que le recueillement,
compris comme nous avons essayé de le marquer, constitue
l’une des plus précieuses vertus que l’on
puisse acquérir.
Un
des auteurs qui ont le mieux parlé du recueillement,
d’un façon brève à la fois et substantielle,
le P.Pegmayr, n’hésite pas à dire : «
Le chemin le plus court de l’amour parfait, c’est
d’avoir Dieu continuellement présent ; car il exclut
touts les péchés, et on n’a pas le temps
de penser à autre chose, de se plaindre ou de murmurer…
La présence de Dieu conduit tôt ou tard à
la perfection. »
Ne
pas chercher à vivre dans le silence intérieur,
c’est renonce à vivre chrétien profondément.
La vie chrétienne est une vie de foi, une vie dans l’invisible
et pour l’invisible… Qui n’a pas de fréquents
rapports avec l’invisible risque de rester toujours sur
le seuil de la vraie vie chrétienne.
«
Oui, il faut cesser d’habiter le dehors de mon âme
et ses enceintes les plus superficielles ; il faut rentrer et
pénétrer jusqu’à l’enceinte
la plus profonde ; là nous seront au fond de nous-mêmes.
Arrivés là, il faut aller plus loin, il faut aller
jusqu’a u centre même qui n’est plus nous
et qui est Dieu. Là est le Maître… C’est
là qu’il peut parfois nous être donné
de demeurer chez Lui un jour entier.
»
Or, quand une fois in nous aura été donné
de passer un jour avec Lui, nous voudrons le suivre partout,
toujours, comme ses apôtres, ses disciples et ses serviteurs.
»
Oui , Seigneur, lorsqu’il m’aura été
donné d’être donné d’être
un jour entier près de Vous, je voudrai vous suivre toujours
(19)
La
solitude, partie des forts. La force, vertu active. Notre silence
marque le niveau de notre action (20), Le bruit est la patrie
des faibles. La plupart ne cherchent à se divertir que
pour se dispenser d’agir. On se perd dans des riens pour
ne pas se perdre dans le tout. C’est au milieu du silence
de la nuit que le Dieu fort vient au monde (21). Victimes des
apparences, nous n’apprécions que c qui fait du
bruit. Le silence est le père de ce qui bouge efficacement.
Avant de sourdre en chantant, le filet d’eau a troué
silencieusement des granits.
On
entend bien qu’en recommandant ainsi le silence, c’est
du silence intérieur q’il est question, celui qu’il
faut imposer à son imagination, à ses sens pour
ne pas éte à chaque instant projeté malgré
soi, hors de soi.
Si
l’on garde perpétuellement le four ouvert, suivant
la comparaison de sainte Thérèse, toute la chaleur
s’enfuit. Il faut longtemps pour attiédir l’atmosphère,
il suffit d’un instant pour que toute la tiédeur
s’en aille. Une fissure à la paroi, l’air
glacé s’engouffre. Tout est à refaire, à
reconquérir.
Une
excellente protection de ce silence du dedans est le silence
du dehors. Et c’est la raison des grilles et des cloîtres.
Mais au milieu même du bruit, chacun peut porter autour
de soi une auréole de solitude qu’il ne laisse
percer qu’à bon escient.
L’inconvénient
n’est point le bruit, mais le bruit inutile ; ce ne sont
point les conversations, mais les conversations inutiles ; ce
ne son point les occupations, mais les occupations inutiles.
En l’espèce, tout ce qui ne sert pas nuit, déplorablement.
Donner à l’inutile ce qu’on pourrait donner
l’ Essentiel, quelle trahison, et quel contre bons sens
!
Il
y a deux façons de s’éloigner de Dieu entièrement
différents, d’ailleurs, mais à un certain
point de vue désastreuses toutes deux, c’est le
péché mortel et la distraction : le péché
mortel qui rompt objectivement notre union avec Dieu : la distraction
volontaire qui la rompt subjectivement ou l’empêche
d’être aussi intense qu’elle pourrait être.
Il faudrait ne parler que là ou se taire n’est
point préférable. L’évangile ne dit
pas seulement qu’il nous sera demandé compte d’une
parole mauvaise, mais de toute parole oiseuse.
Il
faut « tayloriser » sa vie, comme parlent les modernes
; c’est-à-dire e supprimer tout ce qui diminue
le rendement ; la vie spirituelle plus que tout le reste, car
c’est le plus important Quand on songe à l’intérêt
que prennent la plupart des gens à ce qui n’a aucun
intérêt, aux bruits de la rue, aux gesticulations
de que les pantins, au vide flagrant ou tendancieux de la plupart
des imprimés quotidiens, on croit rêver. Quelle
félicité tout à coup dans le monde, si,
par un hasard inespéré, subitement tous les bruits
inutiles s’éteignaient ! Si seulement cessaient
de parler ceux qui parlent pour ne rien dire. Quelle délivrance
! Ce serait le paradis. Les cloîtres ne sont qu’ils
sont que parce qu’on y apprend à se taire. On n’y
réussit pas toujours ; mais du moins on apprend et c’est
beaucoup déjà. Ailleurs, on n’apprend même
pas. Non que parler ne soit un grand art et la conversation
un précieux agrément, le plus précieux
peut-être de l’existence. Mais usage n’est
point abus. D’aucuns ont réclamé pour fêter
l’armistice ou le soldat inconnu, quelques minutes de
silence ; ce silence était consécutif à
la victoire. Si le monde apprenait à se taire, que de
victoire s intérieures seraient consécutives à
cette pratique de recueillement. Celui qui garde sa langue,
dit saint Jacques (22), celui-là est une manière
de saint. Peu d’âmes parfaites parce que peu d’âmes
de silence. Silence à la perfection, pas toujours mais
souvent . Faites l’expérience, elle vaut la peine.
Vous serez étonné du résultat.
Références
-3
19) Gratry : Médit, inèdites, pp.
268-269
(20)
« Sans cette cellule intérieur, on ne saurait fait
grand’chose ni pour soi, ni pour autrui » (P.Surin).
(21)
Sur la façon dont Notre-Seigneur a pratiqué le
silence : « Le silence a toujours été l’ornement
de la grande sainteté… C’est une vie de silence
que le Verbe du Père, silencieusement parlé de
toute l’éternité, choisit pour lui-même.
Toute sa vie humaine, a porté l’empreinte de l’amour
du silence. Da son enfance, il a laissé le langage paraître,
venir à lui lentement, il a paru l’acquérir
comme les autres enfants de sorte qu’à j’aide
de ces apparences, il a pu s’abstenir plus longtemps de
parler, et différer par là ses colloques avec
Marie, Marie aussi et Joseph prirent de lui, par une céleste
contagion, l’habitude du silence. Pendant les dix-huit
années de la vie cachée, le silence a régné
dan la sainte maison de Nazareth. Les paroles frémissaient
dans l’air, rares et courtes, semblant à une mélodie
qui aurait été trop suave pour que des accents
nouveaux vinssent et effacer les premiers, lorsque ceux-ci vivraient
encore dans l’oreille qui les écoutait. Dans les
trois années de son ministère qui furent consacrée
à la parole de l’enseignement, il a parle comme
aurait parlé un homme tranquille et ami du silence ou
plutôt comme un Dieu qui fait des révélations,
puis, dan les Passion, lorsqu’il a eu à enseigner
par le magnifique chemin de ses souffrances, le silence a reparu
de nouveau comme une ancienne habitude revient au moment de
la mort, et il est devenue une fois de plu sen des traits caractéristiques
de sa vie .» Faber : Bethléem, 1,112,113 à
propos du silence du Verbe au sein de Marie
(22)
Qui non offerdit ligua, hic erjectus, est vir ( Ja.,111,2
(23)
Il dit encore : Sit homo velox ad audiendum tardus, autem ad
loquedum (Jac,m 1,19) Soyez prompts à écouter,
lents à parler. On prend d’habitude exactement
le contre-pie., Tout le monde parle. Personne n’écoute,
notamment Celui qu’il faudrait écouter partout,
le Maître intérieur.
19)
Gratry : Médit, inèdites, pp. 268-269
(20)
« Sans cette cellule intérieur, on ne saurait fait
grand’chose ni pour soi, ni pour autrui » (P.Surin).
(21)
Sur la façon dont Notre-Seigneur a pratiqué le
silence : « Le silence a toujours été l’ornement
de la grande sainteté… C’est une vie de silence
que le Verbe du Père, silencieusement parlé de
toute l’éternité, choisit pour lui-même.
Toute sa vie humaine, a porté l’empreinte de l’amour
du silence. Da son enfance, il a laissé le langage paraître,
venir à lui lentement, il a paru l’acquérir
comme les autres enfants de sorte qu’à j’aide
de ces apparences, il a pu s’abstenir plus longtemps de
parler, et différer par là ses colloques avec
Marie, Marie aussi et Joseph prirent de lui, par une céleste
contagion, l’habitude du silence. Pendant les dix-huit
années de la vie cachée, le silence a régné
dan la sainte maison de Nazareth. Les paroles frémissaient
dans l’air, rares et courtes, semblant à une mélodie
qui aurait été trop suave pour que des accents
nouveaux vinssent et effacer les premiers, lorsque ceux-ci vivraient
encore dans l’oreille qui les écoutait. Dans les
trois années de son ministère qui furent consacrée
à la parole de l’enseignement, il a parle comme
aurait parlé un homme tranquille et ami du silence ou
plutôt comme un Dieu qui fait des révélations,
puis, dan les Passion, lorsqu’il a eu à enseigner
par le magnifique chemin de ses souffrances, le silence a reparu
de nouveau comme une ancienne habitude revient au moment de
la mort, et il est devenue une fois de plu sen des traits caractéristiques
de sa vie .» Faber : Bethléem, 1,112,113 à
propos du silence du Verbe au sein de Marie
(22)
Qui non offerdit ligua, hic erjectus, est vir ( Ja.,111,2
(23)
Il dit encore : Sit homo velox ad audiendum tardus, autem ad
loquedum (Jac,m 1,19) Soyez prompts à écouter,
lents à parler. On prend d’habitude exactement
le contre-pie., Tout le monde parle. Personne n’écoute,
notamment Celui qu’il faudrait écouter partout,
le Maître intérieur.

|
DEUXIÈME
PARTIE : |
Chapitre
1
Bien
faire son oraison |

Une légende qu’il faut détruire,
c’est que faire oraison est difficile.
Rien
de plus simple ; encore faut-il savoir s’y prendre.
Non
que nous voulions nier les difficultés de l’oraison
difficultés de l’oraison pour le commun d’entre
nous, difficultés de l’oraison pour les âmes
de prière élevée.
A
ces dernières, nous ne nous adressons point dans ce modeste
travail. Qu’il nous suffise de renvoyer aux pages dramatiques
de saint Jean de la Croix où les laborieux détachements
des purifications» successive sont décrits avec l’autorité
d’un saint et d’un saint ayant vécu chacune
de ces étapes où le Calvaire est voisin du Thabor.
Restent
les difficultés pour le commun d’entre nous. Elles
proviennent la plupart du temps de ce qu’on manque d’une
méthode pour prendre contact avec les réalités
du monde invisible, ou bien de ce qu’on manque de courage
pour s’activer durant la prière, ou de persévérance
pour demeurer devant Dieu dans la sécheresse et le manque
de douceur.
Savoir préparer son oraison.
Savoir s’activer à l’Oraison ;
Savoir persévérer dans l’oraison ;
Toute la technique de la prière revient à la mise
en application de ces rois formules.
|
1-Préparer
son oraison |
Nous
avons dans les pages qui précèdent soigneusement
distingué deux cas-recueillement qui résulte d’une
largesse particulière de Dieu, - recueillement qui résulte
de l’effort de l’homme avec l’habituel secours
de Dieu.
Il
est clair que dans le premier cas, puisque, par hypothèse,
c’est Dieu qui fait tout, la part de déploiement
humaine pourra être réduite au minimum. La sagesse
demandera simplement de ternir en réserve un sujet de
conversation au cas où Dieu cesserait d’entretenir
l’âme lui-même. Chercher, au cours des communications
un Saint-Esprit, à vouloir insérer ses propres
réflexions ou questions, en peut que gêner, ne
peut en tout cas être bien utile. Puisqu’il y a
contact , à quoi bon chercher à le provoquer ;
puisque le soleil lui, à quoi bon tourner le bouton électrique
?
Restez
tranquille. Écoutez `c qui ne signifie nullement ne rien
faire, telles et la règle.
Tout
autre se présente le cas du recueillement qui résulte
de notre propre travail. Dieu est tout proche mais caché,
comme à l’habitude. Il attend de nous, pour se
révéler, que nous percions nous-même l’écran
qui le voile.
Se
mettre à genoux, et attendre sans plus, ce sera souvent
attendre en pure perte. Aide-toi, le ciel t’aidera.
Comment
s’aider ?
Voici.
La
conscience par hypothèse, est à vide ou distraite.
Il s’agit d’introduire dans son champ de visées
un thème évocateur des réalités
invisibles.
De
sera :
Ou une idée,
Ou un fait,
Ou un texte.
Une
idée.
L’idée
de la mort, par exemple. J’ai une mémoire, une
intelligence, une volonté. Je mets en exercice, à
propos de cette idée, ces trois facultés.
Mémoire
( et imagination) :
Je
cherche à me rappeler tout ce que je sais sur la mort,
ses circonstances, sa rapidité, son imprévu. Je
me représente la scène, l’ensemble, les
détails.
Intelligence
On
meurt… Donc moi aussi je mourrai… Suis-je mortel,
oui ou non ? Oui. Donc je mourrai Moi actuellement si vivant,
etc…
Volonté
Puisque
je dois mourir, il me faut vivre comme devant mourir, donc comme
devant me détacher de tout. Actuellement suis-je détaché?…
Nous
avons pris cet exemple. Mlle autres foisonnent… Pour tous
on procéderait de même.
Non,
qu’on le remarque bien, en vertu de je ne sais quel exercice
factice artificiel. Le procédé, si procédé
il y a, est celui qu’en empli tout homme raisonnable quand
il réfléchit. Il cherche à se souvenir,
il lie entre elles par induction ou déduction les données
que lui fournit la mémoire et décide en conséquence
ce que la raison commande.( 24)
Crier
à la mécanisation, c’est oublier que parler
est très simple ; mais qu’expliquer comment prononcer
voyelles et consonnes ne l’est pas autant.
La
théorie du maniement d’armes parait compliqués
; le maniement d’armes est très simple (25)
Cette
manière de faire oraison s’appelle la méditation.
La méditation, au sens précis du mot, car on emplie
encore l’Expression méditation dans un sens plus
compréhensif, englobant toutes manières en général
de traiter avec Dieu, et comme synonyme d’oraison. On
dire : faire sa méditation, c’est-à-dire
non pas s’appliquer exclusivement à « l’exercice
des trois puissances », mais vaquer à la prière
mentale sous quelques forme que ce soit.
Une
de ces formes s’appellera la contemplation- ici encore
au sens restent du mot, car, pour beaucoup, « contemplation
» spécifie l’oraison chez les âmes
élevés.
La
contemplation, au sens ignatien, est la mise en oeuvre de l’esprit
à l’Oraison, non plus en s’aidant d’une
idée, mais d’un fait.
Voici
par exemple l’Annonciation, ou tel autre récit
de la vie de Notre-Seigneur, de la Très Sainte Vierge.
Il sera bon, pour ne pas s’encombrer et avoir de l’ordre,
de diviser le mystère : Commencement, milieu et fin ;
ou bien : avant, pendant, après. Et dans chaque partie,
ou chaque point de prendre pour cadre : Personnes, parole, actions.
Annonciation.
Début
c’est-à-dire avant l’apparition de l’ange.
Les « Personnes » : une seule, Maire
Et d’abord sa silhouette extérieur…, l’ensemble,
quel recueillent… Puis, je détaille :
son front… ses yeux… ses mains… Est-ce difficile
, cela ?
Mieux
encore, le dedans :
Ses
pensées…, son cœur…, etc… Qui
n’est pas capable, en s’aidant de ce facile procédé,
de pénétrer à l’intime du mystère
?
Les
« Paroles » : Aucune… J’écoute
ce silence. Je m’y baigne, Non in commotione Dominus,
Dieu ne se communique pas ans le bruit. Ne l’ai-je pas
moi-même constaté souvent !…
Les
« Actions» Aucune… Et je continue, suivant
le besoin .
Deuxième point : la venue de Gabriel… Ici, ce seront
les « parles».. Je les prends, je les sonde, une
à une..
Difficile
! Mais essayez, voyons essayez loyalement, sans vous lisser
arrêter au premier effort. Je vous garantis qu si vous
préparez vos entretiens avec Dieu et si vous avez le
courage de persévérer, l’oraison ne vous
paraître plus difficile. Il y a des difficultés
dans l’oraison. Elles ne viennes pas de là. Contempler,
qu’est-ce autres chose que regarder. Vous savez regarder
?… Eh bien ! ouvrez grand les yeux, ce monde obscur de
la foi est plus lumineux que vous n’imaginez. Il en faut
que vouloir voir.
Je
puis, pour aller à Dieu dans l’oraison, m’aider
d’un fait ou d’une idée. Autre moyen, m’aider
d’un texte. Un psaume par exemple, une prière usuelle
dont on veut revivifier le sens, un verset d’Imitation,
ou, pour ceux qui veulent approfondir le mystère de «
Dieu en nous » telle ou telle formule prise dans Vivire
avec Dieu (26).
Méthode
excellente pour débutants ou pour gens fatigués
méthode bonne pour tous, à condition que l’on
se force à ne plus lire dès qu’on sent monter
une réflexion personnelle ou une affection.
Beaucoup
de personne qui méditent arrivent à l’oraison
sans savoir préparer leur oraison. Nous avons dit plus
haut que c’était une erreur psychologique
C’est
de plus une indélicatesse (27) Je vais avoir un entretien
avec Dieu. Avec Dieu, il importe de le souligner. Avec le Maître
de tout. Supposez qu’un grand personnage vienne dans une
ville. Croyez-vous que celui qui a mission de le recevoir se
dise : « Inutile de rien préparer. Nous en tirerons
toujours ! » Appliquez, et avec quel ;a fortiori, au cas
qui nous occupe.
|
|
|
Même
quand on a préparé et qu’on s’est
préparé, ne pas croire que le simple fait de se
mettre au prie-dieu va nous ouvrir en un instant les trésors
du Monde invisible. Les perles ne se donnent pas pour un sou.
Il fait s’ingénier, s’appliquer, d’un
mot s’activer.
Que
dit très exactement les « exercices de piété
», et en homme averti, saint Ignace a institué
son livre perfectionnement chrétien : les Exercices Spirituels.
En
réalité, très peu s’exercent vraiment,
c’est-à-dire se force à u travail personnel,
durant l’oraison. Pour beaucoup, « faire sa méditation
», c’est parcourir d’une manière passive
les considérations plus ou moins excitantes ou endormantes
de l’auteur.
Il
y a quelques livres de méditation bien faits. Il en existe
; il n’en existe pas beaucoup (28). Souvent, les développement
son trop longs, trop compliqués, trop littéraires,
trop filandreux ; parfois trop ardus, trop abstraits, avec un
luxe d’appareil théologique qui rebute, un air
renfermé ou archaïque « irréel»,
diraient les Anglais. D’où réflexion de
certains : « Si ma méditation à moi doit
consister en une de ces dissertations, je préfère
renoncer tout de suite. Jamais je n’arriverai».
Mettons
que ceux qui raisonnent ainsi sont trop sévères
; il faut reconnaître que certains manuels de méditation
ont contribué pour une part à donner de l’oraison
une idée fausse, l’idée de quelques chose
de rebutant, d’alambiqué, d’impraticable,
qui n’a vraiment qu’un rapport trop lointain avec
la définition donnée par Sainte Thérèse
: « Un entretien cordial avec Dieu», ou avec la
réponse de ce brave homme au curé d’Ars
: « Je L’avise et Il m’avise (29).»
Voici
pour notre part ce que nous conseillerions ne se servir d’un
livre que si vraiment on ne peut faire autrement, la raison
pour laquelle on trouve rarement bien composé son manuel
de médiations n’est point tant qu’il soit
mal rédigé, mais il est rédigé par
un autre. Or, rien de plus personnel, que la prière.
Ces sentiments que l’auteur me suggère, ils ne
me disent rien, je crois bien : ce sont les siens ; ils ne correspondent
pas nécessairement avec les vôtres. Pourquoi, à
propos du sujet que vous méditez, en appelez-vous aux
développements, aux pensées, aux sentiments d’autrui.
Autrui a peut-être de bonnes idées. Mais n’y
a-t-il pas vous ? Pourquoi ne pas chercher à tirer de
vous, ce que lui a tiré de lui ; qui, à lui, a
peut-être et sans doute fait du bien mais ne possède
avec votre âme à vous, en ce moment, qu’un
rapport trop lointain. Si après avoir loyalement cherché
à vous exploiter, vous ne trouverez rien, appelez-en
à la pensée d’autrui, rien de mieux. Mais
la grâce, dites vous assez de crédit à vous-même
pour d’abord chercher à tirer de votre propre fond
ce que voulez dire à Dieu. (30) !
Un
enfant qui veut parler à sa mère, commence-t-il
par se jeter sur une bibliothèque pour y chercher un
« guide de conversation » ou un « recueil
de compliments » ? Non, n’est-ce pas. Il tire de
lui-même ses sourires et ses balbutiements ; et la mère
se manifeste bien plus contente de ces riens imparfaits que
de belles pensées « irréelles» qu’il
aurait trouvés dans un texte imprimé.
Ce
que nous dirons au bon Maître ne sera pas de Bossuet.
Ce n’est pas nécessaire. Mais si nous y mettons
tout notre cœur nos pauvres mots trouveront le chemin de
la Vie, assurément. Et, pour nous, quel profit autrement
plus considérable !.
Puisque
sauf attraits différents le sujet-type de nos méditations,
au long d’une année, ce sont les mystère
de la Vie de Notre-Seigneur, en harmonie avec le développement
de la sainte Liturgie, un bon moyen pourrait être de se
munir, comme livre de fond pour l’oraison, de l’Évangile,
tout simplement. Nous signalons entre beaucoup le petite volume
du chanoine Weber : Les Quatre Évangiles en un seul.
Il existe des éditons très maniable, occupant
peu de place. L’ouvrage présente cet avantage :
de donner en un récit unique, évitant les redites,
la vie du Sauveur, de diviser d’une façon très
claire les différentes parties, et dans les différents
parties chaque épisode ou chaque enseignement formant
un tout. Avec
ce mince volume comme base (31), et la pratique très
facile avec un peu d’usage de l’une ou l’autre
des méthodes indiquées au paragraphe précédent,
à savoir s’il s’agit d’une idée,
« l’exercice des trois puissances », s’il
s’agit d’un épisode historique, la «
contemplation», et s’il s’agit d’un
texte, d’exploitation plus ou moins fouillée ou
rapide de telle ou telle sentence du bon Maître (32),
on a, semble-t-il, tout ce qu’il faut pour parvenir, si
vraiment l’on est résolu à s’exercer,
à s’activer au lieu de rester passif, à
une excellente oraison.
Notons d’ailleurs que s’activer à l’oraison
ne veut nullement dire « se mécaniser», pour
employer la vilaine expression de certains. Que tels ou tels,
par excessif respect pour les méthodes préfèrent
se passe au laminoir que de laisser en eux libre jeu au Saint-Esprit,
cela prouve non que les méthodes ne valent rien, mais
qu’il existe des maladroits. Ne pas juger un usage par
des abus.
Il
est trop clair que si , ayant sagement préparé
son sujet d’oraison, comme nous avons dit que par la sagesse
psychologique et par déférence pour le Maître,
il convenait de le faire Lui, le Maître, se charge de
substituer au sujet préparé par nous un sujet
prépare par Lui, la règle est de s’adapter
à l’indication d’En-haut et non de s’attacher
coûte que coûte à ce qu’on a prévu,
ce qu’on prévu doit toujours l’être
sous réserve de ce que, de Lui-même, il plairait
au Maître intérieur de suggérer, et qui
Lui paraît, à Lui, préférable, toujours
suivre le Saint-Esprit sans prétendre lui imposer nos
façons de faire.
L’activité
sera, dans ce cas, non d’insérer maladroitement
son texte à soi dans la conversation, mais de laisser
place libre à la leçon que Dieu veut donner. L’activité
sera de faire taire une activité maladroite. L’activité
sera non tant de parler que d’écouter. Il y a des
bavards, à l’oraison comme ailleurs. N’en
soyons point. S’il plaît au Seigneur d’instruire
plus ou moins directement notre âme et sans se soucier
de nos préparatifs, ne gênons point son action.
Donnons-lui seulement, en intensifiant notre silence intérieur,
l’occasion de rien faire entendre tout ce qu’il
veut faire entendre, « Fats-toi capacité, je me
ferais torrent» disait Notre Seigneur à une âme
( 334) ; ou encore, à sainte Marguerite-Marie : «
Mets-toi devant moi comme une toile d’attente.»
Fais-toi, mets-toi ; une passivité ainsi entendue est
singulièrement active tout à fait de bon la loi.
En
résumé, nous exploiter au maximum quand le Saint-Esprit
nous laisse à nos propres moyens. Quand il fait mine
de vouloir se passer de notre action, nous mettre humblement
à sa disposition et nous prêter le plus généreusement
possible à tous ses vouloirs.
|
| |
3-Persévérer
dans l’oraison |
Déjà
deux conditions importantes du succès sont supposées
remplies. On est décidé à préparer
son oraison à s’y activer.
Reste
à y persévérer.
Il
en va de notre atmosphère d’âme comme
de l’atmosphère qui entoure nos corps. Ce
n’est pas toujours le grand soleil. On compte bien
des jours gris, sans parler des périodiques retours
de l’obscurité.
Distinguons
donc les trois cas : oraison consolée, oraison
désolée , oraison calme.
Persévérer
dans la prière quand Dieu console, rien de plus
facile. Nous nous en voudrions d’insister. Signalons
pourtant quelques écueils, qui vont d’ailleurs
non tan à faire abandonner l’oraison qu’à
en diminuer le profit.
Voici
le premier.
Confondre
la consolation sensible avec les vraies touches de recueillement
infus et s’imaginer, parce que l’on a eu des
« goûts » dans l’oraison, que
l’on a été favorisé de grâces
mystiques. Cela peut avoir eu lieu, mais pas toujours.
A ces cas s’applique le conseil de saint Jean de
la Croix. Après avoir dit : Ne vous éloignez
jamais d’une amoureuse attention sur Dieu »,
parole qui ne vient pas ici, à notre sujet, il
ajout, ce qui y vient tout à fait : « Mais
ne désirez d’en obtenir aucune chose singulière.
»
Est-ce
à dire qu’il ne faille pas désirer
l’union la plus grande possible avec Dieu? Si fait.
Mais autre chose pour adopter la division des théologiens,
désirer une plénitude sans cesse de plus
large de la grâce sanctifiante, gratia gratum faciens,
ce qui est tout à fait conseillé, et désirer
bénéficier des grâces « gratuitement
données », gatiae gratis datae, vision, révélations,
etc…, ce qui serait imprudence, Saint Jean de la
Croix fait évidemment allusion à ces dernières.
En
général d’ailleurs, les âmes
aux prise avec les authentiques faveurs mystique sont
loin, surtout au début, de les désirer.
Celles-ci leur font plutôt peur. Au directeur éclairé
de donner confiance s’il voit qu’il a devant
lui une piété solide et de la mystique vraie.
Ces deux éléments réunis sont moins
rares que certains intransigeants ne prétendent
; moins fréquents que certains optimiste n’imaginent.
Autre
écueil de l’oraison consolée : Croire
que Dieu est content parce que soi-même on est satisfait.
Hier, on a été aux prises avec d’obsédantes
distractions ; on a lutté d’ailleurs et courageusement.
On sort de l’oraison sans grand enthousiasme. Aujourd’hui,
l’on a été « au septième
ciel » : consolation d’un bout à l’autre
; très peu d’efforts d’ailleurs, Dieu
faisait tout.
Ce
serait naïveté de conclure : la méditation
d’aujourd’hui est bien supérieur à
celle d’hier. En réalité, la méditation
vaut ce que vaut, au moment, l’intensité
de notre charité, et il est très possible
qu’hier, en lutant, j’ai mis en jeu plus de
charité craie qu’aujourd’hui en recevant,
théoriquement, ce n’est pas l’effort
qui constitue la mesure du mérite, mais la charité.
Pratiquement, la mesure de la charité et donc du
mérite ce sera l’effort.
Le
P. Lancicius, dont nous avons invoqué déjà
le témoignage ; à propos de la préparation
de l’oraison, note très exactement : «
N’avoir trouvé aucune pieuse affection, et
s’accuse, pour autant, d’avoir mal médité,
c’est un scrupule que l’on ne doit pas accepter,»
voici d’après lui ce qui mérite reproche
:
Si avant la méditation nous ne repoussons pas les
pensées étrangères ( 34);
Si dans la méditation nous ne repoussons pas les
distractions au premier avertissement de la conscience
;
Si nous ne méditons pas tout le temps marqué
» si notre posture est insuffisamment respectueuse
et telle que nous rougirions d’être surpris
par une personne spirituelle;
Si nous permettons à nos yeux de regarder ce qui
se passe, à nos oreilles d’écouter
ce qui se dit autour de nous.
Et il conclut ce qui calmera les inquiétudes de
plusieurs et stimulera le zèle de certains : «
Hors de ces cas, la méditation est toujours bonne.
»
A
côté des moments de « consolations
», il faut compter avec la désolation. Elle
constitue la grosse pierre d’achoppement de la plupart
des ferveurs.
Il
importe de connaître le dispositif ordinaire de
Dieu pour la montée des âmes. A l̵ | | |