MON DIEU ET MON TOUT

© + Sr Denise Ermite

Comment toujours prier Raoul Plus s.j.

Comment ‘’ Toujours Prier’’
Principes et pratique de L’Union à Dieu
Apostolat de la prière
Toulouse –9, rue Monplasir 1948

Imprimi potest Tolosae, die 1 octobris 1925
Jh. Demaux-Lagrance
Mihil obstat :
Tolsae, die 2 octobris 1925
F. Cavallera c.d.
Imprimatur
Tolosae, die 2 octobris 1925
J. Delies p.g.

INTRODUCTION

Dieu vit en nous. Toute âme en grâce est porteuse du Très-Haut, porteuse de présence réelle…
C’est un fait, une réalité, une certitude.

En face de ce fait, ou récemment découvert par eux ou depuis longtemps médité, certains pourraient être tentés sont tentés de se dire : « Puisqu’il en va ainsi, puisque Dieu daigne habiter continuellement en moi, moi, je n’ai plus qu’un désir, habiter avec Lui continuellement au fond de moi. Mon idéal sera désormais de ne plus perdre un seul instant la pensée de Dieu. Aussi bien Notre- Seigneur n’a-t-il pas dit : Il fat toujours prier. Je veux faire de ma vie une prière incessante. Aujourd’hui même commençons.»

Qu’y a-t-il de praticable dans un désir ainsi formulé et que comporte-t-il de chimérique ; comment concilier les exigences du « toujours prier avec les nécessités de notre être psychologique et de notre vie courante, les sollicitations bien comprises du monde invisible que nous portons en nous et les impérieuses et légitimes exigences du monde sensible qui nous environne, les attraits d’une vie que l’on aimerait aussi contemplative que possible avec les devoirs de la vie active, d’un mot, comment comprendre le recueillement de façon à concilier à la fois la générosité et la sagesse, voilà et que nous voudrions préciser.

Trois Principes commandent cette mise au point :

Un principe de psychologie :
On ne peut ( sauf exception ) appliquer constamment son esprit à Dieu

Un principe de morale :
Être uni de volonté avec Dieu l’emporte sur être uni de souvenir avec Lui

Un principe d’ascétisme :
Le souvenir fréquent de Dieu aide beaucoup à l’union intime du vouloir avec Dieu.

Oui , si l’on veut, plus brièvement et sans préjuger encore des explications nécessaires :

Toujours penser à Dieu est impossible ;
toujours penser à Dieu n’est pas nécessaire ;
Souvent penser à Dieu est très utile.

Ces trois principes une fois posés, il restera d’indiquer comment
La Pratique d’une vie de parfait recueillement se ramène à ces trois règles :

Bien faire son oraison ;
Faire de tout une oraison ;
Semer en tout de l’oraison.

PREMIÈRE PARTIE

LES PRINCIPES

Chapitre 1

Toujours penser à Dieu est impossible

1-Raisons de cette impossibilité

Une distinction d’où jaillira une grande lumière s’impose dès le début. Il faut se garder de confondre les ACTES de prière et l’état de prière.

Nous préciserons plus loin en quoi consiste l’état de prière. Quant aux actes de prière, personne ne se méprend. Suivant que notre oraison sera vocale ou mentale, nos actes de prière seront ou des paroles précitées de boucher, ou des cris intimes, formulés ou informulés, partant du cœur, des élans, des silences unissants. Dans les deux cas, notre pensée est occupée ou cherche à s’occuper de Dieu.

Nos actes de prière sot des moments d’union cordiale de notre souvenir avec Dieu.

Le problème est celui-ci. Ces moments d’union cordiale de notre souvenir avec Dieu peuvent-ils être à ce point rapprochés qu’ils constituent une trame à peu près continue ? Plus brièvement : Ma pensée peut-elle être sans cesse occupée de Dieu ? Puis-je ne songer qu’à Dieu ?

Non, il y a à cela une double impossibilité. Impossibilité pratique d’abord. Notre devoir d’état nous enjoint une foule d’actes autres que des actes formels de prière ? Ce sera une classe à préparer ou à faire, un travail d’intérieur ou de charité à assurer, une occupation intellectuelle absorbante. Et s’il est vrai qu’au milieu des occupations matérielles, on peut à la rigueur, sans nuire à l’action en cours, songer à autre chose, une occupation même extérieur, dans la majorité des cas et pour la majorité des personnes, absorbe toute activité même intellectuelle. Ainsi le veut notre faiblesse native. Nous essayerons de dire plus loin comment, avec sagesse et méthode, on peut y changer quelques chose`mais le fait est là. Immergés dans le sensible, nous n’avons avec l’Invisible que des rapport difficiles , toujours fragmentaires. Composés que nous sommes de corps et d’esprit, on ne peut nous demander et nul ne doit exiger de lui-même, une vie de pure esprit.

Ce n’est pas sans raison que saint Ignace recommande à qui veut prier avec fruit, de préparer son sujet la veille au soir afin d’ « occuper » la mémoire. Puis de s’en dormir en songeant à la matière de l’oraison ; dès le réveil, se rappeler le sujet préparé et durant la toilette s’en entretenir doucement. Conseil d’un maître en ascétisme, mais tout autant d’une maître en psychologie. Encore, le moment venu de prier, recommande-t-il, si l’on est seul, de ne pas se placer aussitôt à genoux, mais debout à quelque distance, de réfléchir à Dieu Présent ; puis de baiser la terre, pour « humilier la machine », et associer le corps à la religieuse attitude de l’âme.

C’est la préparation prochaine, venant compléter l’œuvre de la préparation lointaine. Il est facile d’appeler cela minutie. Quiconque a cherché sérieusement à faire oraison, n’ignore pas qu’il faut appeler cela sagesse et génial bon sens (3). Venir à l’oraison, comme font certains, juste au sortir d’une action absorbante, et sans transition, puis espérer qu’aussitôt à genoux le silence va exister, les pensées divines abonder, quelle plus grossière illusion. L’homme est tout d’une pièce. Il n’y a pas en lui de cloisons étanches, tout nous-même entre avec nous dans chaque démarche de notre activité. Il faut des prodiges d’habilité pour laisser à la porte ce qu’o ne veut pas agenouiller. Parfois l’on a beau faire : même avec de la bonne volonté, on n’arrive pas à demeurer, durant l’oraison, maître chez soi. A plus forte raison si la volonté prévoyante n'a pas préservé les abords.

En sens inverse, la pratique de l’oraison servira de préparation la meilleur à la vie de recueillement.

Il s’agit d’introduire en nous un lot d’images et d’impressions utiles pour la prière. Rien n’y aidera mieux que l’habitude, chaque jour, d’une prise de contact voulue avec Dieu. Ainsi que le disait si justement la Fondatrice des Oblates du Sacré-Cœur, Louise- Thérèse de Montaignac : « C’est s’habituer à aimer à heures réglées qui attire la bienheureuse habitude de rentrer à toute heure en Dieu.»

Espérer vivre recueillit et ne pas s’adonner à l’oraison, faux calcul et lourde illusion (4). Prier quand on le droit et qu’on le peut, et le faire de son mieux, moyen le meilleur pour apprendre à toujours prier. Il nous faudra y revenir.
Références -1


(1) Les auteurs appellent cette sorte de recueillement, le recueillement infus, pour le distinguer de celui qui est le fruit de nos efforts et qu’ils nomment le recueillement acquis on dira mieux : conquis.
(2) Union transformante ou « mariage spirituel
(3) L’Église, par la pratique de l’eau bénite à l’entrée dans le Temple saint, de la génuflexion, du signe de la Croix, ne cherche pas autre chose : donner à l’âme qui vient du dehors l’impression de la proximité divine.

(4) « On est debout seize heures. On ne trouvera pas un seizième de sa journée ? Quoi ! Il y a vraiment seize choses plus importantes et cela tous les jours ? « Extrait des Dernières pensées, du R.P.Bouillon s.j., ancien Provincial ( Librairie du S.-C. place Bellecour, Lyon). P.72- encoure parlait-il de la méditation d’une demi-heure ou d’un quart d’heure, c’est un trente-deuxième et un soixante –quatrième qu’il faut lire.

Chapitre 2
Toujours penser à Dieu n’est pas nécessaire

1-État de prière et devoir d’état
Dans un excellent opuscule : Direction pour rassurer dans leurs doutes les âmes vouées à la piété, le barnabite Quadrupani observe : « Agir pour Dieu vaut mieux que penser à Dieu. »

Bien comprise, cette composition est des plus justes. Il ne s’agit nullement de décider laquelle est la plus parfaite, de la vie contemplative ou de la vie active. La question est depuis longtemps résolue et se trouve absolument en dehors de la présente étude.

Voici le point. Dans une vie quelle qu’elle soit, contemplative ou non, dans le cloître ou dans le monde peu importe, en dehors du moment consacré comme il convient aux exercices de piété, qu’es t-ce que Dieu demande : est-ce de penser à Lui, ou bien plutôt et avant tout d’agir pour Lui. Est-ce notre cerveau que Dieu réclame ou notre cœur ; notre mémoire ou notre vouloir ?

Sans contredit, notre vouloir, avant tout, et réserve faite du temps de l’oraison où alors notre « agir pour Dieu » est de « penser à Lui », Dieu nous demande en toute occurrence d’agir pour Lui au besoin même, en évitant de penser à Lui, si penser à Lui se trouve, et le cas n’est point chimérique, au détriment de l’« agir pour Lui ».

Un exemple va tout éclairer.

Telle mère de famille se trouve chargée d’impérieux devoirs d’intérieur, enfants nombreux, encore petits, personnel réduit ; nécessité de s’employer elle-même à la bonne marche de la maison. Mal instruite de ses devoirs, la voilà qui, le matin, alors que la sagesse exigerait qu’elle demeurât chez elle et présidât aux soins du ménage, se rende à la messe et s’y répand de longues et d’ailleurs ferventes prières.

Se trouve-t-elle dans la ligne exacte de ce que Dieu lu demande, de ce qu’une spiritualité prudente réclame?

Ou bien , supposons-le, la messe matinale est possible ; mais revenue à son foyer, voilà cette mère de famille tellement absorbée par se goûts de piété qu’elle ne fait rien de bien, les moments de prières se multiplient, les oraisons ou élans s’accumulent, mais aussi les vêtement à réparer, les oublis de toute sorte, les négligences. Qui ne conseillera : moins d’exercices de piété, plus de fidélité au devoir d’état.

Il est clair que dans le cas où le devoir réclame de nous la prière, tout l’effort doit se porter à penser à Dieu le mieux possible.

En dehors de celà, que réclame le devoir ? Que l’action présente soit faire pour Dieu le mieux possible ; qu’en agissant je ne me recherche en rien moi-même, que Dieu seul soit l’objectif dernier que je poursuive ( 5) .

Cette dernière ligne exprime en résumé la théorie exacte du «Toujours prier ».

Toujours parier ne veut point dire, juxtaposer aux exercices de piété. De nouveaux exercices de piété, à un chapelet faire succéder un petit office, puis une lecture, puis une oraison mentale, et ainsi de suite mais vivre dans un état où tout soit « élévation de l’âme vers Dieu ». Personne peut, sous peine de folie rapide, ne faire de sa vie qu’un tissu ininterrompu d’exercices de piété ! Tout le monde doit, sous peine de mettre bien de l’humain dans son existence, vivre en faisant remonter aussi purement que possible à Dieu, son activité entière.

Les actes continus de prière son impossible : l’état continue de prière est souverainement désirable.

Or, l’état de prière consiste dans l’entière pureté d’intention au long du devoir d’état. Je ne puis avoir la pensé sans cesse occupée de Dieu. Je ne dois jamais avoir la volonté orientée vers autres chose que Dieu ( au moins comme but dernier).

Par l’intime fond du vouloir, lui rapporter non toujours explicitement, mais effectivement ce que nous faisons, voilà l’union à Dieu sous une forme à la fois très accessible et très parfaite.

La question reviens donc à ceci : Comment rapporter à Dieu le fond intime du vouloir, tous nos actions ?

C’est le problème de la direction de l’intention.

Il y a bien des manières de diriger vers Dieu son intention :

- Ou bien en songeant à Lui au moment même où l’on agit : intention actuelle.
_Ou bien sans y songer présentement, en agissant sous l’emprise d’une intention antécédemment adoptée et dont l’influence dure encore : invention virtuelle.

-Certains inclinent à penser que l’intention habituelle suffit pour que notre activité soit surnaturellement méritoire. Par le seul fait que l’intentation générale de la vie ne se trouve pas contrariée par un acte positif en sens inverse, la vie garde son cours, sa tendance vers Dieu, sa valeur éternelle.

Avec cette dernière hypothèse, tout acte humain qui n’est pas mauvais s’achemine de soi vers Dieu, est donc un acte montant, une élévation vers Dieu, donc en même temps qu’un acte méritoire, une prière.

Si l’on réclame l’intention virtuelle, la partie reste belle. Dans une âme fervente, tout l’activité est commandée par des mobiles nettement surnaturels, et l’intention virtuelle existe presque toujours.

Donc, dans une vie chrétienne généreuse, si l‘on distingue, d’une part les actes de prière proprement dits, les exercices de piété, d’autre part, les autres manifestations conscientes de l’activité, tout se trouve monter vers Dieu; - ce qui est formellement prière, c’est trop claire ; - ce qui n’a pas formellement prière, tout aussi justement, puisque, d’accord avec la définition : élévation de l’âme vers Dieu.

« C’est désirer de louer Dieu dans toutes les créatures et pour toutes les créatures, en faisant un bon usage d’elles toutes , et les sanctifiant par cet usage, afin qu’IL soit glorifié : bon usage de la lumière et des ténèbres ; bon usage du beau temps et de la pluie ; bon usage du feu et de la glace ; bon usage de tout ce qui est, et à plus forte raison, de soi-même, de ses yeux, de sa langue de s abouche, de ses mains et de ses pieds et de tout son cœur, et à plus forte raison de son âme, de son intelligence… (6).»

Ailleurs, il dit encore :

« Il faut prier pendant le jour, prier pendant la nuit et tout autant de fois qu’on s’éveille : et cette prière perpétuelle ne consiste pas en une perpétuelle tension de l’esprit ; mais plutôt…, ayant prié à ses heures…, on se tient le plus qu’on peut dans un état et de dépendance envers Dieu, en lui exposant son besoin c’est -à-dire en l’y y remettant devant les yeux, sans rien dire, alors comme la terre entr’ouverte et desséchée semble demander la pluie, seulement en exposant au ciel sa sécheresse, ainsi l’âme en exposant ses besoins à Dieu :« Seigneur, semble-t-elle dire, je n’ai pas besoin de vous prier ; mon besoin vous prie, mon indigence vous prie ; ma nécessité vous prie… Ainsi on prie sans prier, et Dieu entend ce langage (7).»

Elle appliquait admirablement cette doctrine, l’âme aimante qui écriait : « J’ai toujours pensé que la nuit, ma meilleure prière est le sommeil… Seulement je ne dors pas tout entière, mon cœur veille auprès du tabernacle, et je prie mon bon ange d’en offrir chaque battement à Notre-Seigneur comme un acte d’amour (8)

Saint Augustin dit de même, expliquant aux fidèles d’Hippone le verset du psaume XXXIV : « Tout le jour, Seigneur, ma langue publiera vos louanges » : Si vous chantez une hymne, vous louez Dieu ( à supposer que le cœur se joigne à la parole ); les chants ont cessé, c’est le moment du repas, gardez-vous des l’excès et vous avez loué Dieu, vous retirez-vous pour prendre votre sommeil ? Ne vous levez pas pour mal faire et vous avez toujours loué Dieu. Vous livrez-vous au commerce ? Point de fraude et vous avez loué Dieu. Êtes-vous cultivateur? Pas de chicane et vous avez encore loué Dieu. Voilà comment, par l’innocence de vos œuvres, vous êtes à même de louer Dieu tout le jour (9).»

Résumons : Est prière tout ce qui monte vers le Très- haut pour l’adorer, le remercier, lui demander pardon et implorer ses grâces tout ce qui monte vers Lui, soit par prière explicite et formelle ( les Actes de prière ) ; soit par prière implicite et virtuelle ( le reste de notre activité sur naturalisées, c’est-à-dire le devoir d’état surnaturellement compris et vécu) (10).

Autrement dit : Nous pouvons prier ou par notre pensé ou par notre vouloir. Par notre pensée : ce sont nos exercices de piété. Par note activité tout entière montant vers Dieu : nos obligations courantes surnaturellement exécutées (11).

L’état de prière c’est le culte du devoir d’état.

2-Notre-Seigneur, modèle de l’état de prière

La théorie paraît claire. Les conséquences ne le sont pas moins.

Se figurer que tout au long de son activité, dans l’hypothèse où elle se trouve pleinement surnaturelle, on ne vit pas uni à Dieu parce qu’on en pense pas à Dieu, c’et se tromper grossièrement. Nous dirons au chapitre suivant comment il est possible et souhaitable de mêler à son « agir pour Dieu » le « penser à Dieu ». Mais il faut, avant tout, bien comprendre que l’actuel « penser à Dieu » n’est point, de soi, réclamé pour le « surnaturellement agir ».

Sinon, il faudrait admettre que seuls seraient « montant vers Dieu » nos actes auxquels se mêleraient explicitement un geste formel de prière, ce qui réduirait notre activité surnaturelle et priante aux seuls « actes » de piété. Il est trop clair que l’on en peut être tout le jour à penser au Seigneur dans quelque coin, les mains jointes ; au demeurant, cela ne se trouve point requis.

Bien mieux, quelquefois, nous l’avons marqué, les actes formels de prière devront céder le pas devant une obligation plus urgente.

D’abord et avant tout, le devoir d’état. L’union de notre vouloir avec la volonté de Dieu, voilà la véritable union à Dieu, voilà la volonté de Dieu ou son désir saintement apprécié par une réflexion sage et suivant un programme approuvé, se trouve que présentement je prie, mon devoir est de prier ; si, actuellement, de laisser la prière pour vaquer à d’autres devoirs, même si ces devoirs très absorbants ne me laisser aucun repos d’esprit pour garder durant ce temps l’union de souvenir avec Dieu mon union à Dieu est parfaite.

La sainteté se trouve là, dans l’union de votre volonté au divin vouloir (12)

Que disait de lui Notre-Seigneur : « Ma nourriture », c’est-à-dire la substance, la moelle même de ma vie, ma raison d’être et d’agir, « c’est-à-dire la volonté du Père ». Et Marie, la créature la plus « Christ », la plus « chrétienne » au sens fort du mot, ne dira pas autre chose , Ancilla Domini.

Nous n’avons rien d’autre à faire ; agir en toute suivant la volonté divine. Il ne nous est pas demandé d’imiter, du Christ, sa naissance dans un mangeoire d’animaux ou sa montée en croix. Il nous est demandé de reproduire en toute la disposition fondamentale de son existence entière, à savoir l’absolue et radicale soumission à tous les vouloirs et désires de son Père.

Le Christ, essentiellement, est cela : Quelqu’un d’égal au Père, qui se fait subordonné pour pouvoir, par son obéissance, réparer la désobéissance originelle, Verbe, il était l’égal. Incarné, il sera l’inférieur.

Toute sa vie se définira : Factus oediens, obediens usque ad mortem, Obéissant, obéissant jusqu’à la mort, trente ans de sa vie il obéit, erat subditus : il était soumis. Le reste du temps, il obéit encore ; Christus non sibi placuit : Le Christ n’a suivi en rien son caprice. C’êut été détourner à son profit quelques chose d’une activité ayant le Père pour centre unique. Nescibatis quia in his quae Patris mei sunt, oportet me esse : Je me dois entièrement aux choses du Père… Il se livre aux « chose du Père » jusqu’au tragique de l’Agonie et du Clavaire. Non mea voluntas sed tua fia., Pas ma volonté, la vôte ! Jusqu’au moment où, remontant à son Père, il peut cesser d’obéir : Counsummatum est. J’ai accompli toute la tâche.

Il faut toujours revenir à cette idée fondamentale. Pour vérifier l’idéal chrétien, chacun de nous doit centrer sa vie de même façon que Notre-Seigneur, ne jamais agir en prenant son caprice pour fin dernière, mais toujours et uniquement, de façon plus ou moins formelle, mais toujours effective, les « choses du Père », la volonté de Dieu (13)

Si tel est en effet « le Christ », chaque chrétien pour mériter réellement son titre « d’autres Christ » devra se faire une réplique, un double, de ce Suprême Obéissant qu’était son Maître, quelqu’un de tellement soumis aux volontés et aux désirs du Père, qu’il ne voit plus en tout que ce que le Père demande : « On m’appellera, disait «Isaïe, dans un de ses plus beaux textes messianiques, on m’appellera : « Ma volonté est en Lui.» Tout chrétien devrait vérifier pour son propre comte, cet idéal de vie du Sauveur-Jésus (14)

Mais cela, pour se vérifier, supposer la mort de l’empressement naturel et du caprice. Le moi relégué à l’arrière-plan, n’ayant rien à dire dans la gouverne de notre vie, ou n’ayant à parler qu’après Dieu et toujours sous sa lumière ; le « moi » réduit à une sujétion judicieuse, à cette obéissance du dedans qui est l’imitation parfaite du Sauveur ; Non quoero voluntatem meam sed ejus qui misit me..(15) Quoe placita sunt ei, facio semper (16). N’était-ce point le conseil que donnait saint Paul à qui voulait reproduire vraiment Jésus Crucifié. Se crucifier avec Jésus-Christ, ce n’est point s’en foncer des clous dans les mains et dans les pieds, mais se plier à cette renonciation absolue qui vaut tous les gibets (17)

Agir pour notre propre caprice, en nous prenant nous-même comme but ultime, ce n’est pas accomplir une action montante, mais au contraire une action « descendantes » ; c’est replier vers soi, vers sa petitesse infime, quelque chose de son activité, se prendre pour centre, sortir de la parfaite initiation du Christ, et cesse d’être uni a vouloir de Dieu, c’est omettre de « prier».

Est-il besoin de faire remarquer que cette doctrine est simplement la mise en exploitation pratique du Fondement que pose saint Ignace dans son livre des Exercices et que osent, car c’est même chose, tous les catéchismes quand ils précisent nos devoirs envers Dieu. « L‘homme est crée pour Dieu. Donc, sa vie, son être, son activité doivent n’avoir que Dieu pour fin dernière. » Dans tout ce que j’ai à exécuter, mêler le moins de « moi» possible, non certes de moi comme cause productive, au contraire, on ne fait jamais trop bien ce que l’on fait mais de « moi » comme mobile dernier d’action. Et cette élévation de toute mon activité vers Dieu, sans aucun mélange de moi, qu’est-ce autre chose que la « prière» parfaite, l’hommage parfait rendu par ma vie à Celui qui a droit à l’hommage de tout ce qui existe absolument. On voit comment, dès les premières réflexions de son petit livre, saint Ignace prépare l’excitant à l’union à Dieu conçue de la plus solide manière.

Autre remarque : la prière parfaite de l’Église, ce sera l’offrande du pain consacré, or, dans l’Hostie, plus rien du pain ; tout st « Jésus-Christ », de même ma vie sera prière parfaite, si en moi il n’y a plus mélange, s’il n’y a plus de « moi», si tout est « Christ», soumission pleine aux vouloirs du Père. (18)

Références -2

(5). Jolie parole de Boudon l’archidiacre d’Évreux : « Je désirerais que tous les chrétiens fusent tous, en la présence de Dieu, en la manière que l’expliquer le P. De Condren. Il disait que c’était toujours être en présence Dieu que de faire ses actions de telle sorte qu’on y faisant réflexion, on ne voulut pas les faire d’une autre manière ni pour d’autres motifs.»

(6)Lette V à la Sr, Cornuau, éd, Vives, t. XXVII, p. 447

(7)Meditations sur l’évangile , 40 et 41ime jours `éd, vives, t, VI, pp.61-62- Voir éalemet BOURDALQUE : Pensé sur la Prière.

(8) 8 Angè de la croix, des Gardiennes adoratrices de l’Eucharistie, dites de Saint-Aignan, p.84 ( Lethielleux).

(9) Enarr, In Ps, XXXIV , 2 serm., P.L. 36-34 S, Bonaventure, plus brièvement , dira : No cessat orare qui non cessat benefacere : « Celui qui agit bien prie constamment ».`et Louis de Blois : Qui semper beneagit, sempter orat, Sancta vita, oratio assidua ; « Bien agir, c’est prier toujours une vie sainte, c’est une prière ininterrompue.»

(10) C’est ce que Notre-Seigneur voulait faire entendre à sainte Gertrude par ces paroles : « Est-ce que tu trouves que l’Époux a moins de plaisir lorsqu’il entretien familièrement et avec tendresse dans la chambre nuptiale son épouse, que lorsqu’il est tout fier de la voir se produire en public dans tout l’éclat de sa parure.» Sainte Gertrude : le Héraut de l’amour divin, t. L. 209

(11) Les associés de l’Apostolat de la Prière savent que la pratique de l’offrande quotidienne n’a pas d’autre but que de les mettre en état de prière.

((12) Illusion, et qui n’est pas rare de mette si bien la contemplation au-dessus de l’action qu’on en vient à oublier qu’au dessus de l’une et de l’autre il y a la volonté de Dieu, que l’une et l’autre sont de simples moyens, et ne doivent pas se confondre avec le but qui est la sainteté… Que Marthe ne se plaigne pas du travail entrepris pour Dieu. Saint François de Sales lui dire qu’il y a une extase des œuvres, laquelle, tout aussi bien que l’extase de l’oraison, mais autrement, nous jette hors de nous-mêmes, en Dieu ! ainsi parle le P. Brou à propos de la Mère Barat écrivant : à une supérieure : « Quand à votre difficulté de vous recueillir et de vous unir à Notre-Seigneur au milieu des occupations si distrayantes qui vous excèdent, ne vous en inquiétez pas ; c’est pour Dieu que vous les supportez, et que d’occasions vous avez de vous renoncer. Certainement, cette vie de sacrifice, de travail, de support du prochain, est bien la meilleure prière que vous puissiez faire, pourvu toutefois que vous éleviez fréquemment votre cœur vers notre nom Maître, et que vous agissiez purement pour Lui,» Brou. : travail et Prière : Saint Mad-Saph. Barat.Beauch.,1925,pp.282 et 181-182.

(13) S’il faut en croire Marie d’Agréda, Notre-Seigneur n’a jamais exercé qu’une seule fois la faculté qu’il avait de choisir, et c’est lorsqu’il a choisi la souffrance. Cité en note dans FABEr : Bethéem,1,p.50, Retaux,5 édit..

(14)Consummata n’avait pas d’autre objectif de sainteté, elle n’est montée si haut, jusqu’ aux sommets, de l’Union divine, que pour être constamment assujettie à cette règle « chrétienne », la vraie règle de la sainteté vraie.

(15) Joan, V.30

(16) Id., VIII,29

(17) Exspoliantes veterem hominem in oedbus suis, Maintenant ( ou chassant ) le vieil homme dans ses limites ( Col., III,9)

(18) Voir dans le Christ –Jésus, les chapitres sur L’Eucharistie,

Chapitre 3

Souvent penser à Dieu est très utile

1-Pas d’état de prière sans renoncement habituel
Voici donc où nous en sommes :

On ne pet toujours penser à Dieu? Ce n’et d’ailleurs pas nécessaire. On peut être constamment uni à Dieu sans penser pour autant constamment à Lui, l’union la seul vraiment requise étant celle de notre volonté avec la volonté; de Dieu.

Quelle est alors l’utilité, prônée par tous les maîtres, de l’exercice de la présence de Dieu ?

Nous allons précisément essayer de la marquer.

Il nous faut en toutes nos actons, disions-nous , une pureté d’intention, donner à notre devoir d’état généreusement pratiqué le maximum d’orientation surnaturelle. Ainsi notre vie, même en dehors des moments voués à la prier, sera une vie priante.

On comprend que pour agir ainsi de façon constante avec une absolue pureté d’intention, pour se rendre assez affranchi du caprice t de l’empressement naturel, pour demeurer maître chez soi, ou plutôt pour Dieu y soit seul Maître et que l’on agisse en tout sous la dépendance du Saint-Esprit, l’habitude d’un regard vers Dieu au moment de se déterminer doive aider puissamment.

Quand Notre-Seigneur va s’employer à quelque action capitale, nous le voyons toujours, dans l’Évangile, s’arrêter un instant, lever les yeux vers son Père ; et après seulement après cette minute de recueillement, vaquer à l’occupation qu’il Il s’est fixées. Et elevatis oculis incoelum, voilà des expressions qui reviennent avec une fréquence bien instructive. Là où le geste ne se traduit par rien d’extérieur, il se trouve dessiné au dedans, sans aucune doute.

L’Idéal est le même pour nous. Cette sujétion constante de l’esprit propre à l’Esprit Saint se trouve singulièrement facilitée du fait que, dans l’âme, l’Esprit Saint mis en bonne place est invité à présider explicitement, officiellement, à toutes les déterminations. Impossible, de pratiquer de la grande manière l’esprit de renoncement sans un profond esprit de recueillement. On ne se soumet de façon radicale à l’Hôte invisible que si l’Hôte invisible est tenue dans une perpétuelle proximité. L’Esprit de mort ne peut régner que si L’Esprit de vie s’en installé en maître sur les ruines et s’il plane sur les eaux.

Celui-là ne consent à chasser les vendeurs du temple que s’Il réalise pratiquement qu’il est un Saint, des Saints ; non une maison de trafic, mais en toute réalité la maison de Dieu.

L’on aboutit ainsi à ces deux propositions lumineuses :

Pas d’absolue dépendance du Saint-Esprit, ce qui est proprement vivre en « Christ », sans entier renoncement, du « moi».
Pas d’entier renoncement, sans un constant esprit de foi, sans l’habitude du silence intérieur, silence tout peuple de divinité.

Plusieurs ne voient pas le lien qu’il y a entre le souvenir du Roi et le service du Roi ; entre le silence intérieur fait, semble-t-il, d’immobilité et le continuel détachement qui est la suprême activité. Il n’est que de bien regarder. Le lien existe, étroite, serré, infrangible. Cherchez une âme recueillie, elle est détachées ; une âme détachée, elle est recueillie. L’expérience est aisée dans la mesure où il est aisé de trouver l’un ou l’autre de ces deux âmes. Trouver l’un ou l’autre, c’est avoir trouvé l’une et l’autre. Qui s’est un jour essayé à pratiquer soit le détachement, soit le recueillement, n’ignore pas qu’il a fait ce jour-là coup double.

2-Pas de renoncement habituel sans constant recueillement

Si pour être pleinement « Christ », pleinement chrétienne, une âme doit vivre sous l’entière dépendance du Saint-Esprit, et si l’on ne vit sous l’entière dépendance du Saint-Esprit qu’à condition de vivre recueilli, il va de soi que le recueillement, compris comme nous avons essayé de le marquer, constitue l’une des plus précieuses vertus que l’on puisse acquérir.

Un des auteurs qui ont le mieux parlé du recueillement, d’un façon brève à la fois et substantielle, le P.Pegmayr, n’hésite pas à dire : « Le chemin le plus court de l’amour parfait, c’est d’avoir Dieu continuellement présent ; car il exclut touts les péchés, et on n’a pas le temps de penser à autre chose, de se plaindre ou de murmurer… La présence de Dieu conduit tôt ou tard à la perfection. »

Ne pas chercher à vivre dans le silence intérieur, c’est renonce à vivre chrétien profondément. La vie chrétienne est une vie de foi, une vie dans l’invisible et pour l’invisible… Qui n’a pas de fréquents rapports avec l’invisible risque de rester toujours sur le seuil de la vraie vie chrétienne.

« Oui, il faut cesser d’habiter le dehors de mon âme et ses enceintes les plus superficielles ; il faut rentrer et pénétrer jusqu’à l’enceinte la plus profonde ; là nous seront au fond de nous-mêmes. Arrivés là, il faut aller plus loin, il faut aller jusqu’a u centre même qui n’est plus nous et qui est Dieu. Là est le Maître… C’est là qu’il peut parfois nous être donné de demeurer chez Lui un jour entier.

» Or, quand une fois in nous aura été donné de passer un jour avec Lui, nous voudrons le suivre partout, toujours, comme ses apôtres, ses disciples et ses serviteurs.

» Oui , Seigneur, lorsqu’il m’aura été donné d’être donné d’être un jour entier près de Vous, je voudrai vous suivre toujours (19)

La solitude, partie des forts. La force, vertu active. Notre silence marque le niveau de notre action (20), Le bruit est la patrie des faibles. La plupart ne cherchent à se divertir que pour se dispenser d’agir. On se perd dans des riens pour ne pas se perdre dans le tout. C’est au milieu du silence de la nuit que le Dieu fort vient au monde (21). Victimes des apparences, nous n’apprécions que c qui fait du bruit. Le silence est le père de ce qui bouge efficacement. Avant de sourdre en chantant, le filet d’eau a troué silencieusement des granits.

On entend bien qu’en recommandant ainsi le silence, c’est du silence intérieur q’il est question, celui qu’il faut imposer à son imagination, à ses sens pour ne pas éte à chaque instant projeté malgré soi, hors de soi.

Si l’on garde perpétuellement le four ouvert, suivant la comparaison de sainte Thérèse, toute la chaleur s’enfuit. Il faut longtemps pour attiédir l’atmosphère, il suffit d’un instant pour que toute la tiédeur s’en aille. Une fissure à la paroi, l’air glacé s’engouffre. Tout est à refaire, à reconquérir.

Une excellente protection de ce silence du dedans est le silence du dehors. Et c’est la raison des grilles et des cloîtres. Mais au milieu même du bruit, chacun peut porter autour de soi une auréole de solitude qu’il ne laisse percer qu’à bon escient.

L’inconvénient n’est point le bruit, mais le bruit inutile ; ce ne sont point les conversations, mais les conversations inutiles ; ce ne son point les occupations, mais les occupations inutiles. En l’espèce, tout ce qui ne sert pas nuit, déplorablement. Donner à l’inutile ce qu’on pourrait donner l’ Essentiel, quelle trahison, et quel contre bons sens !

Il y a deux façons de s’éloigner de Dieu entièrement différents, d’ailleurs, mais à un certain point de vue désastreuses toutes deux, c’est le péché mortel et la distraction : le péché mortel qui rompt objectivement notre union avec Dieu : la distraction volontaire qui la rompt subjectivement ou l’empêche d’être aussi intense qu’elle pourrait être. Il faudrait ne parler que là ou se taire n’est point préférable. L’évangile ne dit pas seulement qu’il nous sera demandé compte d’une parole mauvaise, mais de toute parole oiseuse.

Il faut « tayloriser » sa vie, comme parlent les modernes ; c’est-à-dire e supprimer tout ce qui diminue le rendement ; la vie spirituelle plus que tout le reste, car c’est le plus important Quand on songe à l’intérêt que prennent la plupart des gens à ce qui n’a aucun intérêt, aux bruits de la rue, aux gesticulations de que les pantins, au vide flagrant ou tendancieux de la plupart des imprimés quotidiens, on croit rêver. Quelle félicité tout à coup dans le monde, si, par un hasard inespéré, subitement tous les bruits inutiles s’éteignaient ! Si seulement cessaient de parler ceux qui parlent pour ne rien dire. Quelle délivrance ! Ce serait le paradis. Les cloîtres ne sont qu’ils sont que parce qu’on y apprend à se taire. On n’y réussit pas toujours ; mais du moins on apprend et c’est beaucoup déjà. Ailleurs, on n’apprend même pas. Non que parler ne soit un grand art et la conversation un précieux agrément, le plus précieux peut-être de l’existence. Mais usage n’est point abus. D’aucuns ont réclamé pour fêter l’armistice ou le soldat inconnu, quelques minutes de silence ; ce silence était consécutif à la victoire. Si le monde apprenait à se taire, que de victoire s intérieures seraient consécutives à cette pratique de recueillement. Celui qui garde sa langue, dit saint Jacques (22), celui-là est une manière de saint. Peu d’âmes parfaites parce que peu d’âmes de silence. Silence à la perfection, pas toujours mais souvent . Faites l’expérience, elle vaut la peine. Vous serez étonné du résultat.

Références -3
19) Gratry : Médit, inèdites, pp. 268-269

(20) « Sans cette cellule intérieur, on ne saurait fait grand’chose ni pour soi, ni pour autrui » (P.Surin).

(21) Sur la façon dont Notre-Seigneur a pratiqué le silence : « Le silence a toujours été l’ornement de la grande sainteté… C’est une vie de silence que le Verbe du Père, silencieusement parlé de toute l’éternité, choisit pour lui-même. Toute sa vie humaine, a porté l’empreinte de l’amour du silence. Da son enfance, il a laissé le langage paraître, venir à lui lentement, il a paru l’acquérir comme les autres enfants de sorte qu’à j’aide de ces apparences, il a pu s’abstenir plus longtemps de parler, et différer par là ses colloques avec Marie, Marie aussi et Joseph prirent de lui, par une céleste contagion, l’habitude du silence. Pendant les dix-huit années de la vie cachée, le silence a régné dan la sainte maison de Nazareth. Les paroles frémissaient dans l’air, rares et courtes, semblant à une mélodie qui aurait été trop suave pour que des accents nouveaux vinssent et effacer les premiers, lorsque ceux-ci vivraient encore dans l’oreille qui les écoutait. Dans les trois années de son ministère qui furent consacrée à la parole de l’enseignement, il a parle comme aurait parlé un homme tranquille et ami du silence ou plutôt comme un Dieu qui fait des révélations, puis, dan les Passion, lorsqu’il a eu à enseigner par le magnifique chemin de ses souffrances, le silence a reparu de nouveau comme une ancienne habitude revient au moment de la mort, et il est devenue une fois de plu sen des traits caractéristiques de sa vie .» Faber : Bethléem, 1,112,113 à propos du silence du Verbe au sein de Marie

(22) Qui non offerdit ligua, hic erjectus, est vir ( Ja.,111,2

(23) Il dit encore : Sit homo velox ad audiendum tardus, autem ad loquedum (Jac,m 1,19) Soyez prompts à écouter, lents à parler. On prend d’habitude exactement le contre-pie., Tout le monde parle. Personne n’écoute, notamment Celui qu’il faudrait écouter partout, le Maître intérieur.

19) Gratry : Médit, inèdites, pp. 268-269

(20) « Sans cette cellule intérieur, on ne saurait fait grand’chose ni pour soi, ni pour autrui » (P.Surin).

(21) Sur la façon dont Notre-Seigneur a pratiqué le silence : « Le silence a toujours été l’ornement de la grande sainteté… C’est une vie de silence que le Verbe du Père, silencieusement parlé de toute l’éternité, choisit pour lui-même. Toute sa vie humaine, a porté l’empreinte de l’amour du silence. Da son enfance, il a laissé le langage paraître, venir à lui lentement, il a paru l’acquérir comme les autres enfants de sorte qu’à j’aide de ces apparences, il a pu s’abstenir plus longtemps de parler, et différer par là ses colloques avec Marie, Marie aussi et Joseph prirent de lui, par une céleste contagion, l’habitude du silence. Pendant les dix-huit années de la vie cachée, le silence a régné dan la sainte maison de Nazareth. Les paroles frémissaient dans l’air, rares et courtes, semblant à une mélodie qui aurait été trop suave pour que des accents nouveaux vinssent et effacer les premiers, lorsque ceux-ci vivraient encore dans l’oreille qui les écoutait. Dans les trois années de son ministère qui furent consacrée à la parole de l’enseignement, il a parle comme aurait parlé un homme tranquille et ami du silence ou plutôt comme un Dieu qui fait des révélations, puis, dan les Passion, lorsqu’il a eu à enseigner par le magnifique chemin de ses souffrances, le silence a reparu de nouveau comme une ancienne habitude revient au moment de la mort, et il est devenue une fois de plu sen des traits caractéristiques de sa vie .» Faber : Bethléem, 1,112,113 à propos du silence du Verbe au sein de Marie

(22) Qui non offerdit ligua, hic erjectus, est vir ( Ja.,111,2

(23) Il dit encore : Sit homo velox ad audiendum tardus, autem ad loquedum (Jac,m 1,19) Soyez prompts à écouter, lents à parler. On prend d’habitude exactement le contre-pie., Tout le monde parle. Personne n’écoute, notamment Celui qu’il faudrait écouter partout, le Maître intérieur.

DEUXIÈME PARTIE :
Chapitre 1

Bien faire son oraison


Une légende qu’il faut détruire, c’est que faire oraison est difficile.

Rien de plus simple ; encore faut-il savoir s’y prendre.

Non que nous voulions nier les difficultés de l’oraison difficultés de l’oraison pour le commun d’entre nous, difficultés de l’oraison pour les âmes de prière élevée.

A ces dernières, nous ne nous adressons point dans ce modeste travail. Qu’il nous suffise de renvoyer aux pages dramatiques de saint Jean de la Croix où les laborieux détachements des purifications» successive sont décrits avec l’autorité d’un saint et d’un saint ayant vécu chacune de ces étapes où le Calvaire est voisin du Thabor.

Restent les difficultés pour le commun d’entre nous. Elles proviennent la plupart du temps de ce qu’on manque d’une méthode pour prendre contact avec les réalités du monde invisible, ou bien de ce qu’on manque de courage pour s’activer durant la prière, ou de persévérance pour demeurer devant Dieu dans la sécheresse et le manque de douceur.
Savoir préparer son oraison.
Savoir s’activer à l’Oraison ;
Savoir persévérer dans l’oraison ;
Toute la technique de la prière revient à la mise en application de ces rois formules.

1-Préparer son oraison

Nous avons dans les pages qui précèdent soigneusement distingué deux cas-recueillement qui résulte d’une largesse particulière de Dieu, - recueillement qui résulte de l’effort de l’homme avec l’habituel secours de Dieu.

Il est clair que dans le premier cas, puisque, par hypothèse, c’est Dieu qui fait tout, la part de déploiement humaine pourra être réduite au minimum. La sagesse demandera simplement de ternir en réserve un sujet de conversation au cas où Dieu cesserait d’entretenir l’âme lui-même. Chercher, au cours des communications un Saint-Esprit, à vouloir insérer ses propres réflexions ou questions, en peut que gêner, ne peut en tout cas être bien utile. Puisqu’il y a contact , à quoi bon chercher à le provoquer ; puisque le soleil lui, à quoi bon tourner le bouton électrique ?

Restez tranquille. Écoutez `c qui ne signifie nullement ne rien faire, telles et la règle.

Tout autre se présente le cas du recueillement qui résulte de notre propre travail. Dieu est tout proche mais caché, comme à l’habitude. Il attend de nous, pour se révéler, que nous percions nous-même l’écran qui le voile.

Se mettre à genoux, et attendre sans plus, ce sera souvent attendre en pure perte. Aide-toi, le ciel t’aidera.

Comment s’aider ?

Voici.

La conscience par hypothèse, est à vide ou distraite. Il s’agit d’introduire dans son champ de visées un thème évocateur des réalités invisibles.

De sera :
Ou une idée,
Ou un fait,
Ou un texte.

Une idée.

L’idée de la mort, par exemple. J’ai une mémoire, une intelligence, une volonté. Je mets en exercice, à propos de cette idée, ces trois facultés.

Mémoire ( et imagination) :

Je cherche à me rappeler tout ce que je sais sur la mort, ses circonstances, sa rapidité, son imprévu. Je me représente la scène, l’ensemble, les détails.

Intelligence

On meurt… Donc moi aussi je mourrai… Suis-je mortel, oui ou non ? Oui. Donc je mourrai Moi actuellement si vivant, etc…

Volonté

Puisque je dois mourir, il me faut vivre comme devant mourir, donc comme devant me détacher de tout. Actuellement suis-je détaché?…

Nous avons pris cet exemple. Mlle autres foisonnent… Pour tous on procéderait de même.

Non, qu’on le remarque bien, en vertu de je ne sais quel exercice factice artificiel. Le procédé, si procédé il y a, est celui qu’en empli tout homme raisonnable quand il réfléchit. Il cherche à se souvenir, il lie entre elles par induction ou déduction les données que lui fournit la mémoire et décide en conséquence ce que la raison commande.( 24)

Crier à la mécanisation, c’est oublier que parler est très simple ; mais qu’expliquer comment prononcer voyelles et consonnes ne l’est pas autant.

La théorie du maniement d’armes parait compliqués ; le maniement d’armes est très simple (25)

Cette manière de faire oraison s’appelle la méditation. La méditation, au sens précis du mot, car on emplie encore l’Expression méditation dans un sens plus compréhensif, englobant toutes manières en général de traiter avec Dieu, et comme synonyme d’oraison. On dire : faire sa méditation, c’est-à-dire non pas s’appliquer exclusivement à « l’exercice des trois puissances », mais vaquer à la prière mentale sous quelques forme que ce soit.

Une de ces formes s’appellera la contemplation- ici encore au sens restent du mot, car, pour beaucoup, « contemplation » spécifie l’oraison chez les âmes élevés.

La contemplation, au sens ignatien, est la mise en oeuvre de l’esprit à l’Oraison, non plus en s’aidant d’une idée, mais d’un fait.

Voici par exemple l’Annonciation, ou tel autre récit de la vie de Notre-Seigneur, de la Très Sainte Vierge. Il sera bon, pour ne pas s’encombrer et avoir de l’ordre, de diviser le mystère : Commencement, milieu et fin ; ou bien : avant, pendant, après. Et dans chaque partie, ou chaque point de prendre pour cadre : Personnes, parole, actions.

Annonciation.

Début c’est-à-dire avant l’apparition de l’ange.
Les « Personnes » : une seule, Maire
Et d’abord sa silhouette extérieur…, l’ensemble, quel recueillent… Puis, je détaille :
son front… ses yeux… ses mains… Est-ce difficile , cela ?

Mieux encore, le dedans :

Ses pensées…, son cœur…, etc… Qui n’est pas capable, en s’aidant de ce facile procédé, de pénétrer à l’intime du mystère ?

Les « Paroles » : Aucune… J’écoute ce silence. Je m’y baigne, Non in commotione Dominus, Dieu ne se communique pas ans le bruit. Ne l’ai-je pas moi-même constaté souvent !…

Les « Actions» Aucune… Et je continue, suivant le besoin .
Deuxième point : la venue de Gabriel… Ici, ce seront les « parles».. Je les prends, je les sonde, une à une..

Difficile ! Mais essayez, voyons essayez loyalement, sans vous lisser arrêter au premier effort. Je vous garantis qu si vous préparez vos entretiens avec Dieu et si vous avez le courage de persévérer, l’oraison ne vous paraître plus difficile. Il y a des difficultés dans l’oraison. Elles ne viennes pas de là. Contempler, qu’est-ce autres chose que regarder. Vous savez regarder ?… Eh bien ! ouvrez grand les yeux, ce monde obscur de la foi est plus lumineux que vous n’imaginez. Il en faut que vouloir voir.

Je puis, pour aller à Dieu dans l’oraison, m’aider d’un fait ou d’une idée. Autre moyen, m’aider d’un texte. Un psaume par exemple, une prière usuelle dont on veut revivifier le sens, un verset d’Imitation, ou, pour ceux qui veulent approfondir le mystère de « Dieu en nous » telle ou telle formule prise dans Vivire avec Dieu (26).

Méthode excellente pour débutants ou pour gens fatigués méthode bonne pour tous, à condition que l’on se force à ne plus lire dès qu’on sent monter une réflexion personnelle ou une affection.

Beaucoup de personne qui méditent arrivent à l’oraison sans savoir préparer leur oraison. Nous avons dit plus haut que c’était une erreur psychologique

C’est de plus une indélicatesse (27) Je vais avoir un entretien avec Dieu. Avec Dieu, il importe de le souligner. Avec le Maître de tout. Supposez qu’un grand personnage vienne dans une ville. Croyez-vous que celui qui a mission de le recevoir se dise : « Inutile de rien préparer. Nous en tirerons toujours ! » Appliquez, et avec quel ;a fortiori, au cas qui nous occupe.

2-S’activer à l’Oraison

Même quand on a préparé et qu’on s’est préparé, ne pas croire que le simple fait de se mettre au prie-dieu va nous ouvrir en un instant les trésors du Monde invisible. Les perles ne se donnent pas pour un sou. Il fait s’ingénier, s’appliquer, d’un mot s’activer.

Que dit très exactement les « exercices de piété », et en homme averti, saint Ignace a institué son livre perfectionnement chrétien : les Exercices Spirituels.

En réalité, très peu s’exercent vraiment, c’est-à-dire se force à u travail personnel, durant l’oraison. Pour beaucoup, « faire sa méditation », c’est parcourir d’une manière passive les considérations plus ou moins excitantes ou endormantes de l’auteur.

Il y a quelques livres de méditation bien faits. Il en existe ; il n’en existe pas beaucoup (28). Souvent, les développement son trop longs, trop compliqués, trop littéraires, trop filandreux ; parfois trop ardus, trop abstraits, avec un luxe d’appareil théologique qui rebute, un air renfermé ou archaïque « irréel», diraient les Anglais. D’où réflexion de certains : « Si ma méditation à moi doit consister en une de ces dissertations, je préfère renoncer tout de suite. Jamais je n’arriverai».

Mettons que ceux qui raisonnent ainsi sont trop sévères ; il faut reconnaître que certains manuels de méditation ont contribué pour une part à donner de l’oraison une idée fausse, l’idée de quelques chose de rebutant, d’alambiqué, d’impraticable, qui n’a vraiment qu’un rapport trop lointain avec la définition donnée par Sainte Thérèse : « Un entretien cordial avec Dieu», ou avec la réponse de ce brave homme au curé d’Ars : « Je L’avise et Il m’avise (29).»

Voici pour notre part ce que nous conseillerions ne se servir d’un livre que si vraiment on ne peut faire autrement, la raison pour laquelle on trouve rarement bien composé son manuel de médiations n’est point tant qu’il soit mal rédigé, mais il est rédigé par un autre. Or, rien de plus personnel, que la prière. Ces sentiments que l’auteur me suggère, ils ne me disent rien, je crois bien : ce sont les siens ; ils ne correspondent pas nécessairement avec les vôtres. Pourquoi, à propos du sujet que vous méditez, en appelez-vous aux développements, aux pensées, aux sentiments d’autrui. Autrui a peut-être de bonnes idées. Mais n’y a-t-il pas vous ? Pourquoi ne pas chercher à tirer de vous, ce que lui a tiré de lui ; qui, à lui, a peut-être et sans doute fait du bien mais ne possède avec votre âme à vous, en ce moment, qu’un rapport trop lointain. Si après avoir loyalement cherché à vous exploiter, vous ne trouverez rien, appelez-en à la pensée d’autrui, rien de mieux. Mais la grâce, dites vous assez de crédit à vous-même pour d’abord chercher à tirer de votre propre fond ce que voulez dire à Dieu. (30) !

Un enfant qui veut parler à sa mère, commence-t-il par se jeter sur une bibliothèque pour y chercher un « guide de conversation » ou un « recueil de compliments » ? Non, n’est-ce pas. Il tire de lui-même ses sourires et ses balbutiements ; et la mère se manifeste bien plus contente de ces riens imparfaits que de belles pensées « irréelles» qu’il aurait trouvés dans un texte imprimé.

Ce que nous dirons au bon Maître ne sera pas de Bossuet. Ce n’est pas nécessaire. Mais si nous y mettons tout notre cœur nos pauvres mots trouveront le chemin de la Vie, assurément. Et, pour nous, quel profit autrement plus considérable !.

Puisque sauf attraits différents le sujet-type de nos méditations, au long d’une année, ce sont les mystère de la Vie de Notre-Seigneur, en harmonie avec le développement de la sainte Liturgie, un bon moyen pourrait être de se munir, comme livre de fond pour l’oraison, de l’Évangile, tout simplement. Nous signalons entre beaucoup le petite volume du chanoine Weber : Les Quatre Évangiles en un seul. Il existe des éditons très maniable, occupant peu de place. L’ouvrage présente cet avantage : de donner en un récit unique, évitant les redites, la vie du Sauveur, de diviser d’une façon très claire les différentes parties, et dans les différents parties chaque épisode ou chaque enseignement formant un tout. Avec ce mince volume comme base (31), et la pratique très facile avec un peu d’usage de l’une ou l’autre des méthodes indiquées au paragraphe précédent, à savoir s’il s’agit d’une idée, « l’exercice des trois puissances », s’il s’agit d’un épisode historique, la « contemplation», et s’il s’agit d’un texte, d’exploitation plus ou moins fouillée ou rapide de telle ou telle sentence du bon Maître (32), on a, semble-t-il, tout ce qu’il faut pour parvenir, si vraiment l’on est résolu à s’exercer, à s’activer au lieu de rester passif, à une excellente oraison.

Notons d’ailleurs que s’activer à l’oraison ne veut nullement dire « se mécaniser», pour employer la vilaine expression de certains. Que tels ou tels, par excessif respect pour les méthodes préfèrent se passe au laminoir que de laisser en eux libre jeu au Saint-Esprit, cela prouve non que les méthodes ne valent rien, mais qu’il existe des maladroits. Ne pas juger un usage par des abus.

Il est trop clair que si , ayant sagement préparé son sujet d’oraison, comme nous avons dit que par la sagesse psychologique et par déférence pour le Maître, il convenait de le faire Lui, le Maître, se charge de substituer au sujet préparé par nous un sujet prépare par Lui, la règle est de s’adapter à l’indication d’En-haut et non de s’attacher coûte que coûte à ce qu’on a prévu, ce qu’on prévu doit toujours l’être sous réserve de ce que, de Lui-même, il plairait au Maître intérieur de suggérer, et qui Lui paraît, à Lui, préférable, toujours suivre le Saint-Esprit sans prétendre lui imposer nos façons de faire.

L’activité sera, dans ce cas, non d’insérer maladroitement son texte à soi dans la conversation, mais de laisser place libre à la leçon que Dieu veut donner. L’activité sera de faire taire une activité maladroite. L’activité sera non tant de parler que d’écouter. Il y a des bavards, à l’oraison comme ailleurs. N’en soyons point. S’il plaît au Seigneur d’instruire plus ou moins directement notre âme et sans se soucier de nos préparatifs, ne gênons point son action. Donnons-lui seulement, en intensifiant notre silence intérieur, l’occasion de rien faire entendre tout ce qu’il veut faire entendre, « Fats-toi capacité, je me ferais torrent» disait Notre Seigneur à une âme ( 334) ; ou encore, à sainte Marguerite-Marie : « Mets-toi devant moi comme une toile d’attente.» Fais-toi, mets-toi ; une passivité ainsi entendue est singulièrement active tout à fait de bon la loi.

En résumé, nous exploiter au maximum quand le Saint-Esprit nous laisse à nos propres moyens. Quand il fait mine de vouloir se passer de notre action, nous mettre humblement à sa disposition et nous prêter le plus généreusement possible à tous ses vouloirs.

 

3-Persévérer dans l’oraison

Déjà deux conditions importantes du succès sont supposées remplies. On est décidé à préparer son oraison à s’y activer.

Reste à y persévérer.

Il en va de notre atmosphère d’âme comme de l’atmosphère qui entoure nos corps. Ce n’est pas toujours le grand soleil. On compte bien des jours gris, sans parler des périodiques retours de l’obscurité.

Distinguons donc les trois cas : oraison consolée, oraison désolée , oraison calme.

Persévérer dans la prière quand Dieu console, rien de plus facile. Nous nous en voudrions d’insister. Signalons pourtant quelques écueils, qui vont d’ailleurs non tan à faire abandonner l’oraison qu’à en diminuer le profit.

Voici le premier.

Confondre la consolation sensible avec les vraies touches de recueillement infus et s’imaginer, parce que l’on a eu des « goûts » dans l’oraison, que l’on a été favorisé de grâces mystiques. Cela peut avoir eu lieu, mais pas toujours. A ces cas s’applique le conseil de saint Jean de la Croix. Après avoir dit : Ne vous éloignez jamais d’une amoureuse attention sur Dieu », parole qui ne vient pas ici, à notre sujet, il ajout, ce qui y vient tout à fait : « Mais ne désirez d’en obtenir aucune chose singulière. »

Est-ce à dire qu’il ne faille pas désirer l’union la plus grande possible avec Dieu? Si fait. Mais autre chose pour adopter la division des théologiens, désirer une plénitude sans cesse de plus large de la grâce sanctifiante, gratia gratum faciens, ce qui est tout à fait conseillé, et désirer bénéficier des grâces « gratuitement données », gatiae gratis datae, vision, révélations, etc…, ce qui serait imprudence, Saint Jean de la Croix fait évidemment allusion à ces dernières.

En général d’ailleurs, les âmes aux prise avec les authentiques faveurs mystique sont loin, surtout au début, de les désirer. Celles-ci leur font plutôt peur. Au directeur éclairé de donner confiance s’il voit qu’il a devant lui une piété solide et de la mystique vraie. Ces deux éléments réunis sont moins rares que certains intransigeants ne prétendent ; moins fréquents que certains optimiste n’imaginent.

Autre écueil de l’oraison consolée : Croire que Dieu est content parce que soi-même on est satisfait. Hier, on a été aux prises avec d’obsédantes distractions ; on a lutté d’ailleurs et courageusement. On sort de l’oraison sans grand enthousiasme. Aujourd’hui, l’on a été « au septième ciel » : consolation d’un bout à l’autre ; très peu d’efforts d’ailleurs, Dieu faisait tout.

Ce serait naïveté de conclure : la méditation d’aujourd’hui est bien supérieur à celle d’hier. En réalité, la méditation vaut ce que vaut, au moment, l’intensité de notre charité, et il est très possible qu’hier, en lutant, j’ai mis en jeu plus de charité craie qu’aujourd’hui en recevant, théoriquement, ce n’est pas l’effort qui constitue la mesure du mérite, mais la charité. Pratiquement, la mesure de la charité et donc du mérite ce sera l’effort.

Le P. Lancicius, dont nous avons invoqué déjà le témoignage ; à propos de la préparation de l’oraison, note très exactement : « N’avoir trouvé aucune pieuse affection, et s’accuse, pour autant, d’avoir mal médité, c’est un scrupule que l’on ne doit pas accepter,» voici d’après lui ce qui mérite reproche :

Si avant la méditation nous ne repoussons pas les pensées étrangères ( 34);
Si dans la méditation nous ne repoussons pas les distractions au premier avertissement de la conscience ;
Si nous ne méditons pas tout le temps marqué » si notre posture est insuffisamment respectueuse et telle que nous rougirions d’être surpris par une personne spirituelle;
Si nous permettons à nos yeux de regarder ce qui se passe, à nos oreilles d’écouter ce qui se dit autour de nous.
Et il conclut ce qui calmera les inquiétudes de plusieurs et stimulera le zèle de certains : « Hors de ces cas, la méditation est toujours bonne. »

A côté des moments de « consolations », il faut compter avec la désolation. Elle constitue la grosse pierre d’achoppement de la plupart des ferveurs.

Il importe de connaître le dispositif ordinaire de Dieu pour la montée des âmes. A l̵