MON DIEU ET MON TOUT

© + Sr Denise Ermite

La voie d'Amour auteur P.Séverin Rubéric récollet

Cinq-méditions-sur-les-vertus-de-Jésus Christ

Contenue de la page

Il n’est pas nécessaire de donner ici des méditations sur les vertus théologales, parce qu’il en est question dans toute la suite des ces Exercices. Étant transcendantes, elles doivent se pratiquer en toutes les voies. Quant aux vertus morales, nous nous en teindrons aux principales, auxquelles peuvent se réduire toutes les autres, et qui suffisent à régler toute la vie chrétienne, et religieuse : la prudence, pauvreté, la chasteté, l’humilité et l’obéissance.

Nous montrerons en chacune de ces vertus les quatre degrés donc il a été question aux méditations précédentes.

1- De la Prudence divine de Notre MaîtreJésus-Christ,
et comment nous devons l'imiter.

a- Préparation
b- Considération 1 : De la Prudence de Jésus-Christ et du premier degré que nous en devons avoir à Son exemple.
c- Considération 2 : Du second degré de la Prudence, qui est et de l’exercer contre les goûts humains, à l’imitation je Jésus.
d- Considération 3 : Troisième degré de la Prudence, qui est folie à l’esprit humain
e- Considération 4 : Quatrième degré, Prudence en la Croix de Jésus.


2- De la Pauvreté de Jésus. Comment il la faut aimer et suivre.
a- Préparation
b- Considération 1 : La vertu de la Pauvreté ne peut-être connue, aimée et exercée qu’en regardant le doux Jésus.
c- Considération 2 : Second degré de la vertu de Pauvreté, appelée d’imitation.
d- Considération 3 : Du troisième degré de Pauvreté, appelé de transformation.
e- Considération 4 : Du quatrième degré de la Pauvreté, qui se trouve en la Croix.


3- De la Chasteté de notre Seigneur.
a- Préparation
b- Considération 1 : La Chasteté, tout aimable en notre Seigneur, nous est rendue possible par la grâce.
c- Considération 2 : Du second degré de la Chasteté, qui est l’imitation de celle du Sauveur.
d- Considération 3 : Du Troisième degré de la chasteté, qui est de transformation en l’esprit de Jésus.
e- Considération 4 : Du Quatrième degré de la Chasteté, qui est de l’Exercer en la Croix


4- De l'humilité de Jésus
a- Préparation
b- Considération 1 : L’Humilité n’est admirable et facile que regardé en notre Seigneur, du premier degré de l’Humilité qui est de la comprendre et de la désirer.
c- Considération 2 : Second degré de l’Humilité, qui est d’imiter celle de Jésus dans toute son étendue.
d- Considération 3 : De l’esprit avec lequel le Sauveur a pratiqué l’Humilité, et où se trouve le troisième degré de cette vertu.
e- Considération 4 : Du quatrième degré de l'Humilité, qui est pratique en l’infamie de la Croix.


5- De l'Oobèissance
a- Préparation
b- Considération 1 : L’Obéissance rendue facile et amiable par la vue de celle de Jésus.
c- Considération 2 : De l’étendue de l’Obéissance du Sauveur, pour monter par son imitation au second degré de cette vertu.
d- Considération 3 : Du troisième degré de l’Obéissance, par la transformation en l’Esprit de notre Seigneur.
e- Considération 4 : De l’Obéissance de la Croix qui est le dernier degré.

 

1- De la Prudence divine de Notre MaîtreJésus-Christ,
et comment nous devons l'imiter.
 a- Préparation
Les mêmes actes qu’aux précédentes méditations. Puis tourner la vue de son esprit sur cette admirable Prudence qui assaisonnait et accompagnait toutes les actions de la vie de Notre Seigneur.

Adorer cette Prudence contre toutes divine ; prendre un grand désir de la connaître et de l’entendre comme une grande et excellente perfection de notre Maître. Soumettre son esprit à la lumière divine, demander l’intelligence de cette admirable vertu et l’affection nécessaire pour l’imiter. C’est la première des vertus morales, et Son âme en a été très hautement douée. Il ne l’a pratiqué que pour nous l’enseigner, pour nous en donner l’exemple, nous en assurer le mérite, nous en permettre la perfection, pour que, ayant été toute Sienne, elle devînt nôtre. Car la prudence chrétienne est nécessaire à note salut.

b- Considération 1 :
De la Prudence de Jésus-Christ et du premier degré que nous en devons avoir à Son exemple.

La Prudence chrétienne est une vertu qui nous dispose à choisir toujours ce qui est le plus utile à la gloire de Dieu, le plus conforme à Sa volonté, le plus profitable à notre salut et à notre perfection. C’est à la Prudence de l’esprit, dont parle grand apôtre saint Paul (Rom., 8.) Cette Prudence requiert une double disposition de la volonté :
1- Que par une résolution constante elle soit toujours tournée uniquement vers la gloire de Dieu et l’accomplissement de Sa volonté ;
2- Qu’elle ne se laisse prévenir d’aucune affection à elle-même, à ses intérêt propres, à quelque créature que ce soit

L’entendement, aussi doit posséder deux qualités :
1-Une vive lumière sur Dieu et tout ce qui regarde les chose de Dieu ;
2- Une constance fermeté qui le détermine à se détourner délibérément de toutes imaginations, erreurs, considérations charnelles et mondaines et de toutes raisons simplement humaine.

Si la volonté ne se trouve point dans les dispositions susdites, elle trouvera l’entendement, le rendra ténébreux en ses jugements, ses conseils, et se choix, qui sont les trois actes de Prudence. De même si l’entendement n’a point les qualités dont il a été parlé, il manquera de la lumière nécessaire pour juger, en toute occasion, conformément à la gloire et à la volonté de Dieu. Ce que néanmoins la vraie Prudence demande.

Si la prudence nécessite de si grandes qualités et des dispositions si pures, c’est qu’elle est en réalité une vertu haute et difficile. C’est une grande difficulté en effet, que de faire toujours triompher, par un jugement droit et inébranlable, la gloire et la volonté de Dieu de la gloire et de la volonté du monde, en dépit de toutes les tentations, passions et affections contraires, qui, tentant notre appétit ,inférieur, menacent sans cesse de troubler la sérénité de notre regard intellectuel et de fausser les décision de notre volonté. Ces pourquoi, beaucoup de ceux qui considèreront combien il est difficile d’entrer en possession de cette Prudence chrétienne, se décourageront avant d’avoir fait vers elle le moindre effort. Et il est vrai que toute la doctrine des sages et les grands exemples de prudence qui ont éclaté dans les hommes, n’enlèvent rien aux difficultés que nous rencontrons en cette vertu et qu’ils ne peuvent nous l’apprendre, ni encore moins nous la donner, car elle doit nous venir de Jésus-Christ.

O mon très aimable Jésus, quelle reconnaissance ne Vous devons-nous point, d’être venu au monde tout revêtu de ‘éclat de cette admirable vertu, afin de nous l‘enseigner et de nous la communiquer sans difficulté pour nous !

L’enseignement que Vous nous donnez de la prudence par ces parles admirable : Soyez prudent comme des serpents et simples comme des colombes, est plus claire, plus lumineux et plus fort, plus capable de convaincre notre esprit, que toute la doctrine des sages Vous êtes la vraie Sagesse, c’est Vous seul qui apprenez et donnez la Prudence, Vos l’avez encore divinement enseignée par ces autres paroles que j’adore : Un serviteur doit être fidèle et prudent. Oh, que la fidélité, jointe à la prudence explique bien quelle doit être notre Prudence !

Noter Prudence ne doit point, comme la prudence du monde et de la chair, nous avoir nous-mêmes pour objet, mais Vous seul et Votre gloire, ô notre très unique Maître.

Oh ! que cette Prudence fidèle a été excellemment en vous, puisqu’en aucune de Vos actions vous n’avez jamais cherché que la seul gloire ne Votre Père, et jamais la Vôtre.

Mon âme, regarde et considère l’admirable éclat de cette Prudence, qui resplendit en ton Maître bien-aimé dès Sa naissance et rayonne en toute Sa vie. Contemple le Dieu où il naquit et la manière dont Il choisit ce lieu. Pouvait-il rendre, dès sa venue au monde, plus divinement et plus hautement gloire à son Père ? Il n’avait que doux ans lorsqu’IL se trouve au Temple parmi les docteurs. La Prudence de Ses discours et de Ses paroles étaient si admirable que tout le monde s’en étonnait et l’admirait.

O Prudence humainement divine de mon Jésus, je vous adore et vous admire.

La Prudence de notre Maître est l’exemplaire, le type et la forme de toute vraie Prudence. Hors d’elle on ne peut avoir ni lumière, ni force, ni efficace pour bien discerner, délibérer, juger et choisir.

Qui veut exercer la Prudence chrétienne doucement, facilement, hautement, fortement et éminemment, sans multiplié, agitation, impureté, et de l’amour-propre et du propre esprit choses qui se trouvent ordinairement en la prudence humaine, qu’il l’exerce en regardant la Prudence de notre doux Jésus et la manière en laquelle Il l’a exercée : c’est-à-dire, avec amour et par amour divin. C’est donc ainsi qu’il nous faut pratiquer nous-mêmes, avec amour et par amour de son objet tout aimable qui est :
1- La bonne et douce Prudence divine, archétype de toute notre prudence.
2- La volonté de Dieu et l’amour avec lequel Il désire nous communique, par cette vertu de Prudence, une participation de cette excellente perfection qu’est sa Providence divine.

L’amour de la douce Providence et de la volonté de notre Dieu, doit être tellement le maître de notre Prudence que nous en faisons, jugions, choisissions rien qu’en conformité à cette divine volonté, signifiée par Ses commandements, Ses conseils, ou la conduite et l’approbation de nos Pères spirituels.

O mon unique Maître, je Vous adore en la plénitude de Votre divine Prudence que j’aime. Faites-moi la grâce de la chérir toujours. Je soumets mon esprit à la lumière de cette Prudence ineffable, pour que Vous en reproduisiez en lui les traits et les formes. Rendez-la efficace en moi, je Vous en supplie, afin que je me porte toujours, guidé par sa spirituelle lumière, vers ce qui doit Vous glorifier.

 c- Considération 2 :
Du second degré de la Prudence, qui est de l’exercer contre les goûts humains, à l’imitation de Jésus.

Considérez comment Notre Seigneur très aimable évita la persécution d’Hérode, par une fuite pénible et un long exil en Egypte.

Voilà un moyen très fâcheux, laborieux, contraire à la nature, et qui par-dessus toute témoignait une grande faiblesse. Il avait à Sa portée une infinité d’autres moyens, plus doux, plus aisés, plus honorables.

Pour délivrer la femme adultère et exercer envers elle Sa miséricorde en la défendant. Il pratique un moyen bien étrange, qui Lui tourne à moquerie et à la dérision. Quoi! Il écrit sur le sable comme un enfant, ou un insensé !

Se trouvant en Sa ville de Nazareth, où Il peut Se rendre recommandable par des miracles qui procurent la gloire de son Père, IL n’en veut rien faire, mais Se comporte ici d’une manière toutes différentes qu’il ne fait ailleurs.

Il chasse et renvoie prudemment la Cananéenne et parle à Samaritaine, femme perdue, pauvre et vile. Ces moyens semblent à la raison humaine toute opposés à la fin que notre Maître prétend atteindre ; les sens n’y ont point de part et n’y peuvent rien comprendre.

Considérons en ces actions la Prudence admirable qui les inspire et les tempère ; Prudence toute spirituelle, et supérieur aux sentiments, aux consolations, aux contentements de la nature et de l’esprit propre, dénué de toute recherche de sois-mêmes.

Si nous examinons bien toutes ces actions du Sauveur, et universellement toutes celles dans lesquelles Sa Prudence éclate le plus merveilleusement, si nous y pénétrons par l’amour et l’adoration, nous y trouverons toutes ces qualités très excellemment, héroïquement et admirablement.

La vrai Prudence, spirituelle et chrétienne, ne recherche point le bien ni la consolation des sens et de la nature. Elle ne s’exerce point pour la satisfaction qu’il y a à se conduire selon les lumières de la prudence. Elle ne s’attache point à la délectation que l’esprit y peut prendre en soi-même. Elle en se laisse mouvoir que par la volonté de Dieu et la pensée de Sa gloire mémorisant paisiblement et fortement toutes les considérations humaines.

La vrai Prudence choisit toujours en ses moyens ce qui nous est contraire désagréable, amer, anéantissant quelque chose de notre propriété, plutôt que ce qui nous est favorable, à moins que la gloire de Dieu n’en doive être mieux servie.

Par exemple :

Voilà deux moyens qui servent ou peuvent servir également à la gloire de Dieu, l’un est en même temps convenable à notre propre excellence, il sert nos intérêts propres et ainsi sera pratiquement proportionné à la lumière de notre esprit ; l’autre, au contraire, nous diminuera et ne satisfera point notre entendement. La vrai Prudence choisira le dernier et fuira entièrement, le premier.

Notre Maître en agi ainsi en toutes Ses actions, lesquelles peuvent être considérées et méditées ici tout à l’aise, adorées et admirés chacune en particulier.

O mon doux Maître, que de merveilles de Prudence y trouverons-nous si nous les considérons bien attentivement toutes ! Puisqu’elles sont si admirables, faites que nous en recevions, en les contemplant, un amour fervent et constant pour la suave et magnanime vertu qui les inspira et les dirigea, afin qu’en toutes nos actions désormais, nous choisissions pour Votre gloire ce qui nous anéantira et mortifiera le plus.

Donnez-nous par Votre grâce cette persévérance en la Prudence divine par laquelle nous Vous glorifierons fidèlement.

d- Considération 3 :
Troisième degré de la Prudence, qui est folie à l’esprit humain.
La prudence humaine prend ordinairement pour conductrice la lumière naturelle de notre esprit. La Prudence chrétienne, au contraire, vertu infuse, supérieur à la première, prend pour guide le flambeau de la foi, mais porté par notre esprit, qui tourne souvent, hélas, ce flambeau du côté auquel notre amour-propre penche le plus.

Quand la prudence est montée jusqu’au second degré d’imitation, la lumière de la foi et le flambeau de la Prudence que nous voyons en Jésus-Christ tournent notre nature et notre esprit à ce qui leur répugne, leur est contraire et leur sert de mort. Enfin quand elle monte encore plus avant, elle arrive à opérer l’anéantissement de l’esprit propre : C’est-à-dire que les esprits prudemment naturel ne voit plus goutte aux moyens choisis par cette divine Prudence, au point qu’il est prend pour des folies et des extravagances plutôt que pour des effets de la sagesse et de la Prudence. C’est donc par l’esprit de Jésus-Christ (que possède l’âme sainte arrivée à ce degré de prudence) et, comme par un mouvement divin que se fera ce choix, taxé de folie par l’esprit de l’homme.

Saint Paul reprochait aux Corinthiens leur prudence par ces paroles : vous êtes prudents en Jésus-Christ, mais nous sommes des insensés et des fous, par le même Jésus-Christ.

Ils étaient prudents au premier degré de prudence, qui recherche la gloire de Jésus-Christ, mais ils n’étaient point parvenus au second. Car le désir de cette gloire ne les pressait point, de rechercher la persécution, au contraire, ils la fuyaient ; ni au troisième, puisque, pour cette gloire, ils recherchaient la prudence humaine, la sagesse, l’éloquence et autres moyens que la lumière de l’esprit humain fournit.

Les apôtres et les saints que l’esprit de cette Prudence poussait à des actes réputés folie et qui suscitaient la risée, étaient en ce troisième degré, et l’Apôtre des gentils exhorte tout le monde à cette divine et folle sagesse de Prudence chrétienne : Celui qui est sage, qu’il se fasse fou et insensé, dit-il.

O grand et admirable conseil, qui doit être reçu tout d’abord par ceux qui prêche l’évangile, lequel doit toujours être prêché en l’esprit Jésus-Christ, qui est un esprit de folie pour le monde.

Considérons attentivement l’admirable silence de notre Maître devant Pilate qui s’en étonne, et celui qu’IL tient devant Hérode, qui s’en moque et le prend pour une évidente folie. Pesons bien ce divine silence, tout l’esprit de Jésus-Christ y est enfermé esprit qui donne vie, mouvement, force et sagesse aux choses que l’esprit humaine (qui n’a ni lumières ni discours, ni raison, ni considération ni réflexion aux choses) tient pour ridicules et insensées. Non, l’esprit humaine ne comprend rien à l’esprit Jésus-Christ ; et lorsqu’un homme est possédé de ce divin esprit, il n’a plus qu’à lui apporte sa coopération humble, simple, active, se laissant mouvoir et emporter par son souffle surnaturel.

O mon doux Maître, le monde tout entier, donné à la fausse prudence, ne peut comprendre la Vôtre, qui est parfaite Sagesse, ni la concevoir, et ceux qui suivent trop leurs propres lumières et la multiplicité de leurs raisons et jugements, se rendent incapables de la recevoir. Purifiez-moi donc de tout cela, et animez-moi de vote esprit afin que mon âme vive, et que j’imite Votre folle Sagesse et vous en glorifie à jamais.

e- Considération 4 :
Quatrième degré , Prudence en la Croix de Jésus.
Les Juifs qui crucifiaient Notre Seigneur, Le voyant pâtir crucifiaient Notre Seigneur, Le voyant pâtir cruellement en la Croix, Lui criaient qu’il en descendît, qu’Il reprît Son état premier, et Se guérît Lui-même, puisqu’il en ait guéri et sauvé tant d’autres. Que répondit à cela notre Maître en proie à Ses terribles angoisses et douleurs ? Ne devait-Il point descendre de cet infâme gibet, et, Se sauvant Lui-même, réaliser à la fois et Son propre bien et, la conversion des Juifs, et la gloire de Son Père ? Et pourtant, Il ne l’a point fait !

O grande et admirable Prudence qui Le tient, constatant en Sa Prudence tout livré à Sa grande et divine folie d’amour, pressuré par les angoisses, les contradictions, le scandale, et d’infinies douleurs !

O mon âme, pénètre bien, et entre profondément dans le Cœur du Sauveur, choisissant pour demeurer à la croix, avec tous ses douleurs et sa honte, niant tout ce que eût paru propre à servir la gloire de Son Père, pour y opposer l’ignominie et le scandale d’une si grande folie que la folie de la Croix.

Oh ! Que la Prudence est grande, qui s’exerce ainsi da la mort même de l’esprit propre !

Oh ! Qu’une âme persécutée au dehors par toutes les créatures parce qu’elle prétende abandonner et tenue intérieurement par la main de Dieu sous le rouleau des angoisses et obscurités spirituelles, sera tentée, par la prudence humaine et par la lumière de son esprit, de se tourner vers les créatures pour se les rendre favorable et vers elle-même pour trouver la clarté et fuir la contrainte et la mort de ténèbres spirituelles, sous prétexte de servir plus parfaitement Dieu ! Mais, ô âme, ne le fait point. Oh ! Combien grand est l’état dans lequel tu te trouves ! Ton esprit est en une disposition de Prudence semblable à l’incompréhensible Prudence du Fils de Dieu en la Croix.

Il te suffit, ô âme, en ces angoisses, demeurer sous pression des ténèbres et obscurités par mile quelles Dieu le tien. La lumière divine, Source de toute Prudence, et conduit et te possède en ton fond, alors même que tu ne le vois point.

O mon doux Sauveur, je ne puis qu’admirer Votre divine Prudence ne la Croix et l’admirable imitation que j’en ai trouvé dans les
âmes saintes.


J’adore les secrets de cette mystérieuse et merveilleuse Prudence, incompréhensible à l’homme. Disposez de mon esprit, il est à Vous pour l’éternité des siècles.

Animez-le de Votre Esprit, convertissez-le à votre Sagesse, embrassez-le de ferveur pour l’amoureuse folie de Votre croix.

 

2- De la Pauvreté de Jésus. Comment il la faut aimer et suivre.

a- Préparation

Les mes actes qu’aux précédentes méditations. Puis tourne la vue de l’esprit sur cette vérité : que Jésus, Fils de Dieu, notre souverain Maître, a été pauvre. Abaisser son entendement devant cette vérité afin de la recevoir de Dieu par la sainte lumière de la foi que nous la rend certaine.

Je crois, ô mon unique maître, à votre Pauvreté.

Je soumets mon intelligence à votre divine lumière pour la croire. Toute fois mes ténèbres et ma cécité m’empêchent de pénétrer la moelle et le fond excellent de ce très haut mystère de votre Pauvreté. La faiblesse de mon esprit ne me permet que d’en considérer l’écorce à la lumière de la foi. Et ma volonté portée par affection aux biens terrestres, me ferme l’entré de la connaissance de ce profond secret, et des vrais trésors que renferme cette Pauvreté merveilleuse que Vous choisîtes en partage. C’est pourquoi je supplie votre miséricorde de n’en donnée l’intelligence. Je soumets mon esprit à votre lumière ; je Vous en conjure, dissipez ses ténèbres et guérissez-le de son aveuglement. Je vous offre ma volonté, réchauffez-la, poussez-la à vouloir goûter, savourer et sentir l’exquise saveur de cette sainte Pauvreté.

b- Considération 1 :
La vertu de la Pauvreté ne peut-être connue, aimée et exercée qu’en regardant le doux Jésus.

La vertu de Pauvreté est un renoncement et une désappropriation des possessions, richesses et commodités corporelles, des quelles l’âme se dépouille, se prive, se dépossède, dans l’intention de plaire à Dieu, appuyée sur la Providence divine qu’elle prend pour sa gouvernante, sa pourvoyeuse et sa protectrice.

Cette Pauvreté est très cruelle en soi, absolument contraire à l’inclination e notre nature, tant supérieur qu’inférieure le répugne à notre esprit et à l’affection dépravée de notre volonté propre.

L’inclination naturelle que nous avons à mener une vie facile, exempte de soucis et des travaux, pleine de commodité, où nous ne pâtissions d’aucune besoin, une vie enfin splendide et relevée, nous fait nécessairement désirer avec ardeur la possession des richesses temporelles. Par ailleurs notre esprit, porté par la volonté dépravée à se draper perpétuellement dans sa propre excellence, en peut aimer cette vrai Pauvreté, ni, s’y porter naturellement, car celle-ci rend notre vie vile et abjecte aux yeux de tout le monde. C’est pourquoi les mondains l’appelle une lèpre, en ce qu’elle nous tient éloignés des offices glorieux et des dignités mondaines, amorces de l’ambition et de l’orgueil de l’esprit. Nous ne pouvons l’aimer parce qu’elle m’est notre vie en nécessité d’être aidée et secourue des autres hommes, et ainsi nous humilie et nous abaisse sous eux, nous mettant en quelques sorte à leur merci. Nous ne pouvons l’aimer parce quelle nos expose à pâtir en nos maladies et infirmités, puisque, en raison de notre pauvreté, nous courrons risque d’être privés du nécessaire. Nous ne pouvons laisser parce qu’elle nous rend absolument dépendants de Dieu et de Sa sainte Providence, et par là nous arrache en quelque sore la possession de nous-mêmes, et sèvre notre esprit propre et de toute l’autorité qu’il prétend avoir sur nous, et dont il veut user en régissant à sa guise notre vie corporelle et en poursuivant, comme il l’entend, les biens qu’il croit nous être nécessaires.

C’est pourquoi la nature n’a jamais pu atteindre à la pratique de la vertu de pauvreté. Les hommes peu bien être pauvres, et beaucoup le sont en effet, mais ils ne peuvent aimer ni pratiqué cette vertu de Pauvreté sans la grâce de Jésus.

Quels philosophe païens ont quitté les richesses et embrassé la pauvreté, mais cette pauvreté n’a été qu’un fantôme, une ombre de pauvreté, ils n’en sont jamais connu l’essence, et ils ne sont jamais venue à une pratique parfaite de cette divine vertu, pour la raison très simple ques trois choses qu’il leur eut fallu pour cela leur manquaient, et leur étaient même inconnues :
1- d’embraser la pauvreté dans l’obtention de plaire à Dieu seul et de la Sainte Volonté ;

2- de la choisir pour mener une vie abjecte et humble aux yeux du monde ;

3- de dépouiller entièrement toute préoccupation et tout souci personnels pour dépendre entièrement de Dieu et de la divine Providence.

De ces trois qualités, indispensable à la vie Pauvreté, ils n’en ont aucune. Au contraire, leur seul prétention en la pauvreté n’était que de vivre tout revêtus de leur propre superbe, dans une fausse liberté et tranquillité d’esprit, indépendants des hommes et de toutes choses pour se mieux complaire en eux-mêmes, et, par l’élévation où les portaient l’opinion populaire, tirer de la singularité de leur vie quelque vaine gloire.

Il n’y a dans toute la sagesse humaine, aucune doctrine, aucun enseignement capable de faire priser et embrasser la vrai Pauvreté, ni aucune exemple même par les philosophes réputés les plus âgés qui fasse aimer cette sainte vertu et nous la rende facile.

Il faut tourner les yeux de l’esprit sur notre Jésus, notre Exemplaire et l’Archétype de la sainte Pauvreté. Sa doctrine nous la rend estimable, et toute Sa vie pauvre nous la rend aimable, facile et douce.

La doctrine de Jésus est le porte-flambeau de la Pauvreté. En Son école l’on n’apprend point les moyens de devenir riche, ni d’entrer en crédit par le chemin des richesses. Au contraire, ce ne sont peu claires maximes qui rendent la pauvreté tout éclatante de beauté tandis qu’elles font paraître les richesses temporelles laides, trompeuses et empoisonnées, et montrent les riches sans liberté, sans cœur, sans esprit, sans vie, sans foi et sans salut.

Les richesses paraissent laides à la lumière de la céleste doctrine de Jésus, parce qu’elles ne sont en réalité qu’une noire et épaisse fumée qui offense le yeux de l’esprit : c’est pourquoi Il dit qu’elles sont fausses, mensongères, trompeuses et noire comme les ombres de la nuit, en définitive ce ne sont point richesses, mais carcasses de richesses, mangées de la rouille et de vers ; ce e sont point richesses, mais proies des voleurs et des harpies ; ce ne sont point richesses mais ronces et épines qui piquent et blessent l’âme pour en sucer, comme les sangsues, tout le bon sang de la dévotion, de la piété, de la charité et de la miséricorde.

Jésus-Christ montrer encore les riches sans liberté, car ils sont esclaves, cruellement opprimés par Mammon ; sans cœur, parce qu’ils s’ont dans leurs coffres avec leur trésor, ou dans leurs domaines et leurs maisons sans esprit, parce qu’ils sont fous, insensés, et brutes comme des bêtes ; sans vie, parce qu’en leur abondance la vie ne se trouve point sans foi, parce que qu’ils sont comme hérétiques, païens et infidèles qui en crient point en Dieu, ne Lui confiant point leur vie. Bref, ils sont sans salut, par ce qu’il est impossible que les riches entrer dans le Royaume du ciel.

O mon doux Maître ! ô la grande merveille de votre doctrine, qu’elle nous fasse paraître les riches (qui ont tant d’éclat devant le monde aveugle) comme des forçats sans liberté, sans cours sans esprit, sans âme, sans vie, sans foi, et sans salut ! Oh ! Qui pourrait concevoir le mal qu’il y a d’être sans salut, et d’être (comme les riches qui vivent enfoncés et enseveli sans les richesses) en péril de Vous perdre à jamais ! Oh ! Que ce danger est effroyable ! Danger issu des richesses, qui gît en elles ! Et les riches y sont toujours ! Quoi ! Ne doit-on point plutôt jeter par terre, perdre et abhorrer ces ordures et balayures, plutôt que de perdre, en les ramassant et les retenant, les clairs et riches diamants, les admirables pierres précieuses de Votre grâce de Vous vertus, avec lesquelles nos achèterons Votre gloire et Votre royaume ?

Vous m’enseignez que si je veux être parfait, je dois embraser la sainte Pauvreté, abandonnant toutes les richesses et commodités temporelles.

O mon âme, pèse bien le prix de cette très rare perle, toutes célestes ; la perfection chrétienne enseignée par ton Jésus ; et considère qu’elle ne se peut acheter qu’au prix de toute ce que tu possèdes ; elle vaut le poids de tout dépouillement total. Il faut que la Pauvreté soit la monnaie avec laquelle tu achètes le champ de la perfection, dans lequel est caché le trésor et les immenses richesses de la grâce de Dieu et des vertus chrétiennes.

O mon Jésus, que Votre doctrine est admirable ! Est-il donc certain que les richesses, qui semblent à l’esprit humaine être des moyens très propres à exercer les vertus et à parvenir à la perfection, soient les plus grands obstacles auxquels se puisse heurter l’âme en peine de la sainteté obstacles tels, que non seulement il empêche l’âme d’acquérir ; la perfection, soient la mette même en danger de perdre son salut ? O grande merveille, que la pauvreté qui semble être au monde un si grand mal, soit le fondement de tout bien ! Pauvreté qui semble être stérile et, impuissante à produire quelque vertu que ce soit, devienne la base et l’instrument par excellence de toutes les vertus chrétiennes !

O Pauvreté enseignée par mon Jésus, que tu es belle, agréable de haute prix !

Mais, ô mon âme, si de la doctrine de la Pauvreté, que mon Jésus, t’a donnée, tu passes à la contemplation de Sa vie, comment ne seras-tu point ravie d’amour pour cette sainte vertu ? Car Il l’a Lui-même aimé jusqu'à l’épouser ! Et non seulement dans l’étable et la crèche, au Calvaire et en la Croix sur laquelle Il fut étendu tout nu, mais jusque dans les sacrées entrailles de Sa pauvre mère. Oui, ce fut dès le premier instant de Sa conception qu’Il contracta avec la Pauvreté une étroite alliance, la tenant pour Sa compagne inséra parable durant tout le cours de Sa vie, et jusque dans Son tombeau, qui fut un tombeau emprunté dans lequel Son saint corps fut déposé par charité.

O Jésus, n’êtes-Vous point la source et l’abîme de toutes les richesses ? Comment es-ce donc, qu’étant si riche, Vous Vous soyez fait si pauvre pour l’amour de nous ?

Le Sauveur, en Sa divinité, dit l’apôtre, était et est si riche ! En cette divinité Il est la richesse même. En Son âme Il était riche de la gloire et de la vison de Dieu ; en Son Corps, et en toute Son Humanité. Il avait droit de posséder, dès le premier instant de Sa conception, tous les Royaumes de la terre toute les grands du ciel, toutes les richesses du monde et toutes ses gloires ; mais Il S’est privé et dépouillé de tout cela pour embrasser la sainte Pauvreté, afin de nous mouvoir à aimer et à embrasser une se excellente vertu.

Jésus a choisi l’état de la Pauvreté :

1- Pour exprimer par cette vertu, en Son humanité, une très excellente perfection de la Divinité, dont la pauvreté est comme la vive image : à savoir, loin dépendance souveraine de Dieu à l’égard de toutes ses choses.

Dieu n’a besoin de rien ni de personne, Ilse suffit à Lui-même, Il est par Lui-même la parfaite plénitude, Il excite parfaitement, indépendamment de toutes Ses créatures, et aucune d’elles ne peut rien Lui apporter, ni modifier en quoi que ce soit l’incompréhensible parfaite immobilité de Sa plénitude.

2- Le Sauveur S’est fait pauvre afin de donner à la vertu de Pauvreté, en la pratique Lui-même, Lui Fils de Dieu, une valeur infinie et toute divine ;

3- Il s’est fait pauvre, afin de la chair de la vertu de pauvreté qui resplendiront en Sa personne humaine, archétype, la cause exemplaire et efficiente de celle que nous dévirons pratiquer nous-mêmes.

4- Enfin Il s’est fait pauvre pour nous rendre la Pauvreté très aimable en Lui, qui est l’objet de tout amour.

La première raison pour laquelle Jésus a embrassé la Pauvreté (qui est de nous présenter sous cette figure une de ses perfections divines) nous presse de nous dépouiller de toute chose par la pure force du très haut amour de Dieu et nous faire pauvre pour Le posséder Lui seul, afin de ne nos satisfaire et glorifier que Son ineffable plénitude, abandonnant toute notre vie à Sa très unique et tender Providence comme à notre mère et nous nourricière bien–aimée.
Sans la seconder raison nous trouvons le motif qui doit nouds faire honorer et adorer la Saint Pauvreté de Jésus, et nous presser de la suive comme très haute et d’un prix infinie.

Le troisième raison fortifie notre faiblesse, levant notre âme à pratiquer cette vertu par la puissance de la grâce dérivée de la pauvreté du Sauveur.

La quatrième raison nos amorce, nous transporte, nous ravit tout à fait par l’amour même qu’eut Jésus pour cette radieuse vertu, nous faisant aimer nous-mêmes, à cause de lui, d’un amour qui nous la rende douce, chère et facile.

O mon âme, si ta vie consiste à aimer ton Jésus, ton souverain Dieu, et que tu ne puisses vivre cet amour si tu n’es point Son disciple, écolier en Son école, la seul où s’apprenne ce saint amour ; si par ailleurs, comme Il le dit Lui-même, tu ne peux être Son disciple sans renonce à toutes les choses que tu peux posséder, comment vivras-tu désormais sans en venir à ce renoncement ?

Il est la Fontaine de douceur à laquelle s’abreuvent et se délectent toutes les âmes qui L’aiment. Il n’est rien en Lui que suavité, et si tu trouves en Lui quelque chose qui ne te paraisse point parfaitement savoureux, c’est que ton goût dépravé t’empêche de gouter les délices dont Il est l’intarissable Source.

La sainte Pauvreté surtout est pleine de charmes ravissants, elle qui a été Sa très fidèle épouse, la compagne inséparable de Sa vie, le beau et précieux ornement de Son humanité sainte, la douce et bénigne amorce par laquelle Il a attiré tant d’âmes à l’odeur des suaves parfums de Ses vertus.

O mon unique et très amiable Maître, la Pauvreté regardée ne vous est tout aimable, douce, savoureuse et odoriférante, car bien quand la surface elle me semble dure et amère, sachant pourtant et voyant quelle cache sous son manteau Votre divinité, et les infinies richesses de vos grâces et de Vos douceurs, je ne peux point ne pas laisser ni trouver très douce toute Pauvreté.

O mon Sauveur, sous la nudité de la Pauvreté, c’est Votre divinité que je vois, et dans la Pauvreté des pauvres - pauvreté par laquelle ils sont Vos membres et représente Votre Personne sacrée c’est Vous et Votre pauvreté bénie que mes yeux contemplent, que j’aime que j’honore.

Je veux donc, ô mon Jésus bien-aimé, prendre en moi la sainte Pauvreté, Votre Pauvreté, mon Dieu, renonçant, à Votre exemple, à toutes les richesses et commodités temporelles, par cette Pauvreté que j’embrase, je veux honorer, adorer, imiter la Votre, toute parfaite sublime, ô mon Sauveur, et témoigner que je l’aime, afin que par elle Vous me preniez en piété, et me fiassiez un membre vivant de Votre très saint corps, me rendant participant de Vos grâces de Vos faveurs, et de Votre amour.

O mon Sauveur ayez piété de moi, mes péchés me rendent indigne de Votre miséricorde, cependant j’y recours avec toute la ferveur dont je suis capable, afin que guérissant de mon extrême faiblesse Vous me rendiez par le mérite de Votre très sainte Pauvreté, participant de sa beauté, que j’aimerai et embrasserai, moyennent Votre sainte grâce, pendant tout le cours de ma vie.

c- Considération 2 :
Second degré de la vertu de Pauvreté, appelée d’imitation.
« Les renards ont leur tanière, et les oiseaux du ciel ont leur nid, mais le Fils de l’homme n’a point une pierre où reposer la tête. » Ce sont les paroles même de notre souverain Maître par lesquelles Il témoigne que Sa Pauvreté a été plus grande que celle d’aucune créature, dépassant même celle de l’animal sauvage, dont la forêt et le creux de la terre sont la retraite assurée.

Gand merveille de la mesure, de la hauteur et de l’étendue de cette Pauvreté où l’on trouve à la fois les démarches qui se puissent imaginer en cette vertu.

La première démarche de la vertu de Pauvreté consiste à se dépouiller, pour l’amour de Dieu, des choses superflues à son état et condition, en faveur des pauvres.

Note-Seigneur a exercé très excellemment cette Pauvreté lorsqu’IL fit distribuer aux pauvres, par Sa sainte Mère, non le superflu, mais la totalité des dons offerts par les Mages. De quoi témoignent les deux tourterelles par lesquels Il fut racheté le jour de la purification, et qui éteint l’offrande des très pauvres.

La seconde démarche de la Pauvreté consiste à être privée à ce point des biens terrestres, que l’on doive subvenir à ses nécessités par le travail de ses mains.

Cette Pauvreté-là, notre doux Maître l’a aussi embrassée, exerçant dès l’âge de douze ans, par extrême indigence, avec saint Joseph, Son père adoptif, le vil métier de charpentier.

La troisième démarche de la Pauvreté consiste à se dépouiller non seulement du superflu, mais même du nécessaire, et à renoncer à toute propriété, se contentant du seul usage des choses indispensables. Cette Pauvreté encore resplendit dans la vie de Notre-Seigneur et surtout dans Son enfance. Il n’avait rien en propre, ce doux Enfant Jésus, et souvent même Il du manquer du nécessaire, car Ses parents étaient indigents et travailleurs, et pendant leur exile en Egypte Il dut sans doute plus d’une fois mendier Son pain.

La quatrième démarche de la Pauvreté consiste à ne posséder rien, ni en particulier ni en commun, mais à vivre d’aumône, à mener une vie mendiante, toute dépendante de la charité de ses semblables, ainsi que le fit Notre-Seigneur, avec Ses apôtres, pendant sa vie publique, mendiant Sa subsistance comme le plus grand pauvre, qui fût a monde.

La cinquième démarche de cette Pauvreté du Christ, c’est qu’IL la choisie dès Sa naissance, et avant même Sa naissance, comme un héritage maternel, afin d’en tirer plus d’abjection :

Par amour pour le Père éternel, et par amour pour nous, Jésus embrase cette perfection de Pauvreté qui était de passer aux yeux des hommes comme né misérable et vil ; non pauvre par libre choix, ce qui eût lu Lui apporter encore une certaine estime de la part de quelques-uns mais pauvre par nécessité par condition, né tel, fils d’un artisan, et par conséquent tout pétri d’abjection.

O merveille de la saint Pauvreté du Fils de Dieu ! est-il bien possible que Celui qui est le vrai et naturel héritier du Père éternel, auquel tout l’univers apportaient, Possesseur et Créateur de toutes les richesses et Lui-même la riche infinie, et le trésor parfait Se fasse non seulement pauvre, mais mendiant ?

O mon âme, considère que c’est l’amour qui a ainsi appauvri ton Sauveur ! Oui, s’IL a épousé la Pauvreté et s’IL lui a témoigné pendant toute Sa vie, et dès Sa naissance, une fidélité si rigoureuse et si parfaite, tout cela Il ne l’a fait que pour l’amour de toi.

Il a voulu Se faire Roi des Pauvres, non des riches qui n’aiment que leurs commodités. Si tu prétends Lui rendre amour pour amour, tu aimeras la sublime haute de cette Pauvreté. Tu respecteras cette sainte vertu comme une grande Dame, épouse de ton Roy. Autant que possible, enfin, et de tout ton cœur, tu te porterais l’imiter en chacun de ses degrés.

Sépare donc désormais ton affection de toutes richesses, si tu en possèdes, te défaisant et te dépouillant, selon ta condition et état de vie, de tout ce qui t’es superflu. Que si tu as reçu cette grâce de ton Dieu d’être pauvre et de faire profession de la sainte Pauvreté, chéris ce bonheur très grand, et élève ton cœur au moins en affection, si tu ne le peux en effet au plus haut point de cette Pauvreté, qui est de se dépouiller universellement de tout tant des biens communs, que des particuliers, pour vivre comme les pauvres, en mendiant ta vie, te contentant pour ton usage de te servir des choses les plus viles.

O mon âme, que tu serais proche de ton Sauveur, qui est l’unique Ami de ton cœur, si tu étais monté jusqu’à cette marche !

C’est vous, ô mon Jésus mon trésor et ma vraie Richesse, qui m’attirez par la force de Votre grâce à la hauteur de cette admirable vertu. Oh ! Pour cela posséder avec Vous et Vous en elle, je renonce à toutes les choses et Vous donne toute l’amour de mon cœur.

d- Considération 3 :
Du troisième degré de Pauvreté, appelé de transformation.
La vertu de Pauvreté est très belle et agréable puisqu’elle et la livrée du Fils de Dieu ! C’est une vertu toute divine, plein de contentement, exempte de toutes sollicitude, principe de toutes liberté, affranchissant le cœur d’une infinité de soucis et de soins, source vivre du vrai repose et d’une inaltérable tranquillité, si haute en son excellence que les riches mondains mêmes l’admirent, l’estiment et en font état en ceux qui la professe réellement.

Quand l’esprit humaine, aidé de la grâce, se meurt, par ces raisons tirées de la lumière de la foi, à embraser et à pratiquer la Pauvreté, il acquiert en effet cette divine vertu, mais c’est pour l’exercer de son propre mouvement, et par ce qu’elle satisfait, à sa raison, et non au-dessus de toute raison, par le seul esprit de Jésus-Christ, qui est la vive source de cette vertu : esprit sans lequel on ne peut la posséder parfaitement ;esprit qui anime l’âme bien disposée, la meut, la pousse et la porte toujours à l’exercice de la Pauvreté au-dessus de toute raison et souvent même contre la raison, par la seule et unique foi en la douce Providence divine, et par un désir simple et ardent d’en dépendre à tous moments.

L’âme possédée de l’esprit de Jésus-Christ et mue par lui, ne voit plus la gloire de la Pauvreté, ni l’estime qui lui en peut venir. Elle ne compte plus pour vivre ni sur ses amis, ni sur la complaisance et la charité des riches, ni sur le fruit de son travail. Elle a passé au-dessus de tout cela, elle ne voit plus que la vie de Son très aimable Maître, elle ne connaît plus que la vérité qu’Il lui a enseignée, et sur laquelle se contre tout sa pensée et toute son affection : Ne vous préoccupez ni de ce que vous mangez ni de ce que vous boirez, car votre Père céleste sait que nous avez besoin de ces choses Il vous doit suffire, en toutes vos nécessités, de savoir que vous avez au ciel un Père infiniment tendre, qui connait vos besoins et qui a la puissance et la volonté d’y pourvoir.

Cette âme se livre tout entière très uniquement, à la divine Providence, assurée qu’il lui viendra tout ce dont elle a besoin selon le bon plaisir de son Dieu ; elle s’y tien colée comme un enfant à la mamelle, certaine d’être la fille bien-aimée de cet ineffable Providence, et, se contentant de ce qu’Elle lui donne. Si elle en reçoit abondamment dans ses nécessités, c’est avec le même amour. Si la providence paraît l’abandonner et l’oublier, elle s’y livre plus complètement, s’offrant à Elle par pâtir tout ce qu’aura décidé le bon plaisir de Son doux Maître, persistant, à tout attendre et à tout espérer de Sa main, et à opposer à tous les défiances de la nature et de la raison la divine parole : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parle qui vient de Dieu : car Sa seule volonté peut le garder en vie.

O mon Sauveur, que cette âme est heureuse de ne vivre plus d’elle-même en la vertu de Pauvreté, mais de Votre seul Esprit, qui l’anime et la pousse par parfait héroïsme de cette merveilleuse vertu.

Je Vous offre mon âme, ô mon très claire Soleil, animez-la de Votre Esprit, afin que je n’aime et ne pratique plus la Pauvreté qu’en Vous et par Vous.

e- Considération 4 :
Du quatrième degré de la Pauvreté, qui se trouve en la Croix.
Tant que la Providence pourvoit à tous nos besoins par l’entremise des créatures, nous empêchant de sentir notre indigence, notre nature étant satisfaite, au moins dans ce qui lui est le plus nécessaire, pauvreté en nous apparaît point trop difficile ni trop amère. La difficulté est de demeurer fidèle à sa Pauvreté et de la supporte avec joie, allégresse et reconnaissance lorsque nous pâtissons réellement, lorsqu’à cause d’elle on nous méprise, lorsqu’on nous abandonne, qu’on nous refuse de nous secourir et que nous demeurons seuls privés du nécessaire. Oh ! Alors nous sommes bienheureux ! Cependant il faut aller plus loin encore. Il n’est point tellement malaisé de subir l’indigence avec un cœur content, aussi longtemps que l’on est en bonne santé, et que Dieu enivre l’âme de Ses grâces, de Ses douceurs et de toutes sortes de consolations. Mais lorsque le corps est livré à la maladie et privé de soins et de soulagement, lorsque l’âme est en proie aux angoisses, aux ténèbres, privée de toute consolation, tout entière broyé par les tribulations intérieurs et comme abandonnée de Dieu, ne sachant et ne voyant plus rien sinon qu’au dedans comme au dehors elle est parfaitement pauvre et déchirée par l’indigence, oh ! Alors le vrai pauvre est fidèle, s’il persiste rigoureusement, à observer la sainte Pauvreté, acceptant et, embrasant son dénuement intérieur, le cœur tout livré à ce doux embrassement, résolu à demeurer en cet état aussi longtemps que son Dieu le voudra.

Oh ! Que bienheureux est celui qui en cette tribulation parvient à garder intacte sa joie et à proclamer sa gratitude !

C’est ici l’exercice parfait, de la Pauvreté, en compagnie du Fils de Dieu cloué tout nue sur la croix.

O mon âme, lève les yeux, et considère sur la croix non l’image de la Pauvreté, mais la Pauvreté même. Vois ton Jésus intérieurement abandonnée de son Père, privé de toute consolation, plein d’angoisses en son âme, couvert de plaies et le corps broyés de douleurs, moribond et souffrant d’indigence d’une goutte d’eau !

O Pauvreté pleine de merveilles ! Le Fils de Dieu, le Seigneur de toutes choses, est cloué nu sur la croix. C’est un Agneau écorché qui grille sur le braiser des douleurs !

O mon doux Jésus, les soldats ont divisé let joué Vos vêtements, ils les ont déjà emportés, il ne Vous reste plus rien. Vous mourez non seulement détaché, mais effectivement dénué de toutes choses, sans exception. Vous mourez dans le dépouillement, brisé et déchiré sur la croix abîmée dans les angoisses, la seule richesse que Vous avez voulue.

C’est là l’extrémité de la Pauvreté ! C’est le grand miracle de la Pauvreté, si grand que Vous seul le pouvez accomplir. Je l’adore, ô mon Seigneur, et Vous adore en lui.

Aucune créature ne peut monter si haut ; elle peut bien, par la force de Votre grâce, animée de Votre esprit, mourir dans les douleurs, dans les angoisses et la Pauvreté, mais non dénudé autant que vous, ni privés à ce point de toutes consolation.

O mon Seigneur, que ferai-je, sinon adorer ce somment que je ne puis atteindre, avec un très ardent désir de persévérer toujours, même parmi les dégoûts et apprivoisements intérieurs, en la sainte Pauvreté, jusqu’à la mort. Sans la force de Votre grâce cette fidélité que je veux que je Vous promets m’est impossible : donnez-la moi donc la bonté, ô Vous qui êtes toute ma Richesse, mon Trésor et ma Vie.

3- De la Chasteté de notre Seigneur.
a- Préparation
Les actes accoutumé ; puis tourner toute la pensée sur cette grande vérité divine : Jésus, fils d’une vierge. La croire, l’adorer, avouer notre ignorance (à laquelle les trésors de la pure Chasteté sont cachés), et implorer humblement la lumière divine pour en avoir l’intelligence.
b- Considération 1 :
La Chasteté, tout aimable en notre Seigneur, nous est rendue possible par la grâce.
L’esprit humain est si aveugle, la nature si dépravée et si faible, qu’elle ne peut par sa seule lumière naturelle percevoir l’éclatante beauté, ni par sa seule force attendre à la hauteur de la blanche et angélique Chasteté.

Notre unique Maître nous apprend que tous n’entende point le sens de ce mot : Chasteté, mais seulement ceux qui sont éclairés de la lumière de la foi qui leur est donnée et fortifiés de la grâce que Dieu leur infuses.

La Chasteté comprend une double pureté ; celle du corps et celle de l’esprit.

La pureté du corps signifie une netteté exempte et toute immondice voluptueuse et illicite, et un amortissement de tout mouvement déréglé produit par la concupiscence et qui est en notre chair : concupiscence que le divin Paul appelle « la foi de nos membres. »

L’amortissement et la concupiscence, c’est la soumission de la chair à l’esprit, lequel réprime, par la force de la Chasteté, tous les mouvements désordonnés du corps ; de façon que la pureté du corps signifie et netteté et amortissement ou mortification.

La pureté de l’esprit consiste en deux choses :

1- dans une détestation et un divorce éternel de tout désire impur et de toute affection aux plaisirs sensuel.

2- dans le rejet et le repoussement de toute image, pansée, rêverie et qui provoquent en soi quelque délectation déshonnête, même intérieur et au fond de l’esprit.

Cette mortification, ce renoncement, pour être vraiment la Chasteté chrétienne, doit avoir pour racine le seul plaisir de Dieu à la volonté de Lui conserver note âme nette pour être Son jardin clos, Sa fontaine scellée en laquelle la bourbe de la sale volupté, qui obscurcit tout la lumière de la raison, ne puisse être jetées, de peur qu’elle ne souille le lit nuptial que le Dieu de pureté veut Se préparer en notre âme pendant cette vie, afin d’y reposer en l’éternité.

Ces deux puretés : celle du corps et celle de l’esprit, selon l’étendue que nous leur avons donnée, sont de l’essence de la Chasteté. L’une n’est point séparable de l’autre, et ce n’est point être chaste que de regarder son corps exempt de souillure, si l’on n’en préserve de même son esprit. Et ce n’est point davantage être chaste que de l’être à la manière de quelque anciens qui combattaient en eux-mêmes la concupiscence pour un temps, soit afin de ne tomber point dans l’opprobre, l’avachissement, ou la confusion intérieure que cette impure délectation cause naturellement, soit afin de garder une plus parfaite liberté d’esprit, laquelle leur était nécessaire pour valeur aux sciences et aux spéculations philosophiques.

La vie plus qu’infâme menés par les plus sages temps et les plus grands d’entre eux, selon le reproche que leur en fait saint Paul montre clairement qu’ils n’ont ni compris, ni aimé, ni enseigné, ni pratiqué la vrai Chasteté. Cette leçon était trop haute pour eux. La nature humaine si dépravée ne la leur pouvait point enseigner. Comment ceux-là qui, en effet, ne se tenant point dans les règles de la raison humaine, ne vivaient point comme des hommes, eussent-ils bien vécu comme des anges ? Car vivre chastement, c’est vivre comme si l’on n’avait point de corps, c’est avoir en cette vie mortelle une conversation angélique, ce qui est une chose très rude et difficile, voire même impossible à la chair selon la loi de laquelle nous devons vivre, si la grâce ne vient pas nous délivrer de sa tyrannie. Les philosophes païens n’avaient donc pu goûter la suave odeur de la vrais Chasteté ; la loi du péché avait pris trop d’empire sur eux, faisant servir leur corps d’opprobre et d’infamie à leur esprit, et rendant leur esprit rebelle à Dieu.


Considérez que nous serions en même misère, difficultés et faiblesse que les païens, sans la doctrine et la grâce de notre Médiateur, qui a relevé notre nature de l’opprobre dans lequel le péché l’avait jetée.

O mon âme, médite bien attentivement Sa doctrine, qui embaume tous ceux qui la reçoivent de la très précieuse et incorruptible liqueur de la Chasteté.

Premièrement, concernant la pureté de l’esprit, se pouvait-il rien dire de plus exprès que des deux axiomes de la Chasteté :

Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ! Et plus encore : Celui qui regarda une femme avec convoitise aura déjà péché contre la Chasteté dans son cœur.

Secondement, pour la netteté du corps et l’amortissement de la concupiscence il n’y a lumière si claire ni neige si blanche que admirables paroles :

Il y en a qui se sont tranchés eux-mêmes pour le royaume des cieux. Comme s’IL voulait dire : Ma grâce a été déjà si forte que quelques-uns nonobstant la peine, le travail, la résistance de la chair qu’ils ont eux è endurer pour se résoudre à garde la Chasteté, ont toutefois coupé enfin tout moyen à la chair de s’épancher à jamais dans un aucune plaisir et désordre, et lui ont ôté pour toujours tout pouvoir de se rebeller contre l’esprit jusqu’à choisir (tant le Maître de la Chasteté leur commande d’être exacts en la pureté) d’être éborgnés, de perdre les mains ou les pieds, plutôt que de tomber en la moindre occasion qui les mît en danger d’altérer tant soit peu leur pureté !

O Doctrine digne d’être adressée aux anges ! Il paraît bien que toute la Foi que le Sauveur est venu nous enseigner est très certainement véritable, pour qu’elle est si chaste, et maitresse de toute Chasteté !

Mais, Fils de la Vierge, voulez-Vous donc que des hommes pétris de boue, aspirent par la Chasteté à l’état des anges pour convertir leur âme en un paradis, et rendre leur cœur aussi pur, aussi paisible, aussi tranquille que le royaume des cieux, à la possession duquel ils doivent soupirer par la Chasteté ?

Vous nous dites à tous, ô Maître de Chasteté, que quiconque voudra acquérir le moyen d’emporter le haut et excellent prix proposé à tous les chastes et qui n’est autre que vous-mêmes, Vous l’Époux des vierges, qu’il se hausse au dessus de la charité, et qu’il étende la main pour aller cueillir le beau lys de la Chasteté !

Mais en quel jardin, la blancheur de ce lys admirable se fera-t-elle voir à mes yeux ? Ne sera-ce point, ô la belle Fleur des champs, dans le grand parterre de Votre toute florissante vie ? Oui, oui, toute la vie du Sauveur est une belle et large campagne toute parsemée de fleurs, lesquelles répandent de toutes parts les très précieuses odeurs de la Chasteté et de la pureté, avant tant de suavité que les pâmes qui désirent devenir belles comme des anges, toutes parfumées et enivrés de l’inexprimable douceur de ces parfums, et, toutes ravies de la beauté d’une si admirable Chasteté, courent après Lui, afin de devenir en se lavant dans cette pure Source de pureté, blanches comme neige.

Considérez-Le en Sa naissance. Il prend une chair humaine, dérivée d’une femme, mais d’une femme vierge, afin que dès sa source et son origine cette chair du Verbe tout-puissant fût toute blanche de la pureté virginale de Sa Mère.

Pesez ben ceci : la Chasteté est tellement chère et précieuse au doux Sauveur, que pour la sauvegarder en Sa mère, IL n’a point hésité à violer toutes les lois de la nature, et en Sa conception, et en Sa naissance. Oui, pour enrichir la chair qu’Il devait prendre du pur joyau de la virginité, Il a fait miracle sur miracle ! Et tout, dons Sa conduite, fait paraître qu’IL lui fût doux de soumettre Sa puissance à la Chasteté, puisqu’Il fit, pour la sauver et la consacrer, un si éclatant usage du pouvoir souverain qu’IL avait sur toutes choses.

Sa sagesse ne Se porte point aisément à contrarier les lois que Lui-même a établies. Mais en Sa conception et en Sa naissance, avec quel éclat, quelle majesté, nulle plénitude Il les abolit et les renouvelles ! Ah ! C’est qu’ici il s’agissait de la virginité !

Pensez que pour conserver cette odeur de Chasteté, Il a choisit pour époux à la Vierge, Sa mère, et pour nourricier de Son enfance, un homme qui lui aussi fût vierge. Car Il voulait pouvoir Se promener, tout petit entre la très pur Vierge et saint Joseph, comme au milieu d’une belle allée toute bordée de lys, et Se reposer sur leur sien, comme un tendre agneau, entre les roses de Chasteté jusqu’à l’âge de tente ans, Jésus vit au milieu de ce divin parterre dont toutes les fleurs ne respirent que pureté.

Voyez que le fils de la Vierge ne peut admettre sur Son sien d’autre fleur que saint Jean, Son disciple d’amour, le pur lys de Chasteté !

Considérez que Simon le pharisien, voyant qu’IL se laissait toucher par Magdeleine, Le soupçonna de n’être point prophète, plutôt que de révoquer en doute Sa parfaite Virginité. C’est que Sa blancheur admirable avait ravi toutes les âmes, et même celles de Ses plus cruel ennemies. L’éclat de Sa chair virginale ôtait à l’instant à ceux qui jetaient les yeux sur Lui, toute pensée impure.

La Chasteté est très aimable parce qu’elle est une vie angélique dans un corps mortel, et qu’elle rend les hommes semblables aux anges. La Chasteté purifie l’âme, elle embellit le corps et réjouit le cœur de celui qui la possède, elle est tout riante, toute lumineuse et toute douce. C’est une source vive de toute consolation et liesse ; un havre dans lequel les âmes chastes sont à l’abri des tempêtes et des orages de leurs concupiscences ; un rivage le long duquel les âmes voguent doucement, sans être abattues des flots de la chair

A la Chasteté, seule parmi toutes les vertus morales, appartient l’honneur d’être appelée sanctification, et sainteté. La Chasteté, en effet purifie le corps, comme on nettoie un vase destiné à recevoir une précieuse liqueur, le retirant de l’infamie et de opprobre de l’abominable sensualité, pour le rétablir en sa grandeur primitive ; elle assure la liberté de l’âme, la soustrayant à la tyrannie et aux agitations de la concupiscence, et lui donne des ailles pour monter au ciel. La Chasteté est une rose plantée au milieu du jardin de l’âme, qu’elle embaume tout entière de son suave parfum : elle illumine l’entendement, qu’elle dispose merveilleusement à la science et à la connaissance de la vérité, elle est le divin collyre qui purifie et fortifie l’œil de l’esprit, pour lui faire supporter l’éclat de la gloire de Dieu, elle est enfin la consommation de toute sainteté, sanctifiant, comme dit le divin apôtre, et notre corps et notre esprit.

Ce sont là sans doute d’admirables et fortes raisons, capables de nous rendre chère la Chasteté, mais j’avoue et confesse, ô Fils de la Vierge, qu’elle me sont peu de chose, comparées à cette autre raison que j’ai d’aimer la Chasteté et de m’y porter de toutes mes forces, et qui est que cette suave vertu a embelli Votre corps très pur, le temple de Votre toute -puissance, non comme une vertu angélique ce ne serait point assez, mais comme une perfection divine.

Considérez que la pureté de l’Essence divine et de la Sagesse incérée est très vivement exprimée en la blancheur de la Chasteté virginale de Jésus, pureté de la Sagesse incréée qui est la candeur de la lumière éternelle, pureté qui est infiniment éloignée et distante de toute mélange et du commerce de toute créature. Car quoique Dieu soit la vie et le soutien de toutes Ses créatures, Il est portant aussi distinct d’elles que si elle n’étaient point.

O Pureté essentielle, ô perfection admirable de la nature divine, qui la sépare de toutes mixtion et de toute mélange, de toute union avec les créatures impures ; ô blancheur infinie, comparativement à laquelle celle des séraphins n’est que fumée !

O Chasteté du Fils de la Vierge, puisque vous êtes une image vive de cette candeur éternelle, combien êtes-vous belle et aimable ! Je vous adore.

La vertu de Chasteté, dans le Fils de la Vierge, est aussi une vertu du Fils de Dieu, et par conséquent toutes divines, d’une valeur infinie, et cette vertu ineffable Lui est aussi naturelle que l’eau à la fontaine, laquelle emplit le lit de la source, et en jaillit par le flux de son mouvement propre.

Qui pourrait à présent, contenir ses affections, et, s’il aime Dieu, s’il aime l’ineffable pureté de Son Être, s’il aime Jésus, comment pourrait-il n’aimer point de la Chasteté et ne se point résoudre à l’embraser de tout son cœur ?

Qui, la Chasteté n’est-elle point mère de Jésus, mère de mon amour ? N’est-elle point le joyau précieux de Sa très pure chair ? N’est-elle point la fille de Sa sacrée dilection ? L’amour de Jésus, dans un cœur qui aime bien, engendre la Chasteté, laquelle est la parure et l’ornement dont l’âme doit s’embellir pour se présenter en l’oraison devant son Jésus. C’est la Chasteté qui fournit les roses dont le lit nuptial de l’Épouse doit être jonché.

Une âme souillée de quelque impureté contraire à la Chasteté ne devrait oser paraitre qu’avec une extrême confusion devant les yeux de Jésus-Christ, si avide de Chasteté ! Et une âme qui se porterait, non revêtue de la Chasteté, à embraser, et à baiser le Fils de la Vierge, prétendant à Ses divines familiarités, ou qui aurait la témérité de toucher en cet état la chair virginale de Son Seigneur qui nous est présentée sous les voiles sacrés de l’auguste Sacrement, commettrait un infâme sacrilège, digne de toutes les flammes vengeresse de l’enfer.

O la forte et admirable raison pour aimer la Chasteté ! Je e puis parfaitement aimer mon Jésus, ni me présenter devant Son regard, ni m’approcher de la douce familiarité de Son amour, si je ne possède la Chasteté. O mon âme, si tu osais l’entreprendre, tu serais rebuté rigoureusement et chassée de sa présence, je renonce donc à jamais à l’ignominieuse volupté, afin de préparer dans mon âme, par la Chasteté, un saint tabernacle à la Sagesse éternelle.

Mais quoi, ô fils de la Vierge, comment est-ce que les hommes, vases fragiles, pourront se conserver sans se rompre, contre tant d’obstacles que la chair dresse sous leurs pas ?

O saint Paul, en vos batailles vous recouriez à la grâce de Jésus, disant : « Qui me délivrera de ce corps mortel qui ne tend qu’à l’opprobre et à l’infamie du péché ? »

« Ce sera la grâce de Dieu donnée par Jésus-Christ. » O Fils de la Vierge, qui me fera garder la Chasteté ? Ce sera Votre grâce, ce sera Votre pureté, qui est non seulement l’exemplaire, mais la cause efficiente et très puissante pour produire en nous la Chasteté. Faites-moi cette miséricorde de la rendre efficace en moi.

c- Considération 2 :
Du second degré de la Chasteté, qui est l’imitation de celle du Sauveur.
La doctrine et l’exemple de la Chasteté que le Fils de Vierge a donnés au monde ne s’adressent pas seulement aux prêtres, religieux et autres personnes qui font profession du sacré célibat, et vivent hors de l’état du mariage, mais universellement à tous, mariés et non mariés. Car pour montrer la grande pureté à laquelle tous les chrétiens doivent tendre, la Maître de la Chasteté les compare tous à des Vierges. Et le divin apôtre appelle l’Église : une Vierge chaste et sans tache ».D’où il parait que tous ceux qui sont dans l’Église, même les mariés, doivent être aussi purs que des vierges, vivant en une netteté de corps exempte de toute impureté illicite, et une netteté d’esprit que retirer leur cœur, leur volonté et leur affection de tout plaisir charnel, car c’est ce plaisir animal qui