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Il
n’est pas nécessaire de donner ici des méditations
sur les vertus théologales, parce qu’il en est
question dans toute la suite des ces Exercices. Étant
transcendantes, elles doivent se pratiquer en toutes les voies.
Quant aux vertus morales, nous nous en teindrons aux principales,
auxquelles peuvent se réduire toutes les autres, et
qui suffisent à régler toute la vie chrétienne,
et religieuse : la prudence, pauvreté, la chasteté,
l’humilité et l’obéissance.
Nous montrerons
en chacune de ces vertus les quatre degrés donc il
a été question aux méditations précédentes.
|
| 1-
De la Prudence divine de Notre MaîtreJésus-Christ,
et comment nous devons l'imiter.
a- Préparation
b- Considération 1 : De la Prudence de Jésus-Christ
et du premier degré que nous en devons avoir à
Son exemple.
c- Considération 2 : Du second degré de la Prudence,
qui est et de l’exercer contre les goûts humains,
à l’imitation je Jésus.
d- Considération 3 : Troisième degré de
la Prudence, qui est folie à l’esprit humain
e- Considération 4 : Quatrième degré, Prudence
en la Croix de Jésus.
2-
De la Pauvreté de Jésus. Comment il la faut aimer
et suivre.
a- Préparation
b- Considération 1 : La vertu de la Pauvreté ne
peut-être connue, aimée et exercée qu’en
regardant le doux Jésus.
c- Considération 2 : Second degré de la vertu
de Pauvreté, appelée d’imitation.
d- Considération 3 : Du troisième degré
de Pauvreté, appelé de transformation.
e- Considération 4 : Du quatrième degré
de la Pauvreté, qui se trouve en la Croix.
3- De la Chasteté de notre Seigneur.
a- Préparation
b- Considération 1 : La Chasteté, tout aimable
en notre Seigneur, nous est rendue possible par la grâce.
c- Considération 2 : Du second degré de la Chasteté,
qui est l’imitation de celle du Sauveur.
d- Considération 3 : Du Troisième degré
de la chasteté, qui est de transformation en l’esprit
de Jésus.
e- Considération 4 : Du Quatrième degré
de la Chasteté, qui est de l’Exercer en la Croix
4-
De l'humilité
de Jésus
a- Préparation
b- Considération 1 : L’Humilité n’est
admirable et facile que regardé en notre Seigneur, du
premier degré de l’Humilité qui est de la
comprendre et de la désirer.
c- Considération 2 : Second degré de l’Humilité,
qui est d’imiter celle de Jésus dans toute son
étendue.
d- Considération 3 : De l’esprit avec lequel le
Sauveur a pratiqué l’Humilité, et où
se trouve le troisième degré de cette vertu.
e- Considération 4 : Du quatrième degré
de l'Humilité, qui est pratique en l’infamie de
la Croix.
5-
De l'Oobèissance
a- Préparation
b- Considération 1 : L’Obéissance rendue
facile et amiable par la vue de celle de Jésus.
c- Considération 2 : De l’étendue de l’Obéissance
du Sauveur, pour monter par son imitation au second degré
de cette vertu.
d- Considération 3 : Du troisième degré
de l’Obéissance, par la transformation en l’Esprit
de notre Seigneur.
e- Considération 4 : De l’Obéissance de
la Croix qui est le dernier degré. |
| |
| 1-
De la Prudence divine de Notre MaîtreJésus-Christ,
et comment nous devons l'imiter. |
| a-
Préparation |
Les
mêmes actes qu’aux précédentes méditations.
Puis tourner la vue de son esprit sur cette admirable Prudence
qui assaisonnait et accompagnait toutes les actions de la vie
de Notre Seigneur.
Adorer cette Prudence contre toutes divine ; prendre un grand
désir de la connaître et de l’entendre
comme une grande et excellente perfection de notre Maître.
Soumettre son esprit à la lumière divine, demander
l’intelligence de cette admirable vertu et l’affection
nécessaire pour l’imiter. C’est la première
des vertus morales, et Son âme en a été
très hautement douée. Il ne l’a pratiqué
que pour nous l’enseigner, pour nous en donner l’exemple,
nous en assurer le mérite, nous en permettre la perfection,
pour que, ayant été toute Sienne, elle devînt
nôtre. Car la prudence chrétienne est nécessaire
à note salut.
|
| b-
Considération 1 :
De la Prudence de Jésus-Christ et du premier degré
que nous en devons avoir à Son exemple. |
La
Prudence chrétienne est une vertu qui nous dispose
à choisir toujours ce qui est le plus utile à
la gloire de Dieu, le plus conforme à Sa volonté,
le plus profitable à notre salut et à notre
perfection. C’est à la Prudence de l’esprit,
dont parle grand apôtre saint Paul (Rom., 8.) Cette
Prudence requiert une double disposition de la volonté
:
1- Que par une résolution constante elle soit toujours
tournée uniquement vers la gloire de Dieu et l’accomplissement
de Sa volonté ;
2- Qu’elle ne se laisse prévenir d’aucune
affection à elle-même, à ses intérêt
propres, à quelque créature que ce soit
L’entendement,
aussi doit posséder deux qualités :
1-Une vive lumière sur Dieu et tout ce qui regarde
les chose de Dieu ;
2- Une constance fermeté qui le détermine à
se détourner délibérément de toutes
imaginations, erreurs, considérations charnelles et
mondaines et de toutes raisons simplement humaine.
Si la volonté ne se trouve point dans les dispositions
susdites, elle trouvera l’entendement, le rendra ténébreux
en ses jugements, ses conseils, et se choix, qui sont les
trois actes de Prudence. De même si l’entendement
n’a point les qualités dont il a été
parlé, il manquera de la lumière nécessaire
pour juger, en toute occasion, conformément à
la gloire et à la volonté de Dieu. Ce que néanmoins
la vraie Prudence demande.
Si la prudence nécessite de si grandes qualités
et des dispositions si pures, c’est qu’elle est
en réalité une vertu haute et difficile. C’est
une grande difficulté en effet, que de faire toujours
triompher, par un jugement droit et inébranlable, la
gloire et la volonté de Dieu de la gloire et de la
volonté du monde, en dépit de toutes les tentations,
passions et affections contraires, qui, tentant notre appétit
,inférieur, menacent sans cesse de troubler la sérénité
de notre regard intellectuel et de fausser les décision
de notre volonté. Ces pourquoi, beaucoup de ceux qui
considèreront combien il est difficile d’entrer
en possession de cette Prudence chrétienne, se décourageront
avant d’avoir fait vers elle le moindre effort. Et il
est vrai que toute la doctrine des sages et les grands exemples
de prudence qui ont éclaté dans les hommes,
n’enlèvent rien aux difficultés que nous
rencontrons en cette vertu et qu’ils ne peuvent nous
l’apprendre, ni encore moins nous la donner, car elle
doit nous venir de Jésus-Christ.
O mon très aimable Jésus, quelle reconnaissance
ne Vous devons-nous point, d’être venu au monde
tout revêtu de ‘éclat de cette admirable
vertu, afin de nous l‘enseigner et de nous la communiquer
sans difficulté pour nous !
L’enseignement
que Vous nous donnez de la prudence par ces parles admirable
: Soyez prudent comme des serpents et simples comme des colombes,
est plus claire, plus lumineux et plus fort, plus capable
de convaincre notre esprit, que toute la doctrine des sages
Vous êtes la vraie Sagesse, c’est Vous seul qui
apprenez et donnez la Prudence, Vos l’avez encore divinement
enseignée par ces autres paroles que j’adore
: Un serviteur doit être fidèle et prudent. Oh,
que la fidélité, jointe à la prudence
explique bien quelle doit être notre Prudence !
Noter Prudence ne doit point, comme la prudence du monde et
de la chair, nous avoir nous-mêmes pour objet, mais
Vous seul et Votre gloire, ô notre très unique
Maître.
Oh ! que cette Prudence fidèle a été
excellemment en vous, puisqu’en aucune de Vos actions
vous n’avez jamais cherché que la seul gloire
ne Votre Père, et jamais la Vôtre.
Mon âme, regarde et considère l’admirable
éclat de cette Prudence, qui resplendit en ton Maître
bien-aimé dès Sa naissance et rayonne en toute
Sa vie. Contemple le Dieu où il naquit et la manière
dont Il choisit ce lieu. Pouvait-il rendre, dès sa
venue au monde, plus divinement et plus hautement gloire à
son Père ? Il n’avait que doux ans lorsqu’IL
se trouve au Temple parmi les docteurs. La Prudence de Ses
discours et de Ses paroles étaient si admirable que
tout le monde s’en étonnait et l’admirait.
O Prudence humainement divine de mon Jésus, je vous
adore et vous admire.
La Prudence de notre Maître est l’exemplaire,
le type et la forme de toute vraie Prudence. Hors d’elle
on ne peut avoir ni lumière, ni force, ni efficace
pour bien discerner, délibérer, juger et choisir.
Qui
veut exercer la Prudence chrétienne doucement, facilement,
hautement, fortement et éminemment, sans multiplié,
agitation, impureté, et de l’amour-propre et
du propre esprit choses qui se trouvent ordinairement en la
prudence humaine, qu’il l’exerce en regardant
la Prudence de notre doux Jésus et la manière
en laquelle Il l’a exercée : c’est-à-dire,
avec amour et par amour divin. C’est donc ainsi qu’il
nous faut pratiquer nous-mêmes, avec amour et par amour
de son objet tout aimable qui est :
1- La bonne et douce Prudence divine, archétype de
toute notre prudence.
2- La volonté de Dieu et l’amour avec lequel
Il désire nous communique, par cette vertu de Prudence,
une participation de cette excellente perfection qu’est
sa Providence divine.
L’amour de la douce Providence et de la volonté
de notre Dieu, doit être tellement le maître de
notre Prudence que nous en faisons, jugions, choisissions
rien qu’en conformité à cette divine volonté,
signifiée par Ses commandements, Ses conseils, ou la
conduite et l’approbation de nos Pères spirituels.
O
mon unique Maître, je Vous adore en la plénitude
de Votre divine Prudence que j’aime. Faites-moi la grâce
de la chérir toujours. Je soumets mon esprit à
la lumière de cette Prudence ineffable, pour que Vous
en reproduisiez en lui les traits et les formes. Rendez-la
efficace en moi, je Vous en supplie, afin que je
me porte toujours, guidé par sa spirituelle lumière,
vers ce qui doit Vous glorifier.
|
| c-
Considération 2 :
Du second degré de la Prudence, qui est de l’exercer
contre les goûts humains, à l’imitation de
Jésus. |
Considérez
comment Notre Seigneur très aimable évita la
persécution d’Hérode, par une fuite pénible
et un long exil en Egypte.
Voilà un moyen très fâcheux, laborieux,
contraire à la nature, et qui par-dessus toute témoignait
une grande faiblesse. Il avait à Sa portée une
infinité d’autres moyens, plus doux, plus aisés,
plus honorables.
Pour
délivrer la femme adultère et exercer envers
elle Sa miséricorde en la défendant. Il pratique
un moyen bien étrange, qui Lui tourne à moquerie
et à la dérision. Quoi! Il écrit sur
le sable comme un enfant, ou un insensé !
Se
trouvant en Sa ville de Nazareth, où Il peut Se rendre
recommandable par des miracles qui procurent la gloire de
son Père, IL n’en veut rien faire, mais Se comporte
ici d’une manière toutes différentes qu’il
ne fait ailleurs.
Il
chasse et renvoie prudemment la Cananéenne et parle
à Samaritaine, femme perdue, pauvre et vile. Ces moyens
semblent à la raison humaine toute opposés à
la fin que notre Maître prétend atteindre ; les
sens n’y ont point de part et n’y peuvent rien
comprendre.
Considérons
en ces actions la Prudence admirable qui les inspire et les
tempère ; Prudence toute spirituelle, et supérieur
aux sentiments, aux consolations, aux contentements de la
nature et de l’esprit propre, dénué de
toute recherche de sois-mêmes.
Si
nous examinons bien toutes ces actions du Sauveur, et universellement
toutes celles dans lesquelles Sa Prudence éclate le
plus merveilleusement, si nous y pénétrons par
l’amour et l’adoration, nous y trouverons toutes
ces qualités très excellemment, héroïquement
et admirablement.
La
vrai Prudence, spirituelle et chrétienne, ne recherche
point le bien ni la consolation des sens et de la nature.
Elle ne s’exerce point pour la satisfaction qu’il
y a à se conduire selon les lumières de la prudence.
Elle ne s’attache point à la délectation
que l’esprit y peut prendre en soi-même. Elle
en se laisse mouvoir que par la volonté de Dieu et
la pensée de Sa gloire mémorisant paisiblement
et fortement toutes les considérations humaines.
La
vrai Prudence choisit toujours en ses moyens ce qui nous est
contraire désagréable, amer, anéantissant
quelque chose de notre propriété, plutôt
que ce qui nous est favorable, à moins que la gloire
de Dieu n’en doive être mieux servie.
Par exemple :
Voilà deux moyens qui servent ou peuvent servir également
à la gloire de Dieu, l’un est en même temps
convenable à notre propre excellence, il sert nos intérêts
propres et ainsi sera pratiquement proportionné à
la lumière de notre esprit ; l’autre, au contraire,
nous diminuera et ne satisfera point notre entendement. La
vrai Prudence choisira le dernier et fuira entièrement,
le premier.
Notre Maître en agi ainsi en toutes Ses actions, lesquelles
peuvent être considérées et méditées
ici tout à l’aise, adorées et admirés
chacune en particulier.
O
mon doux Maître, que de merveilles de Prudence y trouverons-nous
si nous les considérons bien attentivement toutes !
Puisqu’elles sont si admirables, faites que nous en
recevions, en les contemplant, un amour fervent et constant
pour la suave et magnanime vertu qui les inspira et les dirigea,
afin qu’en toutes nos actions désormais, nous
choisissions pour Votre gloire ce qui nous anéantira
et mortifiera le plus.
Donnez-nous
par Votre grâce cette persévérance en
la Prudence divine par laquelle nous Vous glorifierons fidèlement.
|
| d-
Considération 3 :
Troisième degré de la Prudence, qui est folie
à l’esprit humain. |
La
prudence humaine prend ordinairement pour conductrice la lumière
naturelle de notre esprit. La Prudence chrétienne, au
contraire, vertu infuse, supérieur à la première,
prend pour guide le flambeau de la foi, mais porté par
notre esprit, qui tourne souvent, hélas, ce flambeau
du côté auquel notre amour-propre penche le plus.
Quand la prudence est montée jusqu’au second
degré d’imitation, la lumière de la foi
et le flambeau de la Prudence que nous voyons en Jésus-Christ
tournent notre nature et notre esprit à ce qui leur
répugne, leur est contraire et leur sert de mort. Enfin
quand elle monte encore plus avant, elle arrive à opérer
l’anéantissement de l’esprit propre : C’est-à-dire
que les esprits prudemment naturel ne voit plus goutte aux
moyens choisis par cette divine Prudence, au point qu’il
est prend pour des folies et des extravagances plutôt
que pour des effets de la sagesse et de la Prudence. C’est
donc par l’esprit de Jésus-Christ (que possède
l’âme sainte arrivée à ce degré
de prudence) et, comme par un mouvement divin que se fera
ce choix, taxé de folie par l’esprit de l’homme.
Saint
Paul reprochait aux Corinthiens leur prudence par ces paroles
: vous êtes prudents en Jésus-Christ, mais nous
sommes des insensés et des fous, par le même
Jésus-Christ.
Ils
étaient prudents au premier degré de prudence,
qui recherche la gloire de Jésus-Christ, mais ils n’étaient
point parvenus au second. Car le désir de cette gloire
ne les pressait point, de rechercher la persécution,
au contraire, ils la fuyaient ; ni au troisième, puisque,
pour cette gloire, ils recherchaient la prudence humaine,
la sagesse, l’éloquence et autres moyens que
la lumière de l’esprit humain fournit.
Les apôtres et les saints que l’esprit de cette
Prudence poussait à des actes réputés
folie et qui suscitaient la risée, étaient en
ce troisième degré, et l’Apôtre
des gentils exhorte tout le monde à cette divine et
folle sagesse de Prudence chrétienne : Celui qui est
sage, qu’il se fasse fou et insensé, dit-il.
O
grand et admirable conseil, qui doit être reçu
tout d’abord par ceux qui prêche l’évangile,
lequel doit toujours être prêché en l’esprit
Jésus-Christ, qui est un esprit de folie pour le monde.
Considérons attentivement l’admirable silence
de notre Maître devant Pilate qui s’en étonne,
et celui qu’IL tient devant Hérode, qui s’en
moque et le prend pour une évidente folie. Pesons bien
ce divine silence, tout l’esprit de Jésus-Christ
y est enfermé esprit qui donne vie, mouvement, force
et sagesse aux choses que l’esprit humaine (qui n’a
ni lumières ni discours, ni raison, ni considération
ni réflexion aux choses) tient pour ridicules et insensées.
Non, l’esprit humaine ne comprend rien à l’esprit
Jésus-Christ ; et lorsqu’un homme est possédé
de ce divin esprit, il n’a plus qu’à lui
apporte sa coopération humble, simple, active, se laissant
mouvoir et emporter par son souffle surnaturel.
O
mon doux Maître, le monde tout entier, donné
à la fausse prudence, ne peut comprendre la Vôtre,
qui est parfaite Sagesse, ni la concevoir, et ceux qui suivent
trop leurs propres lumières et la multiplicité
de leurs raisons et jugements, se rendent incapables de la
recevoir. Purifiez-moi donc de tout cela, et animez-moi de
vote esprit afin que mon âme vive, et que j’imite
Votre folle Sagesse et vous en glorifie à jamais.
|
| e-
Considération 4 :
Quatrième degré , Prudence en la Croix de Jésus. |
Les
Juifs qui crucifiaient Notre Seigneur, Le voyant pâtir
crucifiaient Notre Seigneur, Le voyant pâtir cruellement
en la Croix, Lui criaient qu’il en descendît, qu’Il
reprît Son état premier, et Se guérît
Lui-même, puisqu’il en ait guéri et sauvé
tant d’autres. Que répondit à cela notre
Maître en proie à Ses terribles angoisses et douleurs
? Ne devait-Il point descendre de cet infâme gibet, et,
Se sauvant Lui-même, réaliser à la fois
et Son propre bien et, la conversion des Juifs, et la gloire
de Son Père ? Et pourtant, Il ne l’a point fait
!
O grande et admirable Prudence
qui Le tient, constatant en Sa Prudence tout livré
à Sa grande et divine folie d’amour, pressuré
par les angoisses, les contradictions, le scandale, et d’infinies
douleurs !
O mon âme, pénètre
bien, et entre profondément dans le Cœur du Sauveur,
choisissant pour demeurer à la croix, avec tous ses
douleurs et sa honte, niant tout ce que eût paru propre
à servir la gloire de Son Père, pour y opposer
l’ignominie et le scandale d’une si grande folie
que la folie de la Croix.
Oh ! Que la Prudence est
grande, qui s’exerce ainsi da la mort même de
l’esprit propre !
Oh ! Qu’une âme
persécutée au dehors par toutes les créatures
parce qu’elle prétende abandonner et tenue intérieurement
par la main de Dieu sous le rouleau des angoisses et obscurités
spirituelles, sera tentée, par la prudence humaine
et par la lumière de son esprit, de se tourner vers
les créatures pour se les rendre favorable et vers
elle-même pour trouver la clarté et fuir la contrainte
et la mort de ténèbres spirituelles, sous prétexte
de servir plus parfaitement Dieu ! Mais, ô âme,
ne le fait point. Oh ! Combien grand est l’état
dans lequel tu te trouves ! Ton esprit est en une disposition
de Prudence semblable à l’incompréhensible
Prudence du Fils de Dieu en la Croix.
Il te suffit, ô âme,
en ces angoisses, demeurer sous pression des ténèbres
et obscurités par mile quelles Dieu le tien. La lumière
divine, Source de toute Prudence, et conduit et te possède
en ton fond, alors même que tu ne le vois point.
O mon doux Sauveur, je ne puis qu’admirer Votre divine
Prudence ne la Croix et l’admirable imitation que j’en
ai trouvé dans les
âmes saintes.
J’adore
les secrets de cette mystérieuse et merveilleuse Prudence,
incompréhensible à l’homme. Disposez de
mon esprit, il est à Vous pour l’éternité
des siècles.
Animez-le de Votre Esprit, convertissez-le à votre
Sagesse, embrassez-le de ferveur pour l’amoureuse folie
de Votre croix.
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| |
2-
De la Pauvreté de Jésus. Comment il la faut aimer
et suivre. |
| a-
Préparation |
Les
mes actes qu’aux précédentes méditations.
Puis tourne la vue de l’esprit sur cette vérité
: que Jésus, Fils de Dieu, notre souverain Maître,
a été pauvre. Abaisser son entendement devant
cette vérité afin de la recevoir de Dieu par
la sainte lumière de la foi que nous la rend certaine.
Je crois, ô mon unique maître, à votre
Pauvreté.
Je
soumets mon intelligence à votre divine lumière
pour la croire. Toute fois mes ténèbres et ma
cécité m’empêchent de pénétrer
la moelle et le fond excellent de ce très haut mystère
de votre Pauvreté. La faiblesse de mon esprit ne me
permet que d’en considérer l’écorce
à la lumière de la foi. Et ma volonté
portée par affection aux biens terrestres, me ferme
l’entré de la connaissance de ce profond secret,
et des vrais trésors que renferme cette Pauvreté
merveilleuse que Vous choisîtes en partage. C’est
pourquoi je supplie votre miséricorde de n’en
donnée l’intelligence. Je soumets mon esprit
à votre lumière ; je Vous en conjure, dissipez
ses ténèbres et guérissez-le de son aveuglement.
Je vous offre ma volonté, réchauffez-la, poussez-la
à vouloir goûter, savourer et sentir l’exquise
saveur de cette sainte Pauvreté.
|
b-
Considération 1 :
La vertu de la Pauvreté ne peut-être connue, aimée
et exercée qu’en regardant le doux Jésus. |
La
vertu de Pauvreté est un renoncement et une désappropriation
des possessions, richesses et commodités corporelles,
des quelles l’âme se dépouille, se prive,
se dépossède, dans l’intention de plaire
à Dieu, appuyée sur la Providence divine qu’elle
prend pour sa gouvernante, sa pourvoyeuse et sa protectrice.
Cette
Pauvreté est très cruelle en soi, absolument
contraire à l’inclination e notre nature, tant
supérieur qu’inférieure le répugne
à notre esprit et à l’affection dépravée
de notre volonté propre.
L’inclination
naturelle que nous avons à mener une vie facile, exempte
de soucis et des travaux, pleine de commodité, où
nous ne pâtissions d’aucune besoin, une vie enfin
splendide et relevée, nous fait nécessairement
désirer avec ardeur la possession des richesses temporelles.
Par ailleurs notre esprit, porté par la volonté
dépravée à se draper perpétuellement
dans sa propre excellence, en peut aimer cette vrai Pauvreté,
ni, s’y porter naturellement, car celle-ci rend notre
vie vile et abjecte aux yeux de tout le monde. C’est
pourquoi les mondains l’appelle une lèpre, en
ce qu’elle nous tient éloignés des offices
glorieux et des dignités mondaines, amorces de l’ambition
et de l’orgueil de l’esprit. Nous ne pouvons l’aimer
parce qu’elle m’est notre vie en nécessité
d’être aidée et secourue des autres hommes,
et ainsi nous humilie et nous abaisse sous eux, nous mettant
en quelques sorte à leur merci. Nous ne pouvons l’aimer
parce quelle nos expose à pâtir en nos maladies
et infirmités, puisque, en raison de notre pauvreté,
nous courrons risque d’être privés du nécessaire.
Nous ne pouvons laisser parce qu’elle nous rend absolument
dépendants de Dieu et de Sa sainte Providence, et par
là nous arrache en quelque sore la possession de nous-mêmes,
et sèvre notre esprit propre et de toute l’autorité
qu’il prétend avoir sur nous, et dont il veut
user en régissant à sa guise notre vie corporelle
et en poursuivant, comme il l’entend, les biens qu’il
croit nous être nécessaires.
C’est
pourquoi la nature n’a jamais pu atteindre à
la pratique de la vertu de pauvreté. Les hommes peu
bien être pauvres, et beaucoup le sont en effet, mais
ils ne peuvent aimer ni pratiqué cette vertu de Pauvreté
sans la grâce de Jésus.
Quels philosophe païens ont quitté les richesses
et embrassé la pauvreté, mais cette pauvreté
n’a été qu’un fantôme, une
ombre de pauvreté, ils n’en sont jamais connu
l’essence, et ils ne sont jamais venue à une
pratique parfaite de cette divine vertu, pour la raison très
simple ques trois choses qu’il leur eut fallu pour cela
leur manquaient, et leur étaient même inconnues
:
1- d’embraser la pauvreté dans l’obtention
de plaire à Dieu seul et de la Sainte Volonté
;
2- de la choisir pour mener une vie abjecte et humble aux
yeux du monde ;
3- de dépouiller entièrement toute préoccupation
et tout souci personnels pour dépendre entièrement
de Dieu et de la divine Providence.
De
ces trois qualités, indispensable à la vie Pauvreté,
ils n’en ont aucune. Au contraire, leur seul prétention
en la pauvreté n’était que de vivre tout
revêtus de leur propre superbe, dans une fausse liberté
et tranquillité d’esprit, indépendants
des hommes et de toutes choses pour se mieux complaire en
eux-mêmes, et, par l’élévation où
les portaient l’opinion populaire, tirer de la singularité
de leur vie quelque vaine gloire.
Il
n’y a dans toute la sagesse humaine, aucune doctrine,
aucun enseignement capable de faire priser et embrasser la
vrai Pauvreté, ni aucune exemple même par les
philosophes réputés les plus âgés
qui fasse aimer cette sainte vertu et nous la rende facile.
Il
faut tourner les yeux de l’esprit sur notre Jésus,
notre Exemplaire et l’Archétype de la sainte
Pauvreté. Sa doctrine nous la rend estimable, et toute
Sa vie pauvre nous la rend aimable, facile et douce.
La doctrine de Jésus est le porte-flambeau de la Pauvreté.
En Son école l’on n’apprend point les moyens
de devenir riche, ni d’entrer en crédit par le
chemin des richesses. Au contraire, ce ne sont peu claires
maximes qui rendent la pauvreté tout éclatante
de beauté tandis qu’elles font paraître
les richesses temporelles laides, trompeuses et empoisonnées,
et montrent les riches sans liberté, sans cœur,
sans esprit, sans vie, sans foi et sans salut.
Les
richesses paraissent laides à la lumière de
la céleste doctrine de Jésus, parce qu’elles
ne sont en réalité qu’une noire et épaisse
fumée qui offense le yeux de l’esprit : c’est
pourquoi Il dit qu’elles sont fausses, mensongères,
trompeuses et noire comme les ombres de la nuit, en définitive
ce ne sont point richesses, mais carcasses de richesses, mangées
de la rouille et de vers ; ce e sont point richesses, mais
proies des voleurs et des harpies ; ce ne sont point richesses
mais ronces et épines qui piquent et blessent l’âme
pour en sucer, comme les sangsues, tout le bon sang de la
dévotion, de la piété, de la charité
et de la miséricorde.
Jésus-Christ montrer encore les riches sans liberté,
car ils sont esclaves, cruellement opprimés par Mammon
; sans cœur, parce qu’ils s’ont dans leurs
coffres avec leur trésor, ou dans leurs domaines et
leurs maisons sans esprit, parce qu’ils sont fous, insensés,
et brutes comme des bêtes ; sans vie, parce qu’en
leur abondance la vie ne se trouve point sans foi, parce que
qu’ils sont comme hérétiques, païens
et infidèles qui en crient point en Dieu, ne Lui confiant
point leur vie. Bref, ils sont sans salut, par ce qu’il
est impossible que les riches entrer dans le Royaume du ciel.
O mon doux Maître ! ô la grande merveille de votre
doctrine, qu’elle nous fasse paraître les riches
(qui ont tant d’éclat devant le monde aveugle)
comme des forçats sans liberté, sans cours sans
esprit, sans âme, sans vie, sans foi, et sans salut
! Oh ! Qui pourrait concevoir le mal qu’il y a d’être
sans salut, et d’être (comme les riches qui vivent
enfoncés et enseveli sans les richesses) en péril
de Vous perdre à jamais ! Oh ! Que ce danger est effroyable
! Danger issu des richesses, qui gît en elles ! Et les
riches y sont toujours ! Quoi ! Ne doit-on point plutôt
jeter par terre, perdre et abhorrer ces ordures et balayures,
plutôt que de perdre, en les ramassant et les retenant,
les clairs et riches diamants, les admirables pierres précieuses
de Votre grâce de Vous vertus, avec lesquelles nos achèterons
Votre gloire et Votre royaume ?
Vous m’enseignez que si je veux être parfait,
je dois embraser la sainte Pauvreté, abandonnant toutes
les richesses et commodités temporelles.
O
mon âme, pèse bien le prix de cette très
rare perle, toutes célestes ; la perfection chrétienne
enseignée par ton Jésus ; et considère
qu’elle ne se peut acheter qu’au prix de toute
ce que tu possèdes ; elle vaut le poids de tout dépouillement
total. Il faut que la Pauvreté soit la monnaie avec
laquelle tu achètes le champ de la perfection, dans
lequel est caché le trésor et les immenses richesses
de la grâce de Dieu et des vertus chrétiennes.
O
mon Jésus, que Votre doctrine est admirable ! Est-il
donc certain que les richesses, qui semblent à l’esprit
humaine être des moyens très propres à
exercer les vertus et à parvenir à la perfection,
soient les plus grands obstacles auxquels se puisse heurter
l’âme en peine de la sainteté obstacles
tels, que non seulement il empêche l’âme
d’acquérir ; la perfection, soient la mette même
en danger de perdre son salut ? O grande merveille, que la
pauvreté qui semble être au monde un si grand
mal, soit le fondement de tout bien ! Pauvreté qui
semble être stérile et, impuissante à
produire quelque vertu que ce soit, devienne la base et l’instrument
par excellence de toutes les vertus chrétiennes !
O Pauvreté enseignée par mon Jésus, que
tu es belle, agréable de haute prix !
Mais, ô mon âme, si de la doctrine de la Pauvreté,
que mon Jésus, t’a donnée, tu passes à
la contemplation de Sa vie, comment ne seras-tu point ravie
d’amour pour cette sainte vertu ? Car Il l’a Lui-même
aimé jusqu'à l’épouser ! Et non
seulement dans l’étable et la crèche,
au Calvaire et en la Croix sur laquelle Il fut étendu
tout nu, mais jusque dans les sacrées entrailles de
Sa pauvre mère. Oui, ce fut dès le premier instant
de Sa conception qu’Il contracta avec la Pauvreté
une étroite alliance, la tenant pour Sa compagne inséra
parable durant tout le cours de Sa vie, et jusque dans Son
tombeau, qui fut un tombeau emprunté dans lequel Son
saint corps fut déposé par charité.
O
Jésus, n’êtes-Vous point la source et l’abîme
de toutes les richesses ? Comment es-ce donc, qu’étant
si riche, Vous Vous soyez fait si pauvre pour l’amour
de nous ?
Le Sauveur, en Sa divinité, dit l’apôtre,
était et est si riche ! En cette divinité Il
est la richesse même. En Son âme Il était
riche de la gloire et de la vison de Dieu ; en Son Corps,
et en toute Son Humanité. Il avait droit de posséder,
dès le premier instant de Sa conception, tous les Royaumes
de la terre toute les grands du ciel, toutes les richesses
du monde et toutes ses gloires ; mais Il S’est privé
et dépouillé de tout cela pour embrasser la
sainte Pauvreté, afin de nous mouvoir à aimer
et à embrasser une se excellente vertu.
Jésus
a choisi l’état de la Pauvreté :
1- Pour exprimer par cette vertu, en Son humanité,
une très excellente perfection de la Divinité,
dont la pauvreté est comme la vive image : à
savoir, loin dépendance souveraine de Dieu à
l’égard de toutes ses choses.
Dieu
n’a besoin de rien ni de personne, Ilse suffit à
Lui-même, Il est par Lui-même la parfaite plénitude,
Il excite parfaitement, indépendamment de toutes Ses
créatures, et aucune d’elles ne peut rien Lui
apporter, ni modifier en quoi que ce soit l’incompréhensible
parfaite immobilité de Sa plénitude.
2-
Le Sauveur S’est fait pauvre afin de donner à
la vertu de Pauvreté, en la pratique Lui-même,
Lui Fils de Dieu, une valeur infinie et toute divine ;
3-
Il s’est fait pauvre, afin de la chair de la vertu de
pauvreté qui resplendiront en Sa personne humaine,
archétype, la cause exemplaire et efficiente de celle
que nous dévirons pratiquer nous-mêmes.
4-
Enfin Il s’est fait pauvre pour nous rendre la Pauvreté
très aimable en Lui, qui est l’objet de tout
amour.
La
première raison pour laquelle Jésus a embrassé
la Pauvreté (qui est de nous présenter sous
cette figure une de ses perfections divines) nous presse de
nous dépouiller de toute chose par la pure force du
très haut amour de Dieu et nous faire pauvre pour Le
posséder Lui seul, afin de ne nos satisfaire et glorifier
que Son ineffable plénitude, abandonnant toute notre
vie à Sa très unique et tender Providence comme
à notre mère et nous nourricière bien–aimée.
Sans la seconder raison nous trouvons le motif qui doit nouds
faire honorer et adorer la Saint Pauvreté de Jésus,
et nous presser de la suive comme très haute et d’un
prix infinie.
Le
troisième raison fortifie notre faiblesse, levant notre
âme à pratiquer cette vertu par la puissance
de la grâce dérivée de la pauvreté
du Sauveur.
La
quatrième raison nos amorce, nous transporte, nous
ravit tout à fait par l’amour même qu’eut
Jésus pour cette radieuse vertu, nous faisant aimer
nous-mêmes, à cause de lui, d’un amour
qui nous la rende douce, chère et facile.
O mon âme, si ta vie consiste à aimer ton Jésus,
ton souverain Dieu, et que tu ne puisses vivre cet amour si
tu n’es point Son disciple, écolier en Son école,
la seul où s’apprenne ce saint amour ; si par
ailleurs, comme Il le dit Lui-même, tu ne peux être
Son disciple sans renonce à toutes les choses que tu
peux posséder, comment vivras-tu désormais sans
en venir à ce renoncement ?
Il est la Fontaine de douceur à laquelle s’abreuvent
et se délectent toutes les âmes qui L’aiment.
Il n’est rien en Lui que suavité, et si tu trouves
en Lui quelque chose qui ne te paraisse point parfaitement
savoureux, c’est que ton goût dépravé
t’empêche de gouter les délices dont Il
est l’intarissable Source.
La
sainte Pauvreté surtout est pleine de charmes ravissants,
elle qui a été Sa très fidèle
épouse, la compagne inséparable de Sa vie, le
beau et précieux ornement de Son humanité sainte,
la douce et bénigne amorce par laquelle Il a attiré
tant d’âmes à l’odeur des suaves
parfums de Ses vertus.
O
mon unique et très amiable Maître, la Pauvreté
regardée ne vous est tout aimable, douce, savoureuse
et odoriférante, car bien quand la surface elle me
semble dure et amère, sachant pourtant et voyant quelle
cache sous son manteau Votre divinité, et les infinies
richesses de vos grâces et de Vos douceurs, je ne peux
point ne pas laisser ni trouver très douce toute Pauvreté.
O
mon Sauveur, sous la nudité de la Pauvreté,
c’est Votre divinité que je vois, et dans la
Pauvreté des pauvres - pauvreté par laquelle
ils sont Vos membres et représente Votre Personne sacrée
c’est Vous et Votre pauvreté bénie que
mes yeux contemplent, que j’aime que j’honore.
Je veux donc, ô mon Jésus bien-aimé, prendre
en moi la sainte Pauvreté, Votre Pauvreté, mon
Dieu, renonçant, à Votre exemple, à toutes
les richesses et commodités temporelles, par cette
Pauvreté que j’embrase, je veux honorer, adorer,
imiter la Votre, toute parfaite sublime, ô mon Sauveur,
et témoigner que je l’aime, afin que par elle
Vous me preniez en piété, et me fiassiez un
membre vivant de Votre très saint corps, me rendant
participant de Vos grâces de Vos faveurs, et de Votre
amour.
O mon Sauveur ayez piété de moi, mes péchés
me rendent indigne de Votre miséricorde, cependant
j’y recours avec toute la ferveur dont je suis capable,
afin que guérissant de mon extrême faiblesse
Vous me rendiez par le mérite de Votre très
sainte Pauvreté, participant de sa beauté, que
j’aimerai et embrasserai, moyennent Votre sainte grâce,
pendant tout le cours de ma vie.
|
c-
Considération 2 :
Second degré de la vertu de Pauvreté, appelée
d’imitation. |
«
Les renards ont leur tanière, et les oiseaux du ciel
ont leur nid, mais le Fils de l’homme n’a point
une pierre où reposer la tête. » Ce sont
les paroles même de notre souverain Maître par lesquelles
Il témoigne que Sa Pauvreté a été
plus grande que celle d’aucune créature, dépassant
même celle de l’animal sauvage, dont la forêt
et le creux de la terre sont la retraite assurée.
Gand merveille de la mesure, de la hauteur et de l’étendue
de cette Pauvreté où l’on trouve à
la fois les démarches qui se puissent imaginer en cette
vertu.
La
première démarche
de la vertu de Pauvreté consiste à se dépouiller,
pour l’amour de Dieu, des choses superflues à
son état et condition, en faveur des pauvres.
Note-Seigneur
a exercé très excellemment cette Pauvreté
lorsqu’IL fit distribuer aux pauvres, par Sa sainte
Mère, non le superflu, mais la totalité des
dons offerts par les Mages. De quoi témoignent les
deux tourterelles par lesquels Il fut racheté le jour
de la purification, et qui éteint l’offrande
des très pauvres.
La
seconde démarche
de la Pauvreté consiste à être privée
à ce point des biens terrestres, que l’on doive
subvenir à ses nécessités par le travail
de ses mains.
Cette
Pauvreté-là, notre doux Maître l’a
aussi embrassée, exerçant dès l’âge
de douze ans, par extrême indigence, avec saint Joseph,
Son père adoptif, le vil métier de charpentier.
La troisième démarche
de la Pauvreté consiste à se dépouiller
non seulement du superflu, mais même du nécessaire,
et à renoncer à toute propriété,
se contentant du seul usage des choses indispensables. Cette
Pauvreté encore resplendit dans la vie de Notre-Seigneur
et surtout dans Son enfance. Il n’avait rien en propre,
ce doux Enfant Jésus, et souvent même Il du manquer
du nécessaire, car Ses parents étaient indigents
et travailleurs, et pendant leur exile en Egypte Il dut sans
doute plus d’une fois mendier Son pain.
La
quatrième démarche de
la Pauvreté consiste à ne posséder rien,
ni en particulier ni en commun, mais à vivre d’aumône,
à mener une vie mendiante, toute dépendante
de la charité de ses semblables, ainsi que le fit Notre-Seigneur,
avec Ses apôtres, pendant sa vie publique, mendiant
Sa subsistance comme le plus grand pauvre, qui fût a
monde.
La
cinquième démarche de
cette Pauvreté du Christ, c’est qu’IL la
choisie dès Sa naissance, et avant même Sa naissance,
comme un héritage maternel, afin d’en tirer plus
d’abjection :
Par
amour pour le Père éternel, et par amour pour
nous, Jésus embrase cette perfection de Pauvreté
qui était de passer aux yeux des hommes comme né
misérable et vil ; non pauvre par libre choix, ce qui
eût lu Lui apporter encore une certaine estime de la
part de quelques-uns mais pauvre par nécessité
par condition, né tel, fils d’un artisan, et
par conséquent tout pétri d’abjection.
O merveille de la saint Pauvreté du Fils de Dieu !
est-il bien possible que Celui qui est le vrai et naturel
héritier du Père éternel, auquel tout
l’univers apportaient, Possesseur et Créateur
de toutes les richesses et Lui-même la riche infinie,
et le trésor parfait Se fasse non seulement pauvre,
mais mendiant ?
O mon âme, considère que c’est l’amour
qui a ainsi appauvri ton Sauveur ! Oui, s’IL a épousé
la Pauvreté et s’IL lui a témoigné
pendant toute Sa vie, et dès Sa naissance, une fidélité
si rigoureuse et si parfaite, tout cela Il ne l’a fait
que pour l’amour de toi.
Il a voulu Se faire Roi des Pauvres, non des riches qui n’aiment
que leurs commodités. Si tu prétends Lui rendre
amour pour amour, tu aimeras la sublime haute de cette Pauvreté.
Tu respecteras cette sainte vertu comme une grande Dame, épouse
de ton Roy. Autant que possible, enfin, et de tout ton cœur,
tu te porterais l’imiter en chacun de ses degrés.
Sépare donc désormais ton affection de toutes
richesses, si tu en possèdes, te défaisant et
te dépouillant, selon ta condition et état de
vie, de tout ce qui t’es superflu. Que si tu as reçu
cette grâce de ton Dieu d’être pauvre et
de faire profession de la sainte Pauvreté, chéris
ce bonheur très grand, et élève ton cœur
au moins en affection, si tu ne le peux en effet au plus haut
point de cette Pauvreté, qui est de se dépouiller
universellement de tout tant des biens communs, que des particuliers,
pour vivre comme les pauvres, en mendiant ta vie, te contentant
pour ton usage de te servir des choses les plus viles.
O
mon âme, que tu serais proche de ton Sauveur, qui est
l’unique Ami de ton cœur, si tu étais monté
jusqu’à cette marche !
C’est vous, ô mon Jésus mon trésor
et ma vraie Richesse, qui m’attirez par la force de
Votre grâce à la hauteur de cette admirable vertu.
Oh ! Pour cela posséder avec Vous et Vous en elle,
je renonce à toutes les choses et Vous donne toute
l’amour de mon cœur.
|
d-
Considération 3 :
Du troisième degré de Pauvreté, appelé
de transformation. |
La
vertu de Pauvreté est très belle et agréable
puisqu’elle et la livrée du Fils de Dieu ! C’est
une vertu toute divine, plein de contentement, exempte de toutes
sollicitude, principe de toutes liberté, affranchissant
le cœur d’une infinité de soucis et de soins,
source vivre du vrai repose et d’une inaltérable
tranquillité, si haute en son excellence que les riches
mondains mêmes l’admirent, l’estiment et en
font état en ceux qui la professe réellement.
Quand l’esprit humaine, aidé de la grâce,
se meurt, par ces raisons tirées de la lumière
de la foi, à embraser et à pratiquer la Pauvreté,
il acquiert en effet cette divine vertu, mais c’est
pour l’exercer de son propre mouvement, et par ce qu’elle
satisfait, à sa raison, et non au-dessus de toute raison,
par le seul esprit de Jésus-Christ, qui est la vive
source de cette vertu : esprit sans lequel on ne peut la posséder
parfaitement ;esprit qui anime l’âme bien disposée,
la meut, la pousse et la porte toujours à l’exercice
de la Pauvreté au-dessus de toute raison et souvent
même contre la raison, par la seule et unique foi en
la douce Providence divine, et par un désir simple
et ardent d’en dépendre à tous moments.
L’âme
possédée de l’esprit de Jésus-Christ
et mue par lui, ne voit plus la gloire de la Pauvreté,
ni l’estime qui lui en peut venir. Elle ne compte plus
pour vivre ni sur ses amis, ni sur la complaisance et la charité
des riches, ni sur le fruit de son travail. Elle a passé
au-dessus de tout cela, elle ne voit plus que la vie de Son
très aimable Maître, elle ne connaît plus
que la vérité qu’Il lui a enseignée,
et sur laquelle se contre tout sa pensée et toute son
affection : Ne vous préoccupez ni de ce que vous mangez
ni de ce que vous boirez, car votre Père céleste
sait que nous avez besoin de ces choses Il vous doit suffire,
en toutes vos nécessités, de savoir que vous
avez au ciel un Père infiniment tendre, qui connait
vos besoins et qui a la puissance et la volonté d’y
pourvoir.
Cette âme se livre tout entière très uniquement,
à la divine Providence, assurée qu’il
lui viendra tout ce dont elle a besoin selon le bon plaisir
de son Dieu ; elle s’y tien colée comme un enfant
à la mamelle, certaine d’être la fille
bien-aimée de cet ineffable Providence, et, se contentant
de ce qu’Elle lui donne. Si elle en reçoit abondamment
dans ses nécessités, c’est avec le même
amour. Si la providence paraît l’abandonner et
l’oublier, elle s’y livre plus complètement,
s’offrant à Elle par pâtir tout ce qu’aura
décidé le bon plaisir de Son doux Maître,
persistant, à tout attendre et à tout espérer
de Sa main, et à opposer à tous les défiances
de la nature et de la raison la divine parole : L’homme
ne vit pas seulement de pain, mais de toute parle qui vient
de Dieu : car Sa seule volonté peut le garder en vie.
O
mon Sauveur, que cette âme est heureuse de ne vivre
plus d’elle-même en la vertu de Pauvreté,
mais de Votre seul Esprit, qui l’anime et la pousse
par parfait héroïsme de cette merveilleuse vertu.
Je Vous offre mon âme, ô mon très claire
Soleil, animez-la de Votre Esprit, afin que je n’aime
et ne pratique plus la Pauvreté qu’en Vous et
par Vous.
|
e-
Considération 4 :
Du quatrième degré de la Pauvreté, qui
se trouve en la Croix. |
Tant
que la Providence pourvoit à tous nos besoins par l’entremise
des créatures, nous empêchant de sentir notre indigence,
notre nature étant satisfaite, au moins dans ce qui lui
est le plus nécessaire, pauvreté en nous apparaît
point trop difficile ni trop amère. La difficulté
est de demeurer fidèle à sa Pauvreté et
de la supporte avec joie, allégresse et reconnaissance
lorsque nous pâtissons réellement, lorsqu’à
cause d’elle on nous méprise, lorsqu’on nous
abandonne, qu’on nous refuse de nous secourir et que nous
demeurons seuls privés du nécessaire. Oh ! Alors
nous sommes bienheureux ! Cependant il faut aller plus loin
encore. Il n’est point tellement malaisé de subir
l’indigence avec un cœur content, aussi longtemps
que l’on est en bonne santé, et que Dieu enivre
l’âme de Ses grâces, de Ses douceurs et de
toutes sortes de consolations. Mais lorsque le corps est livré
à la maladie et privé de soins et de soulagement,
lorsque l’âme est en proie aux angoisses, aux ténèbres,
privée de toute consolation, tout entière broyé
par les tribulations intérieurs et comme abandonnée
de Dieu, ne sachant et ne voyant plus rien sinon qu’au
dedans comme au dehors elle est parfaitement pauvre et déchirée
par l’indigence, oh ! Alors le vrai pauvre est fidèle,
s’il persiste rigoureusement, à observer la sainte
Pauvreté, acceptant et, embrasant son dénuement
intérieur, le cœur tout livré à ce
doux embrassement, résolu à demeurer en cet état
aussi longtemps que son Dieu le voudra.
Oh ! Que bienheureux est celui qui en cette tribulation parvient
à garder intacte sa joie et à proclamer sa gratitude
!
C’est
ici l’exercice parfait, de la Pauvreté, en compagnie
du Fils de Dieu cloué tout nue sur la croix.
O
mon âme, lève les yeux, et considère sur
la croix non l’image de la Pauvreté, mais la
Pauvreté même. Vois ton Jésus intérieurement
abandonnée de son Père, privé de toute
consolation, plein d’angoisses en son âme, couvert
de plaies et le corps broyés de douleurs, moribond
et souffrant d’indigence d’une goutte d’eau
!
O
Pauvreté pleine de merveilles ! Le Fils de Dieu, le
Seigneur de toutes choses, est cloué nu sur la croix.
C’est un Agneau écorché qui grille sur
le braiser des douleurs !
O mon doux Jésus, les soldats ont divisé let
joué Vos vêtements, ils les ont déjà
emportés, il ne Vous reste plus rien. Vous mourez non
seulement détaché, mais effectivement dénué
de toutes choses, sans exception. Vous mourez dans le dépouillement,
brisé et déchiré sur la croix abîmée
dans les angoisses, la seule richesse que Vous avez voulue.
C’est
là l’extrémité de la Pauvreté
! C’est le grand miracle de la Pauvreté, si grand
que Vous seul le pouvez accomplir. Je l’adore, ô
mon Seigneur, et Vous adore en lui.
Aucune
créature ne peut monter si haut ; elle peut bien, par
la force de Votre grâce, animée de Votre esprit,
mourir dans les douleurs, dans les angoisses et la Pauvreté,
mais non dénudé autant que vous, ni privés
à ce point de toutes consolation.
O mon Seigneur, que ferai-je, sinon adorer ce somment que
je ne puis atteindre, avec un très ardent désir
de persévérer toujours, même parmi les
dégoûts et apprivoisements intérieurs,
en la sainte Pauvreté, jusqu’à la mort.
Sans la force de Votre grâce cette fidélité
que je veux que je Vous promets m’est impossible : donnez-la
moi donc la bonté, ô Vous qui êtes toute
ma Richesse, mon Trésor et ma Vie.
|
|
3-
De la Chasteté de notre Seigneur. |
a-
Préparation |
| Les
actes accoutumé ; puis tourner toute la pensée
sur cette grande vérité divine : Jésus,
fils d’une vierge. La croire, l’adorer, avouer notre
ignorance (à laquelle les trésors de la pure Chasteté
sont cachés), et implorer humblement la lumière
divine pour en avoir l’intelligence. |
| b-
Considération 1 :
La Chasteté, tout aimable en notre Seigneur, nous est
rendue possible par la grâce.
|
L’esprit
humain est si aveugle, la nature si dépravée et
si faible, qu’elle ne peut par sa seule lumière
naturelle percevoir l’éclatante beauté,
ni par sa seule force attendre à la hauteur de la blanche
et angélique Chasteté.
Notre unique Maître nous apprend que tous n’entende
point le sens de ce mot : Chasteté, mais seulement
ceux qui sont éclairés de la lumière
de la foi qui leur est donnée et fortifiés de
la grâce que Dieu leur infuses.
La
Chasteté comprend une double pureté ; celle
du corps et celle de l’esprit.
La pureté du corps signifie une netteté exempte
et toute immondice voluptueuse et illicite, et un amortissement
de tout mouvement déréglé produit par
la concupiscence et qui est en notre chair : concupiscence
que le divin Paul appelle « la foi de nos membres. »
L’amortissement
et la concupiscence, c’est la soumission de la chair
à l’esprit, lequel réprime, par la force
de la Chasteté, tous les mouvements désordonnés
du corps ; de façon que la pureté du corps signifie
et netteté et amortissement ou mortification.
La pureté de l’esprit consiste en deux choses
:
1-
dans une détestation et un divorce éternel de
tout désire impur et de toute affection aux plaisirs
sensuel.
2- dans le rejet et le repoussement de toute image, pansée,
rêverie et qui provoquent en soi quelque délectation
déshonnête, même intérieur et au
fond de l’esprit.
Cette
mortification, ce renoncement, pour être vraiment la
Chasteté chrétienne, doit avoir pour racine
le seul plaisir de Dieu à la volonté de Lui
conserver note âme nette pour être Son jardin
clos, Sa fontaine scellée en laquelle la bourbe de
la sale volupté, qui obscurcit tout la lumière
de la raison, ne puisse être jetées, de peur
qu’elle ne souille le lit nuptial que le Dieu de pureté
veut Se préparer en notre âme pendant cette vie,
afin d’y reposer en l’éternité.
Ces
deux puretés : celle du corps et celle de l’esprit,
selon l’étendue que nous leur avons donnée,
sont de l’essence de la Chasteté. L’une
n’est point séparable de l’autre, et ce
n’est point être chaste que de regarder son corps
exempt de souillure, si l’on n’en préserve
de même son esprit. Et ce n’est point davantage
être chaste que de l’être à la manière
de quelque anciens qui combattaient en eux-mêmes la
concupiscence pour un temps, soit afin de ne tomber point
dans l’opprobre, l’avachissement, ou la confusion
intérieure que cette impure délectation cause
naturellement, soit afin de garder une plus parfaite liberté
d’esprit, laquelle leur était nécessaire
pour valeur aux sciences et aux spéculations philosophiques.
La
vie plus qu’infâme menés par les plus sages
temps et les plus grands d’entre eux, selon le reproche
que leur en fait saint Paul montre clairement qu’ils
n’ont ni compris, ni aimé, ni enseigné,
ni pratiqué la vrai Chasteté. Cette leçon
était trop haute pour eux. La nature humaine si dépravée
ne la leur pouvait point enseigner. Comment ceux-là
qui, en effet, ne se tenant point dans les règles de
la raison humaine, ne vivaient point comme des hommes, eussent-ils
bien vécu comme des anges ? Car vivre chastement, c’est
vivre comme si l’on n’avait point de corps, c’est
avoir en cette vie mortelle une conversation angélique,
ce qui est une chose très rude et difficile, voire
même impossible à la chair selon la loi de laquelle
nous devons vivre, si la grâce ne vient pas nous délivrer
de sa tyrannie. Les philosophes païens n’avaient
donc pu goûter la suave odeur de la vrais Chasteté
; la loi du péché avait pris trop d’empire
sur eux, faisant servir leur corps d’opprobre et d’infamie
à leur esprit, et rendant leur esprit rebelle à
Dieu.
Considérez que nous serions en même misère,
difficultés et faiblesse que les païens, sans
la doctrine et la grâce de notre Médiateur, qui
a relevé notre nature de l’opprobre dans lequel
le péché l’avait jetée.
O
mon âme, médite bien attentivement Sa doctrine,
qui embaume tous ceux qui la reçoivent de la très
précieuse et incorruptible liqueur de la Chasteté.
Premièrement,
concernant la pureté de l’esprit, se pouvait-il
rien dire de plus exprès que des deux axiomes de la
Chasteté :
Bienheureux
les cœurs purs, car ils verront Dieu ! Et plus encore
: Celui qui regarda une femme avec convoitise aura déjà
péché contre la Chasteté dans son cœur.
Secondement,
pour la netteté du corps et l’amortissement de
la concupiscence il n’y a lumière si claire ni
neige si blanche que admirables paroles :
Il
y en a qui se sont tranchés eux-mêmes pour le
royaume des cieux. Comme s’IL voulait dire : Ma grâce
a été déjà si forte que quelques-uns
nonobstant la peine, le travail, la résistance de la
chair qu’ils ont eux è endurer pour se résoudre
à garde la Chasteté, ont toutefois coupé
enfin tout moyen à la chair de s’épancher
à jamais dans un aucune plaisir et désordre,
et lui ont ôté pour toujours tout pouvoir de
se rebeller contre l’esprit jusqu’à choisir
(tant le Maître de la Chasteté leur commande
d’être exacts en la pureté) d’être
éborgnés, de perdre les mains ou les pieds,
plutôt que de tomber en la moindre occasion qui les
mît en danger d’altérer tant soit peu leur
pureté !
O
Doctrine digne d’être adressée aux anges
! Il paraît bien que toute la Foi que le Sauveur est
venu nous enseigner est très certainement véritable,
pour qu’elle est si chaste, et maitresse de toute Chasteté
!
Mais,
Fils de la Vierge, voulez-Vous donc que des hommes pétris
de boue, aspirent par la Chasteté à l’état
des anges pour convertir leur âme en un paradis, et
rendre leur cœur aussi pur, aussi paisible, aussi tranquille
que le royaume des cieux, à la possession duquel ils
doivent soupirer par la Chasteté ?
Vous
nous dites à tous, ô Maître de Chasteté,
que quiconque voudra acquérir le moyen d’emporter
le haut et excellent prix proposé à tous les
chastes et qui n’est autre que vous-mêmes, Vous
l’Époux des vierges, qu’il se hausse au
dessus de la charité, et qu’il étende
la main pour aller cueillir le beau lys de la Chasteté
!
Mais en quel jardin, la blancheur de ce lys admirable se fera-t-elle
voir à mes yeux ? Ne sera-ce point, ô la belle
Fleur des champs, dans le grand parterre de Votre toute florissante
vie ? Oui, oui, toute la vie du Sauveur est une belle et large
campagne toute parsemée de fleurs, lesquelles répandent
de toutes parts les très précieuses odeurs de
la Chasteté et de la pureté, avant tant de suavité
que les pâmes qui désirent devenir belles comme
des anges, toutes parfumées et enivrés de l’inexprimable
douceur de ces parfums, et, toutes ravies de la beauté
d’une si admirable Chasteté, courent après
Lui, afin de devenir en se lavant dans cette pure Source de
pureté, blanches comme neige.
Considérez-Le
en Sa naissance. Il prend une chair humaine, dérivée
d’une femme, mais d’une femme vierge, afin que
dès sa source et son origine cette chair du Verbe tout-puissant
fût toute blanche de la pureté virginale de Sa
Mère.
Pesez ben ceci : la Chasteté est tellement chère
et précieuse au doux Sauveur, que pour la sauvegarder
en Sa mère, IL n’a point hésité
à violer toutes les lois de la nature, et en Sa conception,
et en Sa naissance. Oui, pour enrichir la chair qu’Il
devait prendre du pur joyau de la virginité, Il a fait
miracle sur miracle ! Et tout, dons Sa conduite, fait paraître
qu’IL lui fût doux de soumettre Sa puissance à
la Chasteté, puisqu’Il fit, pour la sauver et
la consacrer, un si éclatant usage du pouvoir souverain
qu’IL avait sur toutes choses.
Sa sagesse ne Se porte point aisément à contrarier
les lois que Lui-même a établies. Mais en Sa
conception et en Sa naissance, avec quel éclat, quelle
majesté, nulle plénitude Il les abolit et les
renouvelles ! Ah ! C’est qu’ici il s’agissait
de la virginité !
Pensez que pour conserver cette odeur de Chasteté,
Il a choisit pour époux à la Vierge, Sa mère,
et pour nourricier de Son enfance, un homme qui lui aussi
fût vierge. Car Il voulait pouvoir Se promener, tout
petit entre la très pur Vierge et saint Joseph, comme
au milieu d’une belle allée toute bordée
de lys, et Se reposer sur leur sien, comme un tendre agneau,
entre les roses de Chasteté jusqu’à l’âge
de tente ans, Jésus vit au milieu de ce divin parterre
dont toutes les fleurs ne respirent que pureté.
Voyez que le fils de la Vierge ne peut admettre sur Son sien
d’autre fleur que saint Jean, Son disciple d’amour,
le pur lys de Chasteté !
Considérez que Simon le pharisien, voyant qu’IL
se laissait toucher par Magdeleine, Le soupçonna de
n’être point prophète, plutôt que
de révoquer en doute Sa parfaite Virginité.
C’est que Sa blancheur admirable avait ravi toutes les
âmes, et même celles de Ses plus cruel ennemies.
L’éclat de Sa chair virginale ôtait à
l’instant à ceux qui jetaient les yeux sur Lui,
toute pensée impure.
La Chasteté est très aimable parce qu’elle
est une vie angélique dans un corps mortel, et qu’elle
rend les hommes semblables aux anges. La Chasteté purifie
l’âme, elle embellit le corps et réjouit
le cœur de celui qui la possède, elle est tout
riante, toute lumineuse et toute douce. C’est une source
vive de toute consolation et liesse ; un havre dans lequel
les âmes chastes sont à l’abri des tempêtes
et des orages de leurs concupiscences ; un rivage le long
duquel les âmes voguent doucement, sans être abattues
des flots de la chair
A
la Chasteté, seule parmi toutes les vertus morales,
appartient l’honneur d’être appelée
sanctification, et sainteté. La Chasteté, en
effet purifie le corps, comme on nettoie un vase destiné
à recevoir une précieuse liqueur, le retirant
de l’infamie et de opprobre de l’abominable sensualité,
pour le rétablir en sa grandeur primitive ; elle assure
la liberté de l’âme, la soustrayant à
la tyrannie et aux agitations de la concupiscence, et lui
donne des ailles pour monter au ciel. La Chasteté est
une rose plantée au milieu du jardin de l’âme,
qu’elle embaume tout entière de son suave parfum
: elle illumine l’entendement, qu’elle dispose
merveilleusement à la science et à la connaissance
de la vérité, elle est le divin collyre qui
purifie et fortifie l’œil de l’esprit, pour
lui faire supporter l’éclat de la gloire de Dieu,
elle est enfin la consommation de toute sainteté, sanctifiant,
comme dit le divin apôtre, et notre corps et notre esprit.
Ce
sont là sans doute d’admirables et fortes raisons,
capables de nous rendre chère la Chasteté, mais
j’avoue et confesse, ô Fils de la Vierge, qu’elle
me sont peu de chose, comparées à cette autre
raison que j’ai d’aimer la Chasteté et
de m’y porter de toutes mes forces, et qui est que cette
suave vertu a embelli Votre corps très pur, le temple
de Votre toute -puissance, non comme une vertu angélique
ce ne serait point assez, mais comme une perfection divine.
Considérez
que la pureté de l’Essence divine et de la Sagesse
incérée est très vivement exprimée
en la blancheur de la Chasteté virginale de Jésus,
pureté de la Sagesse incréée qui est
la candeur de la lumière éternelle, pureté
qui est infiniment éloignée et distante de toute
mélange et du commerce de toute créature. Car
quoique Dieu soit la vie et le soutien de toutes Ses créatures,
Il est portant aussi distinct d’elles que si elle n’étaient
point.
O Pureté essentielle, ô perfection admirable
de la nature divine, qui la sépare de toutes mixtion
et de toute mélange, de toute union avec les créatures
impures ; ô blancheur infinie, comparativement à
laquelle celle des séraphins n’est que fumée
!
O Chasteté du Fils de la Vierge, puisque vous êtes
une image vive de cette candeur éternelle, combien
êtes-vous belle et aimable ! Je vous adore.
La
vertu de Chasteté, dans le Fils de la Vierge, est aussi
une vertu du Fils de Dieu, et par conséquent toutes
divines, d’une valeur infinie, et cette vertu ineffable
Lui est aussi naturelle que l’eau à la fontaine,
laquelle emplit le lit de la source, et en jaillit par le
flux de son mouvement propre.
Qui
pourrait à présent, contenir ses affections,
et, s’il aime Dieu, s’il aime l’ineffable
pureté de Son Être, s’il aime Jésus,
comment pourrait-il n’aimer point de la Chasteté
et ne se point résoudre à l’embraser de
tout son cœur ?
Qui,
la Chasteté n’est-elle point mère de Jésus,
mère de mon amour ? N’est-elle point le joyau
précieux de Sa très pure chair ? N’est-elle
point la fille de Sa sacrée dilection ? L’amour
de Jésus, dans un cœur qui aime bien, engendre
la Chasteté, laquelle est la parure et l’ornement
dont l’âme doit s’embellir pour se présenter
en l’oraison devant son Jésus. C’est la
Chasteté qui fournit les roses dont le lit nuptial
de l’Épouse doit être jonché.
Une
âme souillée de quelque impureté contraire
à la Chasteté ne devrait oser paraitre qu’avec
une extrême confusion devant les yeux de Jésus-Christ,
si avide de Chasteté ! Et une âme qui se porterait,
non revêtue de la Chasteté, à embraser,
et à baiser le Fils de la Vierge, prétendant
à Ses divines familiarités, ou qui aurait la
témérité de toucher en cet état
la chair virginale de Son Seigneur qui nous est présentée
sous les voiles sacrés de l’auguste Sacrement,
commettrait un infâme sacrilège, digne de toutes
les flammes vengeresse de l’enfer.
O
la forte et admirable raison pour aimer la Chasteté
! Je e puis parfaitement aimer mon Jésus, ni me présenter
devant Son regard, ni m’approcher de la douce familiarité
de Son amour, si je ne possède la Chasteté.
O mon âme, si tu osais l’entreprendre, tu serais
rebuté rigoureusement et chassée de sa présence,
je renonce donc à jamais à l’ignominieuse
volupté, afin de préparer dans mon âme,
par la Chasteté, un saint tabernacle à la Sagesse
éternelle.
Mais quoi, ô fils de la Vierge, comment est-ce que les
hommes, vases fragiles, pourront se conserver sans se rompre,
contre tant d’obstacles que la chair dresse sous leurs
pas ?
O
saint Paul, en vos batailles vous recouriez à la grâce
de Jésus, disant : « Qui me délivrera
de ce corps mortel qui ne tend qu’à l’opprobre
et à l’infamie du péché ? »
«
Ce sera la grâce de Dieu donnée par Jésus-Christ.
» O Fils de la Vierge, qui me fera garder la Chasteté
? Ce sera Votre grâce, ce sera Votre pureté,
qui est non seulement l’exemplaire, mais la cause efficiente
et très puissante pour produire en nous la Chasteté.
Faites-moi cette miséricorde de la rendre efficace
en moi.
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c-
Considération 2 :
Du second degré de la Chasteté, qui est l’imitation
de celle du Sauveur. |
| La
doctrine et l’exemple de la Chasteté que le Fils
de Vierge a donnés au monde ne s’adressent pas
seulement aux prêtres, religieux et autres personnes qui
font profession du sacré célibat, et vivent hors
de l’état du mariage, mais universellement à
tous, mariés et non mariés. Car pour montrer la
grande pureté à laquelle tous les chrétiens
doivent tendre, la Maître de la Chasteté les compare
tous à des Vierges. Et le divin apôtre appelle
l’Église : une Vierge chaste et sans tache ».D’où
il parait que tous ceux qui sont dans l’Église,
même les mariés, doivent être aussi purs
que des vierges, vivant en une netteté de corps exempte
de toute impureté illicite, et une netteté d’esprit
que retirer leur cœur, leur volonté et leur affection
de tout plaisir charnel, car c’est ce plaisir animal qui
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