Abbé Charles Émile Gadbois La vie d'un patriote

Sa mort fondation partition de musique

   
 
Il quitte le monastère Cisterciens à Rougemont


Les années passent donc, actives, sereines pour l'abbé Gadbois qui ne sent pas le poids des ans. C'est alors qu'une grande date va marquer son existence d'une pierre blanche à l'occasion de belles cérémonies du cinquantième anniversaire d'ordination de l'abbé Gadbois.

Le prêtre Charles-Émile était devenu moine un très court temps, car le monastère n'était pas l'endroit idéal pour cet homme d'action qui ne pouvait se satisfaire, à l'âge mûr, de la seule contemplation pour vivre intensément sa foi, ce qui explique l 'abbé Gadbois sous le nom de Père Charles ne rester pas longtemps au monastère des Cisterciens à Rougemont où nous lui rendîmes visite à quelques reprises et où il nous dit un jour qu'il semblait avoir trouvé là son vrai destin, «car, tu sais, m'expliqua-t-il alors, la vie est si courte, l'éternité si longue et le Ciel si beau!» L'avenir, comme on l'a vu plus haut, allait en décider autrement et nous retrouvons donc l'abbé Gadbois lors de la célébration de son jubilé d'or (cinquante ans de prêtrise) qui eut lieu à Montréal en l'église du Très Saint-Nom de Jésus, 18 juin 1980.

De cette belle fête, nous gardons un précieux souvenir, puisque nous en fûmes à la fois le témoin et l'un des «acteurs» privilégiés ayant été choisi, ce qui nous honora vivement, pour agir en qualité de maître de cérémonie au cours du banquet de plus de six cents couverts qui suivit la grand messe chantée et célébrée par l'abbé Charles-Emile Gadbois, en présence de plus de mille personnes et pendant laquelle le jubilaire récita peut-être secrètement la prière qu'il avait écrite un jour et dont nous avons le manuscrit original sous les yeux en écrivant ces lignes.

Voici cette prière :

O mon Dieu, mon Créateur et mon Maître, vous m'avez fait comme si je devais jouir des créatures; mais dans Votre bonté infinie à mo Baptême vous m'avez appelé à jouir de Votre bonheur dan le Ciel. A l'avenir, je veux me détacher le plus possible des cl oses créées et mettre tout mon bonheur en Vous. Accordez-moi, je vous en supplie, la grâce de toujours vivre de foi, c'est-à-dire, de toujours penser que je suis destiné au Ciel. Je veux Vous préférer à tout au monde. Vous m'avez donné une grande capacité d'aimer, c'est que Vous vouliez que je Vous aime beaucoup. J'accepte, ô mon Dieu, toutes les épreuves qu'il vous plaira de m'envoyer pour me rapprocher de Vous. Je vous demande de tout coeur de n'être jamais séparé de Vous. Assistez-moi par le secours de Votre grâce, car sans elle je ne puis rien faire. Faites qu'après Vous avoir préféré à tous les échantillons durant ma vie, je puisse aller jouir de Vous et de vos perfections infinies pendant toute l'éternité! Amen.

À propos du jubilé d'Or de l'abbé Gadbois lisons le reportage d'un journaliste, Maurice Courtemanche, publié dans le numéro de juillet 1980 du mensuel «Âge d'Or-Vie Nouvelle» : «Plus de 1 000 personnes ont rendu hommage mercredi le 18 juin 1980 à la messe solennelle de M. l'abbé Charles-Emile Gadbois, «Fondateur de La Bonne Chanson », messe concélébrée en l'église du Saint-Nom-de-Jésus, à l'occasion de son jubilé d'or sacerdotal.

«On dit souvent et avec raison que le silence est d'or... mais passer sous silence un événement éloquent, ne serait-ce pas laisser âlir une étoile appelée à briller en première «magnitude» devant son Créateur

«Un Jubilé d'Or Sacerdotal n'est ce pas une épiphanie... où l'on imite le geste des rois mages offrant leur or à la gloire d u Verbe fait Homme...?

«Sa fidélité dans la vigne du Christ, jointe aux aptitudes dont le Seigneur l'a gratifié, l'a acheminé à la plénitude d'un tel sacerdoce. Le jour où il a décidé de suivre et servir le Christ, comme prêtre reste le secret du Maître et le sien ou celui de quelques intimes. Par contre, ce que des milliers de personnes savent, ce sont les grâces, à valeur d'éternité que, en tant que prêtre, lui ont été values depuis son ordination sacerdotale en juin 1930 et sa première messe.

au Ciel et sur Terre! Quel Magnificat


Rendez-vous pour concélébrer cette messe du cinquantième anniversaire sacerdotale

C'est en présence de Mgr Léo Sansoucy, P.D. et représentant Mgr Louis G. Langevin, évêque de Saint-Hyacinthe, auquel l'abbé Gadbois appartient et d'un grand nombre de prêtres de Saint-Hyacinthe et de Montréal, confrères du jubilaire qui s'étaient donné rendez-vous pour concélébrer cette messe du cinquantième anniversaire en compagnie de M. l'abbé Marc Rivest, vicaire à la cathédrale Marie Reine-du-Monde , ami de l'abbé Gadbois qui agisait comme prêtre-assistant. La chorale sous la direction de madame Rachel De Sève exécuta la messe de Pietro A. Yon et les chants liturgiques. M. René Isabelle touchait l'orgue. Durant la messe, la chorale entonna le Pater Noster, composition de l'abbé Gadbois. La chorale a d'abord ouvert la cérémonie au moment de l'entrée des membres du clergé par le chant de circonstance : «Pour célébrer dans la beauté un cinquantième anniversaire», «Nos meilleurs voeux cher jubilaire», «Vivez heureux, longtemps sur terre». Cette f ête de cinquantième anniversaire était également accompagnée de manifestations à caractère socio-religieux qui n'ont pas manqué d'en émouvoir plusieurs.

«Après la messe, un grand banquet fut servi au sous-sol de l'église tout décoré de pivoines et de 50, emblême d'un jubilé et rempli de gens tous heureux de articiper à cette Des vœux de félicitations lui furent prés p entés de la part dufête. clergé religieux, religieuses, invités et paroissiens du Saint-Nom-de­Jésus et des environs. Ces voeux se résumaient évidemment tous par des messages de félicitations et de télégrammes, dont ceux de Serge Joyal, député de Maisonneuve au Fédéral et de André Ouellet, Ministre des Postes. A la table d'honneur, jointe à celle du clergé, on remarquait : L'Hon. Juge Jacques Trahan, le D r Louis-Joseph Bachand, confrères de classe de l'abbé Gadbois. On remarquait aussi M. Yves Dumoulin de la Société Radio-Canada.

«Sensiblement ému, l'abbé Gadbois remercia tous ceux q ui avaient participé à cette fête qui coïncidait avec les cinquante années de vie religieuse de sa soeur, Soeur Rose-Alma Gadbois, des Dames de la Congrégation , à laquelle son frère Raoul remit un livre de recettes d'art culinaire de Soeur Berthe, qu'elle apprécia grandement. On remit également à l'abbé Gadbois, un trophée, don de la chorale Charles-Émile Gadbois, présenté par la directrice, madame Rachel De Sève, ainsi qu'une décoration et un parchemin de commandeur de l'Ordre académique «Honneur et Mérite» du Bon Parler français par Manuel Maître, maître de cérémonies et directeur général de la Société du Bon Parler français.»

Notons aussi l'extrait suivant de l'homélie prononcée lors du jubilé d'Or de l'abbé Gadbois par l'un de ses amis de longue date, M gr Léo Sansoucy qui représentait l'évêque de Saint- Hyacinthe à cette grand messe solennelle :

«Je voudrais souligner simplement trois motifs d'action de grâce qui marquent les trois principales étapes de son ministère. Tout au long de la Sainte écriture, Dieu invite ses enfants à la joie et au chant, nous réjouir et chanter notre joie de nous savoir aimer de Dieu, de nous savoir l'objet de ses dons. Goûter et apprécier comme venant de lui les joies simples de la vie : celles de l'amitié, de la vie familiale, des beautés de la Nature , un peu comme saint François dans son hymne à la nature, et davantage encore les dons de sa grâce.

«Tout prêtre se doit de répondre à cet appel de Dieu et de le communiquer à ses frères. Notre Jubilaire, que Dieu avait particulièrement bien doué pour le faire, choisit très tôt après son ordination d'y consacrer tout son ministère. Sa pastorale à lui, ce fut par la musique et le chant qu'il l'exerça, ce fut par La Bonne Chanson. Ministère extrêmement fécond, auprès des jeunes surtout, qui rapidement atteignit presque tous nos jeunes compatriotes.

«La réponse qu'il reçut, fut, sans aucun doute, pour l'abbé Gadbois la source de grandes joies, qui se sont développées pendant nombre d'années qui durent encore et pour lesquelles, ensemble, nous remercions le Seigneur.


Ce fut l'épreuve, la maladie, la souffrance.

Et puis, un jour, marque de prédilection de la part du divin maître, ce fut l'épreuve, la maladie, la souffrance. Aux heures de répit, la foi du prêtre fit naître en lui une joie nouvelle, bien différente des joies anciennes, la joie austère de communier dans la souffrance au mystère pascal du Christ, suivant en cela le conseil de l'apôtre Pierre : «Dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que lors de la révélation de sa gloire vous soyez vous aussi dans l'allégresse». Joies solitaires, silencieuses cette fois, joies purificatrices et combien fécondes. Grâces de Dieu.

«L'épreuve prit fin. Notre jubilaire revint lentement à la santé et put reprendre certaines de ses activités. Il fit alors l'expérience de nouvelles joies, de nouveaux chants. Joies plus calmes, plus sereines, celles qu'il éprouva au cours des récentes années, vécues dans la compagnie de sa vieille mère, puis de sa soeur religieuse, sous la protection d'un frère attentif à leurs besoins. Joies de prier ensemble, de chanter ensemble, de découvrir ensemble, chaque jour davantage, les délicatesses de l'amour de Dieu à leur égard, au sein en particulier de ces réunions de prières charismatiques auxquelles ils sont si attachés. L'histoire du peuple de Dieu ne manque pas d'exemples d'une mère et de son fils, ou d'un frère et d'une soeur, tous deux consacrés à Dieu, qui, d'un même coeur, éprouvent les joies d'une vie toute d'union à Dieu.

«Et, couronnant le tout, la joie qui lui est accordée de pouvoir célébrer avec ses parents et ses amis ce jubilé sacer­ dotal. Unissons-nous de tout coeur, en cette eucharistie, à son chant d'action de grâce. Prions aussi le Seigneur de lui continuer ses faveurs.

«Le soleil décliné, le soir descend, Seigneur reste avec nous.»

À l'issue de cette belle commémoration, l'abbé Gadbois reçoit plusieurs témoignages verbaux et écrits de la part de nombreuses personnes tenant à lui rendre hommage personnellement. Nous avons retenu une courte lettre manuscrite de l'Honorable Omer Côté, C.R., ancien ministre du Québec puis juge jusqu'à sa retraite. Camarade de l'abbé au séminaire de St-Hyacinthe et resté son ami sa vie durant, Monsieur Côté lui adresse le mot suivant le 19 juin 1980 au lendemain du jubilé d'or de son ordination sacerdotale :

Montréal, 19 juin 1980

Mon cher Ami et Confrère

Même tôt, il me tarde de vous exprimer à Raoul et à toi, mon extrême contentement et la joie ressentie d'avoir été l'objet de tant d'attention et de fraternelle amitié.

Cette messe et ce banquet furent un succès sans précédent et l'on reconnaît l'esprit d'initiative de Raoul. Tout cela fut un couronnement anticipé d'une fructueuse et magnifique carrière. Ce qui m'impressionne le plus mon cher Charles c'est l'acceptation la plus complète et le «Fiat» le plus sincère devant l'épreuve que le Seigneur t'a imposée. Quelle leçon nous donne-t-il par cette soumission à la Providence. Que Dieu me donne cette Force et ce courage. Merci de l'exemple donné. Ad multos.

Orner Côté


Sa santé médiocre va lui ouvir le ciel

Puis les semaines, les mois passent, ne laissant nullement présager qu'à peine un an après son jubilé sacerdotal, l'abbé Gadbois qui éprouvait cependant de temps à autre une fatigue grandissante, allait succomber soudainement à une crise cardiaque qui l'emporta le 24 mai 1981.

La veille encore, il avait pu célébrer une dernière fois l'eucharistie à son domicile du boulevard Pie IX à Montréal. Transporté d'urgence à l'hôpital Maisonneuve, l'abbé Gadbois y expira en arrivant. Son grand coeur avait flanché pour de bon cette fois et pour toujours. Il avait soixante-quatorze ans.

Ses obsèques allaient se dérouler en deux temps. Il y eut d'abord un premier service célébré à Montréal en l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus et l'office fut célébré par Son Excellence M gr André Marie Cimichella, évêque auxiliaire de Montréal, en présence d'une foule de parents et amis et la chorale de La Bonne Chanson chanta au cours de la messe. Puis, la dépouille mortelle de l'abbé Gadbois fut transportée au Séminaire de St-Hyacinthe pour y être exposée avant un second service qui fut chanté par Son Excellence Mgr Louis­ de-Gonzague Langevin, évêque de St-Hyacinthe. Le corps fut ensuite inhumé dans la crypte du Séminaire selon les dernières volontés du défunt, tout près des anciens locaux de La Bonne Chanson et du propre bureau de l'abbé Gadbois qui s'est retrouvé là et pour l'éternité tout près de l'endroit où il a bâti l'oeuvre de sa vie. Qu'il y repose en paix!

Aux funérailles de Montréal, l'abbé Marc Rivest, membre des services diocésains à l'archevêché de Montréal et ami de longue date de l'abbé Gadbois aux côtés duquel il avait concélébré la messe de son cinquantième anniversaire de prêtrise, prononça l'homélie suivante :

Excellence, Monseigneur André Cimichella, Confrères dans le sacerdoce, Membres de la famille Gadbois, Frères et soeurs,

Celui qui provoque notre admiration au-delà de la mort fut pendant plus de 50 ans un modèle accompli des vertus humaines et sacerdotales.

Il y a près d'un an, nous nous retrouvions dans cette église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, afin de rendre grâce au Christ, le Pasteur de nos âmes, pour les cinquante années de vie sacerdotale de son prêtre : Charles-Émile Gadbois.

Cette solennelle liturgie ressemblait à une grande fête de famille où chaque participant fixait le Christ prêtre à travers son ministre jubilaire présidant la sainte Eucharistie; où la joie, l'allégresse et la sérénité rayonnaient sur chaque figure.

Aujourd'hui, en cette même église, c'est une même espérance qui nous réunit autour de la dépouille de notre cher frère et ami de tous, l'abbé Charles-Émile Gadbois.

De nombreux thèmes pourraient être développés à l'occasion de cette ultime rencontre avec notre frère. J'insisterai sur le thème majeur qui a présidé et orienté tous les événements heureux ou plus tristes de ses soixante-quinze années d'existence, le thème de la FIDÉLITÉ.

Monsieur l'abbé Gadbois, vous avez été fidèle à l'héritag e de foi que vous ont si bien léguée vos chers parents Prosper Gadbois et Célina Germain. Fidèle aussi aux engagements de votre baptême, ce premier appel divin, qui a fait de vous un enfant de Dieu et de l'Église.

Fidèle dans le OUI total et définitif que, tout jeune homme, vous prononciez au Séminaire de Saint-Hyacinthe, et qui devait se consolider par l'ordination sacerdotale que vous receviez le 14 juin 1930.

Fidèle d'une façon remarquable à la Sainte Église et au Sacerdoce du Christ. Fidélité apprise à l'école de vos saints patrons : Charles-Émile, tous deux revêtus de la plénitude du sacrement de l'Ordre. Fidèle envers l'Évêque de Rome de qui vous receviez, il y a près de quarante ans, une large bénédiction pour la grande qualité de votre ministère.

Mais la page historique la plus belle, la plus idéale et la plus fructueuse de votre vie d'Homme, de Chrétien et de Prêtre, fut sans doute la fondation de l'Oeuvre de La Bonne Chanson. C'est cette page que nous tournons aujourd'hui avec nostalgie, respect et amour.

L'Histoire : Maîtresse de vie — saura vous donner la place qui vous revient dans la construction humaine et spirituelle de notre société et que vous occupez déjà dans chacun de nos coeurs.

Qui de nous n'a pas fredonné avec enthousiasme à l'église, à l'école et à la maison, les nombreux refrains de La Bonne Chanson? La Bonne Chanson, voilà l'Oeuvre de toute une vie, née non seulement de vos nombreux talents d'interprète et de compositeur; de votre haute compétence musicale et artistique, mais aussi et, j'insiste, née de votre haute compétence pastorale.

Grâce à La Bonne Chanson , vous avez fortifié les assises de La famille. Vous avez été pour plusieurs générations et cela continue l'artisan de l'unité de la famille. Vous avez été ce Pasteur qui a su réunir ses brebis dans la joie et la force incessante.

Merci, cher Abbé Gadbois, du dynamisme que vous n'avez jamais cessé de déployer pour votre pays et pour chacun de nous. C'est une succession ininterrompue d'adultes et de jeunes nourris de fruits abondants et savoureux de votre jardin qui, par ma voix aujourd'hui, vous remercient. Vous rappelez à l'Église d'aujourd'hui, que votre Oeuvre qui a si bien rejoint le Peuple de Dieu tout entier, s'est érigée dans le sacerdoce et s'est épanouie par votre sacerdoce.

Ces dernières années plus spécialement, l'épreuve de la maladie devait nous révéler davantage la véritable physionomie sacerdotale de Charles-Émile Gadbois. Retiré avec sa soeur, religieuse, dans le nid chaud du foyer paternel, l'abbé Gadbois allait devenir l'orant par excellence, l'intercesseur, le prêtre offrant le sacrifice.

Sa vie se ponctuait par la célébration quotidienne de l'Eucharistie qu'il a célébrée avec une ferveur renouvelée quelques heures avant de nous quitter.

Par la contemplation des Mystères du Rosaire que le Pape Jean XXIII se plaisait à appeler : «Les quinze fenêtres ouvertes sur le Monde», et par de pieuses et fréquentes méditations, l'abbé Gadbois, prêtre dans la Cité , veillait, priait et souffrait aux intentions de l'Église et du Monde.

Le Cardinal Paul-Émile Léger me disait l'année dernière, au jour de la célébration des Noces d'Or Sacerdotales de l'abbé Gadbois : «Je me souviens très bien du jour où j'ai accueilli l'abbé Gadbois dans le diocèse de Montréal, dites-lui bien que je ne l'ai jamais regretté!»

Quelle joie également pour notre archevêque, Monseigneur Paul Grégoire, de saluer, à l'issue des grands rassemblements diocésains, ce prêtre effacé, à la présence discrète et à la prière fervente et communicative, toujours accompagné de sa soeur, religieuse. Personne n'oubliera la bonté proverbiale de cet Homme de Dieu.

Fils spirituel de Mgr Joseph-Conrad Chaumont qui traçait, lors de la première messe de l'abbé Gadbois, le profil du Prêtre, précisément dans cette église, il a appris à l'école de ce grand Pasteur qui a marqué cette paroisse, le quartier de Maisonneuve, puis le diocèse de Montréal tout entier, il a appris, dis-je, l'accueil chaleureux, la bonté sincère et la charité empressée. Il a mené la barque de sa vie, à l'exemple du Christ-pasteur et à l'exemple de ce Pasteur qu'était Mgr Chaumont, en s'inspirant de sa devise qu'il choisissait le jour de son ordination épiscopale, le 15 août 1941. «Dans la vérité et la charité!» C'est comme cela que notre confrère, Charles-Émile Gadbois, a vécu : «Dans la vérité et la charité».

Sa piété mariale était exquise de délicatesses filiales. Il voulait que la Très Sainte-Vierge puisse retrouver en lui l'image de son cher Fils. Que la Vierge-Marie , Notre-Dame auxiliaire, Notre-Dame du Bonsecours qu'il est allé rejoindre le jour de son anniversaire, le 24 mai, présente à son Fils ce solide et fructueux chapelet d'années que constitue cette vie émérite! Oui vraiment, disait le Seigneur : «Si le grain de blé ne meurt pas, il reste seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruits.» Que votre vie, cher abbé Gadbois, si pleine de mérites, si profondément sacerdotale, soit pour un bon nombre de jeunes une invitation pressante à servir le Seigneur dans le sacerdoce. Nous offrons à tous les membres de la famille Gadbois et à tous les amis de l'abbé Gadbois, nos plus sincères et frater­ nelles condoléances. Nous les assurons surtout du partage de la même espérance en Jésus mort et ressuscité.

AMEN!


Témoignages divers-1

À l'office en la chapelle du séminaire de St-Hyacinthe, l'évêque, Mgr Langevin devait à son tour prononcer l'homélie dont voici le texte intégral :

Chers parents et amis de M. l'abbé Gadbois,

Chers confrères dans le sacerdoce,

Chers religieux et religieuses, mes biens chers frères,

Cette chapelle dans laquelle nous sommes réunis ce soir, pour un dernier adieu fraternel et amical à l'abbé Charles- Émile Gadbois, fut un endroit privilégié de sa vie sacerdotale.

C'est ici, en effet, dans cette chapelle, qu'il a reçu l'ordination au sacerdoce, le 14 juin 1930, c'est ici, tout près de l'autel, qu'il a entendu, de la part de l'évêque, ces paroles que nous venons de proclamer dans l'Évangile.

«Je ne vous appelle plus serviteurs, maintenant, je vous appelle mes amis.»

C'est ici, dans cette chapelle, toute fraîchement construite et aménagée, qu'il a prié dans la ferveur des prémices de son sacerdoce. Lui qui aimait le beau, trouvait facilement dans ces lignes gothiques l'inspiration à l'élan de sa piété. La Liturgie, le chant, la musique remplissaient son âme d'artiste d'émotions qui le rapprochaient de son Dieu qu'il a toujours aimé.

C'est ici, dans cette chapelle, qu'il a présenté au Seigneur les projets de son apostolat et tout particulièrement, le grand projet de sa vie, celui de «La é Bonne le s dan Chansoousbassement de son projet sorti de son coeur d'apôtre, projet réalisé s cette chapelle, tout près de l'endroit où nous déposerons, tout à l'heure, son corps.

Depuis l'annonce du décès de l'abbé Gadbois la radio et la télévision nous ont dit l'importance de son oeuvre de « La Bonne Chanson» et avec le recul du temps, nous découvrions encore davantage sa contribution irremplaçable à la culture artistique et chrétienne de notre milieu.

Les personnes d'un certain âge, qui racontent leur vie, parlent avec enthousiasme et avec une certaine nostalgie des cahiers de « La Bonne Chanson » qui alimentaient les fêtes de famille et diverses réjouissances. Pour elles, c'était le bon temps! et nous le comprenons.

Mes chers amis,

Ce soir, nous portons notre regard tout particulièrement sur le prêtre que fut l'abbé Gadbois, car c'est bien son sacerdoce qui l'a tout spécialement marqué.

Dans le discours après la dernière Cène que nous proclamons dans la liturgie du temps pascal, nous découvrons, à travers les confidences du Seigneur à ses apôtres, la figure du prêtre selon son coeur. «Tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître», nous dit Jésus dans l'Évangile que nous venons d'entendre.

Le prêtre, c'est donc celui qui partage avec le Christ les secrets du Père.

Ce partage se fait dans la foi, l'espérance et la charité. Une foi à toute épreuve, une foi fondée sur la Parole de Dieu, étudiée, méditée, priée, voilà la foi du prêtre. Une espérance qui tient le regard élevé au-dessus des réalités terrestres et qui permet de posséder déjà ce qu'on espère. Cette espérance garde le prêtre dans la joie et le dévouement au service de son Maître. Et la charité, cette vertu qui relie le Ciel à la Terre , et la Terre au Ciel. Cette vertu, la seule des vertus théologales qui nous accompagne dans l'éternité, où elle acquiert son plein épanouissement; cette vertu met à la disposition du prêtre, cet amour qui lui donne une disponibilité accueillante à toutes les détresses, à toutes les peines, à toutes les épreuves et aussi à toutes les véritables joies. Le prêtre, c'est celui qui sait mettre son coeur dans le coeur de Dieu, qui sait mettre sa volonté dans la volonté de Dieu, qui sait mettre ses projets dans le grand projet de Dieu. Le prêtre est comme Marie, le plus intime collaborateur au mystère de la Croix. Il n'est donc pas étonnant de trouver la croix dans sa vie, une croix comme celle de Jésus, qui, parfois, fait mal sans doute, mais qui, portée avec amour, comporte toujours une grande valeur de rédemption.

Le prêtre, plus que quiconque, est celui qui selon saint Paul, ne vit pas pour lui-même et ne meurt pas pour lui-même, mais il vit pour le Seigneur et il meurt pour le Seigneur, car dans sa vie comme dans sa mort, il appartient au Seigneur.


Témoignages divers-2

Mes chers amis,

À travers sa vie où les joies et les épreuves se sont succédées on reconnaît facilement la ligne dominante de toute sa carrière, une foi sincère, une espérance ferme, une charité inlassable.

L'abbé Gadbois a fait l'expérience que tout grand projet prend sa dimension rédemptrice près de la Croix.

Comme Marie, qu'il a tant aimée, qu'il a tant priée, il a compris que sur la croix il y a toujours Jésus qui est là, Jésus qui nous regarde, Jésus qui nous aime.

Voilà pourquoi, par son amour de Dieu, sa charité fraternelle et sacerdotale, son amour de l'Église et sa grande piété, il a su en toutes les diverses circonstances de sa vie, faire rayonner autour de lui la joie sereine de celui qui met toute sa confiance en Dieu.

Le Seigneur, dans sa tendresse, lui a ménagé des amitiés qui lui ont permis de réaliser pleinement et de faire face surnaturellement à toutes les difficultés. Parmi ces amitiés, mentionnons celle de sa famille, auprès de laquelle il a toujours trouvé encouragement et réconfort.

Nous savons que sa vieille maman, décédée il y a quelques années, l'entourait de son affection et de son amour maternel.

Sa soeur religieuse a pris la relève de sa mère, pour lui prodiguer toutes les attentions que requérait son état de santé et pour lui permettre de finir ses jours dans la maison paternelle.

L'amitié de ses confrères dans le sacerdoce ne lui a jamais fait défaut, et il savait bien le reconnaître par sa grande sensibilité à toutes marques d'attention et sa joie de les rencontrer.

L'amitié des religieux avec lesquels il a partagé sa vie durant un certain temps lui a été aussi bien précieuse. C'est aussi l'amitié de ses collaborateurs à l'oeuvre de « La Bonne Chanson » qui lui a permis la réalisation de son projet dans la bonne entente et dans la confiance mutuelle.

Le prêtre qui nous rassemble ce soir pour cette Eucharistie d'adieu a porté dans son coeur le Christ Jésus, modèle de toute vie sacerdotale.


Témoignages divers- 3

Ces dernières années, nous le savons, il les a passées, malgré la maladie, dans un coeur toujours plus intime avec le Seigneur.

À ses prières personnelles, il aimait ajouter les prières communautaires avec différents groupes : groupe marial ou charismatique parce qu'il était heureux de se joindre aux autres pour prier.

La prière qui le rapprochait de plus en plus du Seigneur l'a peut-être amené comme sainte Thérèse d'Avila, à dire en toute sincérité :

«Il serait temps, Seigneur, que nous nous rencontrions.»

Un poète indien, Tagore, méditait sur la mort qui approche, chante la vie.

Écoutons ce qu'il dit :

Le jour où la mort viendra frapper à la porte, quel présent lui offriras-tu? Je placerai devant la visiteuse, la petite coupe de ma vie. Certes, je ne souffrirai pas qu'elle parte les mains vides. J'ai vécu mon invitation pour le festival de ce monde, et ainsi ma vie a été bénie. Mes yeux ont vu et mes oreilles ont entendu. C'était ma part à cette fête, de jouer de mon instrument et j'ai fait tout ce que j'ai pu. Maintenant, je le demande, le temps est venu enfin où je puisse entrer, voir ta face et t'offrir ma salutation.

Eh! bien, oui, pour l'abbé Gadbois, ce temps est venu de la rencontre avec son Dieu, celui «qui a réjoui sa jeunesse» comme il l'a dit souvent autrefois, dans les prières au pied de l'autel avant la célébration eucharistique. Pour lui, comme le dit le Cantique des Cantiques, «Le temps de la chanson est revenu.,, et il peut dire avec le psalmiste, «Je te rends grâce, Yahavé, de tout mon coeur, je te chante en présence des anges!»

Amen!


Témoignages divers - 4

Une simple plaque a été apposée devant la niche où a été déposé le corps de l'abbé Gadbois dans la crypte du Séminaire de St-Hyacinthe. L'épitaphe est l'oeuvre d'un de ses amis et confrères du Séminaire l'abbé Armand Bail et se lit comme suit :

Abbé Charles - Émile Gadbois Ici repose

M. l'abbé Charles-Émile Gadbois, longtemps professeur au Séminaire né le l ei juin 1906

Fervent de liturgie et de musique
Fondateur de la Bonne Chanson
convié aux Célestes Concerts
le 24 mai 1981

R.I.P.

L'abbé Gadbois disparu, sa mémoire allait revivre dans l'esprit de bon nombre de Québécois ainsi qu'en témoignent une lettre ouverte à La Presse publiée dans l'édition du 24 juin 1981, du grand quotidien montréalais et signée Yvette de l'Isle. Voici le texte de cette lettre édifiante :


L'abbé Gadbois est mort, vive La Bonne Chanson !

L'église était remplie à capacité. Jeunes et moins jeunes, amis ou connaissances, s'étaient réunis pour rendre un dernier hommage à celui qui ne chanterait plus. Peu ou pas de visages connus. Un seul artiste lyrique, humblement mêlé à la chorale : Georges Coulombes. Je n'y voyais aucun représentant officiel connu. Difficile à comprendre. L'abbé Gadbois ne le méritait donc pas? N'avait-il pas fait assez? Malgré moi, j'étais distraite. Je me rappelais ces veillées en famille qui demeurent mes souvenirs. Ces jours passés où l'on était encore une plus beaux une famille unie autour du piano et où la benjamine que j'étais écoutait avec ferveur ses huit frères et soeurs entourés d'amis, faire résonner dans le grand salon les chansons d'albums qui déclaraient bien haut que les «foyers où l'on chante sont des foyers heureux». On se disputait même parfois le privilège de certaines chansons qu'on avait fait siennes.

Et voilà que j'assistais, impuissante, à un hommage qui me semblait si inégal à l'oeuvre. On l'avait donc oublié. Je n'étais pourtant qu'une étrangère dans cette église, moi qui ne l'avais rencontré qu'une seule fois, en avril dernier. Mais, je me souvenais que ce goût de chanter, cet amour de la musique, je les lui devais en grande partie. Et c'était ma faço de dire merci que d'être là. Et je ne fais que donner à ce merci une nouvelle et plus forte résonnance en l'écrivant. Peut-être aussi, pour faire oublier, tous ces mercis absents.

Qu'un seul artiste lyrique soit présent, ça n'était qu'une injure qui s'ajoutait à une autre. En effet, j'avais récemment découvert, suite à des démarches à Ottawa auprès des responsables de l'Ordre du Canada, que si l'abbé Gadbois n'avait pas reçu cette décoration, pourtant méritée, il le devait à des gens de son métier qui s'y étaient opposés, malgré les nombreuses demandes faites en sa faveur. Et je m'étonnais de leur absence! Ces décorations ne doivent-elles pas souligner le mérite uniquement.

On m'en voudra de cette lettre. J'en suis consciente. Mais si chacun de nous avait le courage de s'élever contre les injustices, il y en aurait moins. C'est pourquoi il me semble juste aujourd'hui de révéler ces faits et cette mesquinerie qui l'auront privé d'une grande joie, cent fois méritée.

Je crois que l'abbé Gadbois était un grand Québécois qui a marqué notre histoire. On a laissé passer une belle occasion de le souligner et de rappeler cette phrase célèbre de Mg' Roy, recteur de l'Université Laval, lors du 2' Congrès de langue française, tenu en 1937 : ...L'un des meilleurs moyens de conserver et de cultiver l'esprit français c'est de chanter et de faire chanter le plus possible nos belles chansons canadiennes et françaises.

Peut-être devrait-on remettre l'abbé Gadbois à la mode et l'enseigner à une autre génération. Histoire de se rappeler.

L'abbé Gadbois a donné à ma génération, une chose qui ne s'achète pas : il nous a donné l'amour de la musique et il a fait de nos familles, des familles qui, même dans la tristesse, chantaient.

Et même si mes goûts musicaux se sont transformés, je ne peux oublier que je chante encore avec émotion les mélodies de mon enfance.

Abbé Gadbois, merci!

Yvette de l'Isle Montréal


Témoignages divers - 5 - sermon -1

Si l'abbé Gadbois fut un homme hors du commun qui s'était donné pour mission et avait gagné largement son pari de faire fredonner les plus belles chansons d'hier et d'aujourd'hui par toute la population francophone d'Amérique ou presque, il reste qu'il est demeuré toute sa vie un prêtre fervent, serviteur de son Dieu et soumis à sa volonté.

Alors qu'il est vicaire à Sherbrooke, l'abbé Gadbois est nommé, le 26 mars 1957, membre de la Commission de chant sacré et de musique religieuse du diocèse de Sherbrooke par Son excellence Mer Georges Cabana, archevêque de Sherbrooke qui l'avait précédemment nommé vicaire à la paroisse Sainte- Famille ainsi que nous l'avons relaté plus haut.

C'est pendant son ministère de quelques années comme vicaire d'une paroisse à Sherbrooke que l'abbé Gadbois put mieux donner toutes sa mesure en tant que pasteur, après des années d'activités profanes fébriles à « La Bonne Chanson », même si l'intention sous-jacente était déj là à le service au Seigneur et de son Église. Ce qui tend à accréditer cette affirmation, ce sont quelques sermons de l'abbé Gadbois écrits de sa main, et prononcés par lui durant son ministère paroissial l'Eg lise Ste-Famille de Sherbrooke.

Nous ne pouvons mieux faire que présenter ici deux de ces sermons pour compléter le portrait de Charles-Emile Gadbois, prêtre.

Le premier sermon prononcé en nombre 1957 porte essentiellement sur la «puissance de la prière des enfants». Levoici :

Mes biens chers frères;

Le saint Curé d'Ars avait tellement confiance dans la prière des enfants qu'il disait : «L'enfant qui a gardé son innocence baptismale ne supplie pas le bon Dieu, il lui commande!

Je voudrais, mes biens chers frères, vous parler ce matin de la prière des enfants et de sa grande puissance.

Essayons de trouver la raison pour laquelle Dieu exauce toujours les enfants; il semble pour ainsi dire avoir un faible pour eux; il ne peut rien leur refuser.

La raison la voici : les enfants sont purs et il les aime parce qu'ils sont purs. C'est pour cela que leur prière est irrésistible.

Un enfant qui prie c'est un avocat qui gagne toutes les causes qu'on lui confie.

Quand vous autres, les parents, vous désirez une faveur, mobilisez vos enfants, faites-les prier ensemble. Je demandais l'autre jour, à une petite fille d'une dizaine d'années, qui vient à la messe à peu près tous les matins, de prier pour une intention spéciale. Je lui ai dit, sans nommer personne évidemment, qu'il s'agissait de réunir un couple de gens mariés qui s'était séparé depuis quelque temps. Alors, la petite fille me dit, sans hésiter un instant, «je m'en vais à l'école et je vais demander à ma soeur de faire prier les élèves pour une intention spéciale et ayez confiance ça va tout s'arranger.»

Voyez-vous ça, une petite fille de dix ans qui a assez de foi et assez confiance, dans la prière des enfants pour dire à un prêtre : «Ayez confiance ça va tout s'arranger!»

Eh! bien tout s'est arrangé. Ce couple s'est réuni et il vit maintenant heureux grâce à quoi? Grâce aux prières des petites filles de Ste-Famille.

Les grands convertisseurs d'âmes savaient bien que Jésus a un faible pour les enfants!

Aussi St - François-Xavier, l'apôtre des Indes et du Japon, chaque fois qu'il partait pour ses grandes randonnées à travers les régions païennes, il réunissait les petits enfants et il les faisait prier pour les âmes qu'il allait rencontrer sur son chemin. Puis les conversions se multipliaient sur son passage.

Dans l'espace d'un mois, il lui arriva de baptiser de sa main plus de dix mille païens.

Au début du XVI" siècle, la peste dévastait la ville de Paris. Les fidèles avaient en vain supplié le Seigneur de mettre fin au fléau. L'évêque organisa une procession de toutes les mamans accompagnées de leurs tout petits enfants : Seigneur, dit-il, pour l'amour de ces petits, épargnez-nous!

Et la peste cessa aussitôt. c'est la prière d'un enfant!

On raconte qu'au 14' siècle, un général nommé Procope assiégeait une ville de Bohème. Lorsque la famine obligea les habitants de se rendre, le général ne voulut entrer dans aucun arrangement et bouillant de colère, il annonça que le lendemain, la ville serait pillée et les habitants massacrés. Comme il se préparait à donner ses derniers ordres, on vint l'avertir qu'une alerte était donnée aux portes de la ville assiégée. Bientôt, on distingua une bande noire qui ondulait sur la route à très peu de distance du sol, comme un immense drap mortuaire qui marchait droit vers le camp de Procope. Le général et ses lieutenants regardaient le drap funèbre, soupçonnant une ruse de guerre, quant, tout à coup, le drap tombe et des tout petits enfants courent vers le chef redouté en agitant des branches vertes et en criant : «GRÂCE! GRÂCE!»

Cette vision d'innocence et de vie s'échappant d'un symbole de mort toucha si bien le terrible soldat que la ville fut épargnée.

Groupons nos petits enfants sur la route du ciel : à cause le bon Dieu, malgré sa juste colère, ne peut pas les frapper, et, de leur innocence et de leur prière, nous serons sauvés!

Notre-Seigneur a dit qu'il exaucerait toutes les prières de tous les hommes, mais n'a pas spécifié qu'il le ferait tout de suite. S'il se fait attendre parfois, c'est sans doute qu'il applique la loi qu'il a formulée un jour, en disant : «On se servira pour vous de la même mesure que vous saurez employée pour les autres : D'après nous, il n'est pas pressé, parfois, de nous exaucer. Sommes-nous si pressés, nous les vieux, de lui accorder ce qu'il nous demande? Combien de jours, de mois l'avons-nous laissé à la porte de notre coeur comme un mendiant importun? Nous méritons bien, nous d'attendre un peu.»

Mais les enfants! les petits dont il a envahi le coeur au baptême et dont il n'a amais été chassé? Ces purs qu'il qualifie de «bienheureux», car j ils verront Dieu, il ne peut pas les faire attendre! Il ne le veut pas non plus.

Nous avons bien peur de la bombe atomique. À en Lucie, croire certaines rumeurs, la petite voyante de Fatima, Soeur aurait prédit que de grandes calamités fondraient sur le Canada dans un avenir rapproché. Quelles que ses menaces qui pèsent sur nous, il y a un moyen infaillible de détourner de nos têtes la colère de Dieu. Il est dit dans l'Écriture Sainte que la prière des justes a changé les décisions de Dieu. Ninive devait être détruite par le feu. Le prophète Jonas invite les Ninivites à changer de vie et à implorer la clémence de Dieu. Ils le firent et la ville fut sauvée.

Si, dans chacune de nos maisons, il y avait un enfant qui s'interposait entre Dieu et nous, il est sûr que nous serions épargnés.

Un petit qui prie de tout son coeur, c'est plus fort et plus efficace que tous les radars du monde. Oui, un enfant qui prie et qui vient à la messe et qui communie rend plus service l'humanité qu'un savant russe qui lance autour de la terre des spoutniks même avec une chienne dedans.

Je connais une fusée assez puissante pour atteindr e le Ciel

Mes bien chers frères. Dans les temps difficiles que nous traversons, mobilisez vos enfants pour la prière. La prièr e en famille d'abord. Puis envoyez-les à la messe sur semaine ou encore mieux, accompagnez-les vous-même s à l'église quand c'est possible.

Demandez à vos enfants de lancer dans l'air, par milliers, les satellites de leurs Avé. Ces satellites qui entoureront la terre seront si nombreux qu'ils constitueront comme un barrage qui empêchera les foudres de la colère divine de s'écraser sur nous et nous serons épargnés et nous serons sauvés!


Témoignages divers - 6 - sermon -2

Le second sermon, court celui-là, est celui de ses adieux à ses paroissiens, en août 1958 alors, que l'abbé Gadbois est rappelé dans son diocèse d'origine par l'évêque de St- Hyacinthe, Mer Douville, celui-là même qui l'avait totalement dépossédé de La Bonne Chanson trois ans plus tôt. Voici ce sermon :

,, Tu es Deus meus, in manibus tuis tempora mea»

«Vous êtes mon Dieu, ma destinée est entre vos mains» (Off du XIIIe dimanche après la Pentecôte ).

Mes biens chers frères,

Son Excellence Mgr Douville, évêque de St-Hyacinthe, mon évêque, vient de me nommer aumônier à l'Académie du Sacré-Cœur de Sorel et je partirai le deux septembre C'est prochain.donc la dernière fois que j'ai l'occasion de vous adresser la parole.

Vous devinez sans doute les sentiments qui remplissent, mon coeur en ce moment. Je pourrais les résumer à trois :

Joie de retourner au milieu des miens, dans mon diocèse.

Regret de quitter des paroissiens que j'aime.

Reconnaissance envers Dieu pour les bienfaits dont Il m'acomblé depuis trois ans.

Joie : Il est facile à comprendre que je sois heureux de retourner dans mon diocèse où je connais tous les prêtres. J'ai toujours appartenu au diocèse de St - Hyacinthe; j'ai été seule

ment prêté, ici à Sherbrooke. Il y a trois ans quand j'ai laissé La Bonne Chanson , j'ai demandé à Mgr Douville de faire du ministère. Sur ces entrefaites, Mgr Cabana, demanda à Mgr Douville, s'il n'avait pas un prête à lui prêter. Je suis venu à Sherbrooke. Visite à Ste-Famille. Monsieur le Curé m'a accueilli comme un bon père. J'ai vu tout de suite que je serais heureux à Ste-Famille. J'ai accepté et je ne l'ai jamais regretté.

Mais, aujourd'hui, Mgr Douville a besoin d'un prêtre comme aumônier à l'Académie du St-Cœur de Sorel (sept cents élèves) et il m'a nommé là en attendant qu'il y ait un cure de libre. Au plus tard à la prochaine ordination. Tout vicaire aspire à la cure...

Regret : Mais à cette joie de retourner au milieu des miens, avec l'espérance d'une cure prochaine, se mêle un sentiment aussi profond que sincère : le regret de quitter des paroissiens que j'aime.

On ne passe pas trois ans dans la paroisse Ste-Famille sans s'y attacher.

Dès les premiers temps de mon arrivée ici je vous ai aimé et à mesure que je vous ai connu cet amour a toujours été en augmentant.

Je vous ai aimés d'autant plus que vous étiez mes premiers paroissiens.

Et voici, qu'au moment où je connais à peu près les quatre-cinquième des paroissiens, je m'en vais.

Mais, soyez assurés que je ne vous oublierai jamais. Je vous suivrai de loin.

Je me demanderai : qu'est-ce que fait dans la vie un tel ou une telle que j'ai connu à l'école ou que j'ai baptisé? (Consécration à la Ste-Vierge ).

Reconnaissance : Au bon Dieu pour consolations :

•  au confessionnal

•  au bureau

•  assistance à la messe

•  à l'école (catéchisme) e) croisade = J.E.C.

• malades

• cinq cents baptêmes (consécration à la Vierge )

Merci à vous, chers paroissiens, pour toutes vos dél tesses à mon égard,

Merci à monsieur le Curé pour toutes ses bontés envers moi moi. Il a été plus qu'un conseiller, il a été comme père pour moi.

En terminant, je me recommande à vos bonnes prières pour que le bon Dieu permette que je fasse le plus de bien possible dans le milieu où je m'en vais.

Si je devais vous laisser deux phrases que je considère comme les plus importantes pour tout e votre vie, je vous dirais comme St-Jean :

«Aimez-vous les uns les autres» et je vis pour le Ciel.

Je demande au bon Dieu d'exaucer le voeu que je formule aujourd'hui Que nous soyons tous réunis un jour : vous paroissiens que j'ai connus et aimés et moi, votre ancien vicaire qui désire passer toute l'éternité avec vous dans le Ciel!

Ainsi-soit-il!


Note biographique et fondation La Bonne Chanson

À ce stade de cette biographie et alors qu'il me faudra bientôt conclure, je m'en voudrais de nea lors pas évoquer auparavant quelques-uns des commentaires très pertinents, contenus dans un excellent mémoire présenté à la Faculté des Études Supérieure s de l'Université de Montréal par une étudiante de cette institution de haut savoir, madame Diane Hémon-Poirier, en vue de l'obtention du diplôme de Maître Es-Arts.

J'ai lu attentivement ce mémoire, sorte de thèse très technique en soi que soutint brillamment son auteur, mais ce qui a surtout retenu mon attention , c'est le résumé et les conclusions ci-après de madame H émon-Poirier que je vous l ivre sans autre commentaire, car ce texte est suffisamment clair et éloquent par lui-même

L'identification des valeurs véhiculées par le médium canadien français La Bonne Chanson , constitue le but principal de cette recherche.

L'approche principalement qualitative combinée à l'approche quantitative ont permis de répondre aux questions de recherche qui étaient ainsi formulées Quelles présentes dans le contenu : plus précisémentes quelles sont les valeurs économiques et affectives, intellectuelles et esthétiques, morales et religieuses; dans quel ordre d'importance se présentent-elles?

L'analyse du contenu a permis de faire ressortir treize valeurs parmi les six catégories de la grille d'analyse.

Les trois premières valeurs en importance véhiculées par le contenu concernent la valeur du Beau : la beauté de la vie humaine, principalement de la jeunesse, la beauté de la nature qui nous entoure et enfin «le bon vieux temps». La Bonne Chanson n'est cependant pas tournée exclusivement vers le passé car la présence de la jeunesse est synonyme d'avenir et d'un point de vue quantitatif elle est plus importante que le passé.

Ces trois principales valeurs confirment l'intention de l'abbé Charles-Émile Gadbois qui voulait, selon son mot d'ordre, que «la jeunesse étudie sur de la beauté». Étudier n'est cependant pas aller à l'école. Certes l'école est présente dans ce contenu mais celui-ci véhicule une valeur qui confirme la responsabilité première de La Bonne Chanson entre autres, qu'on désire que se fasse l'apprentissage des connaissances les plus valorisées, soit la langue française parlée et l'histoire canadienne-française.

Ce ne sont là que des hypothèses que seules des recherches ultérieures pourraient démontrer. La présente étude ne prétend pas avoir dit le dernier mot sur la question des valeurs véhiculées par les médias d'éducation. Il serait pertinent d'identifier des valeurs véhiculées par d'autres médias à l'époque de La Bonne Chanson ; de comparer les valeurs entre médias avant et après les années soixante, cette date représen­tant un virage éducatif important, notamment dans le système scolaire; enfin, d'étudier l'évolution des valeurs dans le curriculum québécois.

Nous tenons à souligner que les cahiers de La Bonne Chanson sont disponibles dans les principaux magasins de musique et que la population peut s'en procurer en téléphonant gratuitement de partout au Québec au 1-800-567-2531. Et voilà! Est-ce tout? Serait-ce déjà terminé? Eh bien, non, pas tout à fait. Pour glorifier l'épopée de La Bonne Chanson et afin de perpétuer la mémoire et le souvenir de son fondateur, son frère, Raoul D. Gadbois, homme d'affaires averti, et philantrope émérite, a créé La Fondation Abbé Charles-Émile Gadbois (FACEG) en 1986.

Quelle était l'idée du président-fondateur et fiduciaire de cette Fondation qui existe depuis maintenant sept ans déjà? Eh bien, Raoul D. Gadbois a voulu et veut par et grâce à la Fondation qui porte fièrement et glorieusement le nom de son frère vénéré, encourager celles et ceux qui s'acheminent vers une carrière dans l'art vocal.

Mais la Fondation est avant tout, pour tous les candidats et candidates, un tremplin de solidarité pour la sauvegarde et le rayonnement de la culture française au Canada et en Amérique du Nord en général.

Écoutons Raoul D. Gadbois développer davantage son idée et nous parler plus à fond de la FACEG :

Le but de cet organisme de bienfaisance est de promouvoir le rayonnement de la culture française en Amérique du Nord en incitant les générations futures à chanter en fran­çais à la maison, à l'école et au théâtre.

L'abbé Gadbois a fait chanter la population de langue française du Québec, de l'Ontario du Canada, de la Nouvelle- Angleterre et de plus de douze autres pays.

Après sa mort en 1981, il n'y avait pas d'organisme pour continuer son oeuvre d'apôtre de la langue française. En 1986, j'ai réuni des amis, les plus intimes, parmi les personnalités émérites du Canada et j'ai créé « La Fondation Abbé Charles- Émile Gadbois».

Celle-ci se donna comme mission d'attribuer des bourses aux jeunes filles et jeunes garçons de 16 à 29 ans qui veulent et peuvent chanter en français pour le rayonnement de la culture française. Il fallait donc bâtir sa structure : un président, un vice-président et un secrétaire-trésorier. J'ai eu un choix heureux : comme vice-président : Son Excellence l'Ambassadeur Robert Choquette, Le Prince des poètes et comme secrétaire-trésorier : l'ancien président de la Banque Provinciale du Canada, monsieur Léo Lavoie.

La Fondation vit et vivra des dons et subventions qu'elle recevra et pour lesquels des reçus pour fins d'impôt, seront envoyés pour tout don de 10 $ et plus.

La Fondation a eu, à ce jour, 248 candidats(es) qui se sont inscrits pour les auditions du 1er . juin de chaque année à la Faculté de Musique de l'Université de Montréal; depuis 1986, 164 bourses ont été attribuées pour un grand total de 87 307,00 $.

Chaque année, le troisième mercredi de septembre, la Fondation donne un concert à l'amphithéâtre de la Maison Mère de la Congrégation Notre-Dame , 4873 avenue Westmount. Le but de ce concert est de mettre en valeur les boursiers et boursières «Maîtrise» des années précédentes et d'auditionner les candidats (es) «Perfectionnement» pour le degré «Maîtrise».

Il y a quatre degrés dans la catégorie classique (opéra) et quatre degrés dans la catégorie semi-classique (populaire) : les bourses sont : initiation (250 $), élève (500 $), perfectionnement (1 000 $) et maîtrise (2 500 $).

Fondation Abbé Charles-Émile Gadbois

Critères pour l'obtention d'une bourse sans distinction de sexe

•  Être citoyen canadien;

•  Être âgé de 16 à 29 ans;

•  Avoir une belle voix;

•  Chanter en français;

•  Avoir fait des études de chant ou avoir le goût d'en faire;

•  Remplir une formule d'inscription.

Renseignements :

Fondation Abbé Charles-Émile Gadbois 68, Boul. St-Joseph Ouest

Montréal (Québec) CANADA H2T 2P4 Tél. : (514) 288-1233

Au terme de cette biographie de l'abbé Charles-Émile Gadbois, il nous paraît utile de présenter son frère, Raoul, grâce auquel le nom de l'abbé Gadbois et son oeuvre de La Bonne Chanson , passeront donc plus sûrement à la postérité par la création de la Fondation abbé Charles-Émile Gadbois.

Raoul D. Gadbois a fait ses études classiques au Séminaire de St-Hyacinthe et de comptabilité à l'École des Hautes Etudes Commerciales.

Fut secrétaire fondateur de Boscoville, son oeuvre de prédilection au Lac des Français et à la ferme d'Albert Hudon à Rivière-des-Prairies.

Le 13 août 1945, il fonda la Société Canadienne de Courtage Inc., une corporation dont il est encore président actif.

Propriétaire de l'Auberge Canard Blanc au Lac Simon, de 1952 à 1977.

Président de la Corporation «Spiritex Inc.', importateur de vin français et il fonda la Commanderie des Vinophiles du Québec.

Il créa en 1986 la Fondation abbé Charles-Émile Gadbois pour la survivance de la Culture française au Canada en donnant des bourses de chant en français aux jeunes de 16 à 29 ans. Les premiers fiduciaires furent S. Exc. Robert Choquette comme vice-président et le président de la Banque Provinciale du Canada, M. Léo Lavoie, comme secrétaire- trésorier.

C'est pour toutes ces raisons et en reconnaissance des oeuvres sociales, humanitaires et caritatives de M. Raoul D. Gadbois que le Président de la République Française, Mon­ sieur François Mitterrand, lui a conféré le 13 octobre 1993 par l'intermédiaire du Consul Général de France, M. Jean-Pierre Beauchataud, le grade de Chevalier de l'Ordre National du Mérite de France qui est, avec la Légion d'Honneur, l'une des plus hautes et des plus prestigieuses distinctions honorifiques de France, Mère-Patrie de tous les Canadiens Français et berceau de la civilisation et de la culture française dans le monde.

Le plus beau titre de gloire de Raoul D. Gadbois sera cependant, sans aucun doute, de permettre maintenant un prolongement de longue durée à l'oeuvre unique de son frère Charles-Émile, La Bonne Chanson, qui revit maintenant en quelque sorte sous l'étendard de la Fondation abbé Charles­Emile Gadbois, et à laquelle nous sommes heureux de souhaiter le plus grand succès possible et de très longues années d'existence.

Ad faustos et multissimos annos!

Nous sommes heureux de vous offrir à la fin de cette biographie 28 chansons choisies dans les 10 cahiers de La Bonne Chanson;elles vous rappelleront de fort jolis souvenirs.

c'est-l-aviron-qui-nous-mene-en-haut
mon-beau-sapin
c-etait-Anne-de-Bretagne
o-canada-mon-pays-mon-amour
isabeau-sy-promene
notre-pere
il-faut-croire-au-bonheur
partons-la-mer-est-belle
la-feuille-d-erable
o-canada-terre-de-nos-aieux
la-cantiniere
quand-il-neige-sur-mon-pays
les-cloches-du-hameau
plaisir-d-amour
la-priere-en-famille
sur-la-route-de-berthier
le-credo-du-pecheur
souvenir-d-un-veillard
le-coeur-a-besoin-d-amour
vous-invite-a-chanter
le-soir
le-temps-des-sucres
le-petit-mousse
nos-souvenirs
le-temps-des-pommes
minuit-chretien

le-temps-des-lilas

 
  Cliquer sur pour voir les partitions de musique.  

Puis en bas de l'image vous pouvez agrandir 2 fois

 

   
 
1
5
2
6
3

Charles-Emile-Gadbois-Prologue-enfance-adolescence-Ordination-03

7
4
8
 
       

Pour lire les tweets du Pape François cliquer sur ce logo

ou

Pour lire les textes du Pape François cliquer sur ce logo

ou

  Menu-Pape-Francois-L-Ensemble-des-tweets-du-jour
  Menu-Pape-Francois-L-Ensemble-des-Series.
 

 


SI VOUS VOULEZ LES TROUVER PAR TERMES




SI VOUS VOULEZ LES TROUVER PAR AUTEURS

 

  Cliquer en tout temps, pour aller voir les autres auteurs ermitedelacroixofs@live.ca