| Série 16- 9 pages |
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| Les trois voies de la vie spirituelle-P. Jean-François- Bonnefoy |
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| Chapitre
3 L' oraison affective |
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Après avoir exposé comment nous devons nous préparer à la sagesse (01) par la méditation et la prière, il nous faut maintenant montrer brièvement comment on y arrive par l’oraison affective. C’est par l’oraison en effet que notre âme passe à la Jérusalem céleste, sur le modèle de laquelle est constituée l’Église selon cette parole de l’Exode(25,40) : « Regarde et fais selon l’exemplaire qui t’a été montré sur la montagne ». Il convient en effet que l’Église militante soit conforme à l’Église triomphante, les mérites à la récompense, les âmes qui sont sur cette terre à celles qui sont déjà dans la gloire, dans la mesure, bien entendu où cette ressemblance est compatible avec notre état d’épreuve. Or la récompense dont jouissent les bienheureux est faite de trois éléments : -possession
éternelle de la paix parfaite, Dans
ces trois biens, Dieu lui-même repose et habite comme sur son
propre trône. Mais pour les atteindre, il faut gravir les trois
degrés des trois voies, à savoir : |
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1-
Comment on arrive à la paix, terme de la voie purgative, au moyen
de l'oraison affective. |
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Les sept degrés qui acheminent au sommeil de la paix sont : 1- La honte.- Nous avons tous de quoi rougir si nous nous souvenons de la gravité de nos fautes, de leur nombre, de leur turpitude et de notre ingratitude. 2- La crainte.- Vous serez saisi de crainte si vous méditez sur le jugement divin qui révèlera la dissipation de votre activité, l’aveuglement de votre raison, l’endurcissement de votre volonté, et se terminera par vote condamnation. 3- La douleur.- Ce sentiment croîtra en vous au fur et à mesure que vous apprécierez selon leur gravité réelle les dommages causés par le péché. Il vous a fait perdre l’amitié divine et l’innocence de l’âme ; votre nature en a été blessée (04) et vous avez perdu les mérites acquis dans le passé. 4- La prière.- Vous invoquerez le secours de Dieu le Père, du Christ Rédempteur, de la Vierge Mère et de l’Église triomphante. 5- La force d’âme.- Ayant mesuré la gravité du mal et imploré l’aide de Dieu, vous vous appliquerez avec courage à éteindre en vous les passions qui sont à l’origine du mal, la presse spirituelle, ou négligence pour le progrès, la méchanceté ou malice qui nous porte à faire le mal pour le mal, les désirs mauvais ou concupiscence de la chair, la vanité ou orgueil. 6- Le désir ardent du martyre.- Souffrir la mort pour le nom de Dieu vous serait grandement utile pour obtenir un pardon plénier de vos fautes, la disparition totale de la tache qu’elles ont imprimée sur votre âme, la satisfaction complète de la peine que vous avez encourue, et l’entière sanctification de votre âme par la grâce. 7- Le sommeil à l’ombre du Christ (05).- Ce degré est le terme désirable de vos efforts, le repos qui récompense la peine. A ce degré, on se sent tellement protégé sous l’ombre des ailes divines que l’on n’est plus troublé par l’ardeur de la concupiscence, ni par la crainte des punitions divines. Mais vous ne parviendrez à cet état que par le désir du martyre, qui suppose que vous avez maîtrisé vos passions. Vous ne les dominerez que si vous avez recours à la prière, mais vous ne prierez que si vous vous faites une juste idée de votre état misérable. Ce jugement lui-même supposer la crainte des jugements de Dieu que vous redouterez que si vous vous souvenez de vos fautes et en avez honte (06). Si donc vous voulez arriver au sommeil de la paix, avancez-en suivant l’ordre que je viens d’indiquer (07). |
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2-
Comment on arrive à la vérité, terme de la voie
illuminative, au moyen de l'oraison affective. |
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On parvient à la splendeur de la vérité en imitant le Christ et spécialement le Christ souffrant. Quand vous voudrez faire oraison sur la Passion de Notre-Seigneur, vous débuterez par un acte de foi et vous continuerez en produisant successivement des actes de compassion, d’admiration, de dévotion, d’imitation, d’amour de la souffrance. Le tout sera résumera dans une intuition profonde des mystères de la croix. 1- Considérez quel est celui qui souffre et faites-lui hommage de votre raison en croyant très fermement que le Christ est vraiment le Fils de Dieu, le Principe de toutes choses, le Sauveur des hommes, le Rémunérateur des mérites de tous. 2- Sachant la qualité de celui qui souffre, unissez-vous par les sentiments de compassion à la Victime si innocente, si douce, si noble et si aimante. 3- Méditez la grandeur de celui qui souffre, et allez à sa rencontre avec des sentiments d’admirations. Considérez combien est grande sa puissance, sa beauté, son bonheur, son éternité ; et vous serez étonné qu’une telle puissance ai pu être réduite à rien, qu’une telle beauté ai peu être défigurée, que tant de bonheur ait peu s’accompagner de souffrances inouïes, que celui qui est éternel ait pu mourir. 4- Réfléchissez au motif de ses souffrances et oubliez-vous vous-même dans un transport de dévotion parce qu’il souffre pour que vous soyez racheté, illuminé (08), sanctifié, glorifié. 5- Considérez de quelle manière il souffre, et «revêtez-vous du Christ » (Rom., 12, 14) en vous efforçant de l’imité. Il a souffert très volontiers pour le prochain, sans se ménager lui-même, par obéissance à Dieu son Père, sans se laisser séduire par le démon, Vous vous appliquerez donc à être comme lui constamment bienveillant pour le prochain, sévère pour vous-même, humble vis-à-vis de Dieu, prudent vis-à-vis du démon. 6- Considérez combien il souffre et embrassez la croix en désirant souffrir comme lui, Lui tout-puissant a accepté de porter de chaînes, comme s’il était incapable de les briser ; très bon, il a supporté des injures, comme un homme méprisable ; très sage, il a permis d’être traité comme un fou ; très jutes, il a subi les supplices réservés aux scélérats. Afin de l’imiter au moins par le désir, souhaitez d’avoir à supporter le supplice de la croix, c’est-à-dire dire des injustices matérielles, des injures par paroles, des moqueries et tourments. 7- Considérez ce qui d’écoute de ses souffrances et que votre regard de contemplatif se fixe sur les rayons de lumière qui émanent de la croix. Par ses souffrances, l’Agneau a brisé les sept sceaux du livre mystérieux que saint Jean vit dans le ciel (Apoc., 5, 5). Ce livre est la connaissance universelle des êtres. Sept choses qui manquaient à la science des hommes étaient écrites dans ce livre et nous ont été manifestées grâces à la Passion du Christ. Ce sont l’admirable perfection de Dieu, la valeur de la créature spirituelle, la méchanceté du monde, les joies du ciel, les horreurs de l’enfer, l’excellence de la vertu, et la gravité du péché La
croix a montré combien Dieu était admirable en révélant
sa très haute et insondable sagesse, sa souveraine et irréprochable
justice, son incomparable et ineffable miséricorde. Par sa
très haute sagesse, il a déjoué les plans du
démon ; par sa souveraine justice, il a exigé le prix
de notre rachat ; par sa grande miséricorde, il a livré
son Fils pour vous. Tout cela, est nous le considérons attentivement,
nous manifeste Dieu très clairement Le monde sensible apparaît à la lumière de la croix comme un lieu où règne l’aveuglement, puisqu’il n’a pas reconnu la vraie et parfaite lumière ; où sévit la stérilité, puisqu’il a rejeté Jésus-Christ comme inutile ; où triomphe l’iniquité, puisqu’il a condamné et mis à mort son Dieu et son Seigneur, qui était son ami, et innocent par surcroît. Le paradis désirable a été manifesté par la croix comme un lieu où se trouve l’apogée de toute gloire, le spectacle de toutes les joies, le grenier de toutes les opulences : c’est en effet pour nous rendre cette demeure que Dieu s’est fait homme vil, pauvre et misérable. Dans le Christ, l’excellence s’est unie à l’abjection, la justice a subi le châtiment, la richesse a accueilli la pauvreté. En effet le très haut et puissant Seigneur de l’univers s’est soumis à un esclavage abject pour que nous parvenions à la gloire le Juge très juste a subit une condamnation très grave pour que nous soyons justifiés de toues nos fautes ; le très riche Maître du monde a embrassé l’extrême indigence pour nous obtenir l’abondance de tous biens. L’enfer apparaît à la lumière de la croix comme un lieu épouvantable, où l’on ne voit qu’indigence, vilénie, ignominie, calamité et misère. En effet s’il a fallu que le Christ souffrît tout cela pour effacer le péché et le réparer, à plus forte raison les damnés devront-ils le subir comme juste rétribution et punition de leurs démérites. À la lumière de la croix, la vertu apparaît digne d’être louée comme précieuse, belle et féconde. Elle est précieuse, puisque le Christ a préféré donner sa vie plutôt que de l’offenser. Elle est belle, puisqu’elle brillait même dans les ignominies de la Passion. Elle est féconde, puisque par un seul acte de vertu le Christ a dépouillé l’enfer, ouvert le ciel, restauré l’univers. On voit enfin à la lumière de la croix combien le péché mérite d’être détesté puisque son pardon requiert un si grand prix, une expiration si dure, un remède si extraordinaire. Il a fallu en effet que Dieu unit à l’homme le plus parfait dans l’unité de Personne, satisfasse pour notre arrogance d’une audace inconvenable, a une extrême abjection ; pour notre cupidité sa limites, par une pauvreté allant jusqu’au dénuement ; pour nos mauvais plaisir, par la plus amère affliction. Voilà comment la croix manifeste toutes choses, car tout ce qui existe se réduite aux sept catégories que nous avons énumérées. La croix est donc la clef, la porte, la voie et la splendeur de la vérité. Celui qui la porte et suit le chemin qu’elle indique et que nous venons de rappeler, celui-là en marche pas dans l’obscurité, mais il aura la lumières de la vie (11). |
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3-
Comment on arrive à la charité, terme de la voie unitive,
au moyen de l'oraison affective. |
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On parvient à la douceur de la charité en recevant l’Esprit-Saint. On peut distinguer les degrés suivants dans l’accueil de plus en plus empressés de l’âme : la vigilance la tien en éveil, la confiance la remplit de courage ; le désir l’enflamme ; l’amour l’attire ; la complaisance la calme ; une douce joie l’envahit et finalement elle s’unit à Dieu dans les étreintes de la charité. Vous respecterez cet ordre si vous voulez parvenir à la perfection de la charité et à l’amour de l’Esprit-Saint. Il faut en effet : 2- La confiance soutiendra votre courage. La venue de l’Époux est en effet si certaine que vous pouvez dire en toute assurance : « En vous, Seigneur, j’ai placé mon espoir. Je ne serais jamais confondu » (Ps.30, 2). Ou encore avec le saint homme Job (13, 15) : « Quand bien même il me tuerait, j’espérerais encore en lui ! » 3- Que le désir enflamme votre cœur à cause de la douceur de l’Époux au point de pouvoir dire : « Comme le cerf soupire après les sources d’eau, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu ! » (Ps. 41, 2). Ou encore avec l’Épouse des Cantiques (8, 6 ; 2, 5) : « L’amour est fort comme la mort ! je languis d’amour ! » 4- Qu’un saint transport vous soulève à la vue d’un Époux si noble, au point que vous vous écriiez : « Que vos tabernacles sont aimables, ô Seigneur des vertus ! » (Ps. 83, 2). Ou encore, comme l’Épouse des Cantiques (1, 3) : «Entraîne-moi après toi, nous courrons à l’odeur de tes parfums ». Ou avec le saint homme Job (7, 15) : «Mon âme préfère la mort violente ; mon âme appelle le trépas ». 5- La complaisance que vous éprouvez en contemplant la beauté de l’Époux calmera votre âme qui pourra légitimement s’écrier avec l’Épouse des Cantiques : « Mon bien-aimé est à moi et je suis toute à lui » (2,16). « Mon bien-aimé est blanc et vermeil, choisi en mille » (5,10) 6- Une douce joie vous pénètrera à cause de l’abondance de biens qu’il porte avec lui, et vous rendrez grâces en disant : « Proportionnées aux angoisses qui m’accablaient, vous consolations ont envahi mon âme » (Ps.93, 19). « Combien est grande l’abondance de votre douceur, ô mon Dieu ! » (Ps. 30, 20). Ou encore avec l’Apôtre : « JE suis remplie de consolation, je surabonde de joie dans mes tribulation » (II Cor. 7, 4). 7- A ce degré, la force de l’amour sera telle que vous vous unirez intimement à Dieu au point de pouvoir vous écrier : « Il m’est bon de m’attacher à Dieu » (Ps. 72, 28). « Qui pourra me séparer de la charité du Christ ? » (Rom., 8.35). Ces dispositions intérieures se suivent dans l’ordre que je viens d’indiquer, et l’âme ne dois se ternir pour satisfaite que lorsqu’elle est arrivé au dernier degré. Elle n’y parviendra qu’en suivant les degrés intermédiaires » Dans le premier domaine la réflexion ; dans les suivants, les affections. La vigilance en effet considère combien il est convenable, utile et doux d’aimer Dieu ; la confiance que produite cette méditation produit le désir, d’où naissent les transports d’amour jusqu’à ce qu’on parvienne à l’union, au baiser et aux embrassements de l’amour (12). Daigne nous accorder cette ferveur celui qui vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. |
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| Récapitulation. |
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La doctrine qui vient d’être
exposée peut se résumer de la manière suivante
: 2-Voie illuminative : considérez la personne de celui qui souffre et faites-lui hommage de votre foi : sa dignité, et offres-lui votre compassion ; sa grandeur, et dites-lui votre étonnement et votre admiration ; le motif des ses souffrances, et présentez-lui votre confiance et votre gratitude ; les circonstances de sa passion et efforcez-vous de l’imiter en les reproduisant ; la grandeur de ses douleurs et, enflammé d’amour, embrassez-le ; les suites de ses souffrances, et contemplez intellectuellement. 3- Voie unitive : la vigilance vous tiendra en éveil, parce que votre Époux n’attend pas ; la confiance vous fortifiera : il ne trompe pas ; le désir vous enflammera à cause de sa douceur ; un saint transport vous soulèvera à la vue d’un Époux si noble ; la complaisance que vous trouverez en sa beauté vous rendra le calme ; une joie profonde provoquée par la plénitude de son amour vous enivrera ; la force de cet amour vous unira si indissolublement à lui que vous direz sans cesse au Seigneur dans l’intime de votre âme : «Je vous cherche, j’espère en vous, je vous désire, je m’élève vers vous, je me complais et me réjouis en vous, et je m’attache étroitement à vous pour toujours » (13). |
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5-
Classification ternaire des étapes du progrès spirituel
(note ou appendice I ) . |
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Les
étapes du progrès spirituel peuvent être conçues
selon une division ternaire de chacune des trois voies (14),
analogue à la triple hiérarchie céleste. En effet,
trois choses sont nécessaires à chacun de nous depuis
la chute ; à savoir : le regret de nos fautes, la gratitude vis-à-vis
de Dieu, et la volonté de devenir semblable à lui
(15). Si l’homme n’avait pas péchés,
les deux dernières dispositions suffiraient : la reconnaissance,
pour la grâce reçue ; la ressemblance avec Dieu, inséparable
de l’état d’innocence. Mais dans l’état
actuel de péché, le regret est nécessaire comme
remède, les fautes que nous avons commises pour nous satisfaire
ne pouvant être remises sans la contrition affective
(16). |
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A-
Voie purgative. |
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Vous veillerez à faire entrer dans votre contrition une juste appréciation des maux qui sont le fruit de vos fautes, le souvenir des souffrances du Christ, et une fervente prière pour le prochain afin que Dieu le secoure dans ses difficultés. La contrition qui vous purifiera comporte donc le regret de vos fautes : à ce titre elle doit être accompagnée de douleur à cause des maux que le péché entraîne ou a entraîné pour vous-même, pour le Christ et pour le prochain. Elle comporte aussi la compassion pour le Christ souffrant. Ce sentiment se mêlera de criante au souvenir des jugements cachés de Dieu, en particulier en pensant aux décrets de sa Providence, aussi mystérieux qu’inévitables, relatifs au temps, au jour et à l’heure de notre mort. Votre contrition s’accompagnera d’un acte de charité spirituelle pour le prochain. Vous priez à ses intentions avec une confiance que justifient la protection de Dieu, du Christ et les prières des saints (17). |
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| B-
Voie illuminative. |
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Votre
effort pour ressembler à Dieu supposer que vous élèverez
votre esprit verse les vérités surnaturelles en contemplant
les choses de Dieu (c’est l’acte du don d’intelligence)
; en vous servant des créatures visibles comme d’un miroir
où se reflètent les attributs divins (c’est l’acte
du don de science); et ne soumettant votre jugement à la parole
de Dieu (ce qui est le signe d’une foi vivante (18).
Pour imiter Dieu, vous devrez encore sortir de vous-même par des actes d’une charité bien ordonnée. Vos affections se porteront d’abord vers les délices du ciel, la possession de Dieu (C’est l’acte du don de sagesse) ; ensuite vers le prochain (par un acte de l’amour de bienveillance) (19) ; vous vous détacherez enfin des plaisirs charnel (c’est l’acte de la vertu de tempérance). Votre volonté d’imiter Dieu exige enfin que vous vous appliquiez courageusement à votre réforme intérieure. Vous n’hésiterez pas à aborder de front les difficultés que vous rencontrerez (le don de force vous soutiendra) ; tout ce qui est digne de louange, vous l’entreprendrez (20) (vous montrant ainsi magnanime) ; rien de ce qui paraît méprisable au monde ne vous rebutera (vous ferez ainsi d’humilité). En
somme, vous volonté d’imiter Dieu suppose : que vous
appliquerez votre esprit aux mystères de la vie divine
(21), aux créatures chargées de nos les faire
connaître (22), aux vérités
révélées par Dieu pour les accepter dans la foi
; |
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C-
Voie unitive. |
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| Votre
gratitude se nourrira du souvenir des principaux bienfaits de Dieu : la
création admirable par la quelle dieu vous a tiré du néant
et fait à son image ; la rédemption du péché
que le Christ a lavé dans son sang ; la libération des peines
de l’enfer et la promesse d’entrer au ciel. Tout cela provoquera
et entretiendra vos actions de grâces.
La voie unitive est faite de ces sentiments de gratitude. Elle suppose un recueillement habituel qui vous rende prompt à vous épancher en cantiques d’action de grâces ; une joie intérieur habituelle au souvenir de l’excellence des dons divins ; un amour de bienveillance qui vous jette dans les bras de Dieu si libéral à votre égard. |
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6-
Les deux manières de connaître Dieu (Note ou appendice
II ). |
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| Nous avons dit que l’esprit devait s’appliquer à la méditation des mystères de la vie divine qui comprennent en tout premier lieu le mystère de la Sainte Trinité. Nous les connaissons de deux manières, par affirmation ou par négation. Saint Augustin est le maître de ceux qui suivent la première méthode ; Denys a excellé plus que tout autre dans la seconde. Essayons de les décrire : | |||||||||
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A-
Méthode affirmative. |
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Par la
méthode affirmative, nous comprenons qu’en Dieu il y a
des attributs communs aux trois Personnes divines ; d’autres qui
sont propres à l’une d’entre elles ; d’autres
qui tiennent de chacun des précédents et que les théologiens
nomment : appropriés.
1- Attributs communs. Considérez encore attentivement et voyez, si vous pouvez, que Dieu est l’éternité toujours présente, la simplicité qui remplit toutes choses, l’immobilité de qui procède tout mouvement. Comme les précédentes, ces notions sont naturellement connexes et découlent les unes des autres (25). Considérez enfin que Dieu est une lumière inaccessible (I Tim., 6,16), un esprit qui ne change pas, une paix incompréhensible. Ces notions ne supposent pas seulement l’unité de l’essence divine, mais encore la parfaite Trinité des Personnes, ainsi qu’on va le voir (26). 2- Attributs propres. Une source de lumière engendre des rayons lumineux ; la source et ses rayons produisent la chaleur, si bien que la chaleur procède de la source lumineuse et des rayons, sans que ses vérifie en ce dernier cas l’analogie avec la génération (27). Si donc Dieu est vraiment une lumière inaccessible, dont les rayons lumineux et la chaleur ne sont pas des phénomènes transitoires mais des substances ou hypostase, il faut distinguer en lui le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qui sont les noms propres des trois Personnes divines. Tous
esprit est principe par nature, puisqu’il conçoit et
produit, en quelque sorte de sa propre substance, une parole intérieure
ou verbe mental, De l’esprit et de sa parole intérieure
émane le don de l’amour : ceci se vérifie en tout
esprit proprement dit. Si donc Dieu est un Esprit qui ne change pas,
il est évident qu’en lui on trouvera un Principe premier,
absolu, un Verbe éternel et un don parfait
(28). Ces noms sont propres aux Personnes divines. 3- Attribut appropriés. On peut répartir en trois séries les perfections qui, tout en étant communs aux trois Personnes, sont ordinairement réservées ou appropriées à l’une d’entre elles. Première
série : unité, vérité, bonté. Deuxième
série : puissance, sagesse et volonté. Troisième
série : hauteur, beauté, douceur. La beauté est attribuée au Fils pareillement comme conséquence des deux appropriations précédentes, la vérité et la sagesse. En effet la sagesse suppose des idées nombreuses ; la vérité implique leur adéquation ou convenance avec la réalité. La beauté réunit en elle ces deux éléments puisqu’elle est un rapport de proportion ou convenance entre des éléments nombreux. La douceur est attribuée à l’Esprit-Saint comme incluse dans les deux perfections que nous lui avons déjà appropriées ; la volonté et la bonté. Là où la bonté parfaite est jointe à la volonté, on trouve nécessairement la charité et la douceur à leur plus haut degré. Il y a donc en Dieu une majesté redoutable, une beauté admirable, une douceur désirable : l’esprit humain ne peut aller au-delà. Telle est la méthode de la théologie affirmative. |
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B-
Méthode négative. |
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La méthode négative l’emporte et de beaucoup sur la méthode positive, parce que selon Denys, quand nous parlons de Dieu, « nos affirmations contiennent moins de vérité que nos négations ». Ces dernières semblent dire moins, alors qu’en réalité elles expriment d’avantage. Cette manière de s’élever à Dieu consiste à tout nier de lui, à la condition pourtant que l’on procède avec ordre, en partant des propriétés inférieures des créatures pour arriver graduellement aux plus nobles ; et que l’on sous-entende toujours l’attribution d’une propriété supérieure. Lorsque vous dites : « Dieu n’est pas quelque chose de sensible », il faut ajouter intérieurement : « mais quelque chose qui est au-dessus des sens ». Si vous dites : « Dieu n’est ni imaginable, ni intelligible, ni existant », ajoutez : « Il est au-dessus de toute cela ». Et alors le regard de l’esprit pénètre dans la nuit du mystère ; il s’élève plus haut et plonge plus avant, étant donné que l’intelligence se dépasse elle-même et tout le crée. Cette manière de s’élever vers Dieu est la plus noble, mais pour la pratiquer sans danger, il faut posséder la théologie affirmative, tout comme la voie unitive requiert l’imitation du Christ, ou comme la négation supposer l’affirmation. Cette manière d’élever son esprit à Dieu est d’autant plus efficace que la force qui soulève l’âme, la pénètre plus intimement. Elle produit d’autant plus de fruits spirituels qu’on est plus pénétré de sentiments de dévotion. C’est pourquoi il est si utile de s’exercer à l’oraison affective (36). Notez avec soin ces enseignements et ces conseils : ils deviendront pour vous source de vie. |
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Références |
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(01)- La sagesse à laquelle acheminent la méditation et la prière est la contemplation parfaite, analysée et décrite dans l’Introduction, art III, C (02)_ «Conformément à ces éléments, on distingue trois ordres dans la suprême hiérarchie céleste, à savoir les Trônes, les Chérubins et les Séraphins ». (Note de S. Bonaventure). On remarquera que le saint Docteur établit ici un parallèle non entre les trois voies et les trois hiérarchies célestes (comme le fait la note finale reçue comme authentique par l’édition critique), mais entre les trois voies et les trois ordres de la hiérarchie suprême. (03)- Ce prologue du chapitre III est capital pour la correcte interprétation de tout l’ouvrage. II a été expliqué dans l’Introduction, art I (04)- Cette parole doit être entendue non en ce sens que le péché diminuerait notre nature, affaiblirait directement nos facultés, affecterait intrinsèquement notre liberté ; mais e ce sens que soit la violence de la passion qui l’a occasionné, soit la répétition de la même faute, produisent en nous une disposition habituelle au mal. Cette mauvaise habitude gêne l’action de la grâce et la volonté se comporte en fait comme si elle était blessée. (05)- Le sommeil à l’ombre du Christ n’est autre que la contemplation parfaite, terme et couronnement de la vie spirituelle d’ici-bas, prémices du repos éternel. La nécessité de passer par le Christ pour arriver à la contemplation n’est qu’un cas particulier de sa méditation universelle, expressément révélée. Saint Bonaventure a le mérite de l’avoir affirmée à plusieurs reprises, en particulier dans son Itinéraire de l’âme à Dieu, Prologue no 3 : A Dieu « personne ne peut arriver vraiment sinon par le moyen de Jésus-Christ… On ne eut parvenir par la contemplation à la Jérusalem céleste que par le sang de l’Agneau ». (06)- Par une marche à rebours, saint Bonaventure montre la connexion logique des états d’âme ou degrés qu’il vient de décrire. Il prépare ainsi la conclusion qui lui tient à cœur et qu’il répètera plus loin (à la fin du 3) : Respectez l’ordre que je viens d’indiquer. (Voir l’Introduction, art. II C). (07)- Cette même échelle à sept degrés est traitée par saint Bonaventure plus longuement dans un sermon pour le lundi Rameaux (t. IX, p. 246-247), plus brièvement dans un sermon pour le Samedi-Saint (t. IX, p. 268) (08)- Réminiscence d’une citation de saint Paul : « Éveille-toi, toi qui dors ; lève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera ». (Eph.5, 14). (09)- La formule spritus intelligibilis du texte original désigne non seulement les purs esprits, mais toutes les créatures douées d’intelligence, comme on le voit par l’énumération qui suit : anges, hommes, démons. (10)-
Parlant à saint Pierre, Notre-Seigneur a déclaré
implicitement que les Anges se seraient volontiers portés à
son secours, s’il avait demandé à son Père
de les envoyer (Mat., 26,53). En fait, tous les bons anges avaient déjà
eu l’occasion de témoigner leur loyauté et soumission
au Christ futur. C’est même en cela qu’avait consisté
leur épreuve, racontée tout au long dans l’Apocalypse,
ch. XII (12)- L’union, les baisers ou embrassements sont autant de formules métaphoriques désignant la contemplation parfaite ou vraie sagesse. Ces expressions s’inspirent du symbolisme naturel du mariage si magnifiquement illustré par saint Paul (Eph. 5,32). (13)-On remarquera que ces sept aspirations ou oraisons jaculatoires expriment elles-mêmes les sept degrés de la voie unitive. En les proposant à l’âme parvenu au septième degré, saint Bonaventure insinue que les sentiments qu’elles expriment sont toujours de mise, bien qu’on ne les acquière que progressivement. Ce serait une bien mauvaise tactique que de supprimer les fondements d’un édifice en construction sous prétexte qu’il est temps de mettre le toit. (14)-Contrairement à son habitude, saint Bonaventure a distingué, dans ce dernier chapitre, sept degrés ou étapes du progrès spirituel, au lieu de trois. Le principe général de l’analogie trinitaire universelle, si solennellement affirmé au début de cet opuscule (prologue), serait donc mis en échec par l’évolution de l’oraison affective ? Non ! Et pour le prouver, le Docteur Séraphique expose la même doctrine selon des divisions ternaires. Cette nouvelle distribution des mêmes sujets n’est qu’un canevas aride, mais le lecteur attentif y trouvera matière à instruction et sujet d’édification. (15)- Le Christ s’est souvent présenté à ses disciples comme modèles à imiter (Jo. 13, 15 ; Mt, 10, 25 ; 11, 29). Mais il leur a dit aussi : «Soyez parfais comme votre Père céleste est parfait ». (Mt. 5, 48).En réalité, les deux ordres coïncident, car le Christ est la révélation du Père, comme il l’affirmait lui-même à la veille de sa passion : «Celui qui me voit, voit aussi le Père » (Jo., 14, 9). (16)- La contrition, la reconnaissance et l’imitation correspondent respectivement aux trois voies purgative, unitive et illuminative. L’ordre logique et traditionnel : purification, imitation du Christ et union à Dieu, sera rétabli à la fin de ce paragraphe. En le traduisant, nous nous permettons d’en remanier la disposition interne, pour plus de clarté. (17)-
L’usage de demander pardon à Dieu pour les fautes oubliées
est assez répandu parmi les fidèles, et il faut s’en
féliciter. Peut-être pense-t-on moins souvent à
demander pardon à Dieu des fautes du prochain, à l’exemple
du roi David (Ps. 18, 13-14), et ne prend-on pas suffisamment garde
que l’Église nous invite aussi à demander pardon
au prochain des fautes commises contre Dieu, par la formule même
du Confiteor. Nous devons demander pardon à Dieu pour les fautes
du prochain parce que, peut-être sans le savoir, nous l’avons
mal édifié, voire scandalisé et induit au mal,
Nous demandons pardon à nos frères de tous nos manquements
sans distinction, parce qu’en diminuant en nous la vitalité
de la grâce, nos avons fait un tort à tout le corps mystique
du Christ, et donc à chacun de ses membres. Le moyen de réparer
tout cela ? Une prière fervente pour le prochain, comme le recommande
ici saint Bonaventure. (19)- L’amour de bienveillance, défini plus haut p. 82, note I, est aussi appelé par saint Bonaventure amour d’amitié. C’est cette dernière formule qui est ici employée. Comme elle n’est pas usitée en français, nous avons préféré la rendre par la formule reçue. (20)- C’est l’application du conseil de saint Paul : «Du reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui est de bonne renommée, s’il est quelque vertu et quelque louange, que ce soit là l’objet de vos pensées » (Phil., 4.8) (21)- Cette affirmation a donné occasion à la note qui constitue le paragraphe suivant. (22)- Saint Bonaventure fait ici mention de la doctrine du symbolisme universel, chère à tous les mystiques et formulée ainsi par saint Paul : « Les perfections invisibles de Dieu, son éternelle puissance et sa divinité sont, depuis la création du onde, rendues visibles è l’intelligence par le moyen de ses œuvres » (Rom., I, 20) (23)-Cette nouvelle synthèse de la voie illuminative est difficile à comprendre pour qui n’en voit pas la logique interne. L’illumination
consiste à se rendre semblable à Dieu, modèle de
toute perfection. Conformément à son programme ternaire,
saint Bonaventure réduira les perfections divines aux trois principaux
attributs. Dieu est animé : (24)-En effet, tout être est actif. « Il est impossible, dit saint Jean Damascène, qu’une substance soit dépourvue d’une activité naturelle… Il n’y a sans activité que le néant ». (De fide orthodoxa., 1, II c.23) Dieu étant l’Être par excellence sera donc aussi la plus féconde source d’activité, Mais la plus noble forme d’activité étant l’activité vitale, il faut logiquement la reconnaître à la divinité. (25)- Selon Boèce, « l’éternité est la possession parfaite d’une vie sans déclin et se réduisant à un instant » (De consol., 1,5, prose 6., Pl 63,858). Il va de soi que sans une telle vie, il n’y a point de place pour une division ou une distinction de moments, puisque, par définition, elle sera réduit à un instant. Elle est donc éminemment simple. Elle est en outre immuable, tout changement impliquant la multiplicité et la succession qu’exclut la notion d’éternité. (26)- Saint Bonaventure va exploiter ces trois attributs : lumière, esprit de paix, communs aux Personnes pour faire comprendre par des analogies le processus intime de la vie divine et indiquer ce par quoi les Personnes se distinguent et qui est énoncé par leurs noms propres. (27)- La génération a ceci de commun è tous les degrés de la vie où elle se vérifie, que l’être engendré a même nature que celui qui engendre. Ceci permet de comparer la production de la lumière par le foyer lumineux à la génération, et de considérer ce phénomène physique comme un vestige de la génération éternelle du Fils. Ainsi fait l’Église en son Crédo : « Je crois en Dieu le Père Tout-Puissant… Et en Jésus-Christ, son Fils unique….Né du Père avant tout les siècles, Lumière procédant de la lumière, vrai Dieu procédant du vrai Dieu. ». Il y a en effet identité de nature entre le foyer de lumière comme tel et la lumière qui en émane. Cette identité ne se vérifie pas dans la production de la chaleur par le rayon lumineux : la chaleur n’est pas la lumière. Cette constatation permet donc de voir dans ce dernier phénomène un vestige de la Procession du Saint-Esprit qui vient ou sort du Père et du Fils (un peu comme la chaleur vient du foyer lumineux et du rayon qu’il émet) mais n’est engendré ni par le Père, ni par le Fils, et ne peut donc en aucune façon être dit le Fils de l’un ou de l’autre ou des deux. Pour éviter aux simples fidèles de tomber dans cette erreur, la sainte Église a défendu de représenter le Saint Esprit sous la forme humaine. (28)- Expliquons ces faits de la vie intérieur avant de voir comment ils sont une image de la vie intime de Dieu, Tout esprit est, par définition, intelligent, capable de connaissances. Pour connaître, il faut se dire en quelque sorte à soi-même ce que l’on connaît, se le représenter, ou, comme on dit communément, le concevoir exactement (remarquerez en passant que le recours à l’analogie de la génération : concevoir, conception, pour exprimer le phénomène de la connaissance intellectuelle n’est pas le fait des théologiens, mais du langage commun : on ne peut guère dès lors nier que cette analogie ou ressemblance reposer sur la nature des choses). Ce n’est qu’après cette production de la parole intérieure, après avoir «conçu » et donc produit de nous-mêmes la représentation (accompagné ou non d’image sensible) de la chose connue, que nous prenons positon à son égard : nous lui donnons notre amour ou le lui refusons. Les actes de la vie affective suivent donc nécessairement l’exercice des facultés cognitives. Les anciens philosophes l’avaient déjà constaté, comme en témoigne l’aphorisme d’Ovide : Ignoti nulla cupido. On ne désire pas ce que l’on ne connaît pas. Saint Bonaventure exploite, sommairement
comme de coutumes, l’analogie proposée. Dieu
donc se connaît de toute éternité et cette connaissance
oppose ne lui la Personne qui connaît et le Verbe éternel
en qui elle se connaît. Mais tout comme notre connaissance, ébranle
nos puissances affectives, ainsi en Diu la conception éternelle
du Verbe entraîne l’Amour non moins éternel que Dieu
se porte nécessairement à lui-même et qui n’est
autre que l’Esprit-Saint. (30)-On ne peut unir les choses que par ce qui leur est commun, une brebis blanche et une brebis noire font deux brebis. Une brebis et une cheval, deux animaux, une brebis, et un cheval et une voiture, trois choses ou objets. (31)-La nature incréée de Dieu ne permet pas en effet de faire une troisième hypothèse, possible pour les seuls choses créées, à savoir qu’elles sont l’œuvre d’un seul et même artisan travaillant en série. (32)-En effet, il n’y a en Dieu que deux mondes de communication possibles, par voie de nature ou par voie de volonté. La génération du Fils épuise toutes les possibilités du premier monde de communication, comme la procession du Saint-Esprit, épuise celles du second monde parce que, dans l’un et l’autre cas la ou les Personnes qui produisent communiquent à la Personne qui procède tout ce qu’elles sont. Si cette communication n’était pas si plénière, il faudrait la dire finie, limitée, imparfaite : toutes notions qui répugnent à la perfection de Dieu. (33)- Par le fait qu’il est Principe des deux autres Personnes, le Père est la première Personne de la Trinité. L’Unité dont il est ici parlé est donc l’unité de valeur ordinale, celle qui est synonyme de primauté. (1 Sent., D 31, P. 2. A2, Q2 ; i, 547a). L’approbation de la vérité du Fils, « parce qu’il est l’Image » du Père, se justifie facilement si l’on a présent à l’esprit ce que nous avons dit de la «procession du Verbe ». C’est l’honneur d’une image de reproduire exactement ce qu’elle, représente. Pour comprendre la troisième appropriation, il faut se souvenir que l’Esprit-Saint procède du Père et du Fils par voie de la volonté ou d’amour, et que le propre de l’amour est d’unir. (34)-Bien que les trois Personnes aient même puissance, sagesse et volonté, la Toute-Puissance est attribuée au Père (voir par exemple le Symbole : Je crois en Dieu le Père Tout-Puissant…) parce que, à l’encontre des deux autres Personnes qui tiennent de lui tout ce qu’elles sont, lui ne reçoit rien d’elles. Sa puissance, il ne la tient que de lui-même. Elle nous apparaît ainsi avec toute sa splendeur native, bien qu’en réalité, elle soit non seulement égale, mais identique dans le Fils et dans le Saint-Esprit. De même la sagesse est appropriée au Fils, parce quelle se manifeste principalement dans le discours, et que le Fils est le Logos, le Discours intérieur de Dieu, sa Parole intime. La volonté affective est approprié à l’Esprit-Saint par ce qu’il procède par voie de volonté. La perfection d’un tel mode d’émanation consistant dans la libéralité et celle-ci s’épanouissant naturellement en don, la troisième Personne de la Sainte Trinité es aussi appelé Don de Dieu : saint Bonaventure avait donc le droit de justifier cette appropriation par la formule : «La volonté est appropriée à l’Esprit-Saint parce qu’il est le Don » (voir Jean François Bonnefoy, Le Saint-Esprit…, -. 26-35). (35) C’est pourquoi le langage courant réserve le titre d’Altesse aux personnes qui jouissent des honneurs de la royauté ou sont issues de sang royal. Par le fait de leur puissance, ces personnes dominent les autres membres de la nation, un peu comme les montagnes élevées dominent les plaines environnantes. (36)- Voici la traduction de la notre finale qui ne semble pas devoir être retenue comme authentique (voir Introduction, art. V) « Dans la première hiérarchie (c’est le propre des Anges) ; écoutée dans la lecture et l’étude (c’est le propre des Archanges) ; annoncée par l’exemple et la réputation et la prédication (c’est l’affaire des Principautés) » « Dans la seconde hiérarchie, cette même Vérité doit être cherchée en recourant tour à tour à la fuite et au combat (à l’exemple des Vertus) ; participée par le mépris de soi et la mortification (à l’exemple des Dominations). » « Dans la troisième hiérarchie, la Vérité doit être adorée par le sacrifice et la louange (comme l’adorent les Trônes) ; admirée dans l’extase et la contemplation (à la manière des Chérubins) ; embrassée dans un saint baiser avec amour ( à la manière des Séraphins). » |
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L’ordre
des pages sont placées l’une derrière l'autre ; tel que dans le livre et non pas en ordre alphabétique suivre les chiffres. |
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