| Série 16- 9 pages |
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| Les trois voies de la vie spirituelle-P. Jean-François- Bonnefoy |
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| Chapitre
2 La Prière |
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Avant exposé comment on parvient à la vraie sagesse par la lecture et la médiation, nous voudrions montrer comment on y arrive par la prière (1). Il faut savoir avant tout que la prière
comporte nécessairement trois degrés ou éléments
constitutifs. On doit : |
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Commencez
par gémir sur vos misères. |
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Vos misères peuvent se réduire à trois chefs : les fautes commises, la perte de la grâce, le retard apporté à votre entrée dans la gloire (02). Leur regret comportera toujours trois sentiments distincts : la douleur, à cause de l’opprobre qu’elles vous causent ; la honte, à cause de l’opprobre qu’elles attirent sur vous ; la crainte, à cause du danger qu’elles vous font courir. La douleur naît spontanément du souvenir du passé. Vous songerez donc que vous avez omis d’accomplir des préceptes graves, que vous avez commis des fautes qui ne le sont pas moins, et que vous avez ainsi perdu les dons gratuits de la grâce, vie de l’âme. La honte vous saisira, si vous réalisez pleinement votre situation présente. Pensez en effet que vous êtes dans un abîme profond, vous qui aviez presque touché les sommets de la vie intérieure ; vous êtes tombé dans la boue, vous en qui resplendissait l’image de Dieu ; vous êtes devenu esclave du démon, vous qui jouissiez de la liberté des enfants de Dieu. La crainte s’emparera de vous si vous considérez que vous vous acheminez vers l’enfer ; que le jugement de Dieu, inévitable mais juste, vient à votre rencontre ; et que vous méritez la mort éternelle, comme salaire de vos fautes. |
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Ensuite
implorez miséricorde. |
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Quelle que soit la grâce que vous sollicitiez, vous vous présenterez devant Dieu avec un ardent désir : « L’Esprit-Saint qui prie en nous avec des gémissements ineffables » (Rom.8, 26) vous le donnera ; avec une grande confiance : elle repose sur le Christ qui est mort pour nous ; avec la préoccupation de demander les secours nécessaires : les saintes et les anges seront vos intercesseurs. L’ardeur du désir nous vient de l’Esprit-Saint, parce que c’est par lui dans le Fils que le Père nous a prédestinés éternellement, engendrés spirituellement dans le baptême, et réunis dans l’Église. Notre confiance repose sur le Christ qui s’est offert lui-même sur la croix aux jours de sa vie mortelle, se tient glorieux dans le ciel devant la face de Dieu le Père, est offert dans l’Eucharistie par l’Église. Les secours nécessaires, vous les obtiendrez par la protection des anges gardiens, les suffrages des bienheureux qui jouissent déjà de la récompense et les mérites des justes de l’Église militante. Si votre prière réunit ces trois conditions, vous n’implorez pas en vain la miséricorde de Dieu. |
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| N'omettez
pas d'offrir à Dieu votre adoration. |
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Quel que soit le motif qui vous porte à adorer Dieu, le culte de latrie doit réaliser trois conditions. Vous devez d’abord vous prosterner devant la majesté de Dieu en l’adorant avec profonde révérence, afin d’obtenir grâce à ses yeux ; ensuite vous dilaterez votre cour par des actes d’amour de bienveillance et des actions de grâces ; enfin vous vous élèverez jusqu'à l’amour de complaisance (03) et à ces colloques familiers permis à l’âme s’adressant à l’Époux divin, colloque que l’Esprit-Saint enseigne dans le Cantique des Cantiques. Ces entretiens, s’ils sont bien conduits, produisent une joie, une allégresse merveilleuse, au point que l’âme entre en extase et s’écrie comme saint Pierre sur le Thabor : « Il nous est bon d’être ici ! » (Mt., 17, 4). Là seulement doit s’arrêter votre prière. Vous ne devez pas vous laisser de prier tant que vous ne serez pas introduit dans le sanctuaire admirable de l’amour, jusque dans la maison de Dieu où l’on entend les cris de joie d’une multitude en fête (04). Pour vous prosterner devant Dieu avec toute la révérence qui lui est due, considérez son immensité et votre petitesse. Pour dilater votre cœur dans l’amour de bienveillance, méditez la bonté de Dieu et votre indignité. Pour vous élever jusqu’à l’amour de complaisance, comparez la charité divine et votre tiédeur à son égard : vous parviendrez par ce rapprochement à l’extase de l’âme (05). Reprenons ces trois exercices un peu plus longuement. Nous devons honorer Dieu à trois titres : Il est le Père qui nous a créées, appelés à la vie surnaturelle et pourvoit à notre formation. Il est le Maître ou Seigneur qui par sa puissance nous a arrachés des griffes du démon, retirés de la prison de l’enfer et appelés à travailler dans sa vigne. (06) Il est le Juge devant lequel nous sommes accusés, reconnus coupables et devant lequel nous devons avouer : le cri de notre conscience nous accuse ; l’évidence d’une vie déréglée nous condamne ; le regard pénétrant de la sagesse divine nous contraint d’avouer, si bien que notre condamnation ne saurait faire de doute. Notre respect doit être grand, quand nous parlons à Dieu comme Père ; plus grand, quand nous nous adressons à lui comme Seigneur, le plus grand possible, quant nous le considérons comme Juge. Ces sentiments peuvent être comparés respectivement à l’inclination, à la génuflexion, à la prostration. Au premier degré, nous reconnaissons notre sujétion ; au second, notre misère ; au troisième, notre abjection. Nous nous considérons d’abord comme petits ; puis comme très petits, enfin comme rien. L’amour de bienveillance que nous témoignerons à Dieu aura ces mêmes degrés. Il sera déjà grand si nous considérons notre indignité ; plus grand, si nous pensons à la grandeur de la grâce, et attiendra sa plus haute intensité quand nous méditerons l’immensité de la miséricorde divine. Ou encore, il sera grand, eu égard aux fautes que nous avons commises ; plus grand, en raison de ce que Dieu nous a pardonné ; très grand, à cause de ce qu’il nous a promis. Ou enfin, cet amour sera grand, à cause des dons naturels reçus de Dieu ; plus grand, par reconnaissance pour la grâce surnaturelle ; poussé au maximum, en considération des dons de surabondance. Au premier degré, le cœur se dilate ; au second, il s’entr’ouvre ; au troisième, il se répand, selon ce mot des Lamentations du prophète Jérémie (2, 19) : « Répands ton cœur come l’eau ». Nous devons offrir à Dieu notre amour de complaisance pareillement de trois manières. Nous nous adapterons au bon plaisir de Dieu au point de souhaiter : 1- d’abord que chacun trouve
bon que Dieu soit le seul objet digne de complaisances divines ; La première complaisance suppose un amour déjà grand ; la seconde est plus noble ; on ne peut aller au-delà de la troisième. Dans la première règne l’amour gratuit ; dans la seconde, l’amour dû ; la troisième réunit la perfection des deux autres (07). Au premier degré le monde est un crucifié aux yeux de l’homme ; au second, l’homme est un crucifié aux yeux du monde ; au troisième, l’homme désire être crucifié pour le monde : il souhaite de mourir pour tous les hommes, afin que tous plaisent à Dieu (08). Tel est le sommet de la charité et sa plus haute perfection. Nul ne doit se croire parfait avant de l’avoir rejoint. Celui-là y est parvenu qui d’une manière habituelle est non seulement prêt à donner sa vie pour le salut de ses frères, mais encore très avide de la faire, à l’exemple de saint Paul qui disait : «Pour moi, bien volontiers je dépenserai et je me dépenserai moi-même tout entier pour vos âmes » (II Cor., 12, 15) A cette haute charité vis-à-vis du prochain nul ne peut parvenir s’il n’a atteint le parfait amour de Dieu : c’est pour Dieu en effet qu’on doit aimer le prochain qui n’est aimable qu’en Dieu. Et c’est pourquoi nous allons dire un mot de l’amour de Dieu. |
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Les
six degrés de l'amour de Dieu |
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Pour comprendre le progrès dans l’amour de Dieu, il faut savoir qu’on arrive insensiblement à sa perfection par six degrés qui se suivent dans l’ordre suivant. Le premier est la suavité que la grâce produit en nous pour que nous apprenions à goûter combien le Seigneur est doux (Ps, 33, 9). On y parvient en s’appliquant à penser à lui et à l’honorer par de saintes méditations, car selon le Psalmiste, « on lui fait fête en pensant continuellement à lui » (Ps, 75, II). Cela se produit lorsque les méditations sur l’amour de Dieu remplissent le cœur de suavité. Le second degré est l’avidité. Dès que l’âme commence à s’habituer à la suavité intérieure dont nous venons de parler, elle ressent une faim telle que rien ne peut la rassasier hors la plaine possession de son Bien-Aimé, comme elle ne peut l’atteindre en cette vie parce qu’il est trop éloigné, elle s’élance sans cesse vers lui et s’efforce de sortir de son enveloppe mortelle par l’amour extatique, disant avec le saint homme Job : « Mon âme appelle la mort et mes os souhaitent le trépas »(Job, 7, 15), parce que « comme le cerf soupire après les sources d’eau, ainsi mon âme soupire après vous, ô mon Dieu ! » (Ps. 41, I). Le troisième degré est la satiété de tout ce qui passe. Ce dégoût naît de l’avidité même de Dieu. Par le fait que l’âme désire Dieu très ardemment et s’élance vers lui, tout ce qui est inférieur lui est à dégoût. Elle en est comme rassasiée et ne peut trouver de satisfaction qu’en son Bien-Aimé. Et de même que celui qui est rassasiée ressent de l’aversion plutôt qu’un attrait quelconque en face des mets qui lui sont présentés, ainsi l’âme parvenue à ce degré de charité n’éprouve que répulsion pour tout le crée. Le quatrième degré est l’ivresse spirituelle qui naît de la disposition précédente. L’ivresse spirituelle consiste en un amour de Dieu si ardent que non seulement l’âme dédaigne les consolations, mais qu’elle se complaît dans les souffrances et les considère comme un plaisir. Par amour pour son Bien-Aimé, elle se plaît, comme l’Apôtre, dans les peines, les opprobres et les coups. Un homme ivre se dépouille lui-même de ses vêtements et n’en a pas honte ; il reçoit des coups, mais ne les sent pas. Ainsi l’âme parvenue à ce degré d’amour de Dieu est insensible aux humiliations et à la douleur. Le cinquième degré est la sécurité qui naît de l’ivresse spirituelle. Par le fait que l’âme sent qu’elle aime Dieu au point d’être disposée à souffrir pour lui n’importe quelle indure et humiliation, elle se libère de toutes crainte et conçoit une telle confiance dans le secours divin qu’elle considère comme impossible d’être séparée de Dieu. L’Apôtre avait atteint ce degré lorsqu’il disait : «Qui nous séparera de la charité du Christ ? Sera-ce la tribulation, ou l’angoisse, ou le persécution, ou la faim, ou la nudité, ou le péril, ou l’épée ?... J’ai assurance que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu dans le Christ-Jésus Notre-Seigneur » (Rom., 8, 334, 38-39). Le sixième degré est une vraie et pleine tranquillité. La paix et le repos sont tels que l’âme se trouve dans le silence et comme endormie. Placée dans l’arche de Noé, plus rien en la trouble. Qui pourrait en effet troubler une âme que nulle cupidité n’inquiète, que nulle crainte n’agite ? Une telle âme est totalement pacifiée. Elle a atteint le sommet de la perfection d’ici-bas. En elle repose le vrai Salomon, car «c’est dans la paix qu’il a établi sa demeure » (09).
Il faut donc s’appliquer à progresser dans la charité, vu que ce progrès entraîne la perfection de tous les biens. Daigne nous les accorder celui qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen (10). |
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Références |
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(01)-
La couronnement désirable de la prière est donc aussi
la « vraie sagesse »ou contemplation parfaite. Cela ressort
du reste de nombreux autres passages de ce chapitre (voir, sur la prière,
Introduction, art. II, B).
(2)- L’expiation dans les flammes du purgatoire de la peine due au péché retarde l’entrée des justes dans la gloire. (3)- Saint Bonaventure distingue trois formes de l’amour : 1-l’amour de concupiscence qui se porte vers un bien que nous désirons pour nous-mêmes ; 2- L’amour de bienveillance ou d’amitié ; comme l’indiquent ses noms, cet amours nous porte à vouloir du bien aux autres, à les traiter en amis ; 3- l’amour de complaisance : il consiste dans le plaisir que nous éprouvons quand nous sommes en possession de ce que nous aimons ( ! Sent., d, 17, p. !, a, 1 , q, 2 ; I, 297a). En ce passage du traité. Des trois voies, le Docteur Séraphique ne parle pas de l’amour de concupiscence, parce que cet amour, dans la mesure où il est imprégné d’égoïsme, ne saurait trouver place dans l’acte d’adoration. Dans l’amour de bienveillance au contraire, déjà le cœur « se dilate ». Ayant beaucoup reçu de Dieu et ne pouvant lui donner quoi que ce soit parce qu’il n‘a pas besoin de nos biens, l’âme se satisfait de quelque manière en lui souhaitant toutes sortes de biens, bien qu’elle sache pertinemment qu’il les possède tous éminemment. L’âme « s’élève à l’amour de complaisance » lorsqu’elle parle à Dieu, non comme à un supérieur, ni même comme à un ami, mais plus familièrement encore, comme une épouse parle à son époux. A ce degré, elle partage tous ses vouloirs ne faisant ainsi plus qu’un avec Dieu, conformément à cette prière de Jésus : « Que tous mes disciples soient un comme vous, mon Père, vous êtes en moi, et moi en vous, pour qu’eux aussi ils soient un en nous… » (Jo, 17.21). (04)- Ps. 41,5- Les mêmes conseils et presque les mêmes formules se lisent dans le traité De perf, Vitae, ch.5, n5. (05)- Allusion à la contemplation parfaite appelé encore « extase » (mot qui vient du grec exstasis et qui signifie « sortie (de soi) ; transport » parce que l’âme abandonne les sens du corps au point de le laisse parfois comme mort, Voir introduction, art. III, c. (06)- Allusion à la parabole des ouvriers appelés à la vigne Voir Mat, 20, 1-16 (07- Saint Bonaventure, s’inspirant d’une théorie de Richard de Saint-Victor, distingue un amour gratuit : il est propre à celui qui donne gratuitement, sans contre-partie, sans espoir de recevoir, un amour dû : il est le fait de celui qui ayant reçu, témoigne sa gratitude à son bienfaiteur uniquement en l’aimant. En somme l’amour gratuit est celui du bienfaiteur qui donne sans préoccupations égoïstes, sans soucie de compensation ou de retour ; l’amour dû est l’amour de gratitude. Mais celui qui a reçu n’est pas, par le fait même disqualifié pour aimer gratuitement. Il n’est pas incapable de se montrer libéral, de donner sans soucie de retour et même, s’il donne à l’ami de qui il a reçu un cadeau, en faisant abstraction de sa dette de reconnaissance : dans cas il put réunir en lui les caractéristique des deux amours : le gratuit ou libéral, et le dû ou reconnaissant. Celui qui trouve bon que Dieu soit le seul objet parfaitement digne de ses complaisances montre, qu’il l’âme d’une manière désintéressée, gratuitement. Celui qui souhaite plaire à Dieu seul se montre reconnaissant des avances de la grâce ; mais il ne lui offre en définitive que sa gratitude : c’est le cas typique de l’amour dû, celui par exemple du petit enfant envers ses parents. Celui au contraire qui forme des vœux pour que Dieu soit aimé de tous les hommes, participe à l’un et à l’autre amour. Le premier amour de complaisance est certainement noble et grand. Il acquiert une nouvelle perfection par le fait qu’il rayonne, au moins d’intention, sur la propre conduite. Il atteint son degré supérieur lorsqu’il s’ennoblit de l’auréole de la charité vis-à-vis du prochain. (08)- Saint Bonaventure adapte à son but propre une parole de saint Paul écrivant aux Galates (6,14) : « Pour moi, Dieu me garde de me glorifier, si ce n’est dans la croix de N.S. Jésus-Christ par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde ». La croix, supplice épouvantable et infamant, était objet d’horreur, et ceux qui subissaient ce supplice devenaient objet de mépris, Saint Paul, pour marquer son éloignement du monde et des mondains, déclare qu’il les considère comme des « crucifiés ». Les mondains de leur côté s’éloignent de lui et de sa prédication comme d’une peste : à leurs yeux il est un « crucifié », mais lui n’en a cure. Il lui suffit de plaire à Dieu. Ceci permet de comprendre la phrase quelque peut énigmatique du Docteur Séraphique : L’âme qui se fait de Dieu une idée si haute qu’elle le considère comme seul capable de se plaire parfaitement è lui-même, cette âme montre bien que pour elle le monde est un objet d’horreur, comme un « crucifié ». Réciproquement, si elle ne cherche â plaire qu’à Dieu, elle sera objet de mépris, « crucifiée » aux yeux du monde ; Notre Seigneur l’avait prédit à ses disciples : «Parce que vous n’êtes pas du monde et que je vous ai choisi du milieu du monde, à cause de cela le monde vous hait » (Jo, 15,10) Dans la troisième proposition : « L’homme désire être crucifié pour le monde », le mot « crucifier » reprend son sens propre, et le mot « monde » ne désigne plus, comme précédemment, le monde qui hait le christ et ses disciples (Jo, 15, 18), pour lequel Jésus a dit ne pas vouloir prier(Jo.17.9), mais l’ensemble des hommes pour lesquels il a versé son sang. Ce sens apparaît très ne t dans le commentaire qui suit cette proposition : au troisième degré de l’amour de complaisance, on est prêt à mourir, serait-ce sur la croix, pour que tous les hommes soient sauvés. (09)- Ps.75, 3- Le Christ est le vrai Salomon parce que ce roi d’Israël est une des figures prophétiques de Notre Seigneur par certains aspects de sa vie, en particulier par son nom : Salomon signifie en effet « Roi de paix ». Ce dernier trait explique l’analogie que saint Bonaventure établit aussitôt après entre les six degrés de l’amour de Dieu et les six degrés du trône de Salomon (voir III, Reg, 10, 1/8-19 et II Paral., 9-17-19). (10)- On trouvera un bref commentaire de ce paragraphe et un parallèle entre la doctrine qui y est développé et celle de saint Jean de la Croix dans Jean François Bonnefoy, Une somme bonaventurienne de théologie mystique, p. 102- 113. Cette « échelle » de l’amour de dieu se trouvait dans les ouvres de Richard de Saint-Victor. L’exposé qu’en donnait saint Bonaventure attira l’attention du célèbre Savonarole qui voulut à son tour commenter le texte du Docteur Séraphique. Son commentaire fut traduit et publié en diverses langues (voir J. Fr. Bonnefoy, ibid., P.151-154) » (11)- L’adoration est l’acte par lequel la créature intelligente reconnaît l’excellence infinie de Dieu et son suprême domaine, spécialement par rapport à elle-même. Ce sentiment nait spontanément dans l’âme qui a mesuré la distance infinie qui existe entre le Créateur et les œuvres sortie e ses mains. C’est pourquoi saint Bonaventure a pu comparer la connaissance de Dieu et celle de soi-même aux prémisses d’un syllogisme dont l’adoration est la conclusion nécessaire. C’est pourquoi aussi tant de saints ont redit la belle prière de saint Augustin : « Que je vous connaisse, Seigneur ! et que je me connaisse ! », ou celle de saint François d’Assise : Qui êtes-vous, Seigneur, et qui suis-je ? » |
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L’ordre
des pages sont placées l’une derrière l'autre ; tel que dans le livre et non pas en ordre alphabétique suivre les chiffres. |
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