Série 16- 9 pages

 Menu-Les trois voies de la vie spirituelle-P. Jean-François- Bonnefoy

 Chapitre 1

La Méditation

1 Comment progresser dans la voie purgative à l'aide de la méditation
a- examen de conscience
b- motifs de contrition
c- Changement de voie

2 comment progresser dans la voie illuminative à l'aide de la méditation
3 Comment progresser dans la voie unitive à l'aide dela méditation 4 Récapitulation
Il convient de rappeler d’abord qu’il y a en nous trois puissances nous permettant de cheminer dans les trois voies, à savoir l’aiguillon de la conscience, la lumière de l’intelligence et la flamme de la sagesse.

Si vous voulez vous purifier, faites appel à l’aiguillon de la conscience.
Si vous désirez progresser dans la voie illuminative, servez-vous du rayon de l’intelligence.
Si vous aspirez à l’union avec Dieu, ranimez en vous la flamme de la sagesse.
Tel est le conseil que donne la bienheureux Denys à son disciple Timothée, au début de son traité La théologie mystique. (1)

Comment progresser dans la voie purgative à l'aide de la méditation.
Pour faire servir à la purification de l’âme l’aiguillon de la conscience, il faut réveiller la conscience, exciter son remords, l’orienter vers le bien. On réveille la conscience en évoquant le souvenir de ses péchés on s’excite au repentir en regardant autour de soi ; on s’oriente vers le bien en le prenant pour objet de ses méditations (2).
A. Examen de conscience
L’examen de conscience portera sur les fautes commises par négligence, par désir, par méchanceté. Presque tous nos péchés actuels et nos mauvaises dispositions peuvent se ramener à ces trois chefs d’examen (3).

Au sujet de la négligence, vous considèrerez si vous avez été attentif à garder votre cour, à bien employer votre temps et à bien diriger vos intentions. Ces trois points doivent être observés avec un soin extrême. Vous analyserez donc avec la plus grande application les mouvements de votre cour, l’emploi de votre temps et les motifs qui ont inspiré chacune de vos actions.

En second lieu, vous examinez si vous avez été négligent dans la prière, dans la lecture spirituelle et dans l’accomplissement des bonnes œuvres ; c’est trois exercices sont si indispensables à qui veut » donner son fruit en son temps » (4) qu’aucun d’eux ne suffit s’il n’est accompagnée des deux autres (5).

Vous examinez troisièmement si vous avez été négligent à faire pénitence, à résister aux tentations et à progresser. Chacun de nous doit en effet pleurer les péchés, repousser les sollicitions du démon, progresser de vertu en vertu, afin de parvenir ainsi à la Terre Promise (6).

Au sujet des désirs, vous examinerez si règne en vous l’une des trois concupiscences qui sont la racine de tout mal, è savoir la soif du plaisir, la concupiscence des yeux et l’amour de la vanité. (7)

Considérez donc d’abord où vous en êtes au sujet de la soif du plaisir. Elle se traduit concrètement par la recherche de ce qui flatte la gourmandise, favorise la mollesse, excite les passions charnelles. Aliments recherchés, vêtements délicats, plaisirs de la chair : on est coupable quand on recherche tout cela volontairement, Une âme intérieur en rejette même la pensée dès qu’elle se présente.

Vous examinerez deuxièmement si la concupiscence des yeux vit en vous ou y a vécu. Vous avouerez que ce travers existe en vous si vous désirez connaître les secrets d’autrui, voir les choses belles, posséder les objets précieux. En tout cela se cache le vice très répréhensible soit d’avarice, soit de curiosité.

Vous penserez en troisième lieu à vous examiner sur l’amour des choses vaines. On reconnaît la présence de ce vice dans une âme au fait qu’elle recherche la faveur, les louanges, les honneurs, tous ces choses sont futiles, rendent vain celui qui les recherche et sont à fuir comme la concupiscence de la chair. Voilà déjà de quoi vous adresser bien des reproches.

Sur le troisième point à savoir les fautes de méchanceté vous examinerez si règnent ou ont régné en vous, ne serait-ce qu’un instant, la colère, l’envie ou le dégoût de l’effort spirituel.

La colère peut se trouver dans l’intime de l’âme, dan l’attitude extérieure, dans les paroles ; ou, en d’autres termes, dans le cœur, sur le visage, dans la voix ; ou si vous préférez, dans les dispositions intérieures, dans les discours et dans les actions.

L’envie s’irrite devant la prospérité du prochain, se réjouit de ses malheurs, endurcit le cœur à la vue de ses besoins.

Du dégoût de l’effort spirituel, naissent les soupçons méchants, les pensées de blasphème, la détraction maligne du prochain.(8)

Vous détesterez souverainement ces diverses manifestations de la méchanceté.

Le souvenir de ces trois sortes de fautes considérées dans leur triple manifestation doit provoquer le remords de l’âme et son repentir.

B. Motifs de contrition.
Après avoir vu comment on exaspère l’aiguillon de la conscience, il nous faut considérer comment on le fait pénétrer dans l’âme en observant ce qui est autour de soi, à savoir le jour très proche de la mort, le sang de la croix (9) répandu depuis peu, et le visage du juge qui nous observe partout.

Ces trois points aideront votre conscience à rejeter par la contrition tous les péchés qu’elle a admis.

Vous considèrerez donc d’or le jour de la mort. Si vous songez sérieusement qu’il st inconnue, inévitable et fixé par Dieu d’une manière irrévocable, vous vous appliquerez avec le plus grand soin, pendant que vous en avez le temps, à vous purifier de tout péché de négligence de désir et de malice. Quel est celui qui, n’étant pas sûr du lendemain, oserait demeure en état de péché ?

Vous trouverez un nouveau motif de contrition, dans la méditation de la Passion. Le Christ a versé son sang sur la croix pour éveiller le cœur des hommes, pour le purifier et le rendre sensible (10) ; il nous a lavés de nos fautes, nous a arrachés à la mort, à fécondé nos âmes arides. Qui pourrait méditer sur ce très précieux sang répondu pour son salut, et continuer à laisser régner en soi les fautes de négligence, de désir ou de méchanceté ?

Vous exciterez encore en vous le repentir en cous mettant en face du juge que l’on ne peut ni tromper, ni corrompre, ni fuir. Nul en effet ne peut induire, en erreur sagesse, faire fléchir sa justice, échapper à la peine qu’il prononce. Si l’on se souvenait que nulle bonne action ne restera sans récompense, aucune faute sans punition, qui n’expulserait de son cœur toute attache au mal ?

C. Changement de vie.

Voyons maintenant comment la considération du bien amènera chez vous le redressement de la conscience. Pour avoir une conscience bonne et droite, il faut et il suffit que l’on ait trois dispositions intérieures : l’énergie qui remédie à la négligence, l’austérité qui freine la concupiscence, et la bonté qui s’oppose à la malice (11). C’est ce qu’indique le prophète lorsqu’il dit : « Je te ferais connaître, ô homme, ce qui est bon et ce que le Seigneur demande de toi : c’est de pratiquer la justice, d’aimer de miséricorde et de marcher selon le zèle avec ton Dieu ». En saint Luc, le Seigneur dit dans le même sens : « Ayez la ceinture aux reins et tenez vos lampes allumées. Soyez semblables à des hommes qui attendent le moment où leur maître reviendra des noces, afin de lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte » (12).

Considérons d’abord où nous en sommes par rapport à l’énergie qui ouvre la voie aux deux autres dispositions. On peut la décrire ainsi : le zèle est une certaine vigueur de volonté qui secoue toute négligence et dispose l’âme à faire toutes les œuvres divines avec attention, confiance et une belle aisance. Cette vertu nous mérite l’acquisition des deux autres et de leurs ramifications.

Le zèle produira donc l’austérité qui est une certaine rigueur d’esprit réprimant toute concupiscence et nous portant à rechercher ce qui est rude, pauvre et vil.

En troisième lieu vient la bonté ou bénignité, par où nous entendons une certaine douceur de caractère qui bannit toute malice et dispose l’âme à la bienveillance, au support du prochain et à la joie intérieure.

La joie intérieure, tel est donc l’aboutissement de la purification recherchées par la méditation, car toute conscience pure est joyeuse et gaie.

Que celui donc qui veut se purifier s’applique, comme il a été dit, à provoquer le remords de la conscience. Qu’il sache pourtant que sa médiation peut commencer par l’un quelconque des exercices indiqués. Il passera ensuite à un autre, s’arrêtant sur chaque point autant qu’il est nécessaire pour percevoir la tranquillité et la sérénité intérieur, d’où nait la joie spirituelle. Une fois que celle-ci est acquise, l’âme est prête à s’élancer vers Dieu (13). Cette voie commence donc par le remords de la conscience et s’achève dans le sentiment s’allégresse spirituelle ; on y avance avec peine, mais au terme on trouve l’amour.

2- Comment progresser dans la voie illuminative à l'aide de la méditation.
Après avoir traité de la voie purgative, il nous faut parler de la voie illuminative. Vous vous y exercerez en méditant sur les maux que Dieu vous a remis, sur les bienfaits dont il vous a comblé, sur les récompenses qu’il a promises.

Vous appliquerez d’abord votre esprit sur les maux dont Dieu vous a fait grâce. Ces maux, ce sont d’abord les nombreux péchés que Dieu vous a pardonnés, les graves peines que vous aviez encourue et que vus mesurerez en considérant de quels grands biens elles vous privaient. Mais je n’insiste pas sur ce sujet. Ayant développé suffisamment dans le paragraphe précédent.

Continuant votre méditation, vous réfléchirez sur les fautes que vous auriez commises, si Dieu l’eût permis.

Si vous pensez sérieusement dissipées par ce rayon de lumière surnaturelle, auquel vous aurez soin de correspondre par l’action de grâces, sans quoi cette illumination ne pourrait être considérée comme céleste : ne voyez-vous pas en effet que, dans le monde matériel, tout rayon de soleil est accompagné de chaleur, symbole de nos sentiments de gratitude ? Il faut donc remercier Dieu et pour les maux dont il vous a fait grâce et pour les fautes que sans le secours des grâces, vous eussiez commises, poussé par la nécessité, l’infirmité humaine ou la perversité de votre volonté.

Voyons maintenant comment le rayon de votre intelligence se dilate en quelque sorte, lorsque vous considérez, les bienfaits reçus de Dieu. Ces bienfaits sont de trois genres : ils sont en effet soit partie intégrante de notre nature, soit des secours de la grâce, soit des dons de surabondance ajoutés aux précédents.

Pour la perfection de votre nature, Dieu vous a donné, du côté du corps, l’intégrité des membres, une bonne santé, la noblesse du sexe ; du côté des sens, une vue pénétrante, une ouïe fine, la parole facile ; d’un côté de l’âme, un esprit claire, un jugement droit, un bon caractère.

Comme secours, de la grâce, vous avez reçu d’abord la grâce du baptême qui a détruit le péché originel, vous a restitué l’innocence et donné la justice qui rend digne de la vie éternelle. Vous avez reçu aussi la grâce de faire pénitence en temps voulu, dans de bonnes dispositions au point d’embrasser, pour mieux y parvenir, l’état religieux (14). Dieu vous a donnée enfin la grâce du sacerdoce qui fait de vous le dispensateur de la doctrine, du pardon et de l’Eucharistie : en tout cela vous dispensez plus ou moins de Parole de vie (15).

Parmi les dons divins de surabondance, il faut placer en premier lieu l’univers entier : Dieu nos a donné en effet les êtres inférieures pour notre service, nos semblables, pour nous donner occasion d’accroitre nos mérites ; les êtres supérieurs, pour nous protéger (16).

Le deuxième don divin de surabondance est constitué par le Fils, que Dieu le Père nous a donné comme frère, et ami dans l’Incarnation, comme prix de notre rédemption dans la Passion, et comme notre nourriture dans l’Eucharistie. Enfin Dieu nous a donné l’Esprit-Saint comme gage de sa bienveillance à notre égard, comme garantie de notre adoption divine et anneau mystique de nos épousailles avec la divinité, faisant ainsi de l’âme chrétienne son amie, sa fille et son épouse

Tous ces dons sont admirables et inestimables, et en les méditant l’âme doit témoigner sa gratitude au Seigneur.

Achevons ces considérations au sujet des exercices de la voie illuminative, en voyant comment le rayon de notre intelligence, qui émane de Dieu, est réfléchi en quelque sorte vers Dieu, quand nous méditons sur les récompenses qu’il nous a promises.

Vous considèrerez donc avec attention et souvent que « Dieu qui ne ment pas » (Tit. I,2) a promis à ceux qui croient en lui et qui l’aiment, de les délivrer de tout mal, de les placer en la compagnie des Saints et de combler tous les désirs en lui-même, qui est la source et l’achèvement de tous les biens. Il est un bien si grand qu’il dépasser toute demande, tout désir et toute évaluation. Il nous juge dignes du bien infini qu’il est lui-même, si nous l’aimons par-dessus toutes choses et pour lui-même. Il nous faut donc aller vers lui de toute la puissance de nos désirs, et de tout notre cœur, et avec toute notre bonne volonté.

3- Comment progresse dans la voie unitive à l'aide de la méditation.
Il nous faut voir en dernier lieu comment nous devons exciter en nous la petite flamme de sagesse qu’est l’amour de Dieu pris à ses débuts. Vous devez d’abord allumer en vous cette flamme, puis la rendre plus intense et enfin la dégager de tout ce qui l’empêcherait de s’élever vers Dieu.

Il faut d’abord l’allumer en votre cœur. Vous y parviendrez en reprenant aux créatures l’amour que vous aviez eu l’imprudence de leur accorder. Il faut vous détacher d’elles, parce que les aimer ne vous est pas avantageux ; si vous y trouvez quelques profit, cette affection ne satisfait pas, et si elle satisfait un instant, elle ne rassie pas. C’est pourquoi une telle affection doit absolument être rejetée.

Ayant dégagé votre cœur des créatures, vous tournerez vote affection vers l’Époux divin afin de la rendre plus intense. Pour cela, vous considèrerez ce qu’est l’amour en lui-même, ce qu’il est dans les bienheureux, ce qu’il est par rapporte à l’Époux divin. Considéré en lui-même, l’amour supplée à toute diligence ; dans le bienheureux, il produit l’abondance de tous le bien grâce à lui, Dieu le bien souverainement désirable est présent en nous. Ces considérations sont capables d’enflammer toujours davantage votre amour.

Cet amour, vous aurez soin de la dégager de tout de qui l’empêcherait de s’élancer vers Dieu, c’est-à-dire de tout ce qui peut être perçu par les sens, représenté par l’imagination, conçu par l’esprit. En méditant directement sur celui que vous désirez aimer, vous direz donc : Celui que j’aime n’est pas connaissable par les sens, puisqu’on ne peut ni le voir, ni l’entendre, ni le sentir, ni le goûter, nie le toucher : il ne peut donc être perçu par les sens mais il est uniquement désirable.

Vous réfléchirez en outre qu’il ne peut être représenté par l’Imagination, parce qu’il n’a ni limite, ni forme extérieure, ni nombre ; il n’occupe pas d’espace et n’est pas susceptible de changement. Il n’est pas imaginable, mais uniquement désirable.

Enfin vous penserez qu’il n’est même pas connaissable par l’intelligence humaine, car notre esprit ne peut ni démontrer son essence, ni la définir. Il est au-dessus de toue opinion, de toute appréciation et de toute recherche. Il n’est donc pas intelligible, mais uniquement désirable. (17)

4- Récapitulation.
Nous avons exposé aussi clairement que possible comment on parvient à la sagesse qu’en signer l’Écriture Sainte en méditation sur la voie purgative, illuminative et unitive. Les sujets qui ont été proposés donnent à peu près tout le contenu de l’Écriture et peuvent par suite être considérés comme un programme complet de méditation. Toutes les méditations de celui qui cherche la sagesse portent nécessairement :

-ou sur les œuvres de l’homme : qu’a-t-il fait ? Que doit-il faire ? Dans quel but ?
-ou sur les œuvres de Dieu : que de choses il a faites pour l’homme puisqu’il a tout fait pour lui ; combien il lui a pardonné et combien il lui a promis. Sous cette forme ramassée, ce sont en définitives les grandes œuvres de la création, de la rédemption et de la glorification que je propose à votre méditation ;
-ou sur les principes de ces deux sortes d’œuvres, à savoir Dieu et l’âme, et alors on considère comment nos pouvons nous unir a Dieu.

Là doivent s’arrêter toutes nos médiations, parce que cette union mystérieuse est la fin de toute connaissance et de toute opération ; c’est la vraie sagesse où l’on connaît Dieu par expérience (16)

Dans les méditations que nous avons proposées, l’âme doit intervenir toute entière, avec toutes ses puissances : raison, conscience et volonté (17). Vous procèderez donc ainsi : la raison pose une question sous forme interrogation ; la conscience en qualité de témoin fait l’application du principe posé par la raison et en qualité de juge, elle en tire la conclusion ; la volonté n’a plus qu’à s’exécuter.

Donnons un exemple de méditation faite en vue de la purification.

La raison demande : «Que doit-on faire d’un homme qui a violé le temple de Dieu par le péché ?

La conscience répond qu’il doit ou être condamné au feu de l’enfer, ou faire pénitence, et elle ajoute : « Ce coupable, c’est toi-même. Tu as le choix : ou être damné, ou réparer tes fautes par la pénitence ! »

La volonté se décide alors : pour échapper à la damnation éternelle, elle se soumet volontairement aux gémissements de la pénitence.

On procèdera d’une manière analogue dans les autres voies.

Références

(01)- On n’est pas encore parvenue à identifier l’auteur de ce traité qui a eu une influence considérable. Bien qu’il écrivit ses opuscules au début du VI siècles, cet anonyme se donnait comme Denys l’Aréopagite, le converti de saint Paul dont parler les Actes des apôtres, 17,3 4. Les docteurs du moyen-âge acceptaient assez communément ses dires et lui donnaient le titre de saint. Voici le passage de la Théologie mystique quelque renvoie saint Bonaventure : « Pour toi, cher Timothée, applique-toi intensément aux contemplations mystiques. Laisse les sens et les opérations intellectuelles, et toutes les choses soit sensibles, soit immatérielles, celles qui sont et celles qui ne sont pas, afin que tu puisses t’élever, dans toute la mesure possible et sans raisonnement, à l’union avec Dieu qui est au-dessus de toute essence et de tous science » (CH1, 1).

Ce renvoie indique clairement l’intention de saint Bonaventure. Son opuscule n’est pas purement ascétique, mais mystique. Il entend conduire le destinataire de son traité aux plus hauts degrés de la vie surnaturelle. On remarquera que les mêmes textes du pardon-Aréopagite est cité à la fin de l’Itinéraire de l’âme de Dieu (ch. VIII, n.5), opuscule qui, de l’aveu de tous, est mystique d’intention.

(02)- Par ces paroles sont décrits sommairement trois exercices ces qui s’accomplissent à l’aide de la méditation et aboutissent à la purification de l’âme. Pour réveiller la conscience, ou, come porte le texte original, pour « exaspérer son aiguillon », il faut regarder bine en face ses péchés. Pour « aiguiser » cet aiguillon, faire pénétrer le remords dans le vif de l’âme, il faut « regarder autour de soi », c’est-à-dire, comme il apparaître par la suite, considérer les divers motifs de contrition. Pour redresser la conscience, la diriger », il faut méditer sur ce que Dieu attend de nous, former de bons propos. Examen de conscience, motifs de contrition, bonnes résolutions, telle est la suite logique des sujets de méditation proposés dans ce paragraphe.

(03)- Les méthodes pour examiner sa conscience varient à l’infini. La plus commune consiste à suivre un par un les commandements de Dieu et de l’Église, puis les péchés capitaux et les devoirs d’état. Celle que propose saint Bonaventure fait une place prépondérante à l’analyse des sentiments, comme il convient à une âme éprise de la vie intérieure qui a déjà mis de l’ordre dans sa conduite.

(04-) Allusion au Psaume 1,3 qui dit du juste : «Il est comme un arbre planté près d’un cours d’eau, qui donne son fruit en son temps. »

(05)- Cette affirmation, évidente pour ce qui concerne la prière et les bonnes œuvres (voir Introduction, art IV.A). Peut paraitre exagérée en ce qui concerne la lecture spirituelle. On peut en effet s’instruire sur la foi et les commandements de Dieu autrement qu’en lisant : la foi se propage surtout par la prédication orale. Mais il demeure qu’on ne peut ni bien prier, ni bien agir si la doctrine fait défaut : et, pour une âme déjà avancée dans la vie spirituelle, la lecture est ordinairement le moyen principal pour perfectionner sa formation doctrinale, condition de ses progrès. Le texte de ce paragraphe se trouve identique dans le traité De perfecitone vitae, ch.I,n2.

(06)- La terre promise par Dieu aux patriarches étant la figure du ciel (Heb. 11, 8-10,13-15=6), celui-ci est assez souvent appelé la « Terre Promise » par excellence.

(07)- Ce programme d’examen fait écho à la parole de l’Apôtre Jean : « tout ce qui est dans le monde, la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l’orgueil de la vie, ne vient pas du Père, mais du monde » (IJo., 2,16). L’explication que donne saint Bonaventure de la deuxième concupiscence montre qu’il l’interprète non seulement du désir de savoir, mais encore de celui d’avoir.

(08)- L’expérience prouve, et les anciens maîtres de la vie spirituelle l’avait déjà remarqué, que le dégoût de l’effort spirituel provoque une sourde irritation contre soi-même, contre le prochain que l’on juge sans pitiés, et même injustement, contre Dieu enfin à qui l’on voudrait faire porter la responsabilité de ses négligences et des maux sans nombre qui en découlent.

(09)- « Le sang de la croix » est mis pour « le sang répandu par le Christ sur la croix ». Cette métonymie se trouve déjà dans saint Paul (Col., 1,20)

(10)- L’absence de tout sentiment de pitié est une des tares de l’ancien monde païen et des mouvements sociaux modernes qui font fi de la religion chrétienne ou la persécutent. «Il appartenait au Christ de réaliser la promesse dite aux hommes par le vraie Dieu qui est bonté et charité : » J’ôterai de leur chair leur cœur de pierre, et je leur donnerai un cœur de chair » (Ex. II, 19).

(11)- On remarquera que les trois vertus recommandées comme base du changement de vie sont el contrepieds des trois vices capitaux qui ont fourni le canevas de l’examen de conscience et qui sont d’ailleurs rappelés par saint Bonaventure : négligence, concupiscence et malice.

(12)- Mich. 6, 8 ; Luc., 12, 35-36. Les mots en italiques indiquent les passages des textes bibliques dans lesquels saint Bonaventure a vue une justification de sa division tripartie. Bien que l’ordre ne soit pas le même dans la prière citation, il est aisés d’y retrouver les trois vertus de zèle, d’austérité et de bonté. Dans la seconde, l’austérité est insinuées par l’acte de se ceindre les reins, la bonté par les lampes allumées, le zèle par l’attitude des serviteurs toujours prêts.

(13)- La joie intérieure n’est pas encore la contemplation parfaite, mais elle est l’une des trois portes qui y donnent accès (voir Introduction, art, IV, B.)

(14)- Les êtres inférieurs : astres, terre, plantes, animaux ont été mis au service de l’homme dès l’origine, comme il appert du récit biblique de la création. Dieu nous a sonnée nos semblables pour compagnons presque nécessaire, afin eu nous ayons ainsi occasion de mériter, non seulement par le support mutuel, purement négatif, mais encore par l’exercice positif de la charité. Enfin il nous a donné en quelque sorte les anges, qui nous sont supérieures par nature, en les mettant à notre service, en les constituant nos gardiens.

(15)- Cette méditation est un exercice de cette théologie négative dont le Séraphique Docteur traite à la fin de son opuscule et que nous avons analysée brièvement dans l’Introduction, art. IV,C. Pur interpréter correctement ce texte, il faut donc observer les règles que nous avons exposées.

(16)- L’Introduction, art III, C. a commenté cette définition de la vraie sagesse.

(17)- Nous avons traduit par un seul mot : « conscience » les deux mots du texte original : Conscientia et synderesis. Ce dernier terme n’est plus en usage dans les langues modernes. Les scolastiques distinguaient la conscience, faculté qui donne comme l’intuition de ce qui est bien ; et la syndérèses, force mystérieuse qui nous porte vers le bien. En fait, le mot actuel « conscience » désigne l’un et l’autre puissance ou faculté.

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