| 52
portraits de la vie de Saint-François d'Assise
par Père Damien Côté o.f.m
1909-1989-Voici
la copie originale donnée par le Père Côté.
o. f. m.
avec l'autorisation du Père Damien Côté
o.f.m. :
Toutes les références viennent du Document Bleu
du
PP. Théophile Desbonnets Damien Vorreau. o.f.m.
1er
Portrait
|
Les savants historiens ignorent le jour
et le mois de la naissance de saint François; même,
les uns disent 1181, les autres écrivent 1182. Hommes
et femmes, religieux et séculiers, les Franciscains actuels
de l'univers ont choisi 1182… Tous se préparent
à célébrer le 4 octobre 1981 le huitième
centenaire de la naissance de saint François.1182…
Quarante-quatre ans plus tard, 4 octobre 1226, saint François
est décédé en chantant sœur la mort
corporelle. Des fêtes magnifiques ont célébré
en 1926 dans l'univers entier le septième centenaire
de la mort de notre frère jubilaire. Vers 1868, selon
frère Hugolin Lemay, franciscain, des colons canadiens-français
ont bâti les chapelles de Saint-Antoine et de Saint-François.
Celle-ci élevée à l'embouchure de la rivière
déjà appelée Saint-Antoine par Champlain,
fut probablement la raison que le nom de la rivière fut
changé en celui de saint-François.Vers 1686…
cinq cent quatre ans après la naissance de frère
François. Les Canadiens-Français de cette époque,
semble-t-il, ne pouvaient pas célébrer le 5e centenaire.
Plutôt nos aïeux nous ont légué leur
foi, leurs églises, leur terre et leur rivière.
C'est plus durable que des fêtes et des feux d'artifice,
même s'il est passé beaucoup d'eau sous les ponts
depuis 1686. C'est curieux, François …, Albert…,
Lucien…, Jeanne…, n'ont pas eu un an le jour de
leur naissance. Cependant, les hommes et les femmes, tous annoncent
leurs 24 ans à la fin de leur 23ième. C’est
pareil pourFrançois le jubilaire, le 4 octobre prochain,
il aura huit cents ans.1982… C'est exact, saint François
a huit cents ans.
Le 4 octobre 1982, selon le vieux mot, saint François
aura huit cents ans " faits". D'ici là, Canadiens..,
Italiens.., Chinois.., Polonais.., Anglais, Espagnols…
Français, Japonais.., Africains.., Allemands…,etc.
partout où ils vivent, les Franciscains veulent célébrer
le huitième centenaire de la naissance de leur Père
et Guide spirituel, sera année de grâce, de paix
et je joie, de ferveur renouvelée. Au Québec,
les fêtes jubilaires commenceront dans la cathédrale
de Nicolet le 4 octobre 1981. "La Tribune" aussi veut
entrer dans la danse du centenaire. Chaque samedi, " La
Tribune" présentera un article sur la vie de saint
François, ses écrits et son influence bienfaisante
sur les hommes, ses frères. Dès maintenant tous
les Franciscains du diocèse de Sherbrooke remercient
cordialement la généreuse équipe de "
LaTribune".Et saint François chantait: " Nous
sommes les jongleurs de Dieu et la seule récompense que
nous désirons c'est de vous voir mener une vie vraiment
pénitente." Et il ajouta: "Que sont en effet
les Serviteurs de Dieu sinon des jongleurs qui cherchent à
émouvoir le cœur des hommes et à les faire
parvenir à la vie spirituelle?" Jongleurs de Dieu,
c'est déjà un portrait de saint François
hebdomadaire. Que tous s'en souviennent,« jongleur séraphique
« désigne saint François; "jongleurs
de Dieu" indique tous les Franciscains du monde, religieux
et séculiers.À la louange du Roi! Les jongleurs
de Dieu. Par fr. Damien Côté, o.f.m.
2
Portrait
|
1182…François
était le premier-né de Messire Pierre Bernadone,
riche marchand de tissus, et de dame Pica, une française.
À qui ressemblait l'enfant…, à son père?…,
à sa mère… Elle l'a appelé Jean.
Revenu d'un voyage d'affaires, Pierre a dit :"Mon fils,
c'est le portrait de sa mère!…; il l'appelât
François. Le coup d'œil paternel s'est avéré
juste. Vingt-quatre ans plus tard, dame Pica a compris son François
et elle a ouvert son cachot.Alors, les photographies n'existaient
pas. Selon leur fantaisie ou aspect particulier de la vie de
saint François qu'ils voulaient illustrer, peintres,
sculpteurs ont multiplié les images et les portraits;
un franciscain a déjà compté trois cent
dix-neuf artistes des plus célèbres. Les portraits
écrits par des témoins oculaires sont préférables.Frère
Thomas de Célano, franciscain instruit, a vécu
avec frère François. Selon frère Thomas,
saint François était un homme de la plus haute
éloquence, un visage ouvert, à l'air bienveillant,
exempt de mollesse et de morgue. Sa taille était moyenne,
plutôt courte, sa tête petite et ronde, sa figure
assez allongée et étroite, ses tempes plates,
sa parole miséricordieuse, brûlante et pénétrante,
sa voix prenante et douce, claire et sombre, ses dents serrées,
égales et blanches, ses lèvres petites et minces,
sa barbe noire et clairsemée, son cou grêle, ses
épaules droites, ses bras courts, ses mains fines avec
des doigts longs et des ongles saillants, ses jambes maigres,
ces pieds petits, sa peau douce. Il était décharné,
grossièrement vêtu, dormait peu, avait la main
toujours ouverte.(1e.Cel,ch.29)p.261 De plus , frère
Thomas a écrit: "Parfois, nous l'avons vu de nos
yeux, il ramassait à terre un morceau de bois, le plaçait
sur son bras gauche puis, prenant dans sa main droite une baguette
qu'un fil maintenait courbée, il la promenait sur le
bois comme sur une viole. Par ces gestes, il semblait s'accompagner
lui-même, pendant qu'il chantait, en français,
les louanges de Dieu. Cette exaltation, finissait souvent dans
les larmes et cette joie se terminait dans la contemplation
de la passion du Christ. Alors le saint poussait de continuels
soupirs, ses gémissements redoublaient et, oubliant les
objets qu'il avait en mains, tout son être tendait vers
le ciel." ( 2 cel. Ch.90)p.432Un jour que saint François
revenait du bois ou il avait prié…, frère
Masséo voulut éprouver son humilité…et
lui dit comme en se moquant : " Pourquoi à toi?
Pourquoi à toi? Pourquoi tout le monde court-il après
toi ? et pourquoi chacun semble-t-il désirer te voir,
et t'entendre et t'obéir? De corps tu n'es pas bel homme,
tu n'as pas grande science, tu n'es pas noble; d'où vient-il
donc que tout le monde court après toi ? Entendant cela,
saint François tout réjoui en esprit, leva son
visage vers le ciel et resta longtemps l'âme élevée
vers Dieu; et dans une grande ferveur d'esprit il se tourna
ensuite vers frère Masséo et dit: "…Cela
je le tiens de ces yeux de Dieu très -haut, qui en tous
lieux contemplent les bons et les méchants: car ces yeux
très saints n'ont vu parmi les pécheurs personne
qui fut plus vil, plus insuffisant, plus grand pécheur
que moi; et comme, pour faire l'œuvre merveilleuse qu'il
entendait faire, il n'a pas trouvé sur la terre de plus
vile créature, il m'a, pour cette raison, choisi pour
confondre la noblesse et la grandeur et la force et la beauté
et la science du monde… "( Fioreti. Ch.10) p. 1084Voilà
le portrait authentique de saint François. À la
louange du Roi!
3
Portrait
|
1182-11226…En
ce temps-là …, au temps de saint François,
ce n'était pas rose !… Notre-Seigneur a dit un
jour: " Va, rançois, réparer ma maison qui,
tu le vois, tombe en ruine…"En ce temps-là…,
plusieurs prêtres mariés élevaient une famille.
Le pape et les conciles nationaux luttaient de toutes leurs
forces pour le célibat ecclésiastique; Frère
François a écrit dans son Testament spirituel:
"Si j'avais autant de sagesse que Salomon et que je trouvais
de pauvres petits prêtres de ce monde, dans les paroisses
où ils demeurent, je ne veux pas prêcher sans leur
consentement…"En ce temps-là…, plusieurs
catholiques ne communiaient pas même une fois l'an. Le
4e concile de Latran (1215) a imposé à tous les
fidèles le commandement des Pâques que nous connaissons.
Dans son Testament, saint François a écrit: "Je
ne vois rien corporellement, en ce monde, du très saint
Fils de Dieu, si ce n'est son Corps et son Sang très
saints…Or ces très saints mystères je veux
que par-dessus tout qu'Ils soient honorés, vénérés
et placés dans des endroits précieux." (Doc.
. tes. P. 94)En ce temps-là…, Vaudois, Albigeois,
et autres hérétiques circulaient; ils dénigraient
à qui mieux le pape, les évêques, les prêtres,
les moines, et ils enseignaient l'amour libre aux dépens
du mariage légitime. Aussi quand frère François
et ses compagnons sont allés consulter le pape, il s'est
d'abord méfié d'eux. Une vision a encouragé
Innocent III et il a reçu frère François
de bon cœur.En ce temps-là…, les nobles et
leurs serfs se battaient les uns contre les autres. Pour eux,
se venger, ruiner les terres du château voisin, c'était
vivre; François s'est procuré des armures; c'est
sans doute un de ses péchés qu'il a regretté
toute sa vie. Poète et musicien, jongleur honnête
et courtois, meneur d'hommes, François voulait être
chevalier et grand. Jusqu'à vingt-quatre ans (1206),
il n'était ni frère, ni saint, il vivait pour
lui.En ce temps-là…, l'empereur s'opposait au pape
et toute l'Europe était troublée. À Assise,
les bourgeois se querellaient avec les nobles ; depuis longtemps
le podestat (maire) ne s'accordait pas avec l'évêque.
C'était pareil à Arezzo et ailleurs, Frère
François prêchait la paix par-ci par-là.En
ce temps-là…, Les croisés voulaient écrabouiller
les Musulmans et délivrer la Terre Sainte de leur joug…Frère
François désarmé a rencontré le
chef musulman qui lui a permis de circuler en Terre Sainte avec
ses frères pour y faire du bien à tous. En ce
temps-là…, frère François a converti
des bandits, des savants, des hommes et des femmes, le loup
de Gubbio; il a organisé 5,000 Franciscains (o.f.m.),
des Clarisses avec sainte Claire, le troisième ordre
séculier appelé aujourd'hui les Franciscains séculiers
(o.f.s.), Frère François a obtenu l'indulgence
de la Portioncule et a été stigmatisé sur
l'Alverne deux ans avant sa mort. En ce temps-là…,
l'imprimerie n'existait pas. Frère François malade
a écrit sa " Lettre à tous les fidèles
" et l'a fait copier pour la diffuser. En ce temps-là…,
est devenu le plus pacifique…, plus rose(expression de
l’époque qui voulait dire plus calme, comme amorphe
à vivre)
4
Portrait
|
1182 Saint François a écrit
"La Lettre à tous les fidèles" en 1223.
Auparavant, le Jongleur Séraphique a chanté ses
plus belles expériences." Là où il
y a charité et sagesse il n'y a ni crainte, ni ignorance."
(adm. 27) p.52Frère Thomas de Célano nous rapporte
les faits suivants. Un jour que vêtu d'habits vils et
misérables, François traversait une forêt,
chantant en français les louanges de Dieu, des brigands
se précipitèrent sur lui en lui demandant d'une
voix terrible qui il était. "Je suis le héraut
du grand Roi, répondit-il, d'une voix assurée.
Que me voulez-vous? Mais eux le frappèrent et le précipitèrent
dans un fossé rempli de neige en disant : "Restes-y,
pauvre héraut de Dieu" A force de se tourner et
de se retourner, il parvint à se dégager. Quand
les brigands se furent éloignés, il sortit du
fossé et, débordant d'allégresse, il se
mit à faire retentir les bois des louanges du souverain
Créateur. (1 Cel. Ch 7) p.202Un autre jour que l'homme
de Dieu s'en allait par la ville d'Assise, mendiant de l'huile
pour entretenir le luminaire de l'église de Saint-Damien
qu'il réparait alors, il vit un groupe d'hommes qui s'amusaient
devant la maison où il avant l'intention d'entrer. Le
rouge au front, il recula. Mais ayant élevé vers
le Ciel son âme généreuse, il condamna sa
lâcheté et se jugea très sévèrement.
Il revient vers la maison, et à haute voix, fait connaître
à tous la cause de sa fausse honte. Puis, l'esprit comme
enivré il demande, en français, de l'huile et
en obtient. ( 2 Cel. Ch.8) p. 332Un autre jour, se trouvant
seul avec le saint un frère lui dit:" Bon père,
prie pour moi, car si tu daignes le faire je crois que je serais,
sur-le-champ, délivré de mes tentations. Je suis
affligé au-dessus de mes forces, et je sais que cela
ne t'échappe pas." Saint François répondit:
" Crois bien, mon fils, que je te considère à
cause de cela comme un meilleur serviteur de Dieu, et que, plus
tu es tenté plus tu m'es cher". Et il ajouta: "
Je te le dis en vérité, personne ne doit se croire
serviteur de Dieu s'il n'est passé par les tentations
et les tribulations, une tentation vaincue est en quelque sorte
l'anneau de mariage par lequel le Seigneur s'unit à l'âme
de son serviteur. Plusieurs se flattent d'avoir, durant des
années, acquis des mérites, et se réjouissent
de n'avoir à surmonter aucune tentation. Mais comme avant
le combat, la terreur aurait suffi à les vaincre, qu'ils
sachent bien que le Seigneur a pris en considération
la faiblesse de leur esprit. Il n'y a guère que ceux
dont le courage est éprouvé qui ont à soutenir
de rudes combats." ( 2 cel. C. 83) p42
5
Portrait
|
1182…Saint
François chante encore ses belles expériences
pour encourager ses disciples." où il y a patience
et humilité, il n'y a ni colère ni trouble."(Adm.
27) p.52Son frère selon la chair (Angelo) le poursuivait,
à l'exemple de son père, de ses paroles empoisonnées.
Un matin d'hiver qu'il voyait François, vêtu de
haillons et plongé dans la prière, trembler de
froid, ce pervers dit à un de ces concitoyens: "
Demande donc à François de te vendre pour un sou
de sueur." L'homme de Dieu fut rempli de joie en l'entendant,
et il lui répondit avec un sourire: " Certes, je
la vendrai très cher à mon Seigneur." Rien
de plus vrai, car, même en ce monde, il reçut non
pas cent, mais mille pour un, et dans l'autre, il obtint non
seulement pour lui, mais pour beaucoup d'autres, la vie éternelle.
(leg. ch 4) p. 812Un jour que le Saint prêchait aux gens
de Terni, l'évêque de la cité, le sermon
fini, le loua devant tous en ces termes: "En ces derniers
temps, Dieu a illustré son Église par cet homme
pauvre, d'aspect misérable, simple et sans lettres. Aussi
sommes-nous tenus de louer Dieu sans cesse, car il n'en pas
fait autant pour toutes les nations". Ayant entendu ces
paroles, le Saint se réjouit extraordinairement que l'évêque
eût déclaré en termes si nets qu'il était
méprisable. Et quand ils entrèrent dans l'église,
il se jeta à ses pieds en s'écriant:" En
vérité, seigneur évêque, vous m'avez
fait grand honneur, en me laissant intact ce qui m'appartient
en propre, et que les autres veulent ravir. Vous avez séparé,
dis-je, en homme judicieux, ce qui est précieux de ce
qui est vil, rapportant à Dieu la gloire et me laissant
le mépris. (2cel. ch.103) p. 443Un jour que, trop faible
et malade pour aller à pieds, François voyageait
monté sur un âne, il traversa le champ d'un paysan
qui justement travaillait là. L'homme aussitôt
courut à lui et lui demanda s'il était bien le
frère François. Et quand l'homme de Dieu lui eût
répondu avec humilité, que c'était lui
en effet: "Prends bien garde, dit le paysan, d'être
aussi bon que tu en as la réputation, car beaucoup de
gens mettent leur confiance en toi. Aussi je t'avertis qu'il
ne faut jamais rien faire qui puisse tromper notre espérance."
À ces mots François, l'homme de Dieu, descendit
de son âne, se prosterne devant le paysan, lui baisa humblement
les pieds et le remercia d'avoir bien voulu l'exhorter ainsi.
( 2 Cel. Ch. 103) p. 443Une nuit qu'il était plus accablé
que de coutume par ses maladies et diverses incommodités,
François se prit, en son cœur, à avoir compassion
de lui-même. Mais pour que son esprit plein de zèle
ne fit pas alliance, même pour une heure, avec la chair,
il tint ferme, en invoquant le Christ, le bouclier de la patience.
Et tandis qu'il priait en livrant ce combat, il reçut
du Seigneur la promesse du salut éternel:" Réjouis-toi
donc, car la maladie est le gage de mon royaume et la patience
te vaut de pouvoir attendre, en toute sécurité
et certitude, l'héritage de ce royaume". ( 2 Cel.
Ch. 161) p.502À la louange du Roi!
6
Portrait
|
1182 Frère François l'a
expérimenté plusieurs fois:" Où il
y a pauvreté avec joie. Il n'y a ni cupidité ni
avarice." (adm. 27/3) p53Voyant qu'un certain nombre d'entre
les frères ne répondaient pas comme il le fallait
à leur vocation, frère François leur dit
un jour: " Mes très chers frères, alors que
le Fils de Dieu était plus noble que nous, il s'est fait
pour nous pauvre dans ce monde. Par amour pour lui, nous avons
choisi la voie de la Pauvreté; nous ne devons pas avoir
honte d'aller demander l'aumône. Il ne convient pas que
les héritiers du royaume rougissent du gage de l'héritage
céleste. Je vous dis que beaucoup d'hommes nobles et
savants viendront se joindre à nous, et regarderont comme
un honneur d'aller mendier. Vous donc qui êtes les prémices
de la récolte, soyez pleins de joie et d'allégresse,
et ne refusez pas de faire les actions qui doivent être
données en exemple aux saints qui suivront." (2
cel. ch.44) p. 387Un autre fois à la Portioncule, un
frère revenait d'Assise avec des aumônes, quand,
arrivé près du couvent, il se mit à entonner
un cantique et à louer Dieu à pleine voix. En
l'entendant le Saint tressaillit, et se précipita dehors
et lui baisant l'épaule, il mit le sac sur son dos. "
Béni soit, dit-il, mon frère qui va sans se faire
prier, mendier avec humilité, et revient dans l'allégresse."
(2 Cel. Ch.46) Un jour aux Celles de Cortone, frère François
portait un manteau neuf que les frères s'étaient
donné beaucoup de mal pour trouver. Un pauvre vint au
couvent pleurant sur sa femme morte et sa malheureuse petite
famille. Le Saint lui dit : " Pour l'amour de Dieu, je
te donne ce manteau à condition que tu ne le cèdes
que pour un bon prix". Les frères accoururent sur-le-champ
pour reprendre le manteau et empêcher cette libéralité.
Mais le pauvre, encouragé par la présence du saint
Père, crispait les mains sur le manteau et le défendait
comme sa propriété. Les frères finirent
par lui racheter le manteau, et le pauvre en ayant touché
le prix, s'éloigna. (2cel. Ch. 55) p398La mère
de deux frères vint un jour trouver le Saint et lui demanda
l'aumône avec confiance. Plein de compassion, frère
François dit à son vicaire, Pierre de Catane;
" Pouvons-nous faire une aumône à notre mère?
(Car il disait que la mère d'un frère était
sa mère et celle de tous les frères). Le frère
Pierre lui répondit: "Il ne reste rien à
la maison qu'on puisse lui donner. Mais, ajoutait-il, nous possédons
un Nouveau Testament, dans lequel faute de bréviaire
nous lisons à Matines". Et le bienheureux répartit:
"Donne à notre mère le Nouveau Testament
afin qu'elle le prenne pour soulager sa misère, car il
nous enseigne à secourir les pauvres. Je crois qu'à
le donner nous aurons plus de mérite qu'à le lire".
On donna le livre à cette femme, et c'est ainsi que le
premier Évangile que posséda l'Ordre, fut employé
à cette sainte charité. ( 2 Cel. ch.58) p.400
À la louange du Roi!
7
Portrait
|
1182…Si
saint François revenait, il chanterait encore même
si les hommes vivent en vitesse:" Où il y a calme
et méditation,il n'y a ni souci ni dissipation."(adm.
22 ) p.50Frère François vêtu d'une vieille
petite tunique, dit un jour à l'un de ses compagnons
qu'il avait choisi pour être son gardien:" Je voudrais,
mon frère, si c'est possible, que tu me trouves de l'étoffe
pour une tunique". Ce qu'entendant, le frère cherchait
dans son esprit comment il pourrait trouver l'étoffe
si nécessaire et demandé avec tant d'humilité.Le
lendemain, au petit jour, il se dirigeait vers la porte pour
aller en ville quérir cette étoffe, quand un homme,
qui se tenait sur le seuil et qui l'attendait pour lui parler,
l'arrêta: "Pour l'amour de Dieu, dit-il, accepte
de moi de l'étoffe pour six tuniques; tu en garderas
une pour toi et tu distribueras les autres à ta guise,
pour le salut de mon âme."Tout épanoui, le
frère revient vers François et lui fait part de
ce don envoyé du ciel. Et le père lui dit: "Prends
ses tuniques, car cet homme a été envoyé
précisément pour subvenir ainsi à ma nécessité.
Rendons grâces à Celui qui seul semble prendre
soin de nous."(2 Cel. Ch. 14) p 360 Frère François
et ses compagnons revenaient de Rome et passaient par la vallée
de Spolète. En chemin, ils s'entretenaient des bienfaits
si précieux reçus de Dieu très haut, et
de la réception si gracieuse que leur avait faite le
vicaire du Christ, seigneur et père de l'universelle
chrétienté. Comment pourraient-ils suivre ses
avis et exécuter ses ordres? Quelles étaient les
mesures à prendre pour assurer l'observance stricte de
la Règle qu'ils avaient reçue, et pour la conserver
dans son intégrité? Comment marcher devant le
Très-Haut en toute sainteté et dévotion?…
Et tandis que dans cette école d'humilité les
nouveaux disciples du Christ discutaient ainsi, le soleil tournait
et les heures s'écoulaient.Ils étaient arrivés
dans un lieu désert, harassés par la marche et
mourant de faim; impossible de se procurer des aliments, car
on était loin de toute habitation. Tout à coup,
voici que par l'intervention divine, un homme se présente
portant un pain. Il le leur donne et s'en va. Comme ils ne le
connaissaient point, ils s'étonnèrent en leur
cœur et s'exhortèrent dévotement à
se confier avec plus d'abandon à la miséricorde
divine. (1 Cel. Ch 14) p. 220Un jour frère François
exprima le désir de se retirer dans un ermitage pour
s'adonner plus librement à la contemplation. Mais comme
il était très faible, il emprunta à un
pauvre homme un âne pour faire la route. C'était
en été. Le paysan qui gravissait la montagne à
la suite de l'homme de Dieu, harassé par cette route
difficile et très longue, mourait de soif et de fatigue
avant d'arriver au terme du voyage; en hâte il appelle
donc le saint, le prie d'avoir pitié de lui, et déclare
qu'il va mourir s'il n'est pas réconforté par
quelque boisson bienfaisante. Le saint lève les mains
vers le ciel et dit au paysan: " Va, tu trouveras ici l'eau
que le Christ vient de faire sortir de ce rocher pour apaiser
ta soif" ( 2 Cel. Ch.17) p.231À la louange du Roi!
8
Portrait
|
1182-Frère
François chante encore pour notre temps ses belles expériences:
" Où il y a crainte du Seigneur pour garder la maison:
l'ennemi ne peut se faire une brèche pour entrer."(adm.
25 v5) p. 53Un jour frère François avec un compagnon
gagna une église loin de toute habitation et, désirant
prier dans la solitude, il dit au frère:" Je voudrais
demeurer seul cette nuit. Va donc à l'hôtellerie
et reviens demain au petit jour."Resté seul, il
fit monter vers Dieu de longues et ferventes prières,
puis enfin chercha un endroit où il pourrait reposer
sa tête pour dormir. Mais soudain son âme fût
plongée dans le trouble; la crainte et la tristesse l'envahirent
et il se mit à trembler de tous ses membres. Il sentait
nettement que les assauts diaboliques étaient déchaînés
contre lui, et il entendait des troupes de démons courir
avec bruit sur le toit de la maison. Sur le champ il se leva,
sortit et, traçant sur son front le signe de la croix,
il s'écria: "De la part du Dieu Tout-Puissant je
vous dis, démon, de faire subir à mon corps tout
ce qui vous est permis, j'y consens volontiers car je n'ai pas
de plus grand ennemi que mon corps; vous me vengerez de mon
adversaire en lui infligeant, à ma place, le châtiment".
Et les démons qui s'étaient réunis pour
jeter le désarroi dans son âme, trouvant son esprit
très prompt dans une chair débile, disparurent
sur le champ couverts de confusion. (2 cel. ch 86) p. 427Il
advint qu'un jour frère François se trouvait aux
environs d'Arezzo au moment où toute la cité en
proie à la guerre civile semblait proche de sa ruine.
L'homme de Dieu ayant reçu l'hospitalité dans
un faubourg hors des murailles vit des démons mener une
sarabande au-dessus de la ville et exciter les citoyens à
se massacrer les uns les autres. Appelant un frère mineur
nommé Silvestre, homme de Dieu plein d'une belle simplicité,
François lui dit : "Va devant la porte de la cité
et, de la part du Dieu Tout-Puissant, ordonne aux démons
d'en sortir au plus vite". Le frère, simple et pieux
se hâte d'obéir; préoccupé avant
tout de la gloire de Dieu il crie de toutes ses forces devant
la porte:"De la part de Dieu et par ordre de notre père
saint François éloignez-vous d'ici, démons,
tant que vous êtes."Peu après, la paix fut
rétablie dans la ville, et les citoyens dans une entente
parfaite observèrent les statuts de la cité. Lorsque
peu après,frère François vint prêcher
chez eux il commença en ces termes : " Je vous parle
comme à des gens qui jadis étaient subjugués
et enchaînés par le diable, mais que les prières
d'un pauvre ont délivrés, je le sais (2cel. ch
.74) p. 425 À la louange du Roi!
9
Portrait
|
1182…Il
y très longtemps, le Jongleur Séraphique chantait
et il chante encore :" Où il y a miséricorde
et discrétion, il n'a ni relâchement, ni endurcissement."
( adm. 27 v6) p 53En cette nuit-là, un frère s'écria:"
Je meurs de faim." Frère François en plein
de charité et de discrétion, ne voulut pas que
le frère rougit de manger seul. Il fit sur-le-champ préparer
un repas auquel tout le monde prit part. Il faut dire que ce
frère, et les autres comme lui, étaient nouvellement
convertis et infligeaient à leur corps d'excessives pénitences.
Après le repas, frère François dit aux
autres frères:" Mes frères, je vous le dis,
que chacun étudie son tempérament. Si l'un de
vous peut se soutenir avec moins de nourriture qu'un autre,
je ne veux pas que celui qui a besoin de plus d'aliments s'efforce
d'imiter le premier. Que chacun se rendre compte de ses forces
et donne à son corps ce qui lui est nécessaire.
Si, dans le manger et le boire, nous sommes tenus de nous abstenir
du superflu qui nuit au corps et à l'âme, nous
devons nous interdire plus encore une mortification excessive,
car Dieu veut la miséricorde et non le sacrifice."..(
Leg. ant. ch1) p 879Un jour le saint, disait: " Il faut
pourvoir avec mesure aux besoins de notre frère le corps,
de crainte qu'Il ne soulève en nous la tempête
de la mélancolie. Pour que, sans dégoût,
il veuille et persévère dévotement dans
la prière, il faut lui enlever toute occasion de murmurer.
Il pourrait dire en effet : Je meurs de faim, je suis incapable
de porter le fardeau de tes pratiques! Mais s'il grogne ainsi
après avoir un picotin suffisant, sachez alors qu'il
faut faire sentir l'éperon à cette bête
paresseuse et que cet âne nonchalant à besoin de
l'aiguillon". (2cel. Ch.92) p. 434 Frère Thomas
Celano ajoute: "Ce fut le seul point de conduite du saint
Père en contradiction avec ses paroles. Car bien que
son corps fut innocent, il le réduisait en servitude
par des flagellations et des privations, l'accablant de coups
sans raison, l'ardeur de son esprit avait si bien dompté
son corps que, si son âme avait soif de son Dieu, sa chair
très sainte en était, elle aussi altérée
au plus haut point. (2 cel. Ch, 92) p. 434Quelques jours avant
son décès, frère François a dit
au frère qui lui avait donné un bon conseil: "
Béni sois-tu, mon fils, toi qui as su apporter à
mes scrupules de si salutaires remèdes". Puis, s'adressant
plein de joie à son corps: " Réjouis-toi,
mon frère le corps, et pardonne-moi; je suis prêt
maintenant à satisfaire tes désirs et je vais
m'empresser de subvenir à toutes tes nécessités!"
Mais quelle chose désormais pouvait plaire à ce
corps exténué? François était déjà
mort au monde, mais le Christ vivait en lui.(2cel. ch 160) p.
500
10
Portrait
|
1182…En
1952, Fr. Ignace Benoît, franciscain, a démontré
que frère François était " le chevalier
courtois de Notre-Dame" ; elle était " la dame
de ses pensées, et en son honneur, il composa des laudes,
porta ses couleurs sa vie durant et lui rendit, lui et les siens,
un vasselage amoureux"(1)Déjà, en 1245, frère
Thomas de Celano avait écrit:" Frère François
entourait d'un indicible amour la mère de Jésus,
car c'est elle qui nous a donné pour frère le
Dieu de Majesté. Il faisait monter vers elle des chants
de louanges, lui offrait les élans de son cœur tant
et si bien qu'aucune langue humaine ne le pourrait exprimer.
Mais ce qui nous doit surtout mettre en liesse, c'est qu'il
la choisi comme protectrice de son Ordre et mit sous ses ailes
pour qu'elle les réchauffât et les défendit
jusqu'à la fin, les fils qu'il devait abandonner. (2cel.
ch. 150) p. 490Louons la très sainte Vierge Marie comme
saint François et avec lui:"Salut, Dame sainte,
reine très sainte, mère de Dieu, ô Marie,
qui êtes vierge perpétuellement, élue par
le très saint Père du ciel, consacrée par
lui avec son très saint fils bien-aimé et l'Esprit
Paraclet; vous en qui fut et demeure toute plénitude
de grâce et tout bien! Salut palais, salut, tabernacle;
salut, maison; salut, vêtement; salut, servante ; salut,
mère de Dieu! Et salut à vous toutes, saintes
Vertus, qui par la grâce et l'illumination du Saint-Esprit
, êtes versées dans les cœurs des fidèles
et d'infidèles que nous sommes, nous rendez fidèles
à Dieu"! ( S." Frs. opusc. p.165)Louons encore:"
Sainte Vierge Marie, vous n'avez pas votre semblable parmi les
femmes qui sont nées en ce monde; fille et servante du
Roi Très- Haut, le Père céleste ; mère
de notre très saint Seigneur Jésus-Christ, épouse
du Saint-Esprit. Priez pour nous, avec l'archange saint Michel,
avec toutes les Vertus des cieux et avec tous les saints, auprès
de votre très saint et bien-aimés Fils, notre
Seigneur et notre Maître". Il lui était impossible
de ne pas fondre en larmes en pensant à la pauvre petite
Vierge, qui se trouva, ce jour-là, dans un si complet
dénuement. Un jour, à table, un frère rappela
la pauvreté de la bienheureuse Vierge et la détresse
du Christ son enfant. Sur le champ il se leva secoué
de sanglots douloureux, baigné de larmes, et s'assit
sur la terre nue pour manger le reste de son pain. Aussi, disait-il,
que cette vertu est royale qui brilla d'un si vif éclat
dans le roi et dans la Reine.( 2cel. ch 151) p. 493(1) Benoît
Lance, o.f.m. Le chevalier courtois, cf. Notre-Dame des Anges,
éd. franciscaine, Montréal, p.71 À la louange
du Roi.
11
Portrait
|
1182-1212…Claire
est venue!…Ce fut le soir des Rameaux, l'an 1212. Clara…,
fille aînée du comte d'Offreducion, le grand seigneur
d'Assise, est descendue à la Portioncule. Là,
devant Notre-Dame, à genoux devant Francesco, le petit
bourgeois devenu mendiant, Claire a voué ses dix-huit
ans et sa vie à Notre-Seigneur Jésus-Christ; frère
François a coupé ses cheveux et lui a donné
la tunique de Dame Pauvreté. Désormais, Claire
était sœur Claire, la première Pauvre Dame,
"petite plante de Patriarche séraphique!. Frère
François et sœur Claire ont vécu des belles
expériences, oh!… très virginales. (Testament
de s. Claire v.11)Sainte Claire a écrit dans son testament
spirituel: "Le Fils de Dieu s'est fait lui-même notre
voie, celle que notre bienheureux Père François
a montrée et nous a enseignée par la parole et
par l'exemple……Après que le Très-Haut
Père Céleste eut daigné par sa miséricorde
et sa grâce illuminer mon cœur et m'inspirer de faire
pénitence, à l'exemple et suivant la doctrine
de notre bienheureux Père François, qui depuis
peu s'était converti, de concert avec les quelques sœurs
que Dieu m'avait données presque aussitôt après
ma conversion, je fie volontairement le vœu d'obéissance
entre ses mains, selon la lumière et la grâce que
le Seigneur nous avait accordées par la vie sainte et
la doctrine de son serviteur. " (S.Claire T.sp. v.2-8)Le
bienheureux François vit bien que nous étions
faibles et fragiles de corps, et que pourtant ni la privation
ni la pauvreté, ni le travail, la tribulation et l'ignominie,
ni le mépris du siècle, enfin que rien de tout
cela ne nous faisait reculer, mais qu'au contraire toutes ces
choses nous semblaient d'ineffables délices, à
l'exemple de ses Frères et des saints; ce que lui-même
et ses frères ont remarqué souvent, il s'en réjouissait
beaucoup dans le Seigneur. C'est pourquoi, poussé par
un mouvement d'affection paternelle envers nous, il s'engagea
et promit que lui-même et par son Ordre il aurait de nous,
aussi bien que de ses frères un soin attentif et une
sollicitude toute spéciale". ( id.v8)Un homme qui
s'appelait Étienne était couvert de lèpre
à tel point que, des pieds au sommet de la tête,
son corps n'était qu'une plaie. Il alla vers saint François
pour être guéri, celui-ci l'envoya à sœur
Claire; d'un signe de croix, le malade fut complètement
nettoyé et guéri de tous maux. (Celano, vie de
St Claire ch.26)C'était à Saint-Damien ….
Après une nuit épouvantable où il avait
prié pour ne pas perdre patience une minute, frère
François fut assuré de son salut éternel.
Tout vibrant d'allégresse, en dépit de ses souffrances,
le Jongleur Séraphique a composé son Cantique
du Soleil, il voulut que sœur Claire fut présente.(
Marie de St Vanien -Sainte Claire d'Assise, La colombe, Paris
1953 p. 113) À la louange du Roi
12
Portrait
|
1182..Dieu avait doué François
d'Assise d'une riche nature. Son intelligence était intuitive.
Il n'avait pas étudié et il ne possédait
pas beaucoup de science acquise. C'est par intuition, qu'il
comprit le côté noble des chansons de geste et
en fit le point de départ de son progrès moral.
C'est par son intuition, qu'il estima que la pauvreté
volontaire était le vrai remède aux maux dont
souffrait la société. C'est par son intuition,
qu'il groupa les populations de ce temps en une vaste association
par le Tiers-Ordre qui devait soustraire ces gens aux injustices
de la féodalité.C'est aussi par son intuition,
que François répond à la question que lui
posait, un jour, un frère Prêcheur:" Dites-moi,
mon frère, comment vous interpréter cette parole
d'Ezéchiel :"Si vous n'annoncez pas à l'impie
son impiété, je vous demanderai compte de son
âme. Pour moi, je connais nombre de pécheurs auxquels
je ne parle jamais de leur état, serais-je responsable
de leur perte?" François commença par dire
qu'il avait bien plus besoin d'être instruit que d'instruire
les autres. Comme le frère Prêcheur insistait,
François lui donne une excellente réponse:"
Supposer que la parole doive être prise dans un sens universel,
voici comment je l'entendrais : Telle doit être la vie
du serviteur de Dieu, telle la lumière de ses paroles
et de ses exemples, qu'il y ait là comme une voix que
reprennent tous les méchants. Le renom des actions, l'odeur
de la sainteté suffisent pour qu'il accomplisse ce que
demande le prophète". Le frère Prêcheur
fut émerveillé. En quittant les compagnons de
saint François, il leur dit : " La théologie
de votre fondateur a le vol de l'aigle; la nôtre se traîne
le ventre à terre"L'intelligence de François
était aussi poétique. Elle est portée,
comme par des ailes, jusqu'à l'auteur de toutes choses
qui est Dieu. Sur la fin de sa vie, il composa le "Chant
des Créatures" que les modernes ont appelé
"Le Chant du Soleil". C'est un éloge de la
création, un chant d'action de grâces à
celui qui nous l'a donnée, un hymne d'adoration offert
avec elle et pour elle.( Bettez, Nobert , o.f.m. ; L'influence
sociale de saint François et du Tiers - Ordre Franciscaine,
Montréal, 1960, p. 144)Frère François n'a
pas utilisé le mot "intuition"; il a écrit
plutôt "…le Seigneur m'a conduit…"
(1);"…selon l'inspiration du Seigneur…"(2)
"…le Seigneur me donne…(3)"; C'est vrai,
né poète et conducteur d'hommes, il voulait être
armé chevalier et délivrer les Lieux Saints du
joug musulman. Dans sa convalescence, à Spolète
et au soin des lépreux , François a sacrifié
volontiers ses trois talents et, selon la promesse évangélique,
il les a retrouvés au centuple…avec ses admirables
intuitions.(10..T.Spir.v.2..(2) Ii r.ch.12v1..(3) T.Spir.v1
v, 14.À la louange du Roi!
13
Portrait
|
1182-François
fut initié, dès sa jeunesse, aux crises orales
et politiques dans lesquelles l'Italie se débattait à
cette époque. Des noms exécrés frappèrent
ses oreilles, des visions odieuses épouvantèrent
ses regards. C'était l'évocation tragique de la
décadence féodale, vue dans son ensemble; le discorde
au sein de la cité, la rébellion contre la puissance
ecclésiastique.L'âme foncièrement pieuse
de François ressentait douloureusement l'humiliation
imposée par la défaite, ou par l'orgueil des notabilités
communales, au suzerain légitime : le Pape. Le sceptre
de l'empereur faisant oublier la tiare du Pasteur suprême.
François pouvait se demander, avec effroi, par quel prodigieux
renversement, la puissance spirituelle, elle-même, était
frappée de discrédit. La crise ecclésiastique
se révélait à lui plus insoluble que les
autres. De plus, l'amour de la justice, la pitié pour
les pauvres, innées en lui, s'affirmant par la grâce,
comment lui, si soucieux d'éviter tout ce qui était
injurieux aux autres, n'eut-il pas senti ce qu'avait d'injuste
pour les classes inférieures, et d'inquiétant
pour la paix publique, un régime fondé sur le
privilège et sur la hiérarchie des rigueurs. C'est
ainsi que le sens social se formait en lui.Le sen social pour
François d'Assise, ce sera cette délicatesse de
conscience, qui craint toujours ou de blesser la notion de justice
ou de l'appliquer avec trop de rigueur, cette disposition de
l'esprit et du cœur qui oriente l'activité personnelle
vers le service du bien commun. Ce sera la prédilection
pour les pauvres qui sont les membres souffrants du Corps mystiques
du Christ.Le rôle prépondérant de la vie
intérieure dans la formation sociale de François
d'Assise, nous explique son succès au milieu du fiasco
général des entreprises similaires. Ils étaient
légion, au début du XIII siècle, les réformateurs
qu'inspirait un désir sincère de remédier
aux maux du temps. Mais, idéologues, sans consistance,
doctrinaires intempérants, souvent entachés d'hérésie,
législateurs ecclésiastiques, gênés
dans leur action par les compromissions féodales, ou
pouvoirs civils, dont le glaive s'émoussait au secret
des consciences, tous inspiraient aux intérêts
en conflit de légitimes défiances.La flamme de
charité et la pauvreté libératrice, abattirent
les œillères d'égoïsmes, qui risquaient
de troubler le regard de François; elles le dégagèrent
des préjugés de fortune, d'éducation et
de classe, qui eussent paralysé ou alourdi son initiative
et elles le dressèrent au-dessus des belligérants,
comme un arbitre impartial, dont le désintéressement
imposait la confiance.(fr. Nobert Bettez, o.f. ) p. 154-155
À la louange du Roi!
14
Portrait
|
1182..Frère Nobert Bettez,
franciscain, compare saint François au bon Samaritain
(p.156-158)" La charité coule à flots du
cœur embrasé de François d'Assise et se
répand sur les opprimés. Comme eux, il se fait
pauvre et méprisé, sacrifiant les biens, ses
rêves, ses espérances. Puis, à l'huile
de la charité, il mêle le vin de la justice,
dénonçant l'argent comme source du mal, et opposant
à l'individualisme égoïste la hiérarchie
de ses ordres".Cependant, ce serait une erreur de ne
voir en François d'Assise que l'apôtre de la
cause du peuple, que le libérateur et le justicier.
C'est un amour plus noble qui lui fait fouler aux pieds les
joies de la famille, les biens de la fortune et les rêves
de gloire de ses vingt ans, S'il se donne au peuple, c'est
pour le conduire à Dieu.Pour atteindre ce but, il ne
se contente pas de prêcher l'Évangile, il l'introduit
dans sa vie, il en fait sa règle de vie et celle de
ses disciples. Une à une, il restaure toutes les idées
qui sont à la base de la civilisation. Première,
il relève le prestige du prêtre, contre qui toutes
les sectes révolutionnaires, à toutes les époques,
se sont toujours déchaînées. Il venge
ensuite le mariage et la parenté, des injures que déversaient
sur ces institutions divines, les anarchistes de ce temps-là.François
démontre la sainteté du mariage chrétien
en donnant aux époux une règle de vie, la Règle
des fraternités du Tiers-Ordre ( o.f.s. = Ordre Franciscain
Séculier) qui les achemine vers les plus hauts sommets
de la piété et fait pénétrer la
perfection évangélique jusqu'au domestique.L'union
des classes, c'est la paix que le Christ est venu rétablir
dans le monde. Aussi, elle était un des thèmes
favoris du Saint d'Assise. Certains articles de la règle
du Tiers-Ordre dénotent la volonté pacificatrice
de François. Cette règle du Tiers-Ordre, enlevait
aux seigneurs, le moyen de déclarer des guerres injustes,
en interdisant aux Tertiaires de prêter le serment de
fidélité aux seigneurs et de porter les armes.
François veut offrir aux hommes la vision exacte, l'intelligence
complète de ce qu'est l'ordre chrétien, sous
l'application loyale de l'Évangile.Mais l'application
de l'Évangile ne se décrète pas. Elle
entre peu à peu dans les lois, en passant par les mœurs,
par la persuasion et par l'effort individuel.Comme son divin
Maître, François béatifiera la pauvreté;
comme Lui, il sera charitable; comme Lui, il sera l'apôtre
de la paix et de la réconciliation. Le saint d'Assise
commence son travail de réformateur, par l'excellente
prédication de l'exemple À la louange du Roi!
15
Portrait
|
1182..Le
16 avril 1809, François et Bernard suivis du juriste
Pierre de Catane, se rendent à l'Église Saint-Nicolas
et demandent à un prêtre d'ouvrir, par trois fois,
le livre de l'Évangile.La première fois, le prêtre
lit ces paroles: " Si tu veux être parfait, va, vends
ce que tu as, donnez-en le prix aux pauvres et tu auras un trésor
dans le ciel." La deuxième fois, le prêtre
lit ces paroles : "Ne prenez rien pour le voyage, ni bâton,
ni sac, ni pain, ni argent et n'ayez point deux tuniques."
La troisième fois, le prêtre trouve et lit le texte
suivant : " Si quelqu'un veut être mon disciple,
qu'il renonce à soi-même, qu'il prenne sa croix
et qu'il me suive. "François tout rayonnant de joie,
rend grâce à Dieu de lui avoir montré le
chemin de la pauvreté, puis il s'écrie: "Mes
Frères, voilà quelle sera notre vie et notre règle".Pour
François d'Assise, la pauvreté était une
reine déchue et victime d'injustes dédains. Un
vieil auteur franciscain a mis dans la bouche du Jongleur cette
ardente prière: "Seigneur, ayez pitié de
moi et madame la Pauvreté… Elle se plaint de ce
que ses amis l'ont dédaignée et se sont rendus
ses ennemis… Souvenez-vous, Seigneur, que vous êtes
venu du séjour des Anges, afin de la prendre pour épouse
et d'en avoir un grand nombre d'enfants qui fussent parfaits.
C'est elle qui vous a reçu dans l'étable et dans
la crèche, et qui vous a accompagné tout le long
de la vie. Quand vous commençâtes la guerre de
notre Rédemption, la Pauvreté vint s'attacher
à vous comme un écuyer fidèle; elle se
mit à vos côtés pendant le combat, elle
ne se retira point quand les autres prenaient la fuite. Enfin,
tandis que votre Mère, qui du moins vous suivit jusqu'au
bout, et prit sa part de toutes vos douleurs, tandis qu'une
telle mère, à cause de la hauteur de la croix,
ne pouvait atteindre jusqu'à vous, en ce moment, madame
Pauvreté vous embrassa de plus près que jamais.Elle
ne voulut point que votre croix fût taillée avec
soin, ni que les clous fussent en nombre suffisant, aiguisés
et polis, mais elle n'en prépara que trois, elle les
fit durs et grossiers pour mieux servir les intentions de votre
supplice. Et pendant que vous mouriez de soif, elle eut soin
qu'on vous refusât un peu d'eau, en sorte que ce fut dans
les embrassements de cette épouse que vous rendîtes
l'âme. Qui donc n'aimerait pas madame la Pauvreté
par-dessus toutes choses."La portée sociale de la
pauvreté de François d'Assise fut considérable.
En fondant un Ordre nouveau de pauvres, il honorait la pauvreté,
la vertu la plus méprisée. Il montait qu'on pouvait
trouver la paix, la dignité et le bonheur en pratiquant
cette vertu. Il calmait aussi les ressentiments des classes
indigentes; il les réconciliait avec les riches qu'elles
apprenaient à ne plus envier. Il apaisait cette vieille
guerre de ceux qui ne possèdent pas contre ceux qui possèdent
et raffermissait les liens déjà relâchés
de la société chrétienne, en sorte qu'il
n'y eut pas de politique plus profonde que celle de François
d'Assise. (fr.Nobert Bettez o.f.m. p. 158-159) À la louange
du Roi
16
Portrait
|
1182-Dégagé
de toute chose terrestre par la pauvreté, François
d'Assise a profondément aimé les hommes. Sachant
que le précepte de l'amour du prochain est semblable
au précepte de l'amour de Dieu, et, qu'au fond les deux
n'en font qu'un, il ne serait pas regardé comme l'ami
du Christ, s'il n'avait été l'ami des âmes.Sa
charité a été universelle, mais elle s'est
surtout donnée aux plus déshérités,
aux plus souffrants, aux plus misérables, Il a toujours
eu une prédilection pour les lépreux, sa conversion
est liée à l'amour qu'il leur témoigne.
"Quand je vivais dans le péché, dit-il, dans
son testament, il me semblait fort amer de voir des lépreux,
mais le Seigneur me conduisit parmi eux et j'exerçai
la miséricorde à leur égard, et, quand
je me retirai de leur présence, ce qui m'avait paru amer,
fut changé pour moi en douceur de l'âme et du corps;
et après je tardai peu et je sortis du siècle."
( Testament) p.93 François demeurait parfois avec les
lépreux, les servant en tout avec le pus grand zèle
pour l'amour de Dieu, lavant leurs plaies, épongeant
le plus de leurs ulcères et ce que sa main de pouvait
faire, son cœur le faisait. L'âme de François
s'attendrissait à la vue des pauvres et quand il ne pouvait
les secourir matériellement, il leur témoignait
son amour. Tout ce qu'il voyait de pauvre dans un malheureux
il le rapportait au Christ par une soudaine réflexion
et une rapide transposition.A l'égard des coupables,
François stigmatisait les représailles intempestives
qui meurtrissent au lieu de cicatriser. Il disait: "Que
tous les Frères se gardent bien de se troubler à
cause du péché ou du mauvais exemple d'autrui,
mais qu'il vienne spirituellement en aide aux coupables, de
leur mieux, car ce ne sont pas les biens portants qui ont besoin
de médecin, mais les malades." (14-Bettz. p. 160)Dans
touts ses prédications, avant de proposer à l'assemblée
la parole de Dieu, il commençait par implorer la paix
en ces termes : "Que le Seigneur vous donne sa paix! Cette
paix, frère François l'annonçait très
dévotement aux hommes, aux femmes, à tous ceux
qui se trouvaient sur sa route. Grâce à lui beaucoup
d'ennemis de la concorde et de leur propre salut, embrassèrent
la paix et, Dieu aidant, devinrent eux aussi fils de la Paix
et ambitieux du salut éternel. ( 2cel. ch.10) p. 210Ce
jour-là, frère François prêchait
aux gens de Greccio affligés par les loups et la grêle,
Il leur dit: "Pour l'honneur et la gloire du Tout-Puissant,
écoutez la vérité que je vous annonce.
Si chacun de vous confesse ses péchés et fait
de dignes fruits de pénitence, je vous donne ma parole
que le fléau disparaîtra, que Dieu abaissera son
regard sur vous et multipliera vos biens temporels. Mais, dit-il,
entendez encore ceci: " Je vous préviens que dans
le cas ou, ne reconnaissant pas ses bienfaits, vous retournez
à votre vomissement, le fléau renaîtrait,
la peine serait doublée et la colère de Dieu sévirait
sur vous plus terrible" ( 2cel.ch7) p. 202 À la
louange du Roi
17
Portrait
|
1182…A
l'égard des adversaires, saint François prêchait
la sérénité des suprêmes pardons.
" Celui-là vraiment son ennemi, disait-il, qui ne
s'irrite pas de l'injure reçue de lui, mais qui s'afflige
par amour pour Dieu du péché commis par lui et
qui prouve son affection par des actes. " Sa charité
s'est épanouie en une douceur pacifiante, dont l'efficacité
sociale a étonné les historiens. Tout le contraire
des sectes qui pullulaient, excitant les peuples à la
rébellion et au pillage; François, ce pacificateur
n'avait rien d'un démagogue, et devant l'idéal
nouveau qu'il proclamait, " toutes ces sectes bizarres
disparurent, comme des oiseaux de nuit mis en fuite par les
premiers rayons du soleil", (P. Sabatier)François
sait que l'Église, appuyée sur la doctrine du
Christ, peut résoudre la grave question sociale, de son
temps. Il cherche à ramener le peuple italien à
Dieu par une réforme religieuse, individuelle, essentiellement
respectueuse des personnes et conservatrice de l'ordre établi(
N. Berlez p. 161)À l'époque où frère
François était bien malade les Louanges étaient
déjà composées; l'évêque d'Assise
excommunia le podestat (maire). En revanche, celui-ci fit annoncer
à son de trompe dans les rues de la cité, qu'il
était interdit à tout citoyen d'acheter ou de
vendre quoi que fut à l'évêque et d'avoir
affaire à lui. Entre eux régnait une haine farouche.Le
bienheureux François alors bien malade, eut pitié
d'eux. Il souffrait de voir que personne, religieux ou séculier,
ne s'entremît pour rétablir entre eux la paix et
la concorde " Par des compagnons, il convoqua l'évêque
et le podestat et toute l'assemblée à l'Évêché.
'' J'ai confiance que le Seigneur mettra dans leur cœur
l'humilité et la paix… Quand tout le monde fut
réuni sur la place du cloître de l'évêché,
deux frères se levèrent et l'un d'eux prit la
parole : '' Le bienheureux François a composé
peu avant sa maladie les " Louanges du Seigneur "
au sujet de ses créatures, pour la gloire de Dieu et
l'édification du prochain. Aussi vous demande-t-il de
l'écouter avec grande dévotion. ''Et ils se mirent
à le chanter. Le podestat se leva et, les mains jointes,
l'écouta dans un grand recueillement comme l'évangile
du Seigneur; bientôt des larmes coulèrent de ses
yeux… A la fin du cantique, le podestat s'écria
devant toute l'assemblée : '' En vérité,
je vous le dis, non seulement je pardonne au seigneur évêque
que je dois reconnaître pour mon supérieur, mais
je pardonnerais au meurtrier de mon frère ou de mon fils.
''Puis il se leva et se jeta aux pieds du seigneur évêque
en lui disant : ' Pour l'amour de Notre- Seigneur Jésus-Christ
et du bienheureux François son serviteur, je suis prêt
à vous donner toute satisfaction qu'il vous plaira. "
L'évêque le releva et lui dit : '' Mon office exigerait
chez moi l'humilité, mais je suis naturellement porter
à la colère; il faut donc me pardonner. '' Tous
deux alors, avec beaucoup de bienveillance et d'affection, s'embrassèrent
et se donnèrent le baiser de paix.( Legenda Antique )
ch. 88 À la louange du Roi
18
Portrait
|
1182…En
ces jours-là, une noble dame de Volusiano a enfin rejoint
frère François. La voyant lasse et à bout
de souffle, le Père très saint fut rempli de pitié
et lui dit ; 'Que désirez vous Madame?" Mon Père,
que vous me bénissiez!" Et le Saint :" Êtes-vous
mariée ou non?" Elle répondit ; "Mon
Père, j'ai un mari bien cruel qui m'est un obstacle dans
le service de Jésus-Christ; ma plus grande douleur est
de ne pourvoir réaliser, à cause de lui, les bons
vouloirs que le Seigneur m'inspire. C'est pourquoi, je vous
en prie, ô Père, priez pour lui afin que la divine
miséricorde humilie son cœur".Le Père
étonné de trouver cette virilité dans une
femme, cette maturité dans une âme encore jeune,
fut ému de pitié et lui dit : Allez ma fille bénie,
et sachez que bientôt votre mari sera pour vous une source
de consolation." Il ajoute: " Dites- ui de la part
de Dieu et de la mienne, que maintenant c'est le temps du salut,
que plus tard ce sera celui de la justice."Ayant reçu
sa bénédiction, la femme s'en vint trouver son
mari et lui rapporta cet avertissement. Soudain le Saint-Esprit
descendit sur lui, changeant le vieil homme en un homme nouveau
qui répondit avec douceur: "Madame, dans notre maison,
servons Dieu et sauvons nos âmes!" Son épouse
répondit:" Il me semble qu'il faut établir
dans notre âme la continence comme le fondement sur lequel
s'élèveront les autres vertus." C'est mon
désir, comme c'est le vôtre", répondit-il.
Dès lors et durant plusieurs années, ils menèrent
une vie continente, et tous deux, le même jour, ils quittèrent
heureusement la terre. (2cel. ch.9) p. 355Un jour, à
Colle, dans le comté de Pérouse, frère
François rencontra un pauvre qu'il avait jadis connu
dans le siècle. Et il lui dit : "Frère comment
vas-tu? L'autre, l'âme mauvaise, se mit à accabler
de malédictions son maître, le Dieu tout-puissant
le maudisse que je suis en ce triste état. "Le bienheureux
le voyant persister dans cette haine mortelle eut pitié
de son âme, plus encore que de son corps, et lui dit:
"Frère pour l'amour de Dieu pardonne à ton
maître, afin de sauver ton âme; peut-être
te rendra-t-il ce qu'il t'a pris; sinon, après avoir
perdu tes biens, tu perdras aussi ton âme. L'homme répondit
: "Il m'est absolument impossible de lui pardonner, s'il
ne commence par me rendre ce qu'il m'a enlevé; "le
bienheureux François qui portait un manteau sur ses épaules,
lui dit: "Tiens, je te donne mon manteau, et je te prie
de pardonner à ton maître pour l'amour de Dieu".
Attendri et désarmé par ce bienfait, le pauvre
prit le manteau et oublia ses griefs (2cel. ch 56) p. 399 Lorsqu'ils
vont par le monde, que les frères soient doux, pacifiques
et modestes…parlant honnêtement à tous, comme
il convient. (2 règles des frères ch 3 v 1.) p.
86 À la louange du Roi!
19
Portrait
|
1182.
Devant tous ces maux dont souffrait la société,
spécialement en Italie, à la fin du XIIe siècle
(1182-1226), François cherchera à ramener les
âmes à Dieu, par l'observance de l'Évangile.
Ce retour à la pratique de l'Évangile paraît
son plus grand exploit. Le peuple chrétien croyait au
divin message du Seigneur mais que de fois il n'en avait pas
l'intelligence et en délaissait la pratique. Il existait,
dans tous les milieux et à tous les degrés de
la société, un affreux abîme entre la foi
et la conduite de la vie. Beaucoup restaient insensibles à
ce qu'il y a de plus grand dans l'Évangile.L'objet de
la réforme de François d'Assise, ce n'était
pas seulement la réforme de tous les hommes, mais celle
de l'homme tout entier, dans réforme de son âme
et de son corps. François vit, non par un procédé
philosophique, mais par une intuition, l'ordre parfait qui doit
exister dans la nature; au-dessus de tout, Dieu et le monde
surnaturel; dans l'homme, toute la création pour subvenir
à ses besoins, lui apporter le bonheur et le conduire
à Dieu.Au milieu de tous ces maux dont souffrait l'Italie,
au début du XIII siècle, François d'Assise
sentit que la religion était absolument indispensable
comme base de la société. Des événements
qui se déroulaient sous ses yeux, il avait déduit
que la société est plus qu'une simple juxtaposition
d'hommes, qu'elle exige leur rapprochement, leur union et que
seule la religion par la charité, son lien social par
excellence, peut les unir et les faire vivre en paix. Il avait
donc saisi l'importance, du point de vue social, de la vertu
de religion, qui incline la volonté de l'homme à
rendre à Dieu, un culte intérieur et un culte
extérieur. Il constatait, chaque jour, que Dieu supprimé,
l'autorité n'a plus rien de sacré et qu'en perdant
ce caractère, elle perd aussi son pouvoir de diriger
la société, de l'unifier et de faire vivre ses
membres dans une douce paix.Par contre, François savait
que l'homme soumis à Dieu, accepte de bon cœur la
place qui lui est assignée par la divine Providence;
que, s'il est pauvre, il ne cherchera pas à améliorer
sa condition au détriment des autres; que, s'Il est riche,
il viendra en aide aux pauvres. Pour François d'Assise,
il y avait pas de mal social, si ce n'est le péché,
et le péché comme affectant l'individu. Ramener
les hommes du péché à la grâce, du
vice à la vertu, fut l'objet de ses propres efforts qui
le distingue des autres mouvements de réforme de son
époque.(Fr. Nobert Bettez o.f.m. P. 162)Frère
François a écrit :" Nous devons avoir en
haine nos corps, avec les vices et les péchés,
parce que le Seigneur dit dans l'Évangile:" tous
les vices et péchés sortent du cœur"
(Math XV, 18-19) (1let.v 37) p.113 À la louange du Roi!
20
Portrait
|
1182..François d'Assise, le pauvre
par excellence, cherchera à faire pénétrer
ce détachement des biens de la terre dans l'esprit du
peuple, Mais ce détachement intérieur, pour être
possible et pour produire ses bienfaits sociaux, suppose le
sens et le goût du sacrifice. François comprend
que le sensualisme engendre les pires désordres; dans
l'individu, c'est la perte de la notion de l'ordre; dans la
société, c'est le respect de l'autorité
qui disparaît.Pour rénover l'ordre social, François
s'efforcera de mettre dans tous les cœurs, par son Tiers-Ordre,
le sens et le goût du sacrifice. Il veut que l'homme se
mortifie dans sa chair, dans son esprit, dans sa volonté
et qui renonce aux plaisirs sensibles, pour s'approcher davantage
de la perfection individuelle. Il veut mettre entre les mains
du peuple, cette arme de la mortification, qui l'aidera à
rétablir un ordre social nouveau. Il sait que le chrétien,
qui a le sens et le goût du sacrifice, se sent plus fort
et généreux pour accepter tous les devoirs de
la vie. C'est donc par la mortification que François
d'Assise veut la réforme de l'individu.Le sens et le
goût du sacrifice ont soulevé les hommes au-dessus
de leurs vies rampantes et de leurs horizons bornés,
pour le conduire, par la patience et la résignation,
|