MON DIEU ET MON TOUT

© + Sr Denise Ermite

Ange de Dieu qui nous quide- introduction
par l'éditeur Arnold Guillet Madeleine de la Croix

Les anges se manifestent, mais à ceux-là seuls qui les aiment et les invoquent. Si vous voyiez la beauté des anges, vous en seriez émerveillés. Prions la Mère de Dieu de nous introduire dans le Royaume.

Info

Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits ; car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux» (Mat. XVIII, 10).

Et il lui dit: En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme (Jean 1,51).

C'est aux anges célestes, qui possèdent Dieu dans l'humilité et le servent dans la béatitude, qu'est soumise toute la nature corporelle et toute la vie irrationnelle» (Saint Augustin).

Les deux astronautes Armstrong et Aldrin déposèrent sur la lune, lors de leur premier alunissage, un texte de la Bible dans lequel il est parlé des anges : «Seigneur, notre Dieu! que Ton Nom est admirable sur la terre entière! Tu as étendu ta majesté au-dessus des cieux... Je regarde le ciel, oeuvre de Tes mains, la lune et les étoiles que Tu as créées. Qu'est-il donc, l'homme, pour que Tu Te souviennes de lui ? Le fils de l'homme pour que Tu Te soucies de lui ? Tu ne l'as placé que peu au-dessous des anges, Tu l'as couronné de gloire et d'honneur» ( Ps. V III , 2 et 4 à 7 ).

.Les Anges-


Longtemps avant la création du monde, Dieu a créé les anges, purs esprits d'une puissance et d'une majesté ineffables. Le dernier des anges surpasse en intelligence les plus grands génies humains. Une partie des anges se sont révoltés contre Dieu sous la conduite de Lucifer. C'est pourquoi, au cri de «Qui est comme Dieu ?» Saint Michel et ses anges les ont précipités dans l'abîme. Mais les anges déchus n'ont pas cessé, jusqu'ici, de faire la guerre contre Dieu, mettant tout en oeuvre pour séduire les hommes. S. Pierre ne nous laisse aucun doute sur l'âpreté de cette lutte: «Votre adversaire le démon rôde sans cesse autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer» (I Petr. V,8). Dans ce combat inégal, l'homme serait perdu, si Dieu, dans Sa miséricorde, ne lui avait envoyé une aide plus puissante encore: Marie, la Femme revêtue du soleil et les anges dont elle est la Reine. « je vis un grand signe dans le ciel: une Femme revêtue du soleil, avec la lune sous ses pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles », dit l'Apocalypse (XII, 1). Dans sa Somme théologique, S. Thomas d'Aquin parle, lui aussi, de cette lutte que mènent les démons contre les hommes. Il pose la question: « Serait-il juste que, dans ce combat, le faible soit opposé au fort, l'ignorant à un être plein de ruses ? » L'illustre docteur de l'Eglise conclut sa réponse en ces termes : « Pour que les conditions de la lutte ne soient pas inégales, l'homme reçoit en compensation principalement le secours de la grâce divine et secondairement la protection des anges. C'est pourquoi Elisée dit à son serviteur: « Ne crains pas: nous avons avec nous plus d'alliés qu'eux» (Summa theol. I, quaest 114, art. I ad 2). Le combat fait tout spécialement rage de nos jours. La religieuse stigmatisée Anne-Catherine Emmerich a prédit, cent-vingt ans à l'avance, les atrocités de Staline et de Hitler: «Si je ne me trompe, j'ai entendu que Lucifer serait de nouveau déchaîné pour une période de cinquante à soixante ans avant l'an 2000 après Jésus-Christ. » Le démon est aujourd'hui le prince de ce monde à un point qu'on n'avait jamais vu encore. Ce combat a été clairement prédit lui aussi dans l'Apocalypse : « Quand le Dragon vit qu'il avait été précipité sur la terre, il poursuivit la Femme qui avait enfanté le fils... Alors le Dragon fut plein de colère contre la Femme ; il se leva pour guerroyer contre les autres enfants de la Femme qui obéissent aux commandements de Dieu et demeurent fidèles au témoignage de Jésus-Christ» (Apoc. XII, 13-17). Le monde ne sait pas voir les dessous: même des milieux chrétiens sont frappés d'un aveuglement effrayant, qui les empêche de reconnaître le démonisme pourtant bien clair de notre époque .

En cette heure de ténèbres, Dieu nous envoie une nouvelle clarté. Le R. P. Rahner, théologien du récent Concile du Vatican, a écrit cette phrase lapidaire: « Les révélations privées ne sont pas un luxe pour l'Eglise : elles sont un impératif qui dit comment, dans une situation historique donnée, l'Eglise doit se comporter. » Dieu a donné à une femme de notre époque le charisme de converser familièrement avec les anges. Les notes les plus importantes de son « journal » sont publiées dans ce livre. Elles nous ouvrent un nouvel accès au monde des anges: nous prenons par elles une nouvelle conscience de leur existence. Les expériences mystiques de Mechtilde Thaller-Von Schonwerth ont pour nous une grande valeur, du fait qu'elles nous ouvrent les yeux sur ces êtres auxquels nous sommes aujourd'hui plus que jamais forcés d'avoir recours: les anges. Nous commençons à soupçonner leur beauté; leur zèle ardent pour le Royaume de Dieu se communique à nous. Les anges sont puissants, car ils voient sans cesse la Face du Père qui est dans les cieux. Ils ont une grande possibilité de nous aider: ils bravent même de nous défendre de leurs épées de lumière: ils n'attendent qu'un signe de nous, un geste, un regard, un mot murmuré au fond de notre coeur. Le démon dispose aujourd'hui d'une puissance qu'il n'avait jamais eue encore. ..Car pour l'Eglise la grande tribulation a commencé», disait un ange à Mechtilde Thaller. Ce n'est donc qu'en appelant à l'aide Marie et ses anges que nous vaincrons. Imitons l'exemple des derniers papes: Pie XI, Pie XII et Jean XXIII, qui avaient pour les anges une si grande dévotion. Arnold Guillet

MADELEINE DE LA CROIX
Association de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

La matière du présent opuscule est tirée des expériences mystiques de Mechtilde Thaller, née von Schonwerth, membre de la pieuse Association de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Lors de son admission, elle y reçut le nom de Madeleine de la Croix. C'est ainsi qu'elle se nomme souvent elle-même dans ses écrits. Parfois elle signe simplement « Ancilla », depuis que son directeur spirituel, Monsieur le curé Jean Fischer l'a appelée ainsi, pour lui indiquer qu'elle devait se considérer toujours et en tout comme la servante du Seigneur. Elle naquit le 30 mars 1868, septième d'une famille de huit enfants. C'est à Munich, dans la paroisse de Saint Louis, que s'écoulèrent son enfance et sa jeunesse. Elle fréquenta l'école dirigée par les « Pauvres soeurs des Ecoles ». Bien qu'elle ait toujours vécu dans le monde, rares furent les personnes qui connurent sa vie religieuse et mystique. Dieu en avait décidé ainsi. Seul son confesseur voyait stigmates; son mari n'en soupçonna même jamais l'existence. Dès ses jeunes années, Dieu avait donc commencé à la former à sa vocation d'âme-victime: alors que son tendre coeur d'enfant était avide d'affection, elle se vit haïe de sa mère, Maria von Schonwerth. Celle-ci, dame du monde, fit toujours sentir à sa pauvre fille qu'elle avait failli lui coûter la vie en naissant. Mechtilde devait voir, en toute occasion, sa mère lui préférer ses sept frères et soeurs. Le motif de cette attitude: « Tu as failli me coûter la vie, lui disait-elle; ôte-toi donc de ma présence!

Au moment où l'Eglise se trouvait dans le plus imminent péril de mort, c'est-à-dire quand Hérode jeta S. Pierre en prison, Dieu envoya un ange pour rendre à l'Eglise naissante son Pasteur. Aujourd'hui aussi, l'Eglise passe par une crise mortelle. Le Pape Paul VI a parlé de l'autodestruction de l'Eglise. Ne pouvons-nous pas espérer que, cette fois encore, Dieu sauvera Son Eglise par Ses anges ?
En revanche son père, homme de haute culture et de profonde piété, aimait sa fille à l'égal de ses autres enfants. Le souvenir de Mechtilde l'engagea à vivre comme un saint. Par sa femme, il était proche parent du Monseigneur George Michael Wittmann (17601833), évêque de Regensbourg, qui fut un des chefs de la Restauration religieuse, un grand homme de Dieu. Heureusement, les mauvais procédés de sa mère n'endurcirent pas le coeur de Mechtilde. A quatre ans déjà, elle éprouvait une grande compassion pour la Mère de Dieu en pleurs, dont elle contemplait souvent l'image. Un jour que sa mère était sortie, Mechtilde traîna une chaise auprès de cette image et en essuya les larmes avec son petit mouchoir de dentelle. Et voici que les larmes disparurent! Mais elles reparaissaient toujours et la petite Mechtilde recommençait à les essuyer, tant les larmes de la Mère de Dieu lui faisaient mal au coeur. Elle demanda un jour à Notre-Seigneur de rendre la vue à une petite mendiante aveugle, en considération de ces larmes. Quand elle lui passa sur les yeux le mouchoir dont elle avait essuyé le visage de la Très Sainte Vierge, l'enfant infirme recouvra la vue. A cinq ans, par un acte de parfait abandon, Mechtilde renonça à tout amour humain. Elle vit dès lors son « archange ». Dieu le lui avait donné comme guide spécial, en plus de son ange gardien. Mechtilde von Schonwerth reçut une éducation soignée et une formation complète. Elle avait une magnifique voix d'alto. Quand elle chantait, les gens qui passaient dans la rue s'arrêtaient devant sa fenêtre ouverte pour l'écouter. Le choix qu'elle fit du Père Schorra, rédemptoriste, comme confesseur, fut d'une extrême importance pour sa vie spirituelle. Le P. Schorra était lui-même favorisé de charismes : le don de prophétie et le don de connaissance des âmes. Il semble bien que ce religieux ait été, à tous égards, un directeur d'âme exceptionnel, jouissant de lumières surnaturelles. Il était sévère. Ayant constaté que sa pénitente était engagée dans des voies spirituelles extraordinaires et guidée par son ange, il sut extirper en elle tout germe d'orgueil et d'égoïsme et lui faire cultiver une profonde humilité, l'intime conviction de sa propre bassesse, pour écarter d'elle tout sentiment d'orgueil. Elle conserva toujours cette attitude pleine d'humilité: plus grandes étaient les grâces dont Dieu la comblait, plus elle était persuadée qu'elle en était indigne. Oui, Mechtilde était bien Madeleine de la Croix . Les notes de son « Journal » prouvent que le Père Schorra connaissait déjà exactement la mission de sa dirigée: souffrir! Souvent il lui annonçait ce qui allait lui arriver. Mechtilde von Schonwerth se sentait très attirée par la vie religieuse, d'autant plus qu'une de ses soeurs portait déjà l'habit des «Servantes de Marie» (Servites). A cause de certaines grâces mystiques, dont fut l'objet cette sœur du couvent de l'hôpital ducal de Munich - on crut voir en elle l'enfant dont le saint curé d'Ars avait prédit jadis aux parents qu'elle serait une sainte. Mais sans aucun doute c'est de «Madeleine de la Croix» qu'il voulait parler. Un sérieux examen de tous les écrits qu'elle a laissés : « Journal », lettres et des attestations de ses enfants spirituels justifient cette prétention. Ce fut le Père Schorra qui lui assura un jour que Dieu la destinait à l'état du mariage. Elle épousa donc, le 7 mai 1895, Monsieur Thaller, conseiller de justice à Regensbourg, à qui elle donna toute son affection, mais qui, soumis à une influence étrangère, ne tarda pas à changer et à manifester un caractère bien difficile à définir exactement. C'était, au pire sens du terme, un vrai tyran. Il trouvait un plaisir diabolique à martyriser jour et nuit son épouse physiquement, moralement et spirituellement. Sa brutalité et son inconstance d'humeur ne connurent, durant des années, aucune limite, même quand il vit Mechtilde gisant devant lui mourante, après avoir reçu une fois de plus l'extrême-onction. Pourtant, malgré tout cela, nous trouvons en 1907, dans son « Journal », cet aveu fait à son archange: «C'est mon mari que j'aime le plus au monde.» En 1884, à l'âge de 16 ans, Mechtilde avait déménagé à Regensbourg avec ses parents.


Elle y passa également sa première année de mariage. «Une fois, écrira-t-elle plus tard c'était la première année de mon mariage j'étais plongée dans un abîme de tristesse. Je m'agenouillai devant le crucifix et dis en pleurant: O mon très doux Amour, celui à qui j'ai donné mon coeur, pour obéir à votre Volonté m’a frappée au visage et je suis dans un trouble mortel. Je supporte cette épreuve en silence, en l'honneur des soufflets qu'on vous a donnés. Mais, mon Maître bien-aimé, que me donnez-vous en échange ? Alors le crucifix s'anima et une voix touchante, émouvante, me dit avec un amour infini: Ma fille bien-aimée ! Ma petite chambre se changea alors pour moi en sanctuaire et je ne trouvai pas d'autre réponse que ces mots: O mon Amour crucifié! A partir de ce moment, je fus capable de supporter avec patience et de pardonner sans réserve toutes les offenses et les avanies que j'eus à endurer au cours des années.» Mais quand elle lui raconta ce qui s'était passé, le Père Schorra, son confesseur, lui fit cette remarque : «Que ta foi est petite, mon enfant, et faible ta charité, pour que le Seigneur soit forcé d'user de tels moyens!» En 1898, son mari fut appelé à un poste important dans l'administration au Wurtemberg: celui de directeur des Domaines royaux. Il dut par conséquent déménager pour se fixer à Obermarchthal. C'était au mois d'août. Les rapports de direction spirituelle étaient fort difficiles dans ce «coin abandonné de Dieu», selon l'expression de Mechtilde. Elle se plaint de ce que, lors de ses confessions, son nouveau confesseur s'occupe de tout sauf de son âme. Le seul fait que le Père Schorra, qui ne laissait pourtant passer aucune occasion de former Mechtilde Thaller à sa vocation de victime par l'exercice continuel de la mortification, lui ait ordonné de se chercher un autre confesseur, est extrêmement significatif. Le 1er janvier 1899, elle écrivait au Père Schorra : «C'est au Nom de Jésus que je commence cette année qui m'apportera, selon vos prédictions, de si grandes et si nombreuses souffrances.» Cela commença par l'infidélité de son mari qui préféra à son épouse si parfaitement éduquée, une femme qui semblait manquer de toutes les qualités. De plus, il exploitait outre mesure les forces physiques de Mechtilde. C'était à tel point qu'il ne lui restait parfois que deux ou trois heures à accorder au sommeil.
Il s'ensuivit un effondrement physique total. Elle lutta avec la mort. Le médecin n’arriva à l’y soustraire qu’en recourant aux moyens extrêmes. Le curé de l'endroit ne s'inquiéta nullement de sa paroissienne: durant des mois, elle demeura privée de la communion et sans aucune occasion de se confesser. Mechtilde Thaller avait surmonté cette crise, mais elle ne retrouva plus jamais la santé. On se rendait parfaitement compte que le mariage allait être pour elle le chemin du Calvaire. Peu après sa guérison, une lettre du Père Schorra lui annonça qu'en compensation de ses souffrances lui serait donné «un bon confesseur », mais qu'au début elle ne reconnaîtrait pas le «don de Dieu ». Il lui laissa comprendre à plusieurs reprises que ce confesseur lui avait été montré en esprit. Il put lui en décrire les qualités particulières. L’événement annoncé ce produisit. Le curé Jean Fischer parut. L'archange le désigna à Mechtilde comme le «don de Dieu» (Deus dedit, Dieu l'a donné).

Plus tard, ce prêtre s'adjoignit monseigneur Rieg, un confrère, comme conseiller, pour être en mesure de conduire d'une main plus stricte cette grande : âme-victime et progresser lui-même dans la voie du salut. Mgr Rieg, de Mindelstetten, conseiller ecclésiastique, remplissait à l'époque ces fonctions dans un couvent de religieuses des environs, situé à Untermarthal. C'est là qu'il fut inhumé. Son pseudonyme était « Servus Dei ». Il fut plus tard le directeur spirituel de la stigmatisée Anna Schïffer. Force nous est de passer sous silence des centaines de pages du « Journal » toutes pleines de détails concernant les croix et les souffrances de Mechtilde, tout comme les grâces extraordinaires et les consolations célestes qu'elle recevait. Une croix particulièrement pénible pour elle, fut de n'avoir pas d'enfants. Mais Dieu lui donna, en compensation, une grande, très grande famille de fils spirituels: hommes, femmes, prêtres, laïcs, religieux et religieuses qu'elle conduisit d'une manière excellente, par ses lettres, dans la voie de la sainteté. D'autres moyens extraordinaires que Dieu mettait à sa disposition le don de bilocation entre autres l'aidaient dans sa mission spirituelle. Tandis qu'elle prenait son repos, l'ange gardien venait la chercher, et elle se mettait en route. C'est ainsi que, durant la guerre, au cours de longues «veilles de nuit», elle soigna dans les lazarets sur le front de l'ouest, des blessés qui, une fois rentrés dans leurs foyers, reconnurent en elle leur ancienne infirmière. Un de ses fils spirituels était en très grand danger de tomber dans une faute grave. Madeleine vient à lui, lui fait des remontrances. Il la repousse et pèche. Mais je ne veux pas, dans cette esquisse biographique, citer davantage de ces faits surnaturels si nombreux. «Madeleine de la Croix» avait reçu de son archange l'ordre strict de cacher, tant qu'elle vivrait, tous les phénomènes extraordinaires dont elle était l'objet, y compris ses stigmates, car «quand Dieu tient un secret voilé, il doit le rester». On ne saurait croire jusqu’à quel degré s’éleva, au cours des années, sa capacité de souffrir, ni combien de souffrances elle endura, par exemple, en lieu et place d'âmes du purgatoire. Elle n'en continuait pas moins à déclarer n'avoir pas encore l'ombre d'un mérite devant Dieu et demeurer l'orgueil personnifié. Jamais, écrit-elle, Dieu ne l'a exaucée quand elle Lui demandait d'alléger ses souffrances, mais ses prières pour d'autres ont toujours été exaucées. En parcourant les pages de son « Journal », en voyant de quelle manière inouïe son mari inventait sans cesse de nouveaux tourments pour sa femme, qui ne cessait de prier pour le convertir, je me sentirais porté à écrire sa vie à lui, pour le clouer au pilori, au lieu de parler de son innocente victime. Mais une fois morte, elle lui a obtenu la grâce de mourir repenti. La femme qui avait empoisonné leur vie conjugale s'est convertie elle aussi. Ce fut là l'oeuvre d'Ancilla Domini. Le Père Schorra était mort le 24 mars 1906. Les relations d'Ancilla Domini avec lui n'en continuèrent pas moins. Le 27 février 1907, elle demande à son «cher père spirituel défunt», le Père Schorra, quand elle pourra mourir. Dès que tu seras devenue encore plus petite, encore plus enfant, répondit ». Les années passèrent. Le 18 septembre 1919, elle écrivait à sa fille spirituelle soeur Hedwige Schabel, à l'Institut des Dames anglaises à Augsbourg: « Je dois t'avouer que je suis tellement fatiguée... , Le 7 novembre: «Je suis malade à mourir...

Le 15 novembre: « Aujourd'hui après midi je me suis endormie pour quelques instants. J'ai rêvé du Père Schorra. Il était devant moi. Il me dit d'un ton très affectueux : « Bientôt, ma chère fille, bientôt! » - Comment dois-je le comprendre ? répliquai-je. Il mit alors le doigt sur sa bouche, répéta: Bientôt, ma chère fille et disparut. » Le 21 novembre « Madeleine » reçut une fois encore les derniers sacrements. Quand le curé Jean Fischer lui demanda au cas où la mort viendrait de l'accepter avec résignation, de la main de Dieu, elle se contenta de sourire: elle s'était depuis si longtemps réjouie pour ce moment. Dans sa chambre de malade était suspendu le crucifix qui lui avait si souvent parlé. Après avoir reçu les derniers sacrements, elle déclara que son âme débordait de consolations. Vint le dimanche 30 novembre, Madeleine envoya la soeur infirmière à la messe matinale, puis au sermon et à la grand'messe, durant laquelle elle mourut. Son mari était présent. Elle put encore dire : « Je dois mourir." Puis elle poussa quelques soupirs et trépassa; l'apôtre S. André, pour qui elle avait un culte tout particulier n'est-ce pas l'apôtre qui fut attaché à la croix ? était venu la chercher. Le visage de la défunte prit une expression de bonheur et de paix. Sa dépouille mortelle était empreinte d'une grandeur majestueuse; elle était là, grave et douce, comme plongée dans la méditation, avec l'expression qu'elle avait toujours quand elle s'agenouillait à la Table sainte. Quelques jours après, son corps fut transporté à Munich et enterré au Waldfriedhof. Sa pierre tombale porte l'épitaphe suivante :

Ici repose en Dieu Ma chère épouse Mechtilde Thaller, née von Schonwerth Epouse de conseiller de justice Née le 30 mars 1868, décédée le 30 novembre 1919. C'est de son Journal , qui s'étend sur plusieurs années, de ses confidences a une âme amie, de ses nombreuses lettres dont, pour la plupart, j'ai eu en mains les manuscrits, que j'ai tiré les perles serties dans cet ouvrage. Jeune épouse, Ancilla était entrée en relations avec ma chère mère. Il y a de cela bien des années. C'est ma mère qui, lors de leur première rencontre à Regensbourg, lui avait prédit sa «stigmatisation». Aujourd'hui, du haut du ciel, « Ancilla » continue à faire du bien parmi nous; un jour viendra où il faudra, peu à peu, la faire connaître. Elle est, de fait, l'auteur de cet ouvrage: le contenu en est emprunté entièrement aux épisodes de sa vie. Mon travail s'est borné à les choisir et à les grouper. Ganting, le 7 novembre 1935 Friedrich Rit ter von Lama

POURQUOI HONORONS-NOUS SI PEU LES ANGES ?

Nous honorons si peu les anges! La raison principale en est très simple: c'est que nous ne les connaissons pas, ou du moins que nous les connaissons beaucoup trop peu. Pour honorer et pour aimer quelqu'un, il faut d'abord le connaître. Si nous connaissions la sublime grandeur des anges, leur perfection, l'intimité de leurs rapports avec Dieu, leurs privilèges et leur puissance, nous nous mettrions tout naturellement à les honorer. Et si nous savions, de plus, combien ils nous aiment en Dieu, de quelle vive affection ils entourent notre âme, parce que, ayant été témoins du plus grand acte d'amour qui fut jamais : cette mort que subit librement pour nous Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, ils savent de quel prix infini Dieu Lui-même a payé chaque âme. Cela devrait nous enflammer, nous aussi, d'amour pour eux. Nous serions alors, en toute humilité, heureux de pouvoir les saluer comme nos amis, nos frères en Dieu. Mais... nous ne les connaissons pas ! Nous ne connaissons même pas notre ange gardien. Il est pourtant notre fidèle guide, notre ami durant notre vie entière. Nous le connaîtrions peut-être, si nous voulions nous en donner tant soit peu la peine. Il mérite tellement !

LA BÉATITUDE DES ANGES
Les anges, nous le savons, sont des esprits bienheureux. Leur béatitude consiste à voir et à connaître l'amour éternel de Dieu. Toute la multitude des anges jouit d'un bonheur céleste absolument égal, puisque le bonheur de chaque ange est parfait. Cependant, la connaissance de Dieu n'est pas égale à tous les degrés de la hiérarchie angélique. Ces degrés consistent précisément en ce que chaque catégorie d'anges possède une plus grande connaissance de Dieu que celle qui lui est immédiatement inférieure. Parmi tous les anges, ce sont S. Michel et S. Gabriel qui ont la plus grande connaissance de Dieu. Les Séraphins sont si complètement plongés dans cette connaissance, qu'ils sont tout enflammés, tout brûlants du plus ardent amour. La béatitude des anges ne saurait atteindre un degré plus élevé, car elle est parfaite; mais leur joie peut augmenter. (Il s'agit ici d'une joie accidentelle [note du traducteur.) Chaque fois, par exemple, qu'un ange gardien emmène une âme du purgatoire au ciel, sa joie augmente, en ce sens qu'il se réjouit intensément, qu'une âme de plus loue et exalte Dieu sans cesse et soit digne de l'amour de Dieu. Les anges éprouvent une joie indicible d'avoir la certitude que les fruits de la Rédemption et le Sang précieux du Christ ne peuvent plus être perdus pour leurs protégés.
LES ANGES GARDIENS
Les anges gardiens veillent sans cesse sur les hommes qui leur sont confiés. Leur nombre est si grand, que jamais aucun ange, après avoir accompagné son protègé, n’est encore revenu sur la terre pour y être mis au service d'un homme d'une génération suivante. L'ange gardien qui a assisté une personne sur la terre, demeure auprès d'elle dans le ciel. Quand leurs protégés entrent au ciel, la joie de leurs anges gardiens augmente infiniment. Les anges gardiens des malheureux qui ne verront jamais la splendeur divine, ne sont pas pour autant prétérités. Dieu leur donne le même degré de bonheur qu'aux autres anges; ils sont affectés spécialement au service de la Reine des Anges et louent avec une joie indescriptible la justice divine. Il est, chez les anges gardiens, différents degrés. Les uns sont plus ardents, d'autres plus calmes, je serais tentée de dire plus « réservés " : ce sont les anges destinés à accompagner ceux qui souffrent. Leur vêtement est de couleur rougeâtre; ils portent autour de la tête un mince cercle semblable à un diadème. D'autres anges gardiens sont vêtus de blanc, ont un air joyeux, portent une magnifique ceinture. Une couronne précieuse orne leur tête: ils servent leurs protégés plutôt qu'ils ne les accompagnent: ce sont les anges gardiens des âmes sans tache.

Les enfants ont des anges gardiens si aimables, qu'on ne saurait le dire. Ils portent un vêtement bleu clair, ont une ceinture de perles. Leur tête est ceinte d'une couronne de roses parfumées, qui ne se flétrissent jamais. Leurs mains sont jointes pour prier et leurs yeux regardent vers le ciel. Les pauvres pécheurs ont, eux aussi, des anges gardiens dont l'aspect est d'une majesté qui défie toute description. Leur vêtement est rouge sombre; ils portent une couronne. Ils tiennent leurs mains croisées sur la poitrine et leurs yeux regardent vers le ciel avec une expression implorante et pleine de tristesse. Ah! Combien un péché mortel doit offenser Dieu, pour que ses anges en éprouvent une telle tristesse ! Les âmes pieuses qui doivent vivre dans un milieu non chrétien ont, elles aussi, leur propre catégorie d'anges gardiens, de même que ceux que Dieu appelle à quelque mission spéciale. Il n'y a rien de plus aimable qu'un ange gardien et rien de plus empressé à nous combler de grâces que la bonté de Dieu. Il aime à tel point nos âmes, qu'il leur donne un ange pour les protéger, les avertir et même les servir. O toi, mon ami si fidèle, mon très cher frère, mon saint ange gardien, je te salue mille fois au Nom de Jésus; je remercie Dieu de t'avoir créé si beau, si bon, si puissant

DEMANDE QUE TES SOUFFRANCES AUGMENTENT

Aujourd'hui après midi, j'étais très troublée encore. De quelque côté que je portasse mes regards, je ne voyais que souffrances, froideur et calomnie. Craignant de perdre courage, j'appelai mon archange à mon secours. Il fut aussitôt devant moi et me dit : «Comment pourras-tu mourir à ce qui est terrestre, si tu demandes toujours des consolations humaines? Il est temps pour toi de te faire à l'idée que tu veux renoncer à toute consolation terrestre. Si tu y es bien décidée, il faut, même si ta nature se rebiffe, prier Dieu de t'enlever toute consolation terrestre. Habitue-toi à cette pensée, je te le répète, car le temps d'épreuves plus pénibles est proche! » Puis il disparut, me laissant plongée dans un sentiment effrayant d'oppression. Aujourd'hui, je me plaignais à mon archange de mes douleurs corporelles de plus en plus grandes. Il m'a dit:

.. Remercies-en Dieu, au lieu de te plaindre. Tes souffrances vont augmenter encore, car la semaine de souffrances approche. Supporte-les toutes en union avec celles de Jésus et Sa mort et demande Lui d'augmenter tes douleurs! Cette prière sera exaucée à l'instant même. Que tu es heureuse et digne d'envie d'avoir tant à supporter et de le pouvoir!» Toujours cette allusion à une augmentation de mes douleurs, quand je soupire tant après un peu de repos et de détente ! Ce matin, j'ai reçu deux fois la bénédiction du T. S. Sacrement. La Domination de « Deus dedit » marchait à côté de lui, l'air plein de joie et de respect. J'envoyai mon archange se joindre à eux. Alors, la Domination de « Deus dedit » prit les devants avec son archange près d'elle. Cela m'a fait grand plaisir.

SEIGNEUR, LAISSEZ-MOI VIVRE ET SOUFFRIR LONGTEMPS ENCORE

Aujourd'hui après le repas, je me suis assise dans ma chambre. Je voulais réciter, comme de coutume, neuf Pater en l'honneur des neuf choeurs des anges. Au deuxième Pater en l'honneur des Archanges, alors que je pensais à mon archange, il fut soudain devant moi, le visage empreint d'une sévérité que je ne lui avais jamais vue: «Tu t'es assise pour prier, me dit-il et auparavant, tu pensais encore: «Que je suis donc fatiguée ! je me réjouis pour le mois de mai; alors, je pourrai me reposer, je serai dans l'éternité.» Comment donc est-il possible que toi, favorisée de tant de souffrances par le Maître, tu renonces avec tant de légèreté à la vie ? Nous les anges, nous ne pouvons jamais souffrir pour Dieu, ni pour obéir à Sa Volonté. Mais si nous étions capables d'envie, il est une seule chose que nous vous envierions: c'est de pouvoir souffrir, alors que nous ne le pouvons pas. Va immédiatement à l'église demander pardon au Maître présent dans le saint Sacrement, d'avoir mésestimé cette précieuse vie de souffrances dont Dieu te juge digne. Ton directeur ne t'approuve pas, lui non plus, d'être prête à mourir. Quand tu te confesseras de tes péchés, samedi, n'oublie pas de t'accuser d'avoir mésestimé les grâces de Dieu. » Je rassemblai mes forces, j'allai à l'église et demandai pardon à Dieu de tout mon coeur avec des larmes. Je priai aussi instamment mon archange de ne pas rester plus longtemps fâché contre moi.

DIMANCHE DE QUASIMODO (7 avri11907)

...Ce qui se passe à l'autel occupe toute mon attention. A la consécration, « Deus dedit » a élevé le Sacré-Coeur de Jésus; Sa Plaie était largement ouverte; quelques grosses gouttes de sang coulaient des mains de «Deus dedit». Je vis ces mains et non, comme de coutume, les doigts consacrés seulement, dans une brillante lumière. Saint Gabriel était, lui aussi de nouveau à l'autel; il s'agenouilla très humblement du côté de l'Evangile. Je le saluai plusieurs fois et lui recommandai tous les premiers communiants, tous les catéchistes et spécialement « Deus dedit », « Servus Dei» et « Adauctus ». Il regarda très amicalement vers moi, ce « Messager de joie » et je lui demandai d'apporter du ciel, durant ces prochains jours, beaucoup de consolation et de joie spirituelles à mes amis spirituels. Immédiatement après la consécration, je vis aussi la T. S. Vierge présenter « Deus dedit» à Son Fils. Elle apparut avec une magnificence royale, comme d'heureuse Reine du Ciel ». J'étais si profondément émue, que je sentais venir mes larmes. Mon archange mit alors de nouveau ses mains sur mes yeux; mes larmes séchèrent. Peu avant la communion, quand « Deus dedit » éleva l'hostie à la hauteur de ses yeux, je le vis plonger ses mains dans la Plaie du Coeur divin. Je demandai à mon ange gardien: « Pourquoi cela ? »

Il m'expliqua : « Il puise, dans le Coeur de Jésus, les trésors de l'Amour divin et les donne à ses amis.« Cela m'a fait grand plaisir. Je me suis réjouie pour « Deus dedit» de ce que, ces jours prochains, il sera, comme S. Gabriel, un porteur de joie. Quand il eut reçu le Corps du Seigneur, je le vis encore faisant un avec le divin Coeur de Jésus. Quand « Deus dedit » se tourna pour donner l'absolution, Saint Gabriel vint vers moi et me dit: « Excite en toi un vif repentir de tes fautes et négligences.» J'en conçus aussitôt un ardent repentir. Au moment où ma voisine quitta sa place pour se rendre à la Table sainte, un très bel ange, que je n'avais jamais vu encore, s'approcha de moi. Il me tendit une hostie consacrée en prononçant ces paroles: « Que le Corps du Seigneur conduise ton âme à la vie éternelle. » Je ressentis une peur si vive, ou plutôt je fus saisie d'une telle joie, que je pensai en mourir ...

Dix heures du soir. Tard ce soir, j'étais de nouveau seule. Je priai la T. S. Vierge, par son immaculée Conception, d'obtenir la grâce de la sainteté et de la persévérance pour « Deus dedit » et son ami « Servus Dei ». Et je priai mon cher ange gardien de demander à l'archange qui est à mes côtés de porter cette prière devant le trône de Dieu. J'aperçus alors devant moi les deux anges. L'archange avait en mains une coupe d'or, avec des parfums dont la fumée odorante montait vers le ciel. L'archange me dit: « Vois, combien je suis empressé à combler tes désirs et à te servir . Aussitôt le calme se fit dans mon âme angoissée et j'ose maintenant espérer que le Seigneur donnera beaucoup de force à mon coeur, pour que je sois à même d'accepter le bouquet de myrrhe que mon Amour crucifié m'a présenté. Et maintenant, Seigneur, je vais prendre mon repos, pour obéir au commandement que Vous avez donné pour que l'humanité qui travaille se remette, par le sommeil, des fatigues de la journée. Je Vous en prie, mon Dieu, donnez-moi le sommeil, pour pouvoir exécuter les ordres de mon directeur, qui le veut ainsi. Quant à vous, mon fidèle frère, mon saint ange gardien et à vous, esprit bienheureux que la miséricorde de la Vierge immaculée m'a donnés, montez la garde et chassez les anges des ténèbres, pour que je me repose et dorme en paix. Ainsi soit-il.

OFFRE TES SOUFFRANCES À L'ENFANT


...Marie fut pleine de bonté à l'égard des trois saints Rois mages, dont le coeur exultait en Dieu leur Sauveur. Les trois Rois furent les premiers humains qui lui offrirent leurs hommages comme à leur Reine. Je contemplais cette scène, quand je fus saisie d'une grande douleur de mes affreux et nombreux péchés. J'aurais bien volontiers offert quelque chose, comme les trois Rois, mais je n'avais absolument rien. Je vis alors mes deux anges. Le compagnon de Gabriel tenait en mains une grande coupe d'or, sur laquelle mon ange gardien déposa un petit rameau de myrrhe, sans aucune apparence. L'ange me dit: « Offre à l'Enfant tes souffrances. Je pris la coupe et priai l'Enfant de daigner y placer les mérites de Ses souffrances, pour que j'aie du moins quelque chose à Lui offrir, moi aussi, ce que j'avais moi-même étant si insignifiant. L'Enfant sourit; Il bénit le rameau de myrrhe qui grandit alors à l'infini. Ses ramilles vertes se couvrirent de roses de couleur rouge sombre. Leur parfum céleste me réconforta à tel point, que j'en oubliai absolument mes souffrances. J'offris alors à l'Enfant divin la chasteté des prêtres et des vierges et pensai à mon directeur «Deus dedit». Je le vis en chasuble blanche, s'agenouiller devant la Crèche. Il tenait en mains un calice en or tout recouvert de myrrhe. Son ange, muni d'un encensoir d'or, encensait le Seigneur. L'Enfant divin tendit vers lui Ses bras et l'attira vers Son Coeur. «Deus dedit» fermait les yeux, mais son âme était joyeuse et contente. Je vis qu'il était parvenu à un degré élevé de grâce et d'amour divin. J'en remerciai Dieu de tout mon coeur et j'ose espérer qu'il me conduira à aimer Dieu moi aussi


GARDER LE SECRET DU ROI...

...Quand Dieu cache un secret, il doit demeurer caché. Ton confesseur ne doit jamais parler de la marque de miséricorde que le Seigneur t'a donnée (par Ses stigmates). Pas même avec son directeur de conscience : ce serait une faute contre la discrétion sacerdotale: qu'il ne l'oublie jamais. Dieu le veut ainsi. Tu as, en ce moment, beaucoup à souffrir de moqueries et de mépris. C'est là l'oeuvre de Dieu, pour détourner de toi l'attention du démon. Sois prudente, je t'en avertis au nom de Jésus! Ce que tu écris, également, n'est que pour « Deus dedit" : rien ne doit jamais sortir de ses mains... car quand tu écris, ton intention est toujours que ce que tu écris ne soit remis qu'à ton confesseur. Cela doit rester ainsi... » J'ai passé aujourd'hui une nuit de douleurs; mais ce n'est pas en vain que j'ai souffert. Deo gratias ! Ce matin, vers quatre heures, je me suis endormie. A cinq heures moins un quart, je me suis éveillée. Je me préparais à recevoir les sacrements. Mon ange me dit de ne pas aller communier. J'offris mon ardent désir à mon Amour crucifié et je fus consolée. A six heures et quart, j'allai à l'église... Quand arriva mon tour de confession, mon ange me dit soudain: « Ôte tes gants avant l'absolution et tends tes mains à ton confesseur! " (Peut-être était-ce pour lui montrer ses stigmates, qu'il était seul à voir, à l'exception d'Ancilla elle-même. On ne voit pas pour quel autre motif l'ange lui aurait ordonné d'ôter ses gants. [Note du traducteur.]) Je fus effrayée. Je pensai en moi-même: « II fait sombre, on ne peut rien voir, par conséquent. "Mais mon ange me dit d'un ton sévère: « Obéis! » Je fis ce qu'il m'avait ordonné. Je demandai à mon archange quelle grâce je devais implorer pour « Deus dedit ", car il avait l'intention générale de devenir la santé des malades. Mon archange me dit que d'abord, une telle faveur attirerait tout à fait trop l'attention sur lui, ce que « Deus dedit" voulait aussi peu que moi; ensuite, que la guérison des maladies était un charisme accordé pour le bien du prochain, sans être d'une grande utilité pour l'âme de celui qui en était gratifié... J'interrogeai mon archange, concernant l'avenir de « Deus dedit ». Il me répondit: « Ton directeur outrepasse la juridiction qu'il a sur toi. Tu n'es pas un medium spirituel. L'avenir est dans les mains de Dieu. Qu'il était désigné pour O., il doit l'avoir compris depuis longtemps. S'il est destiné à prendre un jour la première place ici, le Saint-Esprit le conduira aussi sûrement qu'il l'a fait il y a sept ans. "

...Cette nuit, je dormis « sur ordre supérieur ». Au bout de trois heures, mon ange me réveilla. Il me sembla que c'était la « Domination » de « Deus dedit ». Je devais prier pour un mourant. J'obéis et priai jusqu'après quatre heures. L'âme en question est au fond du purgatoire. Son dernier instant a été bon... Faute de quoi... !


C'EST A LUI ET NON A MOI QUE TU ES SOUMISE!

A cinq heures moins un quart, mon archange vint. Il me dit: « S'il le veut, ton guide spirituel peut te libérer de toutes tes souffrances, pour des motifs surnaturels. S'il veut que tu t'exprimes dans ton « Journal » au sujet de tes souffrances, obéis. Car tu as le devoir de lui obéir dans une mesure incomparablement plus grande qu'à moi. » Comme je lui exposais le désir de « Deus dedit », il me dit très gravement: « C'est là l'affaire du bon Dieu! Je ne suis que l'envoyé de Dieu; je peux te dire seulement ce que Dieu veut que je te communique. » Et il voulait disparaître. Mais je lui dis: « Au nom de Jésus, je veux que tu restes. Il faut que je parle encore avec toi, sinon tu seras responsable de mon obéissance imparfaite. » Je voulus alors lui transmettre les salutations de «Deus dedit » et toutes ses autres commissions. Mais il me dit en souriant : « J'étais derrière toi, et lorsqu'il t'a bénie, j'ai pris ma part aussi de cette bénédiction et mon coeur s'est réjoui en Jésus. Quand il t'a chargée de me saluer, j'ai fléchi le genou, en le saluant mille fois par la divine douceur du Coeur de Jésus. Fais ce qu'il te dit; c'est à lui et non à moi que tu es soumise... La mission d'un guide spirituel est si élevée, que nous ne pouvons, nous, anges, qu’en être étonnés; par ton obéissance, tu honoreras Dieu et le serviras... »

...Ce matin, j'étais à la messe. Immédiatement avant la consécration et jusqu'à la communion du prêtre, mes plaies étaient redevenues absolument fraîches, si bien que j'ai eu peur et que j'ai caché mes mains sous mon manteau. Plus tard, leur rougeur a diminué; je crois qu'elle avait disparu pour le dernier évangile... J'ai demandé à mon ange si j'avais péché par orgueil, à cause de l'embarras que j'avais éprouvé... Il sourit et me dit: « Je ne suis pas ton confesseur. Demande-le à lui-même et tu t'en tiendras à son avis. » ...Aujourd'hui, au moment où, quittant ma chambre, j'entrais au corridor, je vis devant moi un ange d'une merveilleuse beauté. Il était vêtu d'une dalmatique et avait les bras croisés sur la poitrine. Ses regards étaient fixés au ciel, dans une expression d'indicible supplication. J'étais si absorbée par sa beauté, que je ne pus lui demander ce qu'il voulait. Mais il me semblait le connaître. Pour lui faire plaisir, je dis : « Ave, Maria, gratia plena, Dominus tecum! » Il étendit alors les mains et me regarda avec une bonté toute céleste, puis me dit: « Je suis l'ange que Dieu envoie à ceux qui souffrent; je viens maintenant chez toi, puis chez le Père B., puis chez« Deus dedit » encore. Ne perdez pas courage, mais dès maintenant, remerciez d'avance déjà, pour toutes les souffrances qui viendront. Pax vobiscum! » Il avait disparu !



LES AMES PURES SONT PLUS BELLES QUE LES ANGES

Mon deuxième ange, que j'ai reçu hier matin de bonne heure, fait partie du choeur des Archanges. Il est grave et ceint de vert. Il me fortifiera, selon la volonté de Dieu. Son visage est empreint de gravité ; il restera auprès de moi jusqu'à ma mort... J'ai demandé secours à mon ange dans mes peines de coeur. Je l'ai alors vu devant moi, ainsi que le compagnon de Saint Gabriel, plein de beauté et de douceur. Je leur ai dit: « O que vous êtes beaux! Et vous devez être mille fois plus beaux encore que je ne vous ai vus! Si je pouvais vous voir devant moi dans tout l'éclat de votre magnificence, j'en mourrais certainement. » Le compagnon de Gabriel m'a répondu : « Oui, c'est vrai. Mais bien plus belle encore que nous dans tout l'éclat de notre céleste beauté, est une âme pure. La béatitude des saints est beaucoup plus grande que la nôtre, parce qu'ils ont pu souffrir pour Dieu. Je répliquai: « Comme elles sont belles, les âmes de mon directeur spirituel et de son ami! J'y pense toujours avec admiration. » Les deux anges sourirent et mon ange gardien me dit: « Tu n'as qu'une pâle idée de la magnificence et de la beauté de ces âmes. Si le Seigneur t'en révélait toute la suavité, tu ne saurais si ce n'est pas le Seigneur lui-même que tu as devant les yeux. Ainsi en est-il de toute âme pure. Mais les âmes sacerdotales possèdent encore une magnificence toute particulière. Elles sont d'une si admirable splendeur, qu'elles ne s'en rendront compte qu'au ciel et ce sera là la plus grande part de leur béatitude et de leur éternelle jubilation.


LES ANGES DES AMIS DES PRÊTRES


Bien que « Deus dedit et « Servus Dei » soient très différents l'un de l'autre, leurs caractères se complètent le plus parfaitement du monde. Leurs anges gardiens ont une grande ressemblance: on pourrait les confondre. Les « deuxièmes » anges changent, selon que la personne dont ils s'occupent atteint un plus grand degré de perfection. Un prêtre qui a, pour l'accompagner, une « Domination », possède comme don de pouvoir guider les coeurs de ceux dont l'âme lui est confiée: il « domine », d'une certaine manière. Mais les prêtres séculiers ont rarement une « Domination » à leur disposition.« Deus dedit » n'a plus sa « Puissance », il a maintenant auprès de lui une « Domination ». Cet ange a un tel air de commandement et de magnificence, que j'en ai été absolument bouleversée, quand j'ai reçu hier « Deus dedit » et « Servus Dei » au corridor. Le magnifique vêtement de cet ange est d'une couleur lumineuse de clarté. Le sceptre qu'il porte de la main gauche, brille comme des rayons de soleil. Sa main droite est libre, toujours prête à soutenir «Deus dedit», à le conduire, à le bénir. Je fus profondément impressionnée quand je vis, hier, ces deux prêtres selon le coeur de Dieu assis à notre table et je dus faire de grands efforts pour ne pas me plonger dans une profonde contemplation de l'inexprimable sublimité du vrai et parfait sacerdoce. La « Domination » supérieure de « Deus dedit » était le serviteur et l'ami de S. Philippe Néri. L'archange de « Servus Dei » fut longtemps le compagnon et l'ami visible du bienheureux Pierre Favre, lui-même compagnon de S. Ignace. La « Domination " qui était auparavant l'ami de « Deus dedit " et qui est maintenant le serviteur du Père B. n'est là que pour assurer et préparer le passage à la « Domination " supérieure qu'avait jadis S. Alphonse de Liguori. Hier après midi, « Servus Dei >, étant assis près de moi, je vis à son côté la « Vertu » . Qu'il remercie une fois encore de tout coeur cet ange, car la Vertu ne sera plus bien longtemps près de lui: il viendra un ange d'un degré plus élevé. La Vertu est déjà sur le point de lui dire adieu et prête pour le départ.

PROFESSION RELIGIEUSE...

...Ce matin, « Deus dedit » a prononcé ses voeux, mais ce n'est pas lui-même qui a demandé la grâce qui y est attachée. J'étais en esprit dans l'église de N. « Deus dedit » était accompagné de ses deux anges. La «Domination» qu'il avait auparavant et l'archange de « Servus Dei » étaient derrière lui. A l'offertoire, j'ai vu, sur l'autel, le Christ plein de magnificence et de majesté. Marie était agenouillée du côté de l'Evangile. Saint Gabriel était un peu plus loin,en arrière d'elle. Debout près de Marie, il y avait S. Jean l'évangéliste et S. Jean Berchmans en habit de jésuite. L'ensemble était très beau et solennel. A la consécration, le Seigneur a disparu de l'autel et je L'ai vu alors dans l'hostie qu'élevait« Deus dedit ». La Mère de Dieu était enveloppée dans son manteau bleu bien connu. Sa robe, tout comme le voile qui couvrait ses cheveux sans cacher son front, étaient de couleur blanche. Elle croisait ses mains sur sa poitrine avec une humilité inexprimable. S. Gabriel portait une aube et une étole croisée, brodée d'or. Dans sa main droite, il tenait le lis; il avait la main gauche posée sur la poitrine. Il y avait un très grand nombre d'anges dans l'église. Au cours du siècle passé, une cérémonie de profession religieuse a déjà eu lieu dans cette petite église; il y avait alors un peu moins d'anges. Quand «Deus dedit » , a prononcé ses voeux, après la messe, l'archange Gabriel s'est dirigé vers lui et l'a marqué de la croix. J'ai vu aussi un très bel ange, inconnu de moi, s'approcher de «Deus dedit » et lui lier les mains d'un lien d'or. Le Christ trônait sur l'autel, ceint de sa couronne; Sa droite portait un sceptre brillant. J'ai vu que l'offrande que faisait « Deus dedit » de lui-même à Dieu, Lui était très agréable. J'ai dit alors au Seigneur: « Que lui donnez-vous, en échange de cette offrande » mon amour et ma grâce », m’a dit le Seigneur. Tout ce qui, dans ses actions, était jusqu' ici de l'argent, sera changé en or par son obéissance et le renoncement à sa volonté propre. J'ai pensé alors en moi-même : « Mais, quelle grâce « Deus dedit » souhaite-t-il pour lui-même ? Il a l'air si irrésolu! A ce moment, j'ai vu la Mère de Dieu debout devant « Deus dedit ». Ils parlaient ensemble. Puis, avec un sourire maternel, la T. S. Vierge s'est tournée vers son divin Fils et je l'ai vue plonger sa main, ou plutôt deux doigts de sa main, dans la Plaie ouverte du Christ. Puis elle s'est retournée vers « Deus dedit " et lui a écrit lentement, dans le coeur, le Nom de Jésus. Il a donc reçu la même grâce que S. Ignace, S. Bernard et S. Augustin; que les saintes Mechtilde et Gertrude, Madeleine de Pazzi et d'autres encore. J'ai dit alors à la Mère de Dieu: « Qu'avez-vous donc fait! Bien que cette grâce soit incomparable, elle apportera à celui qui l'a reçue, mainte douleur corporelle. " Marie m'a répondu en souriant: « Aurais-je pu lui donner une grâce plus grande, plus extraordinaire ? Toutes les souffrances spirituelles et corporelles qui le visiteront dès aujourd'hui, il les éprouvera plus profondément que jusqu' ici. Mais crois-tu qu'il refuserait cette grâce, si je lui mettais devant les yeux toutes les faveurs dont ces souffrances seront accompagnées ? Non, certainement! " Cela m'a un peu consolée, pas complètement toutefois. J'ai vu, encore S. Jean Berchmans s'avancer vers « Deus dedit " et lui poser la main sur l'épaule, avec beaucoup d'amour; c'est donc que « Deus dedit» l'a choisi comme patron.

...Puis mon archange m'a parlé encore de la durée de ma promesse « jusqu'au-delà du tombeau . Si je meurs avant « Deus dedit ", je reste liée par ma promesse jusqu'à ce qu'il soit lui-même parti pour l'éternité.

...J'ai eu encore, au souper, une joie et non des moindres: j'ai vu « Deus dedit " rentrer de promenade. J'ai vu aussi ses deux anges. Tout à coup est venue encore s'adjoindre à eux la « Domination . Quelle vision de paix! Que Dieu en soit remercié !

PLUS PRÉCIEUX QU'UN SAC D'ÉCUS D'OR

Aujourd'hui, sur la demande de « Deus dedit ", mes anges m'ont saluée. Ne les voyant pas, je leur ai demandé de me faire sentir un instant leur présence, « car « Deus dedit» m'a chargée d'une commission pour vous », leur ai-je dit. Après ces paroles, dites du fond du coeur, j'ai vu mes deux protecteurs. Ils me sont apparus, pleins de grâce et de majesté. L'archange m'a dit: « Nous étions présents. L'ordre donné par ton directeur spirituel nous a comblés de joie. Nous l'avons salué mille fois respectueusement et affectueusement. Puisque tu t'acquittes maintenant de la mission dont il t'a chargée, nous te prions de lui dire que nous le saluons très respectueusement au doux Nom de Jésus! Le Seigneur est avec lui. Quand tu as prononcé ton voeu, nous étions agenouillés près de toi; nous deux aussi, nous lui sommes soumis et obéirons à sa voix. Pourquoi se trouble-t-il sans cause, de ne pas pouvoir être plus généreux ? Dieu ne regarde pas à la grandeur du don: il ne considère que la bonne volonté. Une seule parole vraiment bonne, dite à une personne dans la peine, vaut plus qu'un sac rempli d'écus d'or.


LES ANGES DANS LA VIE DES SAINTS

Aujourd'hui après midi, alors que j'avais commencé la neuvaine à S. François-Xavier, j'ai vu une scène charmante de la vie de ce saint: S. Ignace envoyant sans cesse son ange à l'ange gardien de François-Xavier, pour le décider à entrer dans sa Compagnie. Je vis Xavier à l'université de Paris, plein d'ardeur pour la science, mais pur aussi et innocent comme un enfant. Son ange gardien portait toujours un lis en main.


...Sainte Françoise Romaine, de ses yeux de chair, voyait son ange. Il la préservait de tout ce qui aurait pu nuire à son âme. Bien que Françoise fût d'aspect assez imposant, ses mouvements étaient fort gracieux. C'était une maîtresse de maison accomplie. Ce n'est qu'après son mariage que sa perfection grandit, pour atteindre toute sa splendeur et sa beauté. Elle était extrêmement charitable et humble. Un matin, Françoise s'éveilla très tôt. Elle leva d'abord les yeux au ciel et offrit son coeur à Dieu. Puis, elle regarda autour d'elle: sa petite fille dormait. Françoise la regardait, pleine d'affection, quand, soudain, sa couche à elle s'illumina d'une clarté céleste: un charmant et aimable petit enfant se penchait vers elle. C'était son dernier fils, Jean-Evangéliste, mort depuis bien longtemps, dont la mort lui avait brisé le coeur. Il était comme de son vivant, mais beaucoup, beaucoup plus beau. Si seulement j'étais capable de décrire quelque peu cette béatitude enfantine! Le petit Jean salua sa mère avec amour et respect. Françoise lui tendit les bras et la voix brisée par l'émotion, lui dit: « Mon enfant! Tu penses donc encore à moi dans la gloire du ciel ? » Le petit lui répondit avec une touchante douceur: « Bien sûr ! Comment pourrais-je t'oublier! Ne vois-tu pas, à côté de moi, un autre enfant encore, beaucoup plus beau que moi ? C'est mon compagnon dans la chair des Archanges. Je fais partie du choeur des anges ; mais lui est beaucoup plus élevé en gloire. Dieu t'envoie cet archange chère maman, pour nous remplacer Agnès et moi, car elle me suivra bientôt au ciel, elle aussi. Cet archange sera à toi, jour et nuit, de sorte que tes yeux de chair pourront le voir; il sera ton consolateur et ne te quittera jamais. » Puis le petit Jean disparut, mais l'archange resta auprès de Françoise. Elle le voyait presque toujours. Quelquefois seulement, quand elle n'avait pas eu assez de repentir de ses imperfections, il disparaissait pour un peu de temps à ses regards, tout en demeurant cependant auprès d'elle. Ce matin, durant la méditation, j'ai vu S. Jean Népomucène. Mon archange me dit que cet illustre martyr était bien trop peu invoqué; qu'il n'était pas seulement le patron des confesseurs, mais aussi de ceux qui sont calomniés. Les prêtres surtout doivent l'invoquer pour tous ceux qui les calomnient. Mon archange me recommanda, à moi également, cette pieuse pratique..? Jean Népomucène était de taille moyenne. Il paraissait absorbé en lui-même. Il regardait aussi fort souvent ses deux anges; ses regards scrutaient également avec attention ses pénitents, pour connaître l’état de leur âme, car il les voyait tous, en compagnie de leurs anges. Il avait le don de lire dans les coeurs. La reine de Bohême était non seulement sa pénitente, mais encore sa fille spirituelle.

Elle est sainte, bien qu'elle ne soit pas canonisée. La douleur qu'elle éprouva de la perte de son confesseur fut affreuse; son coeur en était comme brisé. Mais ses yeux demeurèrent secs jusqu'à ce qu'elle eut touché son corps; ce n'est qu'alors qu'elle put verser de bienfaisantes larmes. Chaque fois que S. Jean Népomucène annonçait la parole de Dieu, sa Domination, était près de lui, lui suggérant les pensées. Son débit était calme, sans fougue; sa parole pourtant était énergique et touchait les coeurs. Il emporta dans sa tombe le lis de la virginité et d'une pureté sans tache. Il jouit de la gloire des martyrs, des prêtres et des âmes vierges. Il y avait aujourd'hui une grande fête dans les cieux pour S. Louis de Gonzague. C'est un saint si aimable ! Je l'aime beaucoup parce qu'il avait une si grande vénération pour les anges et recommandait partout leur culte. Quand il mourut, sa chambre était bondée d'anges. Marie était près de son lit et Jésus au-dessus, de sorte que Louis pouvait voir la Face divine. Quand le Seigneur appela Louis par son nom, il remit son âme entre les mains de Jésus. Elle était comme une colombe brillante de clarté.

LES ANGES ET LES ÂMES DU PURGATOIRE

Vers le soir, mon ange me fit traverser une région du purgatoire. C'est épouvantable! Que sont, en comparaison, toutes les souffrances de la terre! Qu'est-ce que le feu le plus effrayant, à côté de cette dévorante incandescence sans flammes! Arrivée à l'extrémité de ce lieu, j'y vis parente que je croyais au ciel depuis longtemps (elle est née la même année que moi). Elle est de ceux qui ont le plus longtemps à souffrir. De toutes les messes que l'on fait célébrer pour ces morts, ils ne reçoivent pas plus qu'une goutte d'eau. En vertu de la justice divine, les fruits des prières que l'on fait pour eux ne leur sont pas appliqués. Ils ne voudraient pourtant pas recevoir d'adoucissement, car ils savent que la justice divine se doit de leur imposer les tourments les plus terribles. C'est la partie du purgatoire où les anges même ne peuvent pénétrer qu'aux saints temps de l'année liturgique, pour consoler leurs anciens protégés; un lieu plein de gémissements inexprimables, plein de larmes brillantes; un lieu que je devrais appeler un enfer, s'il n'y avait pas là l'espérance; c'est-à-dire la certitude de n'avoir en aucun cas à y souffrir plus longtemps que jusqu'au Jugement dernier. O pauvres âmes! Je voulais tendre les mains à une de ces âmes pour l'attirer à moi et la consoler. Mais mon ange me retint. «Ne la touche pas! me dit-il: tu serais consumée et tomberais en cendres; ton corps, de quelque manière qu'il fût fortifié, serait incapable de supporter ce feu. » Ce lieu était, de plus, enveloppé d'épaisses ténèbres ; je n'aurais rien vu, si la gloire de mon ange ne m'avait pas éclairée. Malgré tout, il faut estimer heureuses les âmes plongées dans ces effroyables ténèbres, car la plupart de ceux qui se rendent coupables du péché qu'elles ont commis, sont damnés : leur péché est aussi grand que celui de Lucifer. (C'est là une manière de parler, comme quand on dit: une douleur infinie, souffrir comme un damné, etc. L'homme, dont l'intelligence est bien loin d'atteindre celle de l'ange, se saurait, en se révoltant contre Dieu, égaler la malice [ donc le péché] des anges rebelles [Note du traducteur ]). ...Au dernier instant, alors qu'il vit encore, l'homme est jugé. A ce dernier instant, le mourant peut encore, par une grâce spéciale, faire un acte parfait d'amour de Dieu, par suite de quoi il ne fait que traverser, pour ainsi dire au vol, le purgatoire. J'ai vu une fois, en purgatoire, une âme que je pensais devoir y souffrir très longtemps, car durant sa vie terrestre, elle offensait fréquemment et très gravement Dieu par ses blasphèmes, ses imprécations, ses colères. Je demandai à mon ange la durée de sa punition: « A cette heure-ci encore, me répondit-il en souriant, cette âme parviendra au repos éternel. » J'en fus fort surprise: car cette âme avait franchi la veille seulement le seuil de l'éternité. Mon ange m'expliqua qu'au dernier instant, quand il allait être jugé, cet homme avait pu exciter en lui un très grand amour de Dieu et un très grand repentir; que lui, qui aimait tellement la vie et en avait tant joui, il s'était réjoui de mourir parce que, dans l'éternité, il ne pourrait plus offenser son Sauveur. A ma question s'il aurait un moindre degré de béatitude, l'ange fit cette réponse: " Non; son trône sera dans le choeur des Séraphins. » Jamais il n'avait refusé l'aumône à un pauvre. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront eux-mêmes miséricorde ! ...La veille de la fête du saint Nom de Jésus, d'innombrables âmes entreront au ciel. Le frère de « Deus dedit» est du nombre. Son ange gardien me l'a dit : déjà la palme que lui donnera son ange, en le présentant devant le trône de Dieu, est prête.

...Soudain, il me vint à l'idée d'offrir à la justice divine, pour les âmes du purgatoire, ...toutes mes sueurs d'angoisse. Je donnai immédiatement suite à cette inspiration et priai les neuf Choeurs des anges de m'assister dans ma prière. Elle devint si ardente et si pressante, que jamais encore je n'avais prié ainsi : je n'avais plus l'impression d'être agenouillée sur le plancher et ne ressentais plus aucune douleur corporelle. Je voulais cesser de prier, mais mon ange me dit: « Continue! Prie jusqu'à ce que l'âme du purgatoire à qui Dieu appliquera ta prière, soit délivrée. » Emue jusqu'au plus profond de mon âme, je ne trouvai d’autre prière que de répéter sans cesse: « Mon Jésus, miséricorde! Vous devez être miséricordieux, car vous êtes mort pour nous, pauvres créatures! » Je répétais avec toujours plus d'insistance cette invocation, en l'accompagnant d'un torrent de larmes, car la plainte de ces pauvres âmes frappait mon oreille. Je sentis alors un grand calme descendre en moi et de fatigue je fermai un bref instant les yeux, une minute peut-être... Mais mon ange me dit : « Ouvre les yeux et loue la miséricorde divine! » Et je vis devant moi un beau garçon, d'une grâce toute céleste, qui me dit: « Ta compassion, ta prière et tes larmes viennent de m'ouvrir les portes du ciel. Je vais me présenter maintenant devant le trône de Dieu. Mais je voulais auparavant, te remercier et te dire que je te revaudrai mille fois ta prière. Il y avait vingt-et-un ans que j'étais en purgatoire, oublié de ma parenté et de mes amis... Quand tu mourras, je viendrai t'assister. »

RELATIONS AVEC LES AMES DU PURGATOIRE

Ce soir, mon ange gardien m'a demandé si je ne voulais pas entrer en étroite relation avec les âmes du purgatoire. J'ai répondu que je devais d'abord en demander la permission à mon directeur spirituel. « Oui, fais-le au plus vite, me dit l'ange, car tôt le matin de la Chandeleur, je viendrai chercher la réponse. Ton directeur a donc neuf jours pour réfléchir. Mais penses-y bien: il s'agit pour cela de renoncer à toutes joies sauf dans la prière; il faut t'attendre à de continuelles et douloureuses souffrances : tu ne devras pas t'en plaindre, mais les supporter de plein gré et avec résignation, comme les âmes dans le lieu de purification. Ta croix sera encore cent fois plus lourde ! Pense à tout cela et choisis! Le confesseur fut d'accord... et la réponse d'Ancilla fut « OUI »... " Ce soir à cinq heures, assise à ma place, dans l'embrasure de la fenêtre, devant l'image du Sacré-Coeur , je priais pour les âmes, quand je vis soudain, près de moi, mon ange. Il me dit d'un ton pressant: « Prends garde et n'aie pas peur! » On frappa alors timidement à la porte. Anxieuse, je dis: « Entrez! » Le procureur défunt K. entra. Il était minable et très fatigué. D'une voix éteinte, il me dit: « Enfin je puis venir chez vous! l'en suis extrêmement heureux. Tout le monde m'oublie, vous seule exceptée. Pour l'amour de Dieu, dites donc au curé F. de ne pas m'oublier complètement. j'attends chaque jour ses prières - je priais tant pour lui! - et il commence à m'oublier. Mais maintenant, cela ira mieux pour moi, car j'ai pu, enfin, aller personnellement chez lui le lui demander s'il avait encore longtemps à souffrir: on avait célébré tant de messes pour lui ! Il me répondit, en versant d'abondantes larmes: « De toutes ces messes, je n'en ai reçu qu'une, car à B., je célébrais la messe à des heures si irrégulières, que beaucoup de gens n'y pouvaient pas assister, faute d'en savoir l'heure. Et la justice divine m'a retenu toutes ces messes, tant que ne seront pas compensées toutes celles que ces gens ont manquées involontairement. » le lui demandai comment je pourrais l'aider. - « Par la patience et la prière! » je lui promis de souffrir pour lui cette nuit et de prier pour lui avec ardeur, jusqu'à sa délivrance. Puis je lui demandai si les abondantes larmes qu'il versait ne lui procuraient pas de soulagement: « Oh oui, me répondit-il, car ces larmes purifient mon âme. Mais elles font si mal! Toutes les souffrances du monde entier, accumulées, depuis la création jusqu'au dernier jour, ne sont rien en comparaison d'une seconde du purgatoire le plus bénin. » ...je congédiai alors cette pauvre âme en peine. Ce fut très beau et touchant de voir avec quelles marques de respect mon ange accompagna à la porte cette âme de prêtre. Puis elle disparut soudain; nous priâmes, mon ange et moi avec ferveur. ...Quand ce bon procureur K. fut accueilli au ciel, je vis entrer devant lui une grande femme très belle. Elle ouvrit au-dessus de sa tête une boîte en ivoire. Une pluie très fine, une merveilleuse rosée au parfum inexprimable, se répandit sur lui. Le visage de l'élu rayonnait; dans l'excès de sa joie, il étendait les bras. La magnifique dame s'agenouilla alors devant lui et lui mit aux pieds des chaussures brillantes comme l'or. Je lui demandai: « Qui es-tu ? » Elle répondit: « Je suis la Miséricorde; lui est de ceux qui ont toujours marché sur mes traces. C'est pourquoi aussi, je l'ai oint de l'huile d'allégresse et le conduis sur la voie de la béatitude. Durant sa vie terrestre, il fut miséricordieux. Eh bien moi, la Miséricorde divine, je viens le rencontrer à la porte du ciel. » L'archange de la Patience vint ensuite. Je le connaissais déjà. Son air habituellement si grave, je dirai même presque douloureux, avait fait place à une grande joie. Il tendit à l'élu la palme de la victoire. La Pureté virginale vint à son tour, éclatante et majestueuse; elle lui remit le lis. Puis j'entendis de nouveau, comme je l'avais entendu une fois déjà, le splendide alleluia des choeurs célestes et vis l'élu s'élever dans la lumière sans fin. J'en demeurai comblée de bonheur...

LE FAUX ANGE

Mon ange m'a avertie aujourd'hui que, à partir du nouvel-an, je devais me montrer très prudente et si je voyais un archange, bien prendre garde si, oui ou non, son étole portait une croix. Si la croix manquait, je devais lui ordonner, au Nom de Jésus, de dire qui il était. Je vais prendre à coeur cet avertissement. Aujourd'hui, je suis fort incommodée par un bel ange, mais dont l'étole n'a pas de croix. Deux fois déjà aujourd'hui, il m'a dit que j'étais destinée à être damnée; que je devais me faire une existence le plus commode possible et qu'il m'y aiderait. Au cas où je n'aurais aucun désir de bonheur terrestre, je devais mettre fin à ma vie d'ailleurs sans valeur aucune. Cette seconde tentation fut très forte; j'appelai au secours mon archange et l'ange déchu disparut. L'ange sans croix me donne toujours clairement à entendre que je n'ai absolument rien à attendre de la vie, sinon des crève-coeur et des peines d'âme et que je devrais en finir avec cette misérable existence. J'étais très fatiguée et oppressée quand il me tint ces propos. Je n'avais nulle envie de lutter longtemps et dans mon désir de trouver le repos, je lui dis: « Calme-toi et inquiète-toi de tes propres intérêts. Ce qui me concerne ne te regarde absolument pas. Je ne veux rien d'autre que ce que Dieu veut. S'il me rappelle à Lui, je mourrai volontiers. J'attends l'appel de Dieu mais je ne veux pas le devancer. » (Le directeur d'Ancilla Domini fait cette remarque: elle doit dire à cet « ange » : « Dis donc, vieille canaille, au Nom de Jésus retire-toi de moi! » ) Je vis alors sa beauté se changer en laideur hideuse. Mon archange me posa sa main sur les yeux, pour me délivrer de cette horrible vision. ...J'eus tout à l'heure encore, une étrange visite qui m'avisa que je ne devais pas tout écrire dans mon « Journal », sans aucune recherche de style, pour « Deus dedit » ; c'était bien superflu d'écrire chaque jour; plus superflu encore de confesser les mouvements de mon amour-propre. Intimement persuadée du contraire, je dis à cet intrus: « Comment peux-tu parler de la sorte ? Tu voudrais me conseiller de désobéir ? Donc tu ne viens pas de Dieu! » Ce disant, je vis que cet archange n'avait pas de croix à son étole. Mon ange gardien me couvrit les yeux de sa main. Quand il l'enleva, l'ange des ténèbres avait disparu.

...Aujourd'hui, je me sens de nouveau très abandonnée, fatiguée à en mourir. Et voici que toute la souffrance de ma vie entière m'est tombée sur le coeur avec un poids écrasant, ainsi que mes nombreuses omissions. J'ai vu alors devant moi une étrange apparition. Elle était enveloppée d'un brillant vêtement de couleur bleue, brodé d'or. On peut dire qu'elle était belle, mais il y avait en elle un je ne sais quoi d'indéfinissable, qui me faisait mal et me causait de la répulsion. Cette apparition commença à parler à voix basse, me mettant devant les yeux tous les péchés de ma vie. Elle déplorait amèrement qu'il fût impossible de réparer pour tant de bien que j'avais omis de faire. Ce fut alors comme une épée qui transperça mon âme. Mais je fus tout de même un peu tranquillisée, car il me vint tout de suite cette pensée : « Si je prête plus longtemps l'oreille à ces propos, je tombe dans le désespoir. Il est impossible qu'un bon esprit tienne un tel langage. Je regarde plus attentivement l'apparition qui me parle et voici que la même inquiétude, le même malaise que j'avais ressentis au début, me reprennent. Lui continuait à baisser les yeux. Alors, je l'interrompis brusquement dans l'énumération sans fin de mes négligences qu'il me faisait ;il en était seulement à la quinzième année de ma vie! et lui dis: « Au Nom de Jésus crucifié, je t'ordonne de lever les yeux et de me regarder! " Le beau visage se décomposa en une horrible grimace et deux yeux effrayants, pleins de haine - les yeux du démon - me regardèrent. Alors, je sus ce qu'il en était. J'ordonnai au démon de rester là devant moi et lui dit tous les péchés que tu m’a énumérés, je les ai commis, et mille fois plus encore. Mais quoique mes péchés soient infinis en nombre et en gravité, ma confiance dans les mérites de Jésus crucifié est, elle aussi, infinie. « Et j'ajoutai, sans y réfléchir, la formule de bénédiction que j'ai coutume d'utiliser dans mes continuelles relations avec les âmes du purgatoire : « Que la miséricorde de Dieu te console et te donne la paix! » Le démon disparut alors en poussant un affreux hurlement, mais je vis mon cher Père Jean devant moi. Il me dit avec colère: « Comment peux-tu adresser au démon ce souhait de paix, lui qui aime tant à enlever la paix aux hommes et travaille sans cesse à troubler la paix ? Que tu es irréfléchie pour en venir à souhaiter la paix à celui qui, par un jugement de la Justice divine, a perdu à jamais la paix! " J'en éprouvai une grande peine et récitai le Te Deum en l'honneur de la Justice divine.

NOUS AVONS TOUJOURS ÉPROUVÉ.
LA MERVEILLEUSE ASSISTANCE DE NOTRE ANGE GARDIEN

Nous ne voulons prendre congé ni d'Ancilla, ni des bons anges de Dieu en quittant par la porte de l'enfer ce monde des anges, à travers lequel elle nous a servi de guide. Nous allons revenir, une fois encore, vers le trône du pape Pie XI, pour qu'il nous dise quelles sont ses relations avec son ange gardien et ce qu'il en pense. Le 2 septembre 1934, en la fête des Saints Anges gardiens, Pie XI parlait à une foule d'enfants venus de toute l'Italie.

Nous attachons une grande importance, disait le saint Père, ne fût-ce que par simple devoir de reconnaissance, déjà, à vous déclarer que toujours, nous avons éprouvé le merveilleux secours de notre ange gardien. Nous sentons et constatons très fréquemment, que notre ange gardien est près de nous, prêt a nous assister et à nous aider. C'est ce que font aussi vos anges gardiens à vous tous, chers enfants: ils sont toujours là, toujours pleins d'amour, toujours vigilants. La certitude que nous avons d'être gardés par un prince de la cour céleste, par un de ces esprits choisis dont le Sauveur, parlant aux enfants, disait qu'ils voient sans cesse la divine Majesté; cette certitude, dis-je, doit nous inspirer non seulement du respect et de la dévotion, mais encore une confiance absolue. Cette confiance est nécessaire; elle doit se manifester quand nous avons à accomplir un devoir pénible et que nous éprouvons de la difficulté à tenir une bonne résolution. C'est alors qu'il faut compter tout spécialement sur l'aide, la défense et la protection de l'ange gardien. La prière est, en de tels cas, la plus authentique et la meilleure expression de notre confiance. Ces paroles salutaires de S. Bernard, concluait le Saint Père, notre mère les a gravées dans notre coeur dès nos premiers pas, dès que nous avons été capable de les comprendre. Elles nous ont soutenus dans tout ce que, avec la grâce de Dieu, nous avons pu accomplir au cours de notre vie; elles seront encore, nous en avons la conviction, notre soutien et notre aide pour le reste de vie que le Seigneur voudra bien nous accorder. Ainsi soit-il. »

LE CHEVALIER FRIEDRICH VON LAMA

Brève notice biographique


Le chevalier Friedrich von Lama, naquit le 4 septembre 1876, à Salzbourg. Après ses études gymnasiales à Regensbourg, il se consacra tout d'abord à la librairie, puis au journalisme. Comme publiciste, il fut correspondant à Rome de grands journaux catholiques, jusqu'en 1915 où il dut quitter l'Italie. Il s'établit alors en Bavière. C'est là qu'il composa ses ouvrages politico-religieux et écrivit ses périodiques tours d'horizon sur les événements religieux. A côté de cette activité, il s'occupa de plus en plus de phénomènes mystiques, surtout par suite de la demande qui lui fut faite par M. le curé Naber de Konnersreuth, le village de Thérèse Neumann, la stigmatisée bien connue, dont le chevalier von Lama fut le premier biographe. En 1928 déjà, le chevalier von Lama, avait entrepris la lutte contre le nazisme et tenté de le combattre dans des assemblées populaires. Par suite de son refus de se rendre aux urnes en 1938, il fut arrêté une première fois par la Gestapo. On inventa contre lui une accusation de haute trahison. Il fut néanmoins relâché au bout de six mois. Nouvelle arrestation en 1941, sous l'inculpation de perfidie (Heimtücke), von Lama ayant écrit dans une lettre, qu'on ne pouvait pas savoir la vérité en Allemagne. On arriva une fois encore à réduire l'accusation à une affaire de simple police, mais lors de son élargissement, un fonctionnaire de la Gestapo déclara: « Si nous l'arrêtons une troisième fois il faudra qu'il meure. » Le 14 janvier 1944, on l'arrêta pour « écoute de Radio-Vatican » ; le 9 février 1944, il était mort. Son cadavre portait au cou des taches bleues: il avait été, d'une manière ou d'une autre, « liquidé ».

Appendi

Sermon de circonstance pour la fête de la « Dédicace des Anges. à Einsiedeln, le 21 septembre 1924. Ce jour-là, il y avait également en ce lieu international de pèlerinages, un groupe de 3000 pèlerins de l'Allg1iu (Allemagne). Comme chef incontesté de l'épiscopat allemand, le cardinal von Faulhaber fut, grâce à ses dons remarquables de prédicateur, l'un des plus forts opposants à Hitler.

« Je tombai aux pieds de l'ange pour l'adorer, mais il me dit: « Arrête! Je ne suis que ton compagnon de service et celui de tes frères: adore Dieu » (Apoc. XXI, 8). L'église du couvent d'Einsiedeln est ornée partout avec profusion, de figures d'anges. Qui donc les a jamais comptés, les grands et les petits anges, dans le choeur de l'église, dans la nef, dans l'octogone de la sainte chapelle; les anges qui peuplent les coins et les recoins, les piliers; les anges coloriés en stuc, qui jettent des fleurs, portent des phylactères, soufflent dans des trombones; qui chantent Gloria et Sanctus, et dont les mains et les pieds expriment un jubilant Alleluia ? L'art baroque nous place, nous pèlerins de cette terre, au milieu des choeurs des anges et veut nous dire: « Ici, vous n'êtes plus sur la terre, vous êtes dans le ciel: voici la cour du Dieu des armées! » Dans le sanctuaire de la sainte Ecriture, nous trouvons également les anges dans tous les coins et recoins. Ils sont cités en plus de trois cents endroits, sous diverses dénominations. Ils apparaissent tantôt individuellement, tantôt en légions, tantôt en myriades, autour du Trône de Dieu. Explorons aujourd'hui ce sanctuaire de la sainte Ecriture en ce jour de la « Dédicace des Anges », savourons cette consolante vérité: les peuples ont, eux aussi, des anges gardiens. Que chaque personne humaine ait un ange gardien, c'est là un fait attesté par toute une série de passages de la Bible: « Car, dit le Psalmiste, Il a donné ordre à Ses anges de te garder dans toutes tes voies. Ils te porteront sur leurs mains, de peur que tu ne heurtes le pied contre la pierre» (Ps. XC, 11-12). Désignant les enfants, le Christ déclara solennellement: « Leurs anges contemplent sans cesse la Face de mon Père qui est dans les cieux» (Math. VIII, 10). L'épître aux Hébreux parle d'esprits destinés à servir, envoyés en mission pour ceux qui doivent hériter du salut (I, 14). C'est pour notre consolation que ces deux vérités nous ont été révélées dans la Sainte Ecriture: tout homme a son ange gardien. Qu'on nous permette, aujourd'hui précisément, où les peuples semblent abandonnés de tous les bons esprits, de poser trois questions concernant les anges des peuples et d'y répondre.


Première question :

POURQUOI LES PEUPLES ONT-ILS BESOIN D'ANGES GARDIENS ?

1. L 'histoire biblique nous donne la réponse: c'est à l'ange gardien d'un peuple que se rapporte le beau texte scripturaire: « Voici que j'envoie mon ange devant toi, pour veiller sur toi en chemin et te conduire dans le pays que je t'ai préparé (Ex. XXIII, 20). Cette parole consolante peut être appliquée également à tout homme. Mais originellement et dans son sens premier, elle concerne l'ange d'un peuple. Quand la situation militaire du peuple élu en était venue au pire et que tout espoir s'était évanoui, le Seigneur envoya un ange qui frappa les Assyriens. Ceci fortifia la confiance au sein du peuple: nous sommes sous bonne garde. Et toujours, jusqu'au temps où les Macchabées luttèrent pour la liberté, on continua dans les temps de grande détresse, à prier en ces termes: « Dieu des armées, envoie cette fois encore un ange à ton peuple » (II Mac. XV, 22). D'après le livre de Daniel, S. Michel était l'ange protecteur spécial