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| Amour-De-Dieu-
P.Fernand-Coiteux.html |
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Introduction Que le commun des chrétiens, capables de donner au monde l’exemple concret de la pauvreté volontaire et d’opposer ainsi au communisme montant la plus solide barrière qu’on puisse trouver. Il n’y a pas un grand danger que ces apôtres soient légion ; la tendance du siècle présent entraîne tellement les chrétiens eux-mêmes à jouir le plus possible des aises de la vie ; on le voit quand on leur prêche le mépris des richesses, au sens évangélique du mot, et comme l’Église nous le fait demander dans de très nombreuses oraisons du missel. Facilement on est taxé d’exagération, d’intelligence des besoins actuels et des aspirations des âmes. Souhaitons que saint François, sainte Claire et le Bx Luchésio trouvent de nos jours, grâce au livre du R.P. Ferdinand, de fervents imitateurs dans tous les ordres de la vie ; ils renouvelleront ainsi chez nous les traditions de simplicité et de sainte austérité qui ont caractérisé notre peuple autrefois et qui constitueront le cadre où l’amour de Dieu Présentation : L’un des plus précieux effets de l’amour de Dieu dans une âme chrétienne, c’est de la dégager des liens multiples qui la rivaient à la terre et, en particulier, de l’inclination déréglée qui nous porte à rechercher passionnément les biens de ce monde. Plus l’amour grandit, plus il remplit le cœur, plus aussi il lui fait mépriser ces richesses caduques, passagères, qui ne sauraient par elles-mêmes donner le bonheur. Et un jour vient où le détachement complet semble être la seule mesure qui puisse contenter une âme éprise de son Dieu : elle est prête même à manquer du nécessaire, si la divine Providence permet qu’elle en vienne à cette extrémité. Une seule chose lui importe : aimer uniquement, aussi parfaitement que possible Celui qui mérite d’être infiniment aimé. Elle peut s’appliquer alors ce que saint Thérèse de Lisieux disait de la pauvreté spirituelle : « Au cœur divin débordant de tendresse j’ai tout donné ! légèrement je cours… Je n’ai plus rien que ma seule richesse ! Vivre d’amour. » La pauvreté n’est pas à la mode ; l’a-t-elle jamais été ! Ce n’est pas qu’il n’y ait plus de pauvres parmi nous : Jésus nous a avertis qu’il y en aurait toujours. Un trop grand nombre de malheureux, dénués de ressources, sont en proie aux souffrances de toutes sortes causées par l’indigence, dans nos pays qui n’ont guère pâti de la guerre. Mais, parmi eux, combien qui n’acceptent pas de bon coeur leur épreuve, qui murmurent, qui s’impatientent, qui s’irritent contre le sort qui leur est fait par la Providence, qui se laissent même aller jusqu’à blasphémer contre Dieu, en lui attribuant injustement la pénible situation où ils vivent. Ceux –là ne pratiquent pas la vertu de pauvreté, même au degré strictement requis des chrétiens. La pauvreté chrétienne ne consiste pas tant dans le dépouillement des richesses que dans le détachement du coeur à l’égard des biens d’ici-bas, quels qu’ils soient. Tous ceux qui veulent marcher sur les traces de Jésus, être véritablement chrétiens, sont tenus d’avoir cette pauvreté d’esprit, s’ils veulent un jour entrer dans le royaume des cieux. Le divin Maître l’a dit expressément : « Celui qui ne renonce pas (d’affection) à tout ce qu’il possède, ne peut -être mon disciple ». Ailleurs, il affirme ‘ qu’on ne peut servir à la fois deux maîtres, Dieu et Mammon » notre Père et le dieu de la richesse. Nous savons aussi qu’il a fait de l’aumône un précepte formel de sa loi d’amour Détachement affectif, oui, à tout le moins ; l’amour de Dieu, en nous attachant à Lui, nous détournera promptement et efficacement des biens de la terre. Et alors, en pratique, si nous ne voulons pas nous faire illusion, nous en viendrons au détachement effectif. Il est très facile de penser ou de dire qu’on n’est pas attaché aux richesses, qu’on ne désire pas en acquérir de plus considérables, quand on jouit tranquillement des biens de ce monde et qu’on se procure toutes les satisfactions qu’ils peuvent nous apporter. Nous aurons pratiquement la preuve de notre pauvreté d’esprit et de coeur que le jour où, de fait, nous sèmerons dans les mains des pauvres où nous perdrons, sans trop de peine, les ressources que nous possédons. Mais l’amour de Dieu, quand il s’accroît dans notre âme, ne s’arrête pas là, à ce qui est strictement obligatoire de par la loi divine ; il nous porte à nous détacher volontairement même des biens que nous pourrions garder légitiment. Il y a là plus qu’une vertu ordinaire ; dans cet abandon, librement consenti, des choses qui nous appartiennent, il faut reconnaître l’influence manifeste des dons du Saint-Esprit, surtout du don de science et du don de crainte de Dieu ; sous la lumière divine les biens terrestres nous paraissent comme méprisables, en comparaison de ceux du ciel et, pour empêcher qu’ils nous séparent de Dieu, l’unique objet de notre amour, nous renonçons volontiers à les posséder. « Que la terre me paraît vile, quand je regarde le ciel », disait saint Louis de Gonzague, tout embrasé de l’amour divin. Cette pauvreté volontaire peut-elle être appelée la ‘reine des vertus ! « On donne déjà cette couronne à la charité, vertu théologale, et avec raison ; car elle nous unit directement à Dieu et elle donne la vie, pour ainsi dire, à toutes les autres vertus. Elle seule ne passera pas avec notre fragile existence ici-bas ; elle subsistera même dans le ciel, alors que la foi et l’espérance disparaîtront. Cependant, en un certain sens, on peut dire que cette pauvreté si parfaite est à la base de toute sainteté, qu’elle est le fondement absolument nécessaire, sans lequel nul ne saurait arriver à la perfection. Saint Louis de France l’a pratiquée sur le trône, mais il est plus facile d’en faire les actes, quand on a renoncé au monde. Saint Ambroise nous donne la raison de cette prééminence de la pauvreté, dans son commentaire du Sermon sur la Montagne : ‘’ Bienheureux les pauvres, écrit-il, car le royaume de Dieu est à eux. Les deux évangélistes, Matthieu et Luc mettent, tous deux, cette béatitude en premier lieu. De fait, elle figure au premier rang (de la Série), étant, en quelque sorte, la mère et l’origine des vertus. Celui, en effet, qui méprise les choses de ce monde, méritera celles de l’éternité et personne ne peut avoir droit au royaume céleste, si, dominé par la cupidité, le désir effréné des richesses, il ne parvient pas à la surmonter. » Mettons donc bien haut dans notre estime
cette pauvreté volontaire, à laquelle nous pousse notre amour de Dieu,
s’il est ardent. Aussi faut-il louer l’auteur du présent volume, qui
n’a pas craint, dans un siècle pétri de matérialisme et dévoré par
la soif des richesses, de chanter les gloires et les avantages de
la pauvreté évangélique. Il nous en montre bien le vrai visage, dans
les récits qu’il nous fait de la vie du Petit Pauvre, saint François
d’Assise, de son émule et compatriote, sainte Claire, de son disciple.
La source de tous les maux, c’est la cupidité « c’est-à-dire la recherche
passionnée des biens terrestres.Le Bienheureux Luchésio. Comment ne
pas nous sentir entraînés à imiter de si beaux modèles, ne pas chercher
efficacement les moyens de suivre ainsi Jésus qui, infiniment riche,
a voulu se faire pauvre pour nous ! « Noël, la crèche, l’étable, tout
cela ne nous rappelle-t-il pas l’éloquente leçon de pauvreté volontaire
que Jésus est venu enseigner au monde ? Actuellement, il est opportun d’inviter les chrétiens à la pratique de cette pauvreté volontaire, tant recommandée par Jésus Lui-même et par les saints de toutes les époques ; qu’on se rappelle les splendides homélies de saint Jean Chrysostome, les cantiques enflammés du bienheureux Grignion de Montfort, que l’Église s’apprête à canoniser. Dans l’allocution qu’il prononçait lors de la réception du pallium, le regretté Mgr. Georges Gauthier souhaitait voir se lever quelques âmes, plus généreuses opéra des merveilles de sainteté dans les âmes. ©Rosario Lesieur,p.s
C’est le dépouillement de tout ce qui n’est pas Dieu, en commençant par le détachement des biens de ce monde, au moins en esprit. Le concept de perfection basé sur la pauvreté comporte toute une philosophie de la vie. À première vue il est simple de se détacher des richesses pour s’attacher à Dieu. La théorie rallie bien des sentiments. Mais quand le principe doit se traduire dans les actes, le nombre des adhérents diminue. Les sacrifices réclament des atermoiements, les obstacles paraissent insurmontables ; alarmée par le monde et le démon la nature désarme souvent les plus mâles courages. Ces émissions montrent, aux prises avec les difficultés du dépouillement, des représentants de la mentalité séraphique : François avec Claire d’Assise pour les religieux, Luchesio pour les fidèles. Saint François d’Assise s’est astreint au voeu, quand il eut gagné le Pape Innocent III à son idéal de pauvreté absolue pour lui et ses enfants des deux premiers Ordres Il est intéressant de voir se dérouler le drame intérieur qui le montre en lutte ouverte : 1-avec ses anciennes habitudes de luxe
; Dix causeries invitent à applaudir aux
différentes péripéties qui se déroulaient au XIII e siècle dans la
petite ville d’Assise et qui n’ont rien perdu de leur actualité en
ce siècle où les hommes ne doivent pas se faire moins de violence
pour s’arracher à l’emprise enveloppante des biens de ce monde, s’ils
veulent pratiquer la pauvreté en vue d’arriver à l’amour de Dieu. Le changement fut si radical, que la maison du riche marchand devint en peu de temps L’AUBERGE DU SEIGNEUR pour tous les pauvres qui venaient y chercher secours et protection. Trois émissions ont suffi à montrer les merveilleux changements qu’amena en cette famille la vertu de pauvreté. Si cet exemple lumineux étant suivi par beaucoup de fidèles, l’esprit chrétien gagnerait du terrain et ne manquerait pas de ramener à Dieu notre société moderne, si divisée par l’avarice et l’appât du gain. Ces esquisses font voir des modèles appropriés aux besoins actuels. Elles nous montrent en chair et en os un amour de Dieu, qui a déterminé bien des âmes depuis sept siècles au même amour. Qu’ils les contemplent donc à nouveau, non plus sur l’image qu’évoquaient les ondes mais dans le cadre plus consistant d’un volume, les habitués de la Neuvaine à Saint-Antoine et qu’ils sachent, comme on le fait pour les portraits, les montrer aux parents et amis, en faire cadeau aux prêtres et aux religieux ou religieuses, pour inviter à cet authentique amour de Dieu. Le tout se termine par une causerie sur le Patron de L’Action catholique. Puisque l’Église confère à François d’Assisse cette sublime fonction, elle consacre pour ainsi dire sa conception de la sainteté, elle propose ses exemples à l’imitation des laïcs appelés à participer à son apostolat hiérarchique, elle incite à marcher sur les traces de ce modèle toujours vivant dans les Trois Ordres et à faire partie la milice séraphique. Le monde actuel, dit Pie XII, a besoin d’une croisade franciscaine. Et voilà comment se représente au lecteur, ancien auditeur ou non, la 2e série de Mes Mardis à la radio. La page frontispice donne du relief à cette pensée. Elle montrer en possession de l’amour de Dieu deux enfants de saint François : le religieux plane corps et âme dans une atmosphère surnaturelle, ; le laïc est comme enlisé jusqu’aux oreilles dans le matériel de sa vie familiale, professionnelle et sociale ; mais il reste grave quand même et le fait que sa tête émerge au-dessus du nuage, prouve qu’il vit Dieu dans le créé et ne cesse d’entendre sa voix persuasive au milieu des vains bruits de la terre. C’est une brillante illustration de la pauvreté en esprit et en vérité demandée par l’Évangile et rappelée opportunément au monde par saint François. La page la plus éloquente du volume est la dernière, au verso de la couverture. Elle est une miniature de la Vierge à la crèche ou même d’une Claire d’Assise moderne, l’âme toute liquéfiée à la vue de l’Enfant-Dieu. C’est l’amour dans la pauvreté. En un mot, l’image expressive ‘ L’Amour de Dieu dans l’âme séraphique L’Auteur. Père F. Coiteaux o.f.m. L'amour de Dieu Mais le changement ne sera véritable que s’il se manifeste dans les actes, et les premiers à poser ont trait au détachement des biens de ce monde. 1- L’exemple de François d’Assise peut
fournir encore un bel argument de démonstration. La pratique de la
bienfaisance et du dépouillement volontaire commença à le détacher
de ce qui n’est pas Dieu. Au milieu
de ses extravagances d’aspirant chevalier, il conserve un grand respect
pour le pauvre : en lui il voit l’image de Notre-Seigneur et il soulage
volontiers ses misères. Un jour toutefois qu’il sert de nombreux clients
au magasin de son père, il refuse l’aumône à un mendiant qui avait
demandé pour l’amour de Dieu. Le pauvre était à peine reparti, qu’il
se ressaisit aussitôt, et se dit en lui-même : si la demande était
venue de quelque grand Seigneur, tu aurais accueilli sa demande au
nom du Seigneur : et tu as rudoyé ce malheureux, quand il tendait
la main au nom de Dieu. Sans plus hésiter, il quitte le comptoir,
se précipite vers lui.
Dans son langage poétique, il voulait parler
de Dame Pauvreté. Il lui vouait déjà un amour comparable à celui d’un
époux pour son épouse et il pensait à la prendre pour compagne inséparable
de sa vie. Après cette déclaration, il attendit peu et brisa avec
le monde et ses vanités.Son père fut blessé au vif de ce changement
radical dans son fils. Il usa d’abord de douceur, ensuite de menaces,
et enfin, voyant qu’il ne gagnait rien, il le traîna devant l’évêque
d’Assise. Il voulait amener l’autorité religieuse à persuader son
fils de réintégrer domicile et de reprendre ses habitudes de vie bourgeoise
et égoïste; Il prit pour grief du procès ses aumônes inconsidérées,
et il devait mettre l’Évêque dans l’obligation de se prononcer en
sa faveur. Mais la sagesse de François déjoue tout calcul. En présence
de l’évêque et de son père, il enleva ses vêtements, les remit à son
père, et, recouvert seulement d’un cilice, il dit, dans l’exaltation
de sa confiance et de son amour : ‘ Jusqu’à présent j’ai appelé Bernardone,
mon père; mais à l’avenir je pourrais dite en toute vérité : Il est difficile en quelques mots de donner
une esquisse fidèle du changement opéré en François et des principaux
actes qu’il a posés pour arriver à cettemerveilleuse transformation.
Ses historiens en citent un grand nombre; je n’ai fait allusion qu’aux
plus significatifs, dans le but de vous aider à réaliser quels sont
les sacrifices à consentir pour faire du progrès dans l’amour du Bon
Dieu. À tous ceux de mes auditeurs (ou lecteurs) qui ambitionnent de se convertir sincèrement à l’amour de Dieu, je dirai : Commencez, comme François d’Assise, par la pratique de la bienfaisance et du dépouillement volontaire pour l’amour de Dieu. Comme lui, ne refusez pas l’aumône au prochain, car « il faut aimer Dieu caché dans son prochain », dit le Bx. Grignion de Montfort. Qu’il soit saint, qu’il soit coupable,
Le jour
de la Saint-Antoine une jeune fille rencontre au sortir d’une chapelle,
le midi à Montréal, un pauvre tout déguenillé, presque nu-pieds tant
ses chaussures étaient percées. Elle l’aborde gentiment en ces termes
: O bon saint Antoine, qui avez grandi dans un amour de Dieu toujours croissant et qui, dès l’âge de quinze ans, avez pratiqué le détachement des biens de ce monde, usez de votre puissante intercession pour nous mériter à tous un grand esprit de pauvreté et un détachement toujours plus accusé de ce qui n’est pas Dieu. Pour développer ces dispositions dans l’âme, inspirez à tous de ne jamais refuser l’aumône à quiconque demandera pour l’amour de Dieu ; Si on ne peut donner qu’un sou, qu’on donne un sou; s’il n’y avait pas d’argent dont on peut disposer, qu’on donne autre chose qui nous appartient, qu’on exprime le regret de ne pouvoir donner davantage, qu’on ne refuse pas au moins la sympathie avec un sourire. Pour gagner à cette charité et complaisance envers le prochain les fidèles auditeurs de la Neuvaine perpétuelle en votre honneur, rappelez-leur que Dieu est caché dans le pauvre : Il considère comme prêté à lui-même ce que l’on fait au plus petit d’entre les siens. Donnez-nous d’entrer résolument dans la voie de l’amour de Dieu, en nous exerçant comme il convient à la pratique de la charité et de la bienfaisance. Ainsi soit-il L'amour de Dieu Après son dépouillement devant l’évêque
d’Assise, le premier soin de François fut de refaire la chapelle de
Saint-Damien qui menaçait de tomber en ruine. Comme il n’avait plus
rien, il recourut au Seigneur en demandant l’aumône de porte en porte,
Il disait en toute simplicité à ses concitoyens qu’il avait été ébloui
par le faste et l’opulence : « Celui qui me donnera une pierre, aura
une récompense ; celui qui donnera trois pierres, aura trois récompenses.
» Au début de son travail de restauration, il se retirait chez le
chapelain de Saint-Damien. Mais au bout de quelque temps, François
trouva que ce n’était pas assez de se fier sur la Providence. « Tu
n’auras pas toujours, se dit-il à lui-même, quelqu’un sur qui compter
pour trouver le nécessaire à ta subsistance. Exerce-toi maintenant
; va le demander au Seigneur en aumône. » Son trésor c’est Dieu et pour l’acquérir,
il donne tout le reste. Quelle richesse dans sa pauvreté! Cet exemple
de détachement peut servir à tous ceux qui possèdent, à quelque titre
que ce soit. Le plus souvent dans la mesure où ils accumulent les
biens de ce monde, ils sont pauvres de Dieu. S’ils comprenaient mieux,
ils diraient : « Seigneur, c’est Vous que nous aimons. Nos biens,
nous les détestons, parce qu’ils nous incitent à nous détacher de
Vous : ils nous persuadent facilement de nous procurer plus que le
nécessaire et nous laissent trop insensibles aux besoins d’autrui,
de vos pauvres. Puisque Vous le demandez dans Votre Évangile, c`est
entendu ; à l’avenir nous ne laisserons pas tarir notre générosité
par crainte d’en manquer. Nous mettrons notre confiance en votre Providence
plus qu`en notre sagesse à courte vue. L'amour de Dieu 9 septembre 1941
Le détachement absolu de ce qui n’est pas Dieu, n’est pas naturel à l’homme sur terre, Simile simili gaudet : il se plaît avec son semblable et il ne se détache pas facilement des créatures comme lui pour s’élever plus haut et chercher son bonheur en Dieu. Ceux qui en ont l’audace et la force sont vite pris pour des insensés et, parce qu’ils ne veulent pas faire comme les autres, ils deviennent dans leur milieu un signe de contradiction, ‘’signum cui contradicetur ». ( St Luc , II, 34.) Rien d’étonnant en cela : ‘ Le disciple n’est pas au-dessus du Maître. » ) St Luc, VI,40.) En vivant la vie divine sur terre, le Christ a été en contradiction avec les humains qui vivaient plus par les sens et la raison. Tous les saints ont connu ces contradictions et les réactions ont été d’autant plus violentes que leur détachement était plus absolu. Celui de François d’Assisse est particulièrement typique pour les différents courants d’idées qu’il a fait naître. Considérons un instant ces conflits d’opinions, afin de mieux saisir la nature de la sainteté. La nouvelle conception que le Poverello
se faisait de la vie après son dépouillement chez l’Évêque d’Assise,
s’affaissa devant ses concitoyens quand ils le virent se faire maçon
et mendiant volontaire. Le revirement était complet : Lui naguère
riche, avide des d’honneurs, ami du faste et des plaisirs, était devenu
pauvre, avide d’humiliations; extrêmement mortifiés devant ce changement,
les réactions furent multiples. Son père en fut humilié jusqu’à la
frénésie. Il commença par donner libre cours à sa colère en l’enchaînant
dans un réduit, en recourant ensuite à l’évêque d’Assise pour l’aider
à lui faire comprendre raison. Dépité dans ses défaites, il s’égara
au point de maudire son fils chaque fois qu’il le voyait; ses paroles
étaient comme des traits acérés qui allaient droit au cœur de François.
Aussi, pour en adoucir l’amertume et en annuler les effets funestes,
se fait-il accompagner dans ses sorties à travers la cité d’un loqueteux
qui avait mission de répondre à la malédiction du père par des paroles
de bénédictions. Ces agissements nouveaux suscitaient partout des
commentaires. L’opinion se répandit bientôt parmi les Assisiates que
la piété et la maladie avaient tourné la tête du fils de Bernadone.
Les plus malins s’en amusaient.. Les enfants poussaient l’insolence
jusqu’à le poursuivre sur la rue avec des pierres, des quolibets,
des cris : ô fou ! ô fou ! IIls sont très rares actuellement,
comme lors de la réapparition de la pauvreté évangélique en François,
les excellents entre les bons qui se contentent du strict nécessaire
pour eux-mêmes, et, sans chercher des excuses universellement admises
dans le meilleur des mondes, donnent aux pauvres la part de biens
que n’absorbe pas le nécessaire. Je pourrais citer à Montréal le cas
d’un monsieur dont la maison est devenue « l’Auberge du Seigneur.
» dans ses pauvres. Il est père de deux fillettes et, avec le consentement
de son épouse non moins généreuse, adoptait l’an dernier deux petits
garçons de la crèche. Au jour de la Saint-Antoine, il laissait son
automobile au service exclusif des pauvres et des malades entre les
mains d’un ami dans les mêmes dispositions. Ce sont des gestes de
charité comparables à ceux de Bernard de Quintavalle se dépouillant
de tous ses biens pour les donner aux pauvres. Serez-vous assez peu surnaturels
pour préférer vos biens à Dieu et maudire comme Berbardone ceux à
qui l’exemple du Christ et de François tenteront de vous persuader
que le détachement des biens de ce monde est la voie la plus sûre
pour aller à Dieu ? Serez-vous de ces mondains qui interprètent les
enseignements de Jésus de façon à vouloir servir à la foi Dieu et
Mammon? 23 septembre 1941 L ‘étonnement fut grand à la cour
pontificale, quand François proclama son intention de vivre dans une
pauvreté absolue, sans autre ressource que sa confiance en la Providence
de Dieu, et la charité des hommes. Dans l’auditoire des Cardinaux
il y eut d’abord un mouvement de désapprobation. Quelques-uns trouvaient
à cette doctrine des teintes d’hérésie; tous prétendaient que ce régime
de vie dépassait de beaucoup les capacités de l’humaine nature. Le
Cardinal Jean de Saint-Paul seul apporta cette objection : « Si nous
rejetons la demande de ce pauvre comme une nouveauté trop difficile
à réaliser, prenons garde de ne pas nous mettre en opposition avec
l’Évangile du Christ . Il demande seulement l’autorisation de suivre
la règle de vie évangélique. Si quelqu’un prétend que c’est chose
déraisonnable, impossible, celui-là blasphème le Christ, auteur de
l’Évangile. Le Pontife avait écouté attentivement la parabole et son application. Il en fut charmé et de douta plus que Jésus-Christ eut parlé par la bouche de François. Il le nomma Supérieur de la nouvelle fraternité, chacun des membres promit obéissance à François, et ensuite ils s’éloignèrent de la Ville Éternelle avec l’autorisation de prêcher la pénitence et de vivre de mendicité. De là son Ordre mendiant. Sans argent, sans bâton, sans besace, débarrassés de tous les soucis de ce siècle, recevant en aumône même le fruit de leur travail, heureux d’être pour le monde un objet de mépris et de rebut, le cœur libre de toute attache, ils allaient prêchant à tout venant l’amour de Dieu, tout en mendiant de porte en porte. Selon les appellations poétiques de François qui animaient son langage de la littérature, ses disciples étaient des Jongleurs de Dieu, des Chevaliers de la Table ronde, des Troubadours de Dame Pauvreté. A la chevalerie à la mode toute parfumée, frisée, et gantée, François voulait substituer la vraie chevalerie évangélique dont la beauté est tout intérieure et qui ne garde pour ornement que la simplicité et le détachement de ce qui n’est pas Dieu. Bien chers malades, infirmes, pauvres et délaissés de toutes sortes, l’eussiez-vous cru si l’histoire n’était là pour vous l’affirmer ? Ce qui fait le sujet de votre tristesse a été, après la conversion de François, l’objet de ses désirs. Autant vous ambitionnez naturellement de ne manquer de rien, afin de pouvoir vous adonner en suite à la piété et aux exercices de dévotion, autant il désirait manquer de tout afin de ne se complaire en aucune des choses d’ici-bas et de ne chercher de repos qu’en Dieu. Notre âme est comme la colombe que Noé a envoyée après le déluge, pour explorer la terre et s’assurer si elle était en état de recevoir les humains : comme elle ne trouve aucun endroit où reposer ses pieds, elle revint dans l’arche. De même, si nous ne trouvons rien de plaisant sur la terre où se versent tant de pleurs, même pendant l’existence terrestre nous retournerons en esprit et de cœur dans l’arche céleste qu’habitent la Trinité sainte avec les élus. Bénissez donc Dieu de ce que la
pauvreté, la maladie, les contrariétés de toutes sortes vous forcent
à vous détacher de la terre et à vous attacher dès maintenant au Souverain
Bien, seul capable de combler les immenses désirs de vos cœurs. L’idéal
de pauvreté séraphique, comme l’Idéal évangélique, est de se détacher
du créé pour s’attacher à l’Incréé et sachez qu’il favorisera l’amour
de Dieu dans la mesure où il déterminera à plus de générosité dans
le détachement et l’oubli de soi. Couvent de Rosemont, Montréal . Elle vint au soir d’un beau jour. Nous avions communié ensemble le matin; au retour à la maison l’action de grâces s’était prolongée dans une lecture spirituelle qui rendait bien le son de nos âmes unies en Dieu ; comme à l’ordinaire tous les dimanches à quatre heures, il était allé passer une heure à l’église pour sa visite au Très Saint-Sacrement et son chemin de la croix ; après une petite veillée chez notre fille malade nous venions à peine de terminer notre méditation, quand le Seigneur le rappela soudain à Lui me laissant seule ici-bas, comme pour me sevrer de tout autre amour que l’amour divin . C’est alors que tout éplorée et
ne trouvant de lueur d’espoir qu’en Jésus, je me jetai dans Ses bras,
sur Son Cœur Sacré qui le jour même m’avait donné tant de preuves
de Son infinie tendresse, Et là, j’acceptai tout pour Son amour. Il
m’Inspira même le courage de dire du fond du cœur : « Merci, Seigneur!
Vous ne pouviez pas me demander de plus grand sacrifice. Je suis heureuse
que Vous me fournissiez cette occasion de Vous prouver mon amour.
» 3. Je compris dans la douleur le
sens de ces mots ‘ Victime d’amour « que je n’avais pu comprendre
dans le bonheur. Ce qui rend le mieux les dispositions de mon âme
actuellement, est ce cri du cœur : « La souffrance est le don royal
de Dieu! » » Quelque prix qu’elle coûte, elle n’est jamais payée trop
cher. » Une Tertiaire de
saint François de Montréal. L'amour de Dieu 30
septembre 1941 La grande caractéristique de sainte
Claire comme celle de saint François, c’est le détachement de tout
ce qui n’est pas Dieu. Deux Papes ont reçu de sa part une demande
instante du privilège de la pauvreté, Innocent III en 1215 et Grégoire
IX en 1228. Après des hésitations et des tentatives de faire accepter
des adoucissements, Grégoire IX se rendit aux désirs ardents de la
sainte lors de la canonisation de saint François et lui confirma «
le privilège de la très haute pauvreté qui lui avait été accordé treize
ans auparavant par son prédécesseur » ( Vie de Saint François, P.
Cuthbert,p.222) . C’était comme la consécration du message que François
sur le point de mourir avait envoyé à Claire, « de garder fermement
la pauvreté à laquelle elle s’était consacrée ».- Nul homme ne fut
plus avide de richesses, que ces deux saintes âmes ne le furent de
la pauvreté la plus absolue. Chers malades, voilà de nouvelles considérations pour vous gagner au détachement de ce qui n’est pas Dieu. Il ne faudrait plus vous plaindre si vous êtes pauvres, s’il vous manque du nécessaire, si vous n’êtes pas sûrs du lendemain, si le chômage ou l’impuissance dans laquelle vous êtes de gagner vous –même votre pain vous force de recourir à la bienveillance d’autrui par la mendicité ou le secours des pouvoirs publics. Ces privations ramènent au sens des proportions ; elles oblige et à reconnaître que nous avons au-dessus de nous un Dieu puissant et bon, qu’Il vient en aide par sa Providence à ceux qui se confient en Lui, que c’est un honneur à nul autre pareil que d’être un instrument vivant de cette Providence auprès des nécessiteux, que Jésus pousse la condescendance jusqu’à considérer comme fait à Lui même ce qui est fait en faveur des plus petits créés, comme nous, à son image et ressemblance Il n’y a rien pour disposer à l’amour de Dieu comme le détachement des biens, opéré dans l’exercice de la charité et de la bienfaisance. C’est le moyen à votre portée de reproduire en vous l’idéal de pauvreté de ces deux âmes séraphiques que sont saint François et sainte Claire d’Assise L'amour de Dieu
7
octobre 1941 Saint François a eu l’originalité
de vouloir vivre un détachement volontaire allant jusqu’à la mendicité.
De riche qu’il était il est devenu pauvre après son dépouillement
devant l’Évêque, et, à l’encontre de ce que l’on voit chez les humains,
il fit de sa pauvreté un sujet de gloire : il voulut copier son Divin
Maître né dans une étable et mort nu sur la croix; tout cela demandait
une foi héroïque qui en fit un signe de contradiction au milieu de
ses concitoyens, tout comme Jésus à Nazareth. N ous saisirez d’autant
mieux ces vérités profondes que vous vous exercerez dès maintenant
à vous détacher petit à petit des biens de ce monde par amour pour
le bon Dieu; rappelez-vous ce trait de la vie de François avant sa
conversion. Un jour il avait refusé l’aumône à un pauvre qui demandait
pour l’amour de Dieu, parce qu’il était tout entier au service d’un
client dans le magasin de son père. Le souci des biens terrestres
l’enlevait pour lors au souci de Dieu et de ce qui peut lui plaire.
Mais il se ressaisit aussitôt en songeant que ce pauvre demandait
au nom de Dieu ce qu’il n’aurait pas refusé, si ce fût demandé au
nom d’un grand de la terre. Il courut auprès du pauvre et il se punit
de son manque de foi par un aumône double. L'amour de Dieu 18 septembre 1941 De cette vertu, pourtant en horreur au monde et à l’humaine nature, François d’Assise fut épris dès le début de sa conversion. Lors de son dépouillement devant l’évêque d’Assise, il eut l’intuition de son excellence et il l’apprécia en raison directe des terribles renoncements qu’elle exige, à la suite de la conquête de son premier disciple, ses convictions ne manquèrent pas de s’affermir. Elles devinrent évidemment l’unique idéal de sa vie. Peu de temps après l’épisode qui gagne Bernard de Quintavalle à la pratique de la pauvreté évangélique, un docteur en droit de l’université de Bologne, Pierre Cathani, entendit l’appel de la grâce et voulut se placer lui aussi sous la conduite de François. Ce nouveau maître fut on ne peut plus heureux de voir un homme érudit, disposé à suivre les simples voies de la pauvreté évangélique.Néanmoins, comme il voulait s’effacer en tout et laisser au Seigneur lui-même le soin de diriger ses nouveaux disciples, il convint avec Pierre et Bernard que le lendemain ils iraient entendre la messe à l’Église Saint-Nicolas et qu’après avoir prié dévotement ils demanderaient à Dieu de manifester sa volonté à l’ouverture du livre de l’Évangile. Tout fut fait tel que convenu. Au moment fixé, en présence de ses compagnons, François ouvrit le livre au hasard. Ses yeux tombèrent sur ces lignes de saint Matthieu, 19,21 : » Si vous voulez être parfaits, allez, vendez ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres, ainsi vous amasserez des trésors dans les cieux ; puis venez et suivez-moi. » Il ouvrit le livre une deuxième fois et lut ces lignes de saint Luc, s9,3 : « Ne prenez rien pour votre voyage, ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent, ne conservez pas deux vêtements. » - Il ouvrit pour la troisième fois et lut : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même , qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (St Mathieu,, 16,24) À ces mots, François pleurant de joie se tourna vers ses disciples et dit : « Mes frères, voilà la vie et la règle qui doivent être les nôtres et celles de tous ceux qui voudront se joindre à nous. Allez donc, accomplissez le commandement que vous venez d’entendre. » Pendant la distribution publique des biens de Bernard arriva un fait typique qui révèle admirablement l’esprit de François. Il y avait parmi les assistants un chanoine du nom de Sylvestre. Voyant que l’argent était donnée aux pauvres à pleines mains, il fut pris de convoitise. Il s’avança pour réclamer de François son dû : des pierres qu’il avait cédées pour la réparation de Saint-Damien et pour lesquelles il n’avait rien reçu. Sans hésiter un instant, François, prit une poignée de monnaie et la jeta avec mépris dans la besace du pauvre avare. Ce geste révélateur lui ouvrit les yeux et le fit rentrer en lui-même. A la vue de l’absolu détachement de ces hommes, il comprit sa sordide avarice et pris de remords alla peu après demander à François avec le pardon de sa faute l’honneur de se ranger au nombre de ses disciples. Quelle mentalité nouvelle dans ce siècle où l’on voyait se multiplier les luttes de la féodalité ! Pour se disputer des biens temporels les seigneurs se livraient impunément une guerre sans merci et faisaient y participer leur vassaux, serfs et paysans. Dans cette société, divisée à cause des richesses, François se présente en libérateur en rappelant le message évangélique : par ses gestes plus que par ses paroles, il méprise la richesse, il la fuit comme le plus grand des malheurs, il la distribue avec une vive satisfaction à ceux qui en sont privés et manquent du nécessaire. Depuis l’époque des saints Pères où les plus fervents quittaient tout pour peupler les déserts, le monde n’avait plus été témoin d’un tel détachement; aussi en fut-il d’abord stupéfait et il n’est pas étonnant que son premier mouvement fut d’en vouloir conjurer l’influence par le mépris,, l’opposition, une persécution plus ou moins voilée. Néanmoins la lumière de la grâce fut plus forte que les ténèbres de la passion et des préjugés. Elle fut si éblouissante en la vie de François revenu sincèrement au Seigneur, qu’elle lui attira des adeptes entièrement gagnés comme lui à l’idée d’aimer Dieu, au point de lui sacrifier non seulement en esprit mais aussi en vérité tous les biens de ce monde, cause de tant de maux parmi les hommes. En ce siècle qui propose aux hommes
un idéal sans-Dieu et les range en deux camps ennemis actuellement
aux prises dans une tuerie indescriptible pour la possession de la
richesse et les sceptres de la domination, est-ce que la pauvreté
chrétienne et séraphique ne serait pas la panacée à tous les maux
qui affligent les individus et les peuples ? Puisque Dieu l’emporte
sur son œuvre au point que l’on doive dire : Mon Dieu, mon Tout, pourquoi
se donner tant de mal pour posséder des biens, cause de tant de malheurs
? Ne vaut-il pas mieux les mépriser comme François, et se contenter
du nécessaire à la subsistance ? ‘ Que sert à l’homme de gagner l’univers
entier, s’Il vient à perdre son âme »’ dit Jésus ? Ce n’est donc pas
sans raison que la pauvreté, à l’encontre du sentiment universel,
est appelée la reine des vertus et que François en fait un idéal de
vie. « Telle est l’excellence de la très haute pauvreté, dit saint François, qu’elle établit héritier et roi du royaume des cieux. » Les fêtes liturgiques que nous célébrons cette semaine doivent aider les malades à se pénétrer toujours plus de la valeur de la souffrance : dimanche, c’était l’exaltation de la sainte Croix, hier c’était la fête de Notre Dame des Sept-Douleurs et demain, c’est la fête des Stigmates de saint François d’Assise. Chacune de ces fêtes exalte à sa façon la nécessité, la gloire, les effets de la croix et voudrait amener les croyants non seulement à ne pas se plaindre de leurs croix mais à les rechercher comme un bienfait digne d’envie. Que les malades au moins retiennent que l’amour de Dieu ne s’obtient qu’à ce prix, et que, puisque le Seigneur met la croix à leur portée, ils doivent la saisir avec avidité, et attendre en retour un accroissement d’amour de Dieu dans leur cœur. Faites vôtre une prière qui vous préparera admirablement au rôle de victime d’amour, c’est la prière de François d’Assise qui lui a valu de porter dans sa chair les Stigmates de la Rédemption; remarquez bien la sublimité de cette prière. Prière Et vous, ô grand saint Antoine, merci des interventions toutes puissantes que vous multipliez en faveur de ceux qui mette en vous leur confiance. Donnez à tous l’esprit de pauvreté, inspirez plus de générosité et de compassion en faveur des nécessiteux, et obtenez-nous de croître chaque jour en cet amour divin qui fait si bien oublier tout le reste, qui rend heureux d’endurer des privations et des douleurs à l’exemple de Jésus pour le glorification de notre Père de Cieux. Ainsi soit-il. L'amour de Dieu - C’est un christianisme intégral
que demande François à ses enfants, quelle que soit leur fonction
dans l’Église ou la société, et non un christianisme édulcoré qui
compose devant les renoncements à imposer à la nature. On est tenté
dans ce siècle de réduire la religion en vaines formules. Invitez
bien des hommes du monde à une retraite fermée. À ses yeux, toute la religion consiste dans des pratiques extérieures qui s’allient très bien avec l’attachement aux richesses, aux plaisirs, aux honneurs. Il ne leur viendra même pas à l’idée que la foi chrétienne a d’autres exigences. Et ce mal est par trop général dans le monde. Ce qui pis est, la classe instruite en est souvent la plus atteinte. Elle s’est bâti une religion facile, qui ne demande pas trop de sacrifices, qui flatte l’orgueil, la sensualité, le cumul des biens, en un mot un christianisme bourgeois qui commence à se faire mauvaise presse parmi les Communistes et les ennemis de la vaine religiosité. Ceux-là de fait, quelque croyants
qu’ils s’affichent dans leur milieu social, sont en réalité des païens,
qui ont de chrétien que le nom. Ils sont attachés à toute autre chose
qu’à Dieu et ils sont prêts à Le trahir à la moindre occasion. En
voici des preuves irréfutables ; - une première, c’est qu’ils laisseront
le prochain dans la misère à leurs côtés, sans daigner faire le plus
petit sacrifice pour leur être secourable ; ils ont toutes sortes
d’excuses pour éluder la loi de la charité- Une deuxième preuve, c’est
qu’ils tomberont dans la luxure, l’onanisme, l’adultère, l’intempérance,
sous prétexte que c’est la mode dans ce milieu social, que c ‘est
difficile de se dominer, que le bon Dieu n’est pas un sauvage, qu’Il
ne tient pas compte de ces faiblesses, - Une troisième preuve enfin,
c’est qu’ils s’en prendront aux représentants du culte, quand la foi
viendra contrecarrer leur jugement ou qu’ils tenteront de vouloir
se justifier par quelque scandale de prêtre. - Dans leur for intérieur
ces mondains faiblissent devant la plus petite tentation, car ils
ne savent pas se renoncer pour Dieu ; et en temps de persécution,
ils imiteraient bien des catholiques d’Espagne et du Mexique, en reniant
leur foi devant les ennemis de Dieu. Pour ces chrétiens, ce n’est
pas Dieu qui compte dans leur pensée et leur sentiment, ce sont les
richesses, les plaisirs, les honneurs, et, dans le but de se les procurer
ou de s’éviter des ennuis, ils sacrifient l’amour de Dieu, en ignorant
les exigences pratiques de la foi. 1- - Seigneur, les biens dont vous m’avez établi l’économe, ( je parle ici au nom des laïcs gagnés à Dieu ) , tous ces biens, dis-je, sont à Vous et, pour ne pas l’oublier moi-même, pour vos pauvres et les besoins du culte ; et ce sacrifice je le fais parce que mon amour pour Vous m’incite à Vous donner ce qui m’est utile, ce qui m’est nécessaire même. 2-Le corps que je tiens de votre bonté et à qui mon âme infuse la vie, je veux lui donner la nourriture nécessaire, sans le gaver. Les gens mariés pourraient ajouter : sans être esclave de la sensualité, je veux bien le faire servir à multiplier les élus sur terre ; je désire même que l’amour humain m’aide à mieux connaître les attraits de l’amour divin. 3- Enfin, Seigneur, mon âme spirituelle
comme Vous mais liée à un corps doit préférer la lumière qui vient
de la foi aux connaissances qui viennent des sens et s’appliquer à
faire passer dans ma vie entière ce que Vous me demandez dans le révélation,
quand ce serait le sacrifice des biens, des mes aises, de ma vie même. Quoi de plus utile à cette fin, que de s’entraîner à la pensée de Dieu et de multiplier si bien les actes de préférence de Dieu, qu’il ne vienne jamais à l’idée de sacrifier Son bon plaisir à une vaine satisfaction venant du créée ! Un moyen d’arriver à penser souvent à Dieu, c’est de faire un signe de croix à son réveil; d’éloigner toute préoccupation au moment de la prière ; d’élever vers Dieu son cœur en face des contradictions pour demander grâce et conseil ; de voir Ses perfections infinies dans les êtres créés et Son image dans le prochain ; d’accomplir ses devoirs d’état avec la pureté d’intention qu’apporterait le Christ Lui –même à notre place. Un moyen de préférer Dieu toujours, c’est de Le comparer à ce qui fait l’objet de la tentation et de lui dire chaque fois ; Mon Dieu, c’est Vous que je préfère, je veux accomplir Votre sainte volonté,dut-elle me priver de tout bien, de mon honneur, de ma vie même. ‘ Non mea volontas, sed tua fiat! » disait Notre-Seigneur au jardin des Oliviers. Le même langage s’impose à tout chrétien dans les moindres détails de l’existence, donc dans sa vie personnelle, familiale, professionnelle, sociale, politique, nationale et même internationale. La conscience est une, à quelque
besogne qu’on soit employé, et c’est Dieu qui doit l’informer. ‘ L’âme
est le trône de la sagesse, disait saint Antoine, et la sagesse chrétienne
doit être la vie de l’âme comme l’âme est la vie du corps. En d’autres
termes, le christianisme pleinement vécu est ‘ la suprême réalisation
de l’homme ici-bas ». Votre religion, pas plus que celle
des mondains, ne doit consister en des formules dites du bout des
lèvres tandis que le cœur et loin de Dieu par la révolte ou le murmure
; même quand ces formules sont des chapelets, des chemins de croix,
une neuvaine à saint Antoine. Votre religion doit vous faire accepter
avec résignation sinon avec joie les renoncements demandés par Notre-Seigneur,
fussent-ils les plus terribles à la nature. Au premier comme au dernier
rang de l’échelle sociale, le christianisme impose le point de vue
de Dieu fut-il le plus cruel des crucifiements. Ce fut la religion
du Christ et de François; ce doit être la nôtre dans le monde comme
en communauté 14 octobre 1941 La pauvreté séraphique pouvait convenir à la rigueur à des individus pris isolément et à une famille religieuse fortement constituée dont les membres voudraient mettre en pratique à la lettre le saint Évangile de Notre-Seigneur. Mais une foi qui inspire de se dépouiller de tous ses biens pour s’abandonner à la Providence, ne pouvait devenir un idéal de vie à proposer à tous les chrétiens ; François le comprit dès qu’il vit affluer les recrues et qu’il remarqua chez les personnes mariées le même désir de tout quitter pour entrer dans son Ordre. « Attendez avant de mettre vos bons desseins à exécution, leur dit François ; je songerai à vous et, la grâce de Dieu aidant, je vous trouverai un genre de vie qui vous permettra de réaliser vos désirs de perfection sans sorti, du siècle. » Il songea dès lors à la fondation d’un troisième ordre pour les séculiers ; de là l’idée de son Tiers-Ordre. François prêchait le détachement de ce qui n’est pas Dieu. Il avait la sagesse de le préférer aux biens de la fortune, du corps et de l’âme ; mais il était loin de mépriser pour cela la propriété, le mariage, la science du créé, comme certains hérétiques du temps tels les Vaudois, les Albigeois, les Cathares, qui, pour confondre les abus qu’on en faisait, les condamnaient sans distinction. Au contraire, il avait un profond respect pour toute l’œuvre de Dieu et il faisait de chacun des êtres appelés à l’existence comme une échelle pour s’élever à Lui. Il les voyait pour ainsi dire avec l’œil de Dieu, et il voulait enseigner aux hommes à s’en servir à son exemple comme d’un échelon pour se rapprocher de Dieu. Pour qu’il en soit ainsi, l’homme n’a qu’à s’astreindre à voir Dieu dans le créé, la cause dans l’effet, ses perfections infinies dans le spécimen de perfection qui tombe sous les yeux ; il lui devient facile alors de n’utiliser les êtres que selon les vues de l’auteur de toute chose. Les biens pour se procurer le nécessaire à la subsistance et non le luxe ; le mariage non pour satisfaire ses passions, mais pour se faire une idée plus précise de l’amour de Dieu et seconder ses desseins dans cette sainte institution ; la science pour faire tout servir selon les fins voulues de Dieu. Cette position de l’esprit de François est comme un retour à la justice originelle : elle fait de Dieu le centre de l’univers et tend à modeler les activités des hommes sur celles du Fils de Dieu fait homme, notre béni Seigneur Jésus. Dès lors, selon le langage de saint Paul. ‘ ceux qui possèdent, sont comme ne possédant pas; ceux qui ont une femme, sont comme n’en ayant pas ; et ceux qui usent des choses de ce monde, sont comme n’en usant pas. » ( I Cor., VII,30.) Ce qui revient à dire : ‘ À quoi sert de s’attacher à quelque chose ici-bas? Par exemple à des biens que la rouille altère, à un conjoint de qui la mort sépare, à une prétendue indépendance, comme si on pouvait se suffire à soi-même ? » « La figure de ce monde passe. » Il n’y a que Dieu qui demeure et il doit être le tout de notre vie. Une attache au créée n’est légitime que dans la mesure où elle contribue à rapprocher de Dieu, en aidant à Le mieux connaître, aimer et servir. |