MON DIEU ET MON TOUT

© + Sr Denise Ermite

Amour-De-Dieu- P.Fernand-Coiteux.html

Introduction
Mes mardis à la radio : 2ième série Père Ferdinand Coiteux o.f.m.
Édition Pax et Bonum 2010-80 O. Dorchester Montréal ( 25)
1945 Imprimatur, Philippe Perrier, P.A. V.G.Montréal, 12 octobre 1945
Nihil obstat Fr.Nérée-Marie Beaudet,o.f.m.
Fr. Damasus Laberge O.F.M. Marianopili,die 3a Octobris 1945
D.P.Com.Prov.du T.O.Marianopili,die 3a Octobris 1945 Imprimi potest

Que le commun des chrétiens, capables de donner au monde l’exemple concret de la pauvreté volontaire et d’opposer ainsi au communisme montant la plus solide barrière qu’on puisse trouver. Il n’y a pas un grand danger que ces apôtres soient légion ; la tendance du siècle présent entraîne tellement les chrétiens eux-mêmes à jouir le plus possible des aises de la vie ; on le voit quand on leur prêche le mépris des richesses, au sens évangélique du mot, et comme l’Église nous le fait demander dans de très nombreuses oraisons du missel. Facilement on est taxé d’exagération, d’intelligence des besoins actuels et des aspirations des âmes. Souhaitons que saint François, sainte Claire et le Bx Luchésio trouvent de nos jours, grâce au livre du R.P. Ferdinand, de fervents imitateurs dans tous les ordres de la vie ; ils renouvelleront ainsi chez nous les traditions de simplicité et de sainte austérité qui ont caractérisé notre peuple autrefois et qui constitueront le cadre où l’amour de Dieu Présentation :

L’un des plus précieux effets de l’amour de Dieu dans une âme chrétienne, c’est de la dégager des liens multiples qui la rivaient à la terre et, en particulier, de l’inclination déréglée qui nous porte à rechercher passionnément les biens de ce monde. Plus l’amour grandit, plus il remplit le cœur, plus aussi il lui fait mépriser ces richesses caduques, passagères, qui ne sauraient par elles-mêmes donner le bonheur.

Et un jour vient où le détachement complet semble être la seule mesure qui puisse contenter une âme éprise de son Dieu : elle est prête même à manquer du nécessaire, si la divine Providence permet qu’elle en vienne à cette extrémité. Une seule chose lui importe : aimer uniquement, aussi parfaitement que possible Celui qui mérite d’être infiniment aimé. Elle peut s’appliquer alors ce que saint Thérèse de Lisieux disait de la pauvreté spirituelle : « Au cœur divin débordant de tendresse j’ai tout donné ! légèrement je cours… Je n’ai plus rien que ma seule richesse ! Vivre d’amour. »

La pauvreté n’est pas à la mode ; l’a-t-elle jamais été ! Ce n’est pas qu’il n’y ait plus de pauvres parmi nous : Jésus nous a avertis qu’il y en aurait toujours. Un trop grand nombre de malheureux, dénués de ressources, sont en proie aux souffrances de toutes sortes causées par l’indigence, dans nos pays qui n’ont guère pâti de la guerre. Mais, parmi eux, combien qui n’acceptent pas de bon coeur leur épreuve, qui murmurent, qui s’impatientent, qui s’irritent contre le sort qui leur est fait par la Providence, qui se laissent même aller jusqu’à blasphémer contre Dieu, en lui attribuant injustement la pénible situation où ils vivent. Ceux –là ne pratiquent pas la vertu de pauvreté, même au degré strictement requis des chrétiens.

La pauvreté chrétienne ne consiste pas tant dans le dépouillement des richesses que dans le détachement du coeur à l’égard des biens d’ici-bas, quels qu’ils soient. Tous ceux qui veulent marcher sur les traces de Jésus, être véritablement chrétiens, sont tenus d’avoir cette pauvreté d’esprit, s’ils veulent un jour entrer dans le royaume des cieux. Le divin Maître l’a dit expressément : « Celui qui ne renonce pas (d’affection) à tout ce qu’il possède, ne peut -être mon disciple ». Ailleurs, il affirme ‘ qu’on ne peut servir à la fois deux maîtres, Dieu et Mammon » notre Père et le dieu de la richesse. Nous savons aussi qu’il a fait de l’aumône un précepte formel de sa loi d’amour

Détachement affectif, oui, à tout le moins ; l’amour de Dieu, en nous attachant à Lui, nous détournera promptement et efficacement des biens de la terre. Et alors, en pratique, si nous ne voulons pas nous faire illusion, nous en viendrons au détachement effectif. Il est très facile de penser ou de dire qu’on n’est pas attaché aux richesses, qu’on ne désire pas en acquérir de plus considérables, quand on jouit tranquillement des biens de ce monde et qu’on se procure toutes les satisfactions qu’ils peuvent nous apporter. Nous aurons pratiquement la preuve de notre pauvreté d’esprit et de coeur que le jour où, de fait, nous sèmerons dans les mains des pauvres où nous perdrons, sans trop de peine, les ressources que nous possédons.

Mais l’amour de Dieu, quand il s’accroît dans notre âme, ne s’arrête pas là, à ce qui est strictement obligatoire de par la loi divine ; il nous porte à nous détacher volontairement même des biens que nous pourrions garder légitiment. Il y a là plus qu’une vertu ordinaire ; dans cet abandon, librement consenti, des choses qui nous appartiennent, il faut reconnaître l’influence manifeste des dons du Saint-Esprit, surtout du don de science et du don de crainte de Dieu ; sous la lumière divine les biens terrestres nous paraissent comme méprisables, en comparaison de ceux du ciel et, pour empêcher qu’ils nous séparent de Dieu, l’unique objet de notre amour, nous renonçons volontiers à les posséder. « Que la terre me paraît vile, quand je regarde le ciel », disait saint Louis de Gonzague, tout embrasé de l’amour divin.

Cette pauvreté volontaire peut-elle être appelée la ‘reine des vertus ! « On donne déjà cette couronne à la charité, vertu théologale, et avec raison ; car elle nous unit directement à Dieu et elle donne la vie, pour ainsi dire, à toutes les autres vertus. Elle seule ne passera pas avec notre fragile existence ici-bas ; elle subsistera même dans le ciel, alors que la foi et l’espérance disparaîtront. Cependant, en un certain sens, on peut dire que cette pauvreté si parfaite est à la base de toute sainteté, qu’elle est le fondement absolument nécessaire, sans lequel nul ne saurait arriver à la perfection. Saint Louis de France l’a pratiquée sur le trône, mais il est plus facile d’en faire les actes, quand on a renoncé au monde.

Saint Ambroise nous donne la raison de cette prééminence de la pauvreté, dans son commentaire du Sermon sur la Montagne : ‘’ Bienheureux les pauvres, écrit-il, car le royaume de Dieu est à eux. Les deux évangélistes, Matthieu et Luc mettent, tous deux, cette béatitude en premier lieu. De fait, elle figure au premier rang (de la Série), étant, en quelque sorte, la mère et l’origine des vertus. Celui, en effet, qui méprise les choses de ce monde, méritera celles de l’éternité et personne ne peut avoir droit au royaume céleste, si, dominé par la cupidité, le désir effréné des richesses, il ne parvient pas à la surmonter. »

Mettons donc bien haut dans notre estime cette pauvreté volontaire, à laquelle nous pousse notre amour de Dieu, s’il est ardent. Aussi faut-il louer l’auteur du présent volume, qui n’a pas craint, dans un siècle pétri de matérialisme et dévoré par la soif des richesses, de chanter les gloires et les avantages de la pauvreté évangélique. Il nous en montre bien le vrai visage, dans les récits qu’il nous fait de la vie du Petit Pauvre, saint François d’Assise, de son émule et compatriote, sainte Claire, de son disciple. La source de tous les maux, c’est la cupidité « c’est-à-dire la recherche passionnée des biens terrestres.Le Bienheureux Luchésio. Comment ne pas nous sentir entraînés à imiter de si beaux modèles, ne pas chercher efficacement les moyens de suivre ainsi Jésus qui, infiniment riche, a voulu se faire pauvre pour nous ! « Noël, la crèche, l’étable, tout cela ne nous rappelle-t-il pas l’éloquente leçon de pauvreté volontaire que Jésus est venu enseigner au monde ?

L’époque où nous vivons a besoin, plus que jamais, d’entendre la voix et de suivre l’exemple du Sauveur divinement pauvre. Partout on est étourdi par les clameurs des humains acharnés à la poursuite des biens de ce monde ; la cupidité exerce son empire sur les peuples et sur les individus ; S.S.Pie XI le rappelait dans l’Encyclique ‘ Divini Redemptoris « Les grandes nations, guidées par leur impérialisme, englobent les plus faibles, sous prétexte ‘ d’espace vital’ ou de ‘ protection « ! les puissants de la terre augmentent sans cesse leurs revenus, au détriment de la classe laborieuse ; beaucoup de travailleurs, dès lors, reçoivent des salaires tout à fait insuffisants ; de là, la lutte des classes, les haines, les guerres. Saint-Paul n’a-t-il pas écrit : » Aussi quelle vie trépidante nous vivons ! L’Homme, absorbé par les préoccupations de la terre, oublie qu’il est un ‘ voyageur », viator, qu’il n’a pas ici-bas ‘ de demeure permanente », qu’il ne doit pas s’installer en ce monde, comme s’il ne devait jamais mourir, mais plutôt se hâter vers la patrie véritable, le ciel, en se débarrassant le plus possible de tous les bagages encombrants, des biens de la terre et des tracas qu’ils suscitent constamment. Heureux celui qui a compris l’invitation de l’Évangile et qui tient son cœur libre des soucis de la terre, tourné vers le trésor du chrétien, le seul véritable trésor, le bonheur de l’éternité !

Actuellement, il est opportun d’inviter les chrétiens à la pratique de cette pauvreté volontaire, tant recommandée par Jésus Lui-même et par les saints de toutes les époques ; qu’on se rappelle les splendides homélies de saint Jean Chrysostome, les cantiques enflammés du bienheureux Grignion de Montfort, que l’Église s’apprête à canoniser. Dans l’allocution qu’il prononçait lors de la réception du pallium, le regretté Mgr. Georges Gauthier souhaitait voir se lever quelques âmes, plus généreuses opéra des merveilles de sainteté dans les âmes.

©Rosario Lesieur,p.s

L’amour de Dieu dans l’âme séraphique,

C’est le dépouillement de tout ce qui n’est pas Dieu, en commençant par le détachement des biens de ce monde, au moins en esprit. Le concept de perfection basé sur la pauvreté comporte toute une philosophie de la vie. À première vue il est simple de se détacher des richesses pour s’attacher à Dieu. La théorie rallie bien des sentiments. Mais quand le principe doit se traduire dans les actes, le nombre des adhérents diminue. Les sacrifices réclament des atermoiements, les obstacles paraissent insurmontables ; alarmée par le monde et le démon la nature désarme souvent les plus mâles courages.

Ces émissions montrent, aux prises avec les difficultés du dépouillement, des représentants de la mentalité séraphique : François avec Claire d’Assise pour les religieux, Luchesio pour les fidèles. Saint François d’Assise s’est astreint au voeu, quand il eut gagné le Pape Innocent III à son idéal de pauvreté absolue pour lui et ses enfants des deux premiers Ordres

Il est intéressant de voir se dérouler le drame intérieur qui le montre en lutte ouverte :

1-avec ses anciennes habitudes de luxe ;
2-avec son père Bernardone qui ne souffre plus ses prodigalités, quand elles sont en faveur de l’Église de Saint-Damien
3- Avec l’Évêque Guido d’Assise, enclin à approuver son père, mais converti aux idées de François, quand il le vint nu à ses pieds remettant ses habits à son père ;
4-avec l’Église Romaine, qui hésita à consacrer une telle interprétation de l’Évangile en matière de pauvreté pour groupements comme pour individus.

Dix causeries invitent à applaudir aux différentes péripéties qui se déroulaient au XIII e siècle dans la petite ville d’Assise et qui n’ont rien perdu de leur actualité en ce siècle où les hommes ne doivent pas se faire moins de violence pour s’arracher à l’emprise enveloppante des biens de ce monde, s’ils veulent pratiquer la pauvreté en vue d’arriver à l’amour de Dieu.

Luchesio, lui, est un séculier converti à la philosophie de François sur la pauvreté, mais lié par des obligations familiales et professionnelles à la possession des biens de ce monde. Il n’est pas moins intéressant de voir la transformation opérée, si tôt qu’il devînt enfant de Saint François par le Tiers-Ordre dont il fut le premier membre. Dès lors il ne se considère plus comme le propriétaire de ses biens, mais comme simple intendant du Divin Maître : il est toujours prêt à suivre les moindres directives du saint Évangile et il le pratique à la lettre.

Le changement fut si radical, que la maison du riche marchand devint en peu de temps L’AUBERGE DU SEIGNEUR pour tous les pauvres qui venaient y chercher secours et protection. Trois émissions ont suffi à montrer les merveilleux changements qu’amena en cette famille la vertu de pauvreté. Si cet exemple lumineux étant suivi par beaucoup de fidèles, l’esprit chrétien gagnerait du terrain et ne manquerait pas de ramener à Dieu notre société moderne, si divisée par l’avarice et l’appât du gain.

Ces esquisses font voir des modèles appropriés aux besoins actuels. Elles nous montrent en chair et en os un amour de Dieu, qui a déterminé bien des âmes depuis sept siècles au même amour. Qu’ils les contemplent donc à nouveau, non plus sur l’image qu’évoquaient les ondes mais dans le cadre plus consistant d’un volume, les habitués de la Neuvaine à Saint-Antoine et qu’ils sachent, comme on le fait pour les portraits, les montrer aux parents et amis, en faire cadeau aux prêtres et aux religieux ou religieuses, pour inviter à cet authentique amour de Dieu. Le tout se termine par une causerie sur le Patron de L’Action catholique. Puisque l’Église confère à François d’Assisse cette sublime fonction, elle consacre pour ainsi dire sa conception de la sainteté, elle propose ses exemples à l’imitation des laïcs appelés à participer à son apostolat hiérarchique, elle incite à marcher sur les traces de ce modèle toujours vivant dans les Trois Ordres et à faire partie la milice séraphique. Le monde actuel, dit Pie XII, a besoin d’une croisade franciscaine.

Et voilà comment se représente au lecteur, ancien auditeur ou non, la 2e série de Mes Mardis à la radio.

La page frontispice donne du relief à cette pensée. Elle montrer en possession de l’amour de Dieu deux enfants de saint François : le religieux plane corps et âme dans une atmosphère surnaturelle, ; le laïc est comme enlisé jusqu’aux oreilles dans le matériel de sa vie familiale, professionnelle et sociale ; mais il reste grave quand même et le fait que sa tête émerge au-dessus du nuage, prouve qu’il vit Dieu dans le créé et ne cesse d’entendre sa voix persuasive au milieu des vains bruits de la terre. C’est une brillante illustration de la pauvreté en esprit et en vérité demandée par l’Évangile et rappelée opportunément au monde par saint François. La page la plus éloquente du volume est la dernière, au verso de la couverture. Elle est une miniature de la Vierge à la crèche ou même d’une Claire d’Assise moderne, l’âme toute liquéfiée à la vue de l’Enfant-Dieu. C’est l’amour dans la pauvreté. En un mot, l’image expressive ‘ L’Amour de Dieu dans l’âme séraphique

L’Auteur. Père F. Coiteaux o.f.m.

L'amour de Dieu
Les débuts de sa conversion

8 juillet 1941

Le grand saint Augustin a exprimé en ces termes cette pensée toujours vraie : ‘ Seigneur, tu nous as faits pour toi et notre cœur demeure inquiet jusqu’à ce qu’il se repose en toi.» C’est dire que l’âme ne saura jamais goûter la paix, tout le temps qu’elle prendra pour objet de ses préoccupation richesses, honneurs, plaisirs, et qu’elle laissera Dieu à l’arrière plan dans sa vie. Pour trouver la joie d’une bonne conscience, c’est Dieu qu’il faut chercher et aimer par-dessus tout, et pour acquérir cette perle précieuse, il faut sacrifier tout le reste ou du moins ne l’aimer et ne le chercher que dans la mesure où il contribue à rapprocher de Dieu.

Mais le changement ne sera véritable que s’il se manifeste dans les actes, et les premiers à poser ont trait au détachement des biens de ce monde.

1- L’exemple de François d’Assise peut fournir encore un bel argument de démonstration. La pratique de la bienfaisance et du dépouillement volontaire commença à le détacher de ce qui n’est pas Dieu. Au milieu de ses extravagances d’aspirant chevalier, il conserve un grand respect pour le pauvre : en lui il voit l’image de Notre-Seigneur et il soulage volontiers ses misères. Un jour toutefois qu’il sert de nombreux clients au magasin de son père, il refuse l’aumône à un mendiant qui avait demandé pour l’amour de Dieu. Le pauvre était à peine reparti, qu’il se ressaisit aussitôt, et se dit en lui-même : si la demande était venue de quelque grand Seigneur, tu aurais accueilli sa demande au nom du Seigneur : et tu as rudoyé ce malheureux, quand il tendait la main au nom de Dieu. Sans plus hésiter, il quitte le comptoir, se précipite vers lui.

Dans ses aspirations aux richesses et aux grandeurs de ce monde, il n’était pas sans remarquer un contraste navrant entre les différentes classes sociales, seigneurs, bourgeois et serfs-paysans. Et l’Esprit devait émouvoir de temps à autre son cœur compatissant à la vue des membres plus souffrants de son corps mystique. Quelque temps avant sa rupture d’avec le siècle, il revenait songeur d’une de ses fêtes et s’était laissé devancer par ses compagnons, quand l’un d’eux, le voyant absorbé dans ses pensées, lui cria sur le ton de la badinerie :


- Eh! Dis donc, François, serais-tu devenu amoureux ! Songes-tu à prendre femme !
–Oui, j’y songe, reprit François, et celle que j’épouserai est si belle qu’on n’en vit oncques de semblable sur la terre.

Dans son langage poétique, il voulait parler de Dame Pauvreté. Il lui vouait déjà un amour comparable à celui d’un époux pour son épouse et il pensait à la prendre pour compagne inséparable de sa vie. Après cette déclaration, il attendit peu et brisa avec le monde et ses vanités.Son père fut blessé au vif de ce changement radical dans son fils. Il usa d’abord de douceur, ensuite de menaces, et enfin, voyant qu’il ne gagnait rien, il le traîna devant l’évêque d’Assise. Il voulait amener l’autorité religieuse à persuader son fils de réintégrer domicile et de reprendre ses habitudes de vie bourgeoise et égoïste; Il prit pour grief du procès ses aumônes inconsidérées, et il devait mettre l’Évêque dans l’obligation de se prononcer en sa faveur. Mais la sagesse de François déjoue tout calcul. En présence de l’évêque et de son père, il enleva ses vêtements, les remit à son père, et, recouvert seulement d’un cilice, il dit, dans l’exaltation de sa confiance et de son amour : ‘ Jusqu’à présent j’ai appelé Bernardone, mon père; mais à l’avenir je pourrais dite en toute vérité :

Notre Père Qui êtes aux cieux ! » C’est-à-dire, je ne songerai plus à m’appuyer sur mon père selon la chair pour trouver le couvert, la nourriture, le vêtements, mais je compterai uniquement sur la Providence.


_ L’évêque, tout ému, couvrit sa sublime nudité, et il le prit sous sa protection. Le Patriarche des Pauvres venait de divorcer avec le siècle, pour unir sa destinée et celle de sa nombreuse postérité spirituelle à la Dame de ses rêves, Dame Pauvreté.

Il est difficile en quelques mots de donner une esquisse fidèle du changement opéré en François et des principaux actes qu’il a posés pour arriver à cettemerveilleuse transformation. Ses historiens en citent un grand nombre; je n’ai fait allusion qu’aux plus significatifs, dans le but de vous aider à réaliser quels sont les sacrifices à consentir pour faire du progrès dans l’amour du Bon Dieu.

2- Qu’on n’ait pas la tentation de donner comme excuse pour rester stationnaire et ne pas modifier sa manière d’agir : ‘’ Ces exemples sont bien trop élevés pour moi. Toute cela est bon pour des saints ; mais pour des chrétiens comme moi, il faut des visées plus modestes. »

À tous ceux de mes auditeurs (ou lecteurs) qui ambitionnent de se convertir sincèrement à l’amour de Dieu, je dirai : Commencez, comme François d’Assise, par la pratique de la bienfaisance et du dépouillement volontaire pour l’amour de Dieu.

Comme lui, ne refusez pas l’aumône au prochain, car « il faut aimer Dieu caché dans son prochain », dit le Bx. Grignion de Montfort.

Qu’il soit saint, qu’il soit coupable,
Qu’il soit petit, qu’il soit roi,Qu’il soit dur, qu’il soit affable,
Qu’il soit pour ou contre moi,
Il n’en est pas moins aimable,
Quand je le vois par la foi. »

Le jour de la Saint-Antoine une jeune fille rencontre au sortir d’une chapelle, le midi à Montréal, un pauvre tout déguenillé, presque nu-pieds tant ses chaussures étaient percées. Elle l’aborde gentiment en ces termes :

- Bonjour, mon cher ami!

EN GUISE DE RÉPLIQUE, LE PAUVRE LA SALUE DE LA TÊTE TIMIDEMENT-


Je gage que vous n’avez pas dîné! et sur sa réponse négative, elle poursuivit : Venez avec moi au restaurant, nous allons dîner ensemble. Le pauvre était tout surpris de se voir l’objet de tant d’attention et il le disait à sa bienfaitrice durant le repas :
C’est nouveau, mademoiselle, qu’on coure ainsi après les pauvres. On nous invite à manger dans les familles, on nous prépare même des banquets. Jusqu’à présent on nous fuyait plutôt comme la peste. Toute heureuse de ces remarques, la personne qui a fait cet acte de sublime charité, me les communiquait le soir même de la fête, en rendant gloire au Seigneur. La charité envers le prochain est la marque la plus authentique du véritable amour de Dieu ; Saint Jean l’affirme dans sa première épître, quand il dit : « à ceci nous avons connu l’amour, c’est que lui, Jésus, a donné sa vie pour nous. Nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères. Si quelqu’un possède les biens de ce monde et que, voyant son frère dans la nécessité, il ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui? Mes petits-enfants, n’aimons pas de paroles et de langue, mais en actions et en vérité. Par là nous connaissons que nous sommes de la vérité et que nous pouvons rassurer nos cœurs devant Dieu.(1 St Jean,III, 16.18)

Bien chers malades, vous le voyez, le premier pas à faire pour se convertir sincèrement au Seigneur et lui prouver son amour c’est de se dépouillereffectivement d’une portion de ses biens, si minime soit-elle, en faveur du prochain fait comme soi-même à l’image de Dieu. ‘ Comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas, celui qui n’aime pas son frère qu’il voit! « dit saint Jean, 1 Ep. IV,20Si vous aimez réellement Dieu dans votre prochain qui est dans le besoin, selon vos capacités, vous pourvoirez à ses besoins, couvrez ceux qui sont nus, donnez à manger à ceux qui ont faim, visitez les malades et les captifs. Et en attendant le jour béni de l’éternelle récompense, votre amour de Dieu grandira sur la terre et avec l’amour de Dieu, malgré vos souffrances, votre pauvreté, vos épreuves de toutes sortes, vous aurez la paix et la joie d’une bonne conscience.

Prière

O bon saint Antoine, qui avez grandi dans un amour de Dieu toujours croissant et qui, dès l’âge de quinze ans, avez pratiqué le détachement des biens de ce monde, usez de votre puissante intercession pour nous mériter à tous un grand esprit de pauvreté et un détachement toujours plus accusé de ce qui n’est pas Dieu. Pour développer ces dispositions dans l’âme, inspirez à tous de ne jamais refuser l’aumône à quiconque demandera pour l’amour de Dieu ; Si on ne peut donner qu’un sou, qu’on donne un sou; s’il n’y avait pas d’argent dont on peut disposer, qu’on donne autre chose qui nous appartient, qu’on exprime le regret de ne pouvoir donner davantage, qu’on ne refuse pas au moins la sympathie avec un sourire. Pour gagner à cette charité et complaisance envers le prochain les fidèles auditeurs de la Neuvaine perpétuelle en votre honneur, rappelez-leur que Dieu est caché dans le pauvre : Il considère comme prêté à lui-même ce que l’on fait au plus petit d’entre les siens. Donnez-nous d’entrer résolument dans la voie de l’amour de Dieu, en nous exerçant comme il convient à la pratique de la charité et de la bienfaisance. Ainsi soit-il

L'amour de Dieu
Pauvreté et charité

2 septembre 1941


Vous l’avez compris, la pratique de la pauvreté volontaire est le point de départ d’une conversion sincère à l’amour de Dieu. Elle détache des biens de ce monde et les fait servir à procurer le nécessaire à soi, aux siens, et au prochain dans le besoin. « Nous n’avons rien apporté dans le monde, dit saint Paul, et sans aucun doute nous n’en pourrons rien emporter. Si donc nous avons de quoi nous nourrir et nous couvrir, nous serons satisfaits. Ceux qui veulent être riches, (et craignent toujours d’en manquer ), tombent dans la tentation et dans le piège et dans une foule de convoitises insensées et funestes, qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition. Car c’est la source de tous les maux que l’amour de l’argent, et certains, pour s’y être livrés, se sont égarés de la foi, et se sont engagés eux-mêmes dans beaucoup de tourments. » ( I Tim, VI, 6-10.)

« Recommande donc à ceux qui possèdent, dit encore saint Paul à Timothée, de n’être pas hautains, de ne pas mettre leur espérance dans des richesses incertaines, mais en Dieu, qui nous donne avec abondance tout ce qui est nécessaire à la vie, de faire du bien, de devenir riches en bonnes œuvres, d’être prompts à donner généreusement ce qu’ils ont, s’amassant ainsi pour l’avenir un solide trésor qui leur permette d’acquérir la vie véritable. » ( I Tim., VI, 17-19) Plus les hommes apporteront de générosité à donner, plus Dieu les fera croître en son amour. Donnez si vous voulez que Dieu se manifeste à vous dans toute sa beauté et vous arrache à l’attrait des bagatelles. On en trouve la preuve éclatante dans le Poverello d’Assise.

Après son dépouillement devant l’évêque d’Assise, le premier soin de François fut de refaire la chapelle de Saint-Damien qui menaçait de tomber en ruine. Comme il n’avait plus rien, il recourut au Seigneur en demandant l’aumône de porte en porte, Il disait en toute simplicité à ses concitoyens qu’il avait été ébloui par le faste et l’opulence : « Celui qui me donnera une pierre, aura une récompense ; celui qui donnera trois pierres, aura trois récompenses. » Au début de son travail de restauration, il se retirait chez le chapelain de Saint-Damien. Mais au bout de quelque temps, François trouva que ce n’était pas assez de se fier sur la Providence. « Tu n’auras pas toujours, se dit-il à lui-même, quelqu’un sur qui compter pour trouver le nécessaire à ta subsistance. Exerce-toi maintenant ; va le demander au Seigneur en aumône. »


Il partit sur l`heure avec une simple écuelle, heureux de recevoir les restes qu’on lui offrait. Ils étaient si peu appétissants que, quant vint le moment de prendre sa pitance, la vue de ce menu lui donna des haut-le-cœur. Il se reprocha aussitôt sa délicatesse et, pour triompher de toute répugnance, il mordit à belles dents cette macédoine répugnante et l’avala résolument. À sa grande surprise « ce qui lui paru si amer s’était changé pour lui en douceur pour l’âme et le corps ». Il avoua lui-même n`avoir jamais mangé mets si savoureux. Son esprit de pauvreté l’avait déterminé à mettre sa confiance uniquement en Dieu et l`avait élevé au-dessus de toutes les répugnances de sa nature pour l`amener à se contenter de ce que le Seigneur lui présentait sur la table de Dame Pauvreté. En retour il en fut récompensé par une joie toute spirituelle et même un accroissement sensible d’amour de Dieu. Il expérimentait cette vérité toujours vraie que Dieu donne à qui Lui donne et qu’Il Se donne d’autant plus intégralement que le cœur donne avec plus de générosité. Ces deux traits de la vie de François, restauration de Saint-Damien et mendicité volontaire, sont particulièrement caractéristiques. Ils sont comme l`inauguration d’une vie basée sur le détachement de tout ce qui n’est pas Dieu. Ils commandent non seulement toute attache désordonnée aux biens de ce monde et l`esclavage de la gourmandise dans la sustentation du corps, mais aussi une confiance moins grande en la Providence qu’aux moyens naturels capables d’assurer la subsistance. Dès le début de sa conversion, François interprète déjà à la lettre ce passage de l’Évangile et en fait l`inspiration de sa vie : « Ne ramassez pas des trésors sur la terre, où la rouille et les vers rongent, où les voleurs percent les murs et dérobent. Mais amassez-vous des trésors dans le Ciel, où ni les vers ni la rouille ne rongent et où ni les voleurs ne percent les murs et dérobent. Car où est notre trésor, là est notre cœur. » (St-Matt., V,19-21).

Son trésor c’est Dieu et pour l’acquérir, il donne tout le reste. Quelle richesse dans sa pauvreté! Cet exemple de détachement peut servir à tous ceux qui possèdent, à quelque titre que ce soit. Le plus souvent dans la mesure où ils accumulent les biens de ce monde, ils sont pauvres de Dieu. S’ils comprenaient mieux, ils diraient : « Seigneur, c’est Vous que nous aimons. Nos biens, nous les détestons, parce qu’ils nous incitent à nous détacher de Vous : ils nous persuadent facilement de nous procurer plus que le nécessaire et nous laissent trop insensibles aux besoins d’autrui, de vos pauvres. Puisque Vous le demandez dans Votre Évangile, c`est entendu ; à l’avenir nous ne laisserons pas tarir notre générosité par crainte d’en manquer. Nous mettrons notre confiance en votre Providence plus qu`en notre sagesse à courte vue.

Nous nous inquiéterons moins pour notre vie, de ce que nous mangerons, de ce que nous boirons ; ni pour notre corps, de quoi nous le vêtirons. Nous voulons partager avec celui qui n’a pas suffisamment et ne plus détourner la tête de celui qui nous demande. Ces sacrifices de biens temporels, ô Dieu, nous vous les offrons volontiers, pour acquérir le bien inappréciable de votre amour. » Voilà comment la pratique de la pauvreté videra le cœur de toute attache désordonnée aux biens d’ici-bas et amènera Dieu à établir en lui sa demeure.

Si ces vérités sont bien comprises, une résolution pratique s’impose à toute personne sincère, vraiment désireuse de perfection et d’amour de Dieu, et c’est celle-ci : « Adieu luxe dans les vêtements et la demeure ! Plus rien désormais pour la sensualité, les vains amusements, les futilités ! Les biens que Vous nous permettez d’acquérir légitimement, Seigneur, ne serviront qu’au nécessaire; je ferai plus large Votre part des les pauvres et le service du culte. » Dans votre grand désir de posséder Dieu plus sûrement, puissiez-vous tous mettre cette résolution fidèlement en pratique! Ce détachement vous aidera à supporter patiemment la maladie, l’infirmité, le mépris, la pauvreté et en un mot toutes les épreuves de la vie.

L'amour de Dieu
Réactions que suscite l’absolu détachement

9 septembre 1941

Le détachement absolu de ce qui n’est pas Dieu, n’est pas naturel à l’homme sur terre, Simile simili gaudet : il se plaît avec son semblable et il ne se détache pas facilement des créatures comme lui pour s’élever plus haut et chercher son bonheur en Dieu. Ceux qui en ont l’audace et la force sont vite pris pour des insensés et, parce qu’ils ne veulent pas faire comme les autres, ils deviennent dans leur milieu un signe de contradiction, ‘’signum cui contradicetur ». ( St Luc , II, 34.) Rien d’étonnant en cela : ‘ Le disciple n’est pas au-dessus du Maître. » ) St Luc, VI,40.) En vivant la vie divine sur terre, le Christ a été en contradiction avec les humains qui vivaient plus par les sens et la raison. Tous les saints ont connu ces contradictions et les réactions ont été d’autant plus violentes que leur détachement était plus absolu. Celui de François d’Assisse est particulièrement typique pour les différents courants d’idées qu’il a fait naître. Considérons un instant ces conflits d’opinions, afin de mieux saisir la nature de la sainteté.

La nouvelle conception que le Poverello se faisait de la vie après son dépouillement chez l’Évêque d’Assise, s’affaissa devant ses concitoyens quand ils le virent se faire maçon et mendiant volontaire. Le revirement était complet : Lui naguère riche, avide des d’honneurs, ami du faste et des plaisirs, était devenu pauvre, avide d’humiliations; extrêmement mortifiés devant ce changement, les réactions furent multiples. Son père en fut humilié jusqu’à la frénésie. Il commença par donner libre cours à sa colère en l’enchaînant dans un réduit, en recourant ensuite à l’évêque d’Assise pour l’aider à lui faire comprendre raison. Dépité dans ses défaites, il s’égara au point de maudire son fils chaque fois qu’il le voyait; ses paroles étaient comme des traits acérés qui allaient droit au cœur de François. Aussi, pour en adoucir l’amertume et en annuler les effets funestes, se fait-il accompagner dans ses sorties à travers la cité d’un loqueteux qui avait mission de répondre à la malédiction du père par des paroles de bénédictions. Ces agissements nouveaux suscitaient partout des commentaires. L’opinion se répandit bientôt parmi les Assisiates que la piété et la maladie avaient tourné la tête du fils de Bernadone. Les plus malins s’en amusaient.. Les enfants poussaient l’insolence jusqu’à le poursuivre sur la rue avec des pierres, des quolibets, des cris : ô fou ! ô fou !

En voyant la patience, la douceur, la constance de François, quelques concitoyens se disaient en eux-mêmes et entre eux : est-ce que cette conduite étrange ne serait pas un signe évident de sa grande sainteté? Un de ses anciens amis recourut à un moyen radical pour se rendre compte par lui-même. Il l’invita à reposer sous son toit. Dans sa condescendance chevaleresque qu’il conservait sous ses haillons, François accepta de bonne grâce. Quand on lui eut indiqué la pièce qu’il devait occuper durant la nuit, il se jeta sur son lit, faisait mine de n’adresser au ciel aucune prière. Mais dès qu’ils se crut à l’abri de tout regard indiscret, il se leva, s’agenouilla auprès de son lit, et, tourné vers le ciel, commença à dire ces paroles qu’il ne cessa de répéter jusqu’au jour : ‘ Mon Dieu et mon Tout. »

Cette exclamation emportait son âme vers l’objet de son amour. Bernard fut ému profondément. Il comprit que son ami était dans le vrai en voulant s’attacher uniquement à Dieu et en professant un souverain mépris pour les biens de ce monde. Il jugea bon de l’imiter et, après avoir consulté sur son avis le saint Évangile, il distribua avec lui tous ses biens aux pauvres. Ce fut la première conquête du régime de vie inauguré par le Poverello d’Assisse. Tels sont les trois genres de réactions qu’a suscitées au XIIIe siècle le détachement absolu incarné en François d’Assise. Est-ce que la vue du même renoncement évangélique ne suscite pas toujours les mêmes réactions?

Quelle différence entre les réactions du commerçant Pierre Berbardone tout à son négoce et celles de nos matérialistes actuels qui nient le surnaturel ou tout au moins vivent comme s’Il n’existait pas ? Le père de François était tout abasourdi du changement de son fils. Pour lui la vie divine était une réalité qui n’avait aucune prise sur l’orientation de ses activités. En voyant son fils en compénétrer sa vie personnelle, il en est exaspéré. C’est un non-sens, un reniement de ce qui fait sa gloire, une déchéance. Aussi il le renie lui-même. Nous, matérialistes modernes, faisons la même chose. S’ils croient encore, leur foi est loin de donner une teinte chrétienne à leur vie. Si quelqu’un voulait trop les presser en sens contraire, ils résisteraient, ils maudiraient; ils sont cantonnés dans le naturel ; gare à ceux qui tentent de les en déloger!

Quelle différence également entre les réactions des mondains actuels et celles des concitoyens de François? Pour les uns et les autres l’Évangile est un code de vie qu’on adapte aux exigences de la vie naturelle. Quand le sens précis ne fait pas l’affaire, on recourt au sens symbolique ; et c’est ainsi qu’on se bâtit une religion facile. ‘’ Le Bon Dieu n’est pas un sauvage, » Bien un qui fait le contraire ! C’est la morale à la mode qu’on oppose à la morale évangélique et on lance des pierres à ceux qui prétendent interpréter encore l’Évangile à la lettre. C’est le même geste que les enfants d’Assise, quand il criaient à qui mieux mieux; « ô fou ! ô fou »

IIls sont très rares actuellement, comme lors de la réapparition de la pauvreté évangélique en François, les excellents entre les bons qui se contentent du strict nécessaire pour eux-mêmes, et, sans chercher des excuses universellement admises dans le meilleur des mondes, donnent aux pauvres la part de biens que n’absorbe pas le nécessaire. Je pourrais citer à Montréal le cas d’un monsieur dont la maison est devenue « l’Auberge du Seigneur. » dans ses pauvres. Il est père de deux fillettes et, avec le consentement de son épouse non moins généreuse, adoptait l’an dernier deux petits garçons de la crèche. Au jour de la Saint-Antoine, il laissait son automobile au service exclusif des pauvres et des malades entre les mains d’un ami dans les mêmes dispositions. Ce sont des gestes de charité comparables à ceux de Bernard de Quintavalle se dépouillant de tous ses biens pour les donner aux pauvres.

Bien chers auditeurs, quelles seront vos réactions à la vue de semblables dépouillements?

Serez-vous assez peu surnaturels pour préférer vos biens à Dieu et maudire comme Berbardone ceux à qui l’exemple du Christ et de François tenteront de vous persuader que le détachement des biens de ce monde est la voie la plus sûre pour aller à Dieu ? Serez-vous de ces mondains qui interprètent les enseignements de Jésus de façon à vouloir servir à la foi Dieu et Mammon?

N’imiterez-vous pas plutôt le premier disciple de François? Il comprit qu’il valait mieux rendre au Seigneur dans ses pauvres les biens qu’il en avait reçus. Pour cela il suffit de se dépouiller en esprit, et en fait, de tout ce qui n’est pas nécessaire à la vie. Résolution pratique : faites bonne figure aux solliciteurs importuns, pour l’amour de Jésus qui s’est fait pauvre et dont ils sont l’Image vivante : donnez à tous l’aumône au moins d’un sourire, et recherchez Dieu dans les pauvres en des visites inspirées par la charité : à la vue de ces malheureux, vous bénirez le Seigneur dans vos épreuves encore beaucoup moindres que les leurs. Ces actes de détachement réitérés rapprocheront votre âme de Dieu ici-bas, en attendant de vous mériter les joies du Royaume des Cieux.

« Ma pauvre enfant, lui ai-je dit en substance, je sympathise bien à votre terrible épreuve. Mais laissez-moi vous dire qu’il y a moyen de lui trouver un aspect consolant : C’est de vous réjouir de souffrir quelque chose en union avec Jésus le divin époux de votre âme. Il vous aime au delà de toute expression, puisqu’il vous a créée, rachetée, placée dans un milieu chrétien. S’Il vous a rendu ainsi sourde et aveugle, c’est qu’Il veut vous rendre insensible aux bruits et aux beautés de la terre, mais d’autant plus sensible aux inspirations de la grâce et aux douceurs de la contemplation. Dites-Lui donc du fond du cœur que vous consentez volontiers à vider de ce qui n’est pas Lui vos sens et vos difficultés, mais à la condition qu’Il se manifeste à votre âme dans ses perfections infinies. Dès lors la connaissance de cette sublime vérité sera une compensation immense pour le sacrifice qu’Il vous Impose en vous privant de voir et d’entendre, Dites donc : ‘ Ita Domine, quia placitum est ante te : Qu’il en soit ainsi, Seigneur, puisque c’est votre bon plaisir ». À la fin, elle consentit à se constituer victime d’amour, mais non sans avoir posé beaucoup d’objections que l’Esprit- Saint me donna de résoudre selon les besoins de son âme.

Prière

Ô bon saint Antoine, qui avez été gagné par l’exemple des Mineurs à la pratique du dépouillement le plus absolu et qui avez connu les cruelles douceurs du dénuement, usez de votre puissance d’intercession pour nous mériter à tous de mieux apprécier les richesses de la pauvreté évangélique. Faite comprendre à ceux qui possèdent, que leurs biens leur vaudront le Royaume des Cieux, s’ils servent seulement au nécessaire à la subsistance, mais qu’ils les conduiront à l’enfer s’ils se laissent insensibles aux nécessités d’autrui.

Puissions-nous tous réaliser enfin que les richesses n’ont pas été mises au pouvoir de l’homme pour l’attacher malencontreusement à la terre, servir son égoïsme, multiplier l’injustice et l’iniquité, mais pour lui donner l’avantage de pratiquer la miséricorde envers le prochain à l’exemple de notre Père des cieux qui fait lever son soleil sur les bons et les méchants. Grand Saint, donnez à nos malades, vieillards et infirmes la générosité d’imiter l’infirme dont j’ai cité l’exemple et de se constituer victime d’amour en expiation des péchés du monde. Ainsi soit-il

L'amour de Dieu
L’idéal de pauvreté séraphique est approuvé par Rome.

23 septembre 1941

 'Quelques mois s’étaient à peine écoles depuis que François d’Assise avait changé de vie, dit un de ses historiens, que déjà il se trouvait à la tête d’un petit groupe de disciples. » Après Bernard, Pierre Cathani, et Sylvestre, ce fut Gilles, un Assisiate lui aussi ; il était d’origine humble mais il deviendra remarquable par son élévation d’âme, l’acuité pénétrante de son esprit, son amour de la contemplation. Comme son idéal de pauvreté était fort discuté parmi les fidèles et surtout les clercs, François décida, quand le nombre de ses compagnons se fut élevé à douze, de déférer la cause à Rome et de solliciter l’approbation du Vicaire de Jésus-Christ

Au premier abord le Pape le prit pour un manant, en style moderne on dirait un gueux. Mais la nuit suivante, Innocent III eut un rêve : dans une vision il voyait l’Église du Latran s’écrouler sur ses bases et un pauvre mendiant à l’aspect chétif qui la soutenait de ses faibles épaules. Quelle ne fut pas sa surprise de reconnaître sous ses traits émaciés le visiteur importun qu’il avait éconduit la veille. François continuait toutefois de prier dans les églises de Rome pour le succès de ses démarches et se présenta de nouveau en présence du saint Père, secondé dans sa requête par son Évêque Guido d’Assise et un ami de ce dernier Cardinal Jean de Saint-Paul.

L ‘étonnement fut grand à la cour pontificale, quand François proclama son intention de vivre dans une pauvreté absolue, sans autre ressource que sa confiance en la Providence de Dieu, et la charité des hommes. Dans l’auditoire des Cardinaux il y eut d’abord un mouvement de désapprobation. Quelques-uns trouvaient à cette doctrine des teintes d’hérésie; tous prétendaient que ce régime de vie dépassait de beaucoup les capacités de l’humaine nature. Le Cardinal Jean de Saint-Paul seul apporta cette objection : « Si nous rejetons la demande de ce pauvre comme une nouveauté trop difficile à réaliser, prenons garde de ne pas nous mettre en opposition avec l’Évangile du Christ . Il demande seulement l’autorisation de suivre la règle de vie évangélique. Si quelqu’un prétend que c’est chose déraisonnable, impossible, celui-là blasphème le Christ, auteur de l’Évangile.

Le Pape fut gagné à l’idée de François, quand il l’eut entendu faire l’éloge de la pauvreté séraphique sous la forme d’une allégorie. « Très Saint Père, dit-il, il y avait une fille très belle, mais pauvre qui demeurait dans un désert. Cette fille pauvre, explique François, c’est Dame Pauvreté. Le fils de Dieu lui-même fut épris de sa beauté. Il vint en ce monde, l’épousa et en eut de nombreux enfants qu’il envoya à son Père et qui ornent maintenant la cour céleste. Depuis sa mort sur la croix, voilà que Dame Pauvreté est restée veuve sur la terre. L’Esprit-Saint m’a inspiré de la prendre pour épouse bien-aimée et déjà elle m’a engendré quelques enfants. Je veux lui rester fidèle et ne voyez-vous pas, Très Saint Père, que notre Père des cieux prendra un soin tout particulier des rejetons qu’elle veut me donner encore dans le but d’orner la cours céleste ? « Les enfants en question étaient les douze disciples qui l’accompagnaient et tous ceux qui dans le cours des âges viendraient grossir le nombre des Mineurs.

Le Pontife avait écouté attentivement la parabole et son application. Il en fut charmé et de douta plus que Jésus-Christ eut parlé par la bouche de François. Il le nomma Supérieur de la nouvelle fraternité, chacun des membres promit obéissance à François, et ensuite ils s’éloignèrent de la Ville Éternelle avec l’autorisation de prêcher la pénitence et de vivre de mendicité. De là son Ordre mendiant. Sans argent, sans bâton, sans besace, débarrassés de tous les soucis de ce siècle, recevant en aumône même le fruit de leur travail, heureux d’être pour le monde un objet de mépris et de rebut, le cœur libre de toute attache, ils allaient prêchant à tout venant l’amour de Dieu, tout en mendiant de porte en porte. Selon les appellations poétiques de François qui animaient son langage de la littérature, ses disciples étaient des Jongleurs de Dieu, des Chevaliers de la Table ronde, des Troubadours de Dame Pauvreté. A la chevalerie à la mode toute parfumée, frisée, et gantée, François voulait substituer la vraie chevalerie évangélique dont la beauté est tout intérieure et qui ne garde pour ornement que la simplicité et le détachement de ce qui n’est pas Dieu.

1. À la vue de François et de ses compagnons, le monde du XIIIe siècle se prit à réfléchir. Il commença de soupçonner qu’il pourrait bien être dans l’erreur de vouloir s’attacher en même temps à Dieu ainsi qu’à la richesse et à la volupté. Ces exemples de dépouillement furent le point de départ d’un mouvement spirituel tel qu’il ne s’en était vu de semblable depuis l’époque lointaine de l’invasion des déserts par les Moines et les Ermites. On comprit que la destinée de l’Homme sur terre est autre que la jouissance et l’accumulation des richesses et on sut les sacrifier pour la glorification de Dieu et la possession du véritable bonheur. C’est ce qui donna naissance à une conception nouvelle de la vie et à une floraison d’œuvres scientifiques et artistiques tout à la gloire de l’âge d’or de la chrétienté connu sous le nom de moyen âge.

Bien chers malades, infirmes, pauvres et délaissés de toutes sortes, l’eussiez-vous cru si l’histoire n’était là pour vous l’affirmer ? Ce qui fait le sujet de votre tristesse a été, après la conversion de François, l’objet de ses désirs. Autant vous ambitionnez naturellement de ne manquer de rien, afin de pouvoir vous adonner en suite à la piété et aux exercices de dévotion, autant il désirait manquer de tout afin de ne se complaire en aucune des choses d’ici-bas et de ne chercher de repos qu’en Dieu. Notre âme est comme la colombe que Noé a envoyée après le déluge, pour explorer la terre et s’assurer si elle était en état de recevoir les humains : comme elle ne trouve aucun endroit où reposer ses pieds, elle revint dans l’arche. De même, si nous ne trouvons rien de plaisant sur la terre où se versent tant de pleurs, même pendant l’existence terrestre nous retournerons en esprit et de cœur dans l’arche céleste qu’habitent la Trinité sainte avec les élus.

Bénissez donc Dieu de ce que la pauvreté, la maladie, les contrariétés de toutes sortes vous forcent à vous détacher de la terre et à vous attacher dès maintenant au Souverain Bien, seul capable de combler les immenses désirs de vos cœurs. L’idéal de pauvreté séraphique, comme l’Idéal évangélique, est de se détacher du créé pour s’attacher à l’Incréé et sachez qu’il favorisera l’amour de Dieu dans la mesure où il déterminera à plus de générosité dans le détachement et l’oubli de soi.

LETTRE D’ UNE VICTIME D ’AMOUR Révérend Père Ferdinand, O.F.M.

Couvent de Rosemont, Montréal

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Mardi dernier vous avez renouvelé en moi des souvenirs si heureux et si douloureux à la fois, que je veux vous exprimer bien imparfaitement ce que me rappellent ces deux mots : victime d’amour. Il y a quatre ans ces mots me furent donnés comme bouquet spirituel lors d’une retraite fermée à Béthanie, Tout d’abord ils me parurent bien doux et consolants. Je les compris dans le sens de la joie et des consolations spirituelles, Dieu me laissa dans cette illusion pendant trois mois. J’étais comblée de ses faveurs ; je connus toutes les délicatesses et des effusions de l’amour divin. Je disais à Jésus que je ne méritais pas un tel bonheur, mais dans l’intime de moi-même j’avais la naïveté de croire que cela durerait toujours. C’étaient des caresses avant les grands coups, Jésus voulait s’attacher irrévocablement mon cœur, avant d’entreprendre de le purifier. Il fallait le rendre capable de tout accepter pour Son amour et vous savez à quelle terrible épreuve Il l’a soumis

Elle vint au soir d’un beau jour. Nous avions communié ensemble le matin; au retour à la maison l’action de grâces s’était prolongée dans une lecture spirituelle qui rendait bien le son de nos âmes unies en Dieu ; comme à l’ordinaire tous les dimanches à quatre heures, il était allé passer une heure à l’église pour sa visite au Très Saint-Sacrement et son chemin de la croix ; après une petite veillée chez notre fille malade nous venions à peine de terminer notre méditation, quand le Seigneur le rappela soudain à Lui me laissant seule ici-bas, comme pour me sevrer de tout autre amour que l’amour divin .

C’est alors que tout éplorée et ne trouvant de lueur d’espoir qu’en Jésus, je me jetai dans Ses bras, sur Son Cœur Sacré qui le jour même m’avait donné tant de preuves de Son infinie tendresse, Et là, j’acceptai tout pour Son amour. Il m’Inspira même le courage de dire du fond du cœur : « Merci, Seigneur! Vous ne pouviez pas me demander de plus grand sacrifice. Je suis heureuse que Vous me fournissiez cette occasion de Vous prouver mon amour. »


1. Pendant, qu’il reposait dans son cercueil et les jours qui suivirent, les deux mots « victime d’amour » m’apparurent sous un tout autre aspect. Je les compris tel que Jésus les entends. Oui, victime d’amour signifie : qu’on s’attache à la croix avec Lui : qu’on immole son cœur par un généreux fiat ; qu’on se jette au pied de la croix, en embrassant amoureusement le crucifix, en l’enlaçant de ses deux bras, en s’y tenant attaché pour ne point faiblir, en attendant que de Lui la force de pouvoir dire : merci, mon Jésus, ou même en joignant seulement les mains avec un regard d’amour et de tristesse sur le Divin Crucifié, le modèle des vrais amants.

2. Quand mon cœur était brisé dans cette agonie malgré ma résignation et ma bonne volonté, Jésus a dû voir en moi trop d’attachement pour les miens. Comme Il ne voulait plus de partage. Il a continué d’émonder. Il s’en est pris à celui de mes enfants dont les traits avaient plus de ressemblance avec ceux du regretté défunt. Pendant plus d’un an, Il m’a fait assister impuissante aux douleurs inouïes de cet être chéri. N’ayant plus la force de résister à Sa volonté sainte, pendant une messe à l’élévation, je Lui présentai ce cher enfant crucifié sur son lit de douleur et Lui demandai d’accepter mon sacrifice, afin qu’il fit le sien aussi généreusement. Ma prière fut exaucée ; Jésus a donné à ce martyre des grâces de choix et à sa mère des consolations bien douces.

3. Je compris dans la douleur le sens de ces mots ‘ Victime d’amour « que je n’avais pu comprendre dans le bonheur. Ce qui rend le mieux les dispositions de mon âme actuellement, est ce cri du cœur : « La souffrance est le don royal de Dieu! » » Quelque prix qu’elle coûte, elle n’est jamais payée trop cher. »


11 sept.1941 Respectueusement vôtre

Une Tertiaire de saint François de Montréal.

Prière

Ô bon saint Antoine, qui avez expérimenté vous-même le sens de ces mots ‘ victime d’amour », donnez à chacun de nos malades la grâce de comprendre ce que le Seigneur attend d’eux et la générosité de conformer leur conduite à Sa volonté sainte. Une victime d’amour aime Dieu par-dessus tout et n’a d’autre ambition que de tout sacrifier pour Sa plus grande gloire. Il ne suffit pas pour cela de Lui adresser de ferventes prières ; il faut se laisser dépouiller de tout ce qui n’est pas Lui, sans se plaindre, sans incriminer personne, avec plaisir même. Usez de votre puissance d’intercession pour mériter ces dispositions à toutes les personnes qui font La Neuvaine Perpétuelle à la radio. Leurs sacrifices généreusement consentis pour l’amour de Dieu et parce que Dieu les demande, feront de ces âmes des ‘ victimes d’amour » agréables au Seigneur. Puissent-elles se multiplier de plus en plus sur terre pour la plus grande gloire de Dieu et le plus grand bien du genre humain ! » Ainsi soit-il

L'amour de Dieu
Sainte Claire D'Assise

Chapitre Deuxième : Claire d’Assise

L’idéal de pauvreté séraphique attire Claire et ses compagnes.

30 septembre 1941

Si vous avez écouté attentivement depuis que j’ai recommencé mes émissions hebdomadaires, je suis à vous faire l’apologie d’une des conditions requises pour arriver à l’Amour de Dieu : le détachement des biens de ce monde. Pour rendre ces vérités plus vivantes, je les ai illustrées des exemples et de la vie du Poverello d’Assise ; mais elles heurtent des préjugés si ancrés au fond du cœur humain, qu’elles ont besoin de briller d’un vif éclat à vos yeux. Je demande à l’Esprit-Saint d’inspirer mes paroles et de les rendre, selon l’expression de saint Paul, » efficaces, plus acérées qu’aucune épée à deux tranchants, si pénétrantes qu’elles aillent jusqu’à séparer l’âme et l’esprit, les jointures et les moelles ». (Hébr., 4,12.) Dans l’occurrence, elles ont l’ambition d’introduire la division en vous-mêmes, d’arracher votre âme à ce qui n’est pas Dieu, de la décider à la pratique de la pauvreté en fait pour lui infuser petit à petit la pauvreté en esprit nécessaire à la vie d’union à Dieu.
À la suite de l’approbation du Souverain Pontife, François s’attacha plus qu’auparavant à son idéal de pauvreté. Il mit une ardeur sans pareille à parcourir les villes d’Italie avec ses disciples et à prêcher partout la pénitence et le détachement. Inspirée du plus pur amour de Dieu et d’un zèle tout apostolique, cette prédication simple s’attaquait, directement aux sentiments populaires, donnait à réfléchir et suscitait de-ci de-là des résolutions généreuses de tout quitter et de donner ses biens aux pauvres pour acquérir l’amour de Dieu.

Une des premières à se laisser toucher après les premiers disciples fut une jeune fille de la cité d’Assise du nom de Claire, de la noble famille des Favarone. En compagnie d’une parente, elle alla demander conseil à François, après une de ses instructions. Il l’exhorta à mépriser le monde et à ne s’attacher à d’autre époux qu’à Jésus-Christ. Du coup elle fut éprise du même idéal de pauvreté séraphique. Le soir du dimanche des Rameaux, 27 mars 1211, elle quitta furtivement la maison paternelle en compagnie d’une autre jeune fille du nom de Pacifica et toutes deux se rendirent à la Portioncule où vivait François avec ses premiers compagnons. À la lueur des cierges de la petite chapelle il leur coupa les cheveux et les revêtit de la rude tunique des Pauvres Dames. C’était les premières plantes du second Ordre fondé par François sur les bases de la plus absolue pauvreté, l’Ordre des Clarisses. Le berceau de cet ordre fut Saint-Damien, la chapelle même que restaura saint François après sa confession. Elle existe encore. Elle est d’une pauvreté à faire frémir la nature mais elle se dresse sur un site enchanteur au pied duquel se déroule la belle vallée de l’Ombrie. Là vécurent sainte Claire, sa mère la Bse Ortolana, ses sœurs sainte Agnès et la Bse Béatrice; là, François composa son Cantique des Créatures qui invite tous les êtres à louer le Seigneur; à l’égal de la Portioncule, berceau du premier Ordre, Saint-Damien a toujours été cher à saint François et à ses enfants, parce que ces lieux bénits ont été les témoins muets des communications divines avec de saintes âmes et que durant plus de sept siècles ils ont été comme le vestibule du paradis pour un grand nombre d’élus.

La grande caractéristique de sainte Claire comme celle de saint François, c’est le détachement de tout ce qui n’est pas Dieu. Deux Papes ont reçu de sa part une demande instante du privilège de la pauvreté, Innocent III en 1215 et Grégoire IX en 1228. Après des hésitations et des tentatives de faire accepter des adoucissements, Grégoire IX se rendit aux désirs ardents de la sainte lors de la canonisation de saint François et lui confirma « le privilège de la très haute pauvreté qui lui avait été accordé treize ans auparavant par son prédécesseur » ( Vie de Saint François, P. Cuthbert,p.222) . C’était comme la consécration du message que François sur le point de mourir avait envoyé à Claire, « de garder fermement la pauvreté à laquelle elle s’était consacrée ».- Nul homme ne fut plus avide de richesses, que ces deux saintes âmes ne le furent de la pauvreté la plus absolue.

Cet idéal voici en quels termes François l’exprime dans la règle qu’il a laissée à ses fils du premier Ordre : « Que les frères ne s’approprient rien, ni maison, ni lieu, ni aucune chose. Et comme des pèlerins et des étrangers en ce siècle » (St Pierre,2,2), servant le Seigneur dans la pauvreté et l’humilité, qu’ils aillent avec confiance demander l’aumône; et il ne faut pas qu’il aient honte, car le Seigneur s’est fait pauvre pour nous en ce monde. C’est là l’excellence de la très haute pauvreté, qui vous a institués, mes très chers frères, héritiers et rois du royaume des cieux, vous a fait pauvres de biens mais vous a élevés en vertus. Qu’elle soit votre partage, elle qui conduit en la terre des vivants. Attachez-vous –y totalement et veuillez ne posséder à tout jamais rien autre chose sous le ciel. » (Ch.VI)

Chers auditeurs, il ne faut pas vous y méprendre, saint François ne condamne pas la propriété, pas plus que l’Évangile ; non car, d’après les enseignements de la théologie, elle est nécessaire à la vie, et elle est d’ailleurs à la base de toute organisation sociale, à partir de la famille jusqu’à l’état et à l’Église. Mais elle a prêté flanc à tant d’abus et elle est cause de tant de divisions entre les hommes. Les peuples comme les individus, que François a voulu en détacher le cœur de ses enfants et les obliger, pour servir d’exemple au monde, à renoncer à la possession même en commun. L’Église est gardienne de la foi et de la morale et elle a approuvé ce genre de vie. Bien plus elle l’a toujours tenue en singulière estime et, dans ce siècle de guerre causée par la mauvaise distribution des richesses, elle proclamait le 4 septembre 1936 par la voix de Pie Xi de regrettée mémoire que ‘ le monde a besoin d’une croisade franciscaine ».

Chers malades, voilà de nouvelles considérations pour vous gagner au détachement de ce qui n’est pas Dieu. Il ne faudrait plus vous plaindre si vous êtes pauvres, s’il vous manque du nécessaire, si vous n’êtes pas sûrs du lendemain, si le chômage ou l’impuissance dans laquelle vous êtes de gagner vous –même votre pain vous force de recourir à la bienveillance d’autrui par la mendicité ou le secours des pouvoirs publics. Ces privations ramènent au sens des proportions ; elles oblige et à reconnaître que nous avons au-dessus de nous un Dieu puissant et bon, qu’Il vient en aide par sa Providence à ceux qui se confient en Lui, que c’est un honneur à nul autre pareil que d’être un instrument vivant de cette Providence auprès des nécessiteux, que Jésus pousse la condescendance jusqu’à considérer comme fait à Lui même ce qui est fait en faveur des plus petits créés, comme nous, à son image et ressemblance Il n’y a rien pour disposer à l’amour de Dieu comme le détachement des biens, opéré dans l’exercice de la charité et de la bienfaisance. C’est le moyen à votre portée de reproduire en vous l’idéal de pauvreté de ces deux âmes séraphiques que sont saint François et sainte Claire d’Assise

L'amour de Dieu


Nature de la pauvreté évangélique et séraphique

7 octobre 1941

La pauvreté évangélique et séraphique est un acte de foi en la Providence. Elle voit l’action de Dieu dans les créatures et enseigne à mettre en Lui sa confiance; pour les besoins de l’âme c’est une vérité révélée qu’il faut compter uniquement sur la grâce de Dieu et y correspondre ; pour les besoins du corps, comme la nourriture, le vêtement, le couvert, la Révélation commande de s’aider par le travail et le recours au prochain, sans que l’on cesse pour cela de s’appuyer sur la Providence de Dieu. Malheureusement quand il s’agit de se procurer le nécessaire à la subsistance, les hommes sont enclins à ne compter que sur eux ; delà la tendance à l’avarice, à la convoitise, à l’injustice envers le prochain. Dans le but de corriger cette mauvaise tendance, il faut faire appel à la vertu de pauvreté qui, pour le pain du corps comme pour le pain de l’âme, enseigne à compter moins sur soi que sur notre Père des cieux, Cette foi en la Providence a des degrés quasi infinis. Les plus hauts degrés exigent un détachement qui n’est plus de la terre ; c’est l’idéal qu’a réalisé François d’Assise ; c’est celui qu’il propose également à ses disciples et à ses imitateurs.

Saint François a eu l’originalité de vouloir vivre un détachement volontaire allant jusqu’à la mendicité. De riche qu’il était il est devenu pauvre après son dépouillement devant l’Évêque, et, à l’encontre de ce que l’on voit chez les humains, il fit de sa pauvreté un sujet de gloire : il voulut copier son Divin Maître né dans une étable et mort nu sur la croix; tout cela demandait une foi héroïque qui en fit un signe de contradiction au milieu de ses concitoyens, tout comme Jésus à Nazareth.

Mais quand cette pauvreté lui eut attiré des disciples des deux sexes, l’originalité de sa pensée fut bien plus grande encore. Il désira établir ses familles spirituelles des Mineurs et des Clarisses sur les bases de la plus absolue pauvreté ; sans revenu fixe, en dépendance directe de Dieu et du prochain pour les moindres nécessités, sans même l’usage de l’argent. On comprend que Rome ait hésité avant de donner son approbation, et même après cette approbation on s’explique qu’il ait rencontré de l’opposition dans le monde non seulement des gens simples mais surtout des lettrés et des penseurs. L’opposition fut telle qu’elle donnera lieu plus tard à des luttes restées célèbres dans l’histoire de l’Université de Paris, de Sorbonne, et connues sou le nom de « Querelle des Ordres Mendiants ». C’était au principe même de l’absolue pauvreté qu’on s’en prenait; il va sans dire que ces savants avaient la prétention d’empêcher François de l’appliquer à un groupement aussi bien qu’aux individus. Leur argument pourrait être résumé en quelques mots : « Si des individus poussent la folie jusqu’à se dépouiller de tout pour s’imposer ensuite la tâche humiliante de mendier, libre à eux. Mais vouloir ériger cette liberté en principe pour l’étendre aux groupements et par là encombrer la société de gueux qui vivent au crochet d’autrui, est un non sens qu’il ne faut pas laisser s’accréditer et qui est opposé à la révélation. »

Quoi qu’on ait dit, les Ordres Mendiants ont eut gain de cause et l’histoire a prouvé que l’Église avait raison. Depuis sept siècles l’Ordre Séraphique a subsisté bien qu’établi sur des bases qui sont un défi à la raison humaine, mais qui sont un acte de foi sublime en la Providence de Dieu, Il est une preuve évidente que, dans les desseins de Dieu, il y a moyen de s’élever à un tel degré de détachement et de confiance en Dieu dans les groupements comme dans les individus, et que Dieu, selon la promesse de Jésus, ne maque pas de donner le surcroît de la subsistance à ceux qui cherchent avant tout le royaume des cieux ».

Dans certains milieux on crie au scandale parce que des apôtres du détachement absolu laissent des familles s’engager dans cette voie. J’en connais qui consacrent aux pauvres le surplus immédiat de leurs revenus. L’époux et l’épouse s’encouragent à une telle générosité et ils forment leurs enfants à un semblable esprit de charité et de dévouement. Ceux-là ne songent guère à économiser pour les mauvais jours, mais par amour de Dieu et du prochain, ils s’abandonnent admirablement à la Providence de Dieu. Ils manquent à la prudence selon la chair et même au premier degré de prudence surnaturelle qui conseillent de thésauriser ici-bas, mais ils savent s’élever au somment de la prudence divine qui dit d’accumuler des trésors dans le ciel « où ni la rouille ne ronge ni les voleurs ne dérobent ». Cette conduite est le fruit de la plus haute sagesse chrétienne, « Fais ce que dois, advienne que pourra »dit un proverbe. La foi est un saut dans le vide, un abandon parfait à la sollicitude de notre Père des cieux, qui prend soin de ses enfants, pour le corps comme pour l’âme, quand ils Lui donnent l’occasion d’exercer librement sa Providence à leur égard.
Bien chers malades, ces considérations d’ordre philosophique et spirituel devraient vous aider à comprendre la nécessité de la pauvreté volontaire pour vous élever dans l’amour du bon Dieu.

N ous saisirez d’autant mieux ces vérités profondes que vous vous exercerez dès maintenant à vous détacher petit à petit des biens de ce monde par amour pour le bon Dieu; rappelez-vous ce trait de la vie de François avant sa conversion. Un jour il avait refusé l’aumône à un pauvre qui demandait pour l’amour de Dieu, parce qu’il était tout entier au service d’un client dans le magasin de son père. Le souci des biens terrestres l’enlevait pour lors au souci de Dieu et de ce qui peut lui plaire. Mais il se ressaisit aussitôt en songeant que ce pauvre demandait au nom de Dieu ce qu’il n’aurait pas refusé, si ce fût demandé au nom d’un grand de la terre. Il courut auprès du pauvre et il se punit de son manque de foi par un aumône double.

Pour vous, ne vous est-il pas arrivé bien des fois de refuser l’aumône demandée au nom de Dieu? Avez-vous su vous ressaisir comme François à la pensée que ce qui était refusé à un nécessiteux, c’est à Jésus caché dans ce pauvre que vous l’aviez refusé ? Regrettez donc comme lui votre avarice et votre insensibilité ; et prenez la ferme résolution d’exercer la bienfaisance pour l’amour de Dieu manque de foi par un aumône double.Pour vous, ne vous est-il pas arrivé bien des fois de refuser l’aumône demandée au nom de Dieu? Avez-vous  su vous ressaisir comme François à la pensée que ce qui  était refusé à un nécessiteux, c’est  à Jésus caché dans ce pauvre que vous l’aviez refusé ? Regrettez donc  comme lui votre avarice et votre insensibilité ;  et, prenez la ferme résolution d’exercer la bienfaisance pour l’amour de Dieu

L'amour de Dieu
La Pauvreté devient un idéal

18 septembre 1941

Voici comment débute le Sacrum Commercium, chant poétique d’un auteur inconnu qui célèbre les épousailles mystiques du Bx. François d’Assise avec Dame Pauvreté : « Entre les nobles et principales vertus qui préparent à Dieu une demeure dans la conscience de l’homme et montrent la voie la plus excellente et la plus sûre d’aller à Lui, la sainte Pauvreté l’emporte sur toutes les autres et a des titres particuliers à l’Universelle considération ; car elle est le fondement et la gardienne de toutes les vertus, et mérite pour cette raison de porter le nom de reine. Si elles sont établies sur cette base solide comme le roc, les autres vertus n’ont pas à craindre la descente des pluies, les dégâts de l’inondation, et la ruine provenant de la violence des vents. Voilà, pourquoi, dans son désir d’opérer le salut sur terre, l’a aimée d’une spéciale dilection le Fils de Dieu, Seigneur des vertus et Roi de gloire. »

De cette vertu, pourtant en horreur au monde et à l’humaine nature, François d’Assise fut épris dès le début de sa conversion. Lors de son dépouillement devant l’évêque d’Assise, il eut l’intuition de son excellence et il l’apprécia en raison directe des terribles renoncements qu’elle exige, à la suite de la conquête de son premier disciple, ses convictions ne manquèrent pas de s’affermir. Elles devinrent évidemment l’unique idéal de sa vie. Peu de temps après l’épisode qui gagne Bernard de Quintavalle à la pratique de la pauvreté évangélique, un docteur en droit de l’université de Bologne, Pierre Cathani, entendit l’appel de la grâce et voulut se placer lui aussi sous la conduite de François. Ce nouveau maître fut on ne peut plus heureux de voir un homme érudit, disposé à suivre les simples voies de la pauvreté évangélique.Néanmoins, comme il voulait s’effacer en tout et laisser au Seigneur lui-même le soin de diriger ses nouveaux disciples, il convint avec Pierre et Bernard que le lendemain ils iraient entendre la messe à l’Église Saint-Nicolas et qu’après avoir prié dévotement ils demanderaient à Dieu de manifester sa volonté à l’ouverture du livre de l’Évangile.

Tout fut fait tel que convenu. Au moment fixé, en présence de ses compagnons, François ouvrit le livre au hasard. Ses yeux tombèrent sur ces lignes de saint Matthieu, 19,21 : » Si vous voulez être parfaits, allez, vendez ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres, ainsi vous amasserez des trésors dans les cieux ; puis venez et suivez-moi. » Il ouvrit le livre une deuxième fois et lut ces lignes de saint Luc, s9,3 : « Ne prenez rien pour votre voyage, ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent, ne conservez pas deux vêtements. » - Il ouvrit pour la troisième fois et lut : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même , qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (St Mathieu,, 16,24) À ces mots, François pleurant de joie se tourna vers ses disciples et dit : « Mes frères, voilà la vie et la règle qui doivent être les nôtres et celles de tous ceux qui voudront se joindre à nous. Allez donc, accomplissez le commandement que vous venez d’entendre. »

Pendant la distribution publique des biens de Bernard arriva un fait typique qui révèle admirablement l’esprit de François. Il y avait parmi les assistants un chanoine du nom de Sylvestre. Voyant que l’argent était donnée aux pauvres à pleines mains, il fut pris de convoitise. Il s’avança pour réclamer de François son dû : des pierres qu’il avait cédées pour la réparation de Saint-Damien et pour lesquelles il n’avait rien reçu. Sans hésiter un instant, François, prit une poignée de monnaie et la jeta avec mépris dans la besace du pauvre avare. Ce geste révélateur lui ouvrit les yeux et le fit rentrer en lui-même. A la vue de l’absolu détachement de ces hommes, il comprit sa sordide avarice et pris de remords alla peu après demander à François avec le pardon de sa faute l’honneur de se ranger au nombre de ses disciples.

Quelle mentalité nouvelle dans ce siècle où l’on voyait se multiplier les luttes de la féodalité ! Pour se disputer des biens temporels les seigneurs se livraient impunément une guerre sans merci et faisaient y participer leur vassaux, serfs et paysans. Dans cette société, divisée à cause des richesses, François se présente en libérateur en rappelant le message évangélique : par ses gestes plus que par ses paroles, il méprise la richesse, il la fuit comme le plus grand des malheurs, il la distribue avec une vive satisfaction à ceux qui en sont privés et manquent du nécessaire. Depuis l’époque des saints Pères où les plus fervents quittaient tout pour peupler les déserts, le monde n’avait plus été témoin d’un tel détachement; aussi en fut-il d’abord stupéfait et il n’est pas étonnant que son premier mouvement fut d’en vouloir conjurer l’influence par le mépris,, l’opposition, une persécution plus ou moins voilée.

Néanmoins la lumière de la grâce fut plus forte que les ténèbres de la passion et des préjugés. Elle fut si éblouissante en la vie de François revenu sincèrement au Seigneur, qu’elle lui attira des adeptes entièrement gagnés comme lui à l’idée d’aimer Dieu, au point de lui sacrifier non seulement en esprit mais aussi en vérité tous les biens de ce monde, cause de tant de maux parmi les hommes.

En ce siècle qui propose aux hommes un idéal sans-Dieu et les range en deux camps ennemis actuellement aux prises dans une tuerie indescriptible pour la possession de la richesse et les sceptres de la domination, est-ce que la pauvreté chrétienne et séraphique ne serait pas la panacée à tous les maux qui affligent les individus et les peuples ? Puisque Dieu l’emporte sur son œuvre au point que l’on doive dire : Mon Dieu, mon Tout, pourquoi se donner tant de mal pour posséder des biens, cause de tant de malheurs ? Ne vaut-il pas mieux les mépriser comme François, et se contenter du nécessaire à la subsistance ? ‘ Que sert à l’homme de gagner l’univers entier, s’Il vient à perdre son âme »’ dit Jésus ? Ce n’est donc pas sans raison que la pauvreté, à l’encontre du sentiment universel, est appelée la reine des vertus et que François en fait un idéal de vie.

Parmi les auditeurs de la Neuvaine perpétuelle à saint Antoine, il y a certainement beaucoup de pauvres, en plus des ennuis causés par la maladie, l’âge, l’infirmité, qui ont à souffrir des nombreuses privations qu’amène la pauvreté. Si vous êtes animés de l’esprit de François d’Assise, au leu de vous plaindre, il faudrait vous réjouir, car elle donne un trait de ressemblance avec le fils de Dieu, fait homme : il est né dans une mangeoire d’animaux, il a connu les morsures du froid et de la faim, est mort sur le Calvaire, a été enseveli dans un sépulcre d’emprunt. Après ces exemples d’absolue pauvreté et de parfait dénuement, allons- nous nous plaindre des souffrances et renoncements que nous impose notre civilisation moderne, amie du luxe et du confort! Bénissez le Seigneur de ce qu’Il nous procure davantage de ressembler ainsi à Dieu plutôt qu’aux hommes. L’honneur de ressembler au Fils de Dieu fait homme vaut bien la peine de manquer du nécessaire; l’humiliation de le demander au prochain par la mendicité et même le terrible ennui d’avoir à subir le refus des semblables.

« Telle est l’excellence de la très haute pauvreté, dit saint François, qu’elle établit héritier et roi du royaume des cieux. »

Les fêtes liturgiques que nous célébrons cette semaine doivent aider les malades à se pénétrer toujours plus de la valeur de la souffrance : dimanche, c’était l’exaltation de la sainte Croix, hier c’était la fête de Notre Dame des Sept-Douleurs et demain, c’est la fête des Stigmates de saint François d’Assise. Chacune de ces fêtes exalte à sa façon la nécessité, la gloire, les effets de la croix et voudrait amener les croyants non seulement à ne pas se plaindre de leurs croix mais à les rechercher comme un bienfait digne d’envie. Que les malades au moins retiennent que l’amour de Dieu ne s’obtient qu’à ce prix, et que, puisque le Seigneur met la croix à leur portée, ils doivent la saisir avec avidité, et attendre en retour un accroissement d’amour de Dieu dans leur cœur. Faites vôtre une prière qui vous préparera admirablement au rôle de victime d’amour, c’est la prière de François d’Assise qui lui a valu de porter dans sa chair les Stigmates de la Rédemption; remarquez bien la sublimité de cette prière.

Prière
« ô Seigneur Jésus, il y a deux grâces que je vous demande de m’accorder avant ma mort ; la première est que, autant que cela se pourra je ressente les souffrances que vous, ô mon doux Jésus, vous avez dû subir dans votre cruelle passion : la seconde, que je ressente dans mon cœur autant que cela se pourra, cet amour démesuré dont vous brûlez, vous, le Fils de Dieu, et qui vous a conduit à souffrir volontiers tant de peines pour nous, misérables pécheurs. »

Et vous, ô grand saint Antoine, merci des interventions toutes puissantes que vous multipliez en faveur de ceux qui mette en vous leur confiance. Donnez à tous l’esprit de pauvreté, inspirez plus de générosité et de compassion en faveur des nécessiteux, et obtenez-nous de croître chaque jour en cet amour divin qui fait si bien oublier tout le reste, qui rend heureux d’endurer des privations et des douleurs à l’exemple de Jésus pour le glorification de notre Père de Cieux. Ainsi soit-il.

L'amour de Dieu
La pauvreté et le véritable christianisme.

Le détachement de ce qui n’est pas de Dieu, c’est la religion en esprit et en vérité que notre Notre-Seigneur est venue enseigner sur la terre. Elle ne consiste pas en un pur formalisme qui ne change guère le cœur ; mais, par la lumière de la Révélation et la grâce des sacrements, elle élève l’âme sur un plan surnaturel, harmonise les activités corporelles et spirituelles aux exigences du vouloir divin, les modèle sur celles de l’Homme-Dieu, et en un mot restaure tout dans le Christ. Ce christianisme véritable, François le rappelle de vivante façon dans sa vie et le propose aux croyants dans ses trois Ordres, toujours florissants après sept siècles d’existence. Pour les laïcs en particulier qui veulent devenir ses enfants par le Tiers-Ordre, ce christianisme tend à compénétrer l’humaine activité jusque dans les moindres détails de la vie et à restaurer dans le Christ l’individu, la famille, la profession et même la politique.

- C’est un christianisme intégral que demande François à ses enfants, quelle que soit leur fonction dans l’Église ou la société, et non un christianisme édulcoré qui compose devant les renoncements à imposer à la nature. On est tenté dans ce siècle de réduire la religion en vaines formules. Invitez bien des hommes du monde à une retraite fermée.
- Je n’ai pas besoin de cela, moi, réplique-t-on. Je vais à la messe tous les dimanches et je fais mes Pâques sans y manquer.

À ses yeux, toute la religion consiste dans des pratiques extérieures qui s’allient très bien avec l’attachement aux richesses, aux plaisirs, aux honneurs. Il ne leur viendra même pas à l’idée que la foi chrétienne a d’autres exigences. Et ce mal est par trop général dans le monde. Ce qui pis est, la classe instruite en est souvent la plus atteinte. Elle s’est bâti une religion facile, qui ne demande pas trop de sacrifices, qui flatte l’orgueil, la sensualité, le cumul des biens, en un mot un christianisme bourgeois qui commence à se faire mauvaise presse parmi les Communistes et les ennemis de la vaine religiosité.

Ceux-là de fait, quelque croyants qu’ils s’affichent dans leur milieu social, sont en réalité des païens, qui ont de chrétien que le nom. Ils sont attachés à toute autre chose qu’à Dieu et ils sont prêts à Le trahir à la moindre occasion. En voici des preuves irréfutables ; - une première, c’est qu’ils laisseront le prochain dans la misère à leurs côtés, sans daigner faire le plus petit sacrifice pour leur être secourable ; ils ont toutes sortes d’excuses pour éluder la loi de la charité- Une deuxième preuve, c’est qu’ils tomberont dans la luxure, l’onanisme, l’adultère, l’intempérance, sous prétexte que c’est la mode dans ce milieu social, que c ‘est difficile de se dominer, que le bon Dieu n’est pas un sauvage, qu’Il ne tient pas compte de ces faiblesses, - Une troisième preuve enfin, c’est qu’ils s’en prendront aux représentants du culte, quand la foi viendra contrecarrer leur jugement ou qu’ils tenteront de vouloir se justifier par quelque scandale de prêtre. - Dans leur for intérieur ces mondains faiblissent devant la plus petite tentation, car ils ne savent pas se renoncer pour Dieu ; et en temps de persécution, ils imiteraient bien des catholiques d’Espagne et du Mexique, en reniant leur foi devant les ennemis de Dieu. Pour ces chrétiens, ce n’est pas Dieu qui compte dans leur pensée et leur sentiment, ce sont les richesses, les plaisirs, les honneurs, et, dans le but de se les procurer ou de s’éviter des ennuis, ils sacrifient l’amour de Dieu, en ignorant les exigences pratiques de la foi.

Le détachement au moins en esprit, la pauvreté séraphique demande une attitude différente. Elle inspire à l’âme de reconnaître Dieu pour le tout de la vie et de s’entraîner à agir en conséquence dans le détail de l’existence. Tous les actes doivent se ressentir de cette vérité primordiale ; dans l’intention au moins virtuelle ils doivent être inspirés de Dieu et être orientés vers Dieu. « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez,, quoi que vous fassiez, faites tout pour la plus grande gloire de Dieu. » dit saint Paul, I Cor., X 31. Il n’est pas question de formules à réciter, ni d’exercices périodiques de piété, mais bien de pensée constante que nous dépendons directement de Dieu et que notre vie entière doit proclamer cette entière dépendance. Il en est ainsi en réalité, quand toujours et partout nous aimons Dieu par-dessus tout et que, pour combattre en nous la triple concupiscence qui peut entraver cet amour souverain, nous tenons à Dieu à peu près ce langage :

1- - Seigneur, les biens dont vous m’avez établi l’économe, ( je parle ici au nom des laïcs gagnés à Dieu ) , tous ces biens, dis-je, sont à Vous et, pour ne pas l’oublier moi-même, pour vos pauvres et les besoins du culte ; et ce sacrifice je le fais parce que mon amour pour Vous m’incite à Vous donner ce qui m’est utile, ce qui m’est nécessaire même.

2-Le corps que je tiens de votre bonté et à qui mon âme infuse la vie, je veux lui donner la nourriture nécessaire, sans le gaver. Les gens mariés pourraient ajouter : sans être esclave de la sensualité, je veux bien le faire servir à multiplier les élus sur terre ; je désire même que l’amour humain m’aide à mieux connaître les attraits de l’amour divin.

3- Enfin, Seigneur, mon âme spirituelle comme Vous mais liée à un corps doit préférer la lumière qui vient de la foi aux connaissances qui viennent des sens et s’appliquer à faire passer dans ma vie entière ce que Vous me demandez dans le révélation, quand ce serait le sacrifice des biens, des mes aises, de ma vie même.

Si vous voulez établir vos âmes dans ces dispositions qui ne sont pourtant que du christianisme véritable, vous avez besoin de prières et d’exercices de piété. La prière proprement dite élève l’âme vers Dieu, si elle vient d’un cœur épris de Dieu plutôt que d’une mémoire remplie de formules. Les exercices de piété,comme l’assistance à la messe et la fréquentation des sacrements, méritent des grâces de lumière et de générosité, s’ils sont accomplis avec respect et dévotion. Mais pour qu’il en soit ainsi il faut une habitude intérieure de préférer Dieu à tout et des actes en ce sens qui maintiennent l’âme dans le sentiment de la présence de Dieu et dans le désir de Lui plaire.

Quoi de plus utile à cette fin, que de s’entraîner à la pensée de Dieu et de multiplier si bien les actes de préférence de Dieu, qu’il ne vienne jamais à l’idée de sacrifier Son bon plaisir à une vaine satisfaction venant du créée ! Un moyen d’arriver à penser souvent à Dieu, c’est de faire un signe de croix à son réveil; d’éloigner toute préoccupation au moment de la prière ; d’élever vers Dieu son cœur en face des contradictions pour demander grâce et conseil ; de voir Ses perfections infinies dans les êtres créés et Son image dans le prochain ; d’accomplir ses devoirs d’état avec la pureté d’intention qu’apporterait le Christ Lui –même à notre place. Un moyen de préférer Dieu toujours, c’est de Le comparer à ce qui fait l’objet de la tentation et de lui dire chaque fois ; Mon Dieu, c’est Vous que je préfère, je veux accomplir Votre sainte volonté,dut-elle me priver de tout bien, de mon honneur, de ma vie même. ‘ Non mea volontas, sed tua fiat! » disait Notre-Seigneur au jardin des Oliviers. Le même langage s’impose à tout chrétien dans les moindres détails de l’existence, donc dans sa vie personnelle, familiale, professionnelle, sociale, politique, nationale et même internationale.

La conscience est une, à quelque besogne qu’on soit employé, et c’est Dieu qui doit l’informer. ‘ L’âme est le trône de la sagesse, disait saint Antoine, et la sagesse chrétienne doit être la vie de l’âme comme l’âme est la vie du corps. En d’autres termes, le christianisme pleinement vécu est ‘ la suprême réalisation de l’homme ici-bas ».

Bien chers auditeurs, la pauvreté que demandent l’Évangile et l’esprit de saint François, inspire l’attachement à Dieu et le détachement de ce qui est de nature à diminuer cet amour. Si vous prenez des moyens pour être épris de Dieu, comme François, son amour vous rappellera Sa présence et déterminera de généreuses résolutions qui vous permettront de traduire votre foi dans la maladie, la pauvreté, l’infidélité d’un conjoint, l’inconduite d’un enfant, les médisances, les calomnies, les injures, les coups.

Votre religion, pas plus que celle des mondains, ne doit consister en des formules dites du bout des lèvres tandis que le cœur et loin de Dieu par la révolte ou le murmure ; même quand ces formules sont des chapelets, des chemins de croix, une neuvaine à saint Antoine. Votre religion doit vous faire accepter avec résignation sinon avec joie les renoncements demandés par Notre-Seigneur, fussent-ils les plus terribles à la nature. Au premier comme au dernier rang de l’échelle sociale, le christianisme impose le point de vue de Dieu fut-il le plus cruel des crucifiements. Ce fut la religion du Christ et de François; ce doit être la nôtre dans le monde comme en communauté

Je termine par une citation prise dans la règle que donna saint François à ses enfants du Premier Ordre. Elle s’applique à ceux du Troisième Ordre et à tous les fidèles qui désirent sincèrement devenir pauvres en esprit, comme l’exige Notre-Seigneur, « telle est l’excellence de la très haute pauvreté, qui vous établit, mes très chers frères, héritiers et rois de royaume des cieux, rend pauvres de toutes choses, mais sublimes en vertus. Qu’elle soit votre partage, car elle conduit en la terre des vivants. » Voilà comment le détachement de ce qui n’est pas Dieu conduit à la pratique de la véritable religion. Je termine par une citation prise dans la règle que donna saint François à ses enfants du Premier Ordre. Elle s’applique à ceux du Troisième Ordre et à tous les fidèles qui désirent sincèrement devenir pauvres en esprit, comme l’exige Notre-Seigneur, « telle est l’excellence de la très haute pauvreté, qui vous établit, mes très chers frères, héritiers et rois de royaume des cieux, rend pauvres de toutes choses, mais sublimes en vertus, Qu’elle soit votre partage, car elle conduit en la terre des vivants. » Voilà comment le détachement de ce qui n’est pas Dieu conduit à la pratique de la véritable religion.

L'amour de Dieu
La pauvreté séraphique pour les chrétiens du siècle.


14 octobre 1941


La pauvreté séraphique pouvait convenir à la rigueur à des individus pris isolément et à une famille religieuse fortement constituée dont les membres voudraient mettre en pratique à la lettre le saint Évangile de Notre-Seigneur. Mais une foi qui inspire de se dépouiller de tous ses biens pour s’abandonner à la Providence, ne pouvait devenir un idéal de vie à proposer à tous les chrétiens ; François le comprit dès qu’il vit affluer les recrues et qu’il remarqua chez les personnes mariées le même désir de tout quitter pour entrer dans son Ordre. « Attendez avant de mettre vos bons desseins à exécution, leur dit François ; je songerai à vous et, la grâce de Dieu aidant, je vous trouverai un genre de vie qui vous permettra de réaliser vos désirs de perfection sans sorti, du siècle. » Il songea dès lors à la fondation d’un troisième ordre pour les séculiers ; de là l’idée de son Tiers-Ordre. François prêchait le détachement de ce qui n’est pas Dieu. Il avait la sagesse de le préférer aux biens de la fortune, du corps et de l’âme ; mais il était loin de mépriser pour cela la propriété, le mariage, la science du créé, comme certains hérétiques du temps tels les Vaudois, les Albigeois, les Cathares, qui, pour confondre les abus qu’on en faisait, les condamnaient sans distinction. Au contraire, il avait un profond respect pour toute l’œuvre de Dieu et il faisait de chacun des êtres appelés à l’existence comme une échelle pour s’élever à Lui. Il les voyait pour ainsi dire avec l’œil de Dieu, et il voulait enseigner aux hommes à s’en servir à son exemple comme d’un échelon pour se rapprocher de Dieu. Pour qu’il en soit ainsi, l’homme n’a qu’à s’astreindre à voir Dieu dans le créé, la cause dans l’effet, ses perfections infinies dans le spécimen de perfection qui tombe sous les yeux ; il lui devient facile alors de n’utiliser les êtres que selon les vues de l’auteur de toute chose. Les biens pour se procurer le nécessaire à la subsistance et non le luxe ; le mariage non pour satisfaire ses passions, mais pour se faire une idée plus précise de l’amour de Dieu et seconder ses desseins dans cette sainte institution ; la science pour faire tout servir selon les fins voulues de Dieu.

Cette position de l’esprit de François est comme un retour à la justice originelle : elle fait de Dieu le centre de l’univers et tend à modeler les activités des hommes sur celles du Fils de Dieu fait homme, notre béni Seigneur Jésus. Dès lors, selon le langage de saint Paul. ‘ ceux qui possèdent, sont comme ne possédant pas; ceux qui ont une femme, sont comme n’en ayant pas ; et ceux qui usent des choses de ce monde, sont comme n’en usant pas. » ( I Cor., VII,30.) Ce qui revient à dire : ‘ À quoi sert de s’attacher à quelque chose ici-bas? Par exemple à des biens que la rouille altère, à un conjoint de qui la mort sépare, à une prétendue indépendance, comme si on pouvait se suffire à soi-même ? » « La figure de ce monde passe. » Il n’y a que Dieu qui demeure et il doit être le tout de notre vie. Une attache au créée n’est légitime que dans la mesure où elle contribue à rapprocher de Dieu, en aidant à Le mieux connaître, aimer et servir.


Tel est l’esprit que doivent s’appliquer à saisir les fidèles qui se mettent à l’école de François, pour comprendre le programme de vie qu’il propose aux séculiers comme aux religieux. Il soumet les religieux aux vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, en commandant le détachement en esprit et en fait des biens de la fortune, du corps et de l’âme pour l’amour de Dieu ; il soumet les laïcs à l’esprit des vœux des religieux, en obligeant au détachement en esprit