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Je
ne m'étais pas trompée: sa mère, qui vint
le lendemain, m'en donna la confirmation tangible. Elle me brûla
beaucoup plus fortement encore. Je dus également passer
trois heures en prières auprès d'elle et noter
ce qui lui manquait. Il me fut alors manifesté que la
maman Pecher, elle aussi, était morte si tôt uniquement
parce qu'elle avait tout mis en oeuvre pour empêcher sa
fille d'embrasser l'état religieux. C'était pour
ce motif également qu'elle devait beaucoup souffrir en
Purgatoire. Cette âme m'a encore indiqué beaucoup
d'autres fautes qu'elle avait commises, en mangeant et en buvant
de bonnes choses sans vouloir se modérer. Parce qu'elle
n'aimait pas faire l'aumône durant sa vie, elle me dit
que son mari, qui vivait encore, il est mort le 15 juin 1700
- m'enverrait un peu d'argent que je devais partager entre les
pauvres de l'endroit. L'argent me parvint en effet. Cette âme
m'a coûté beaucoup. Je dus pour elle aussi jeûner
au pain et à l'eau. Quatre semaines plus tard, je voyais
encore sur mon pied les marques de ces brûlures, car la
forme de la main et du doigt dont cette âme m'avait touché
le pied y demeuraient encore visibles. Autant j'ai éprouvé
de consolation lors de ces apparitions, autant ces âmes
m'ont coûté. Quand j'eus offert toutes les satisfactions
pour e1les, la mère et la fille vinrent une fois encore
dans ma chambre, le 13 décembre 1690, jour de la fête
de Sainte Lucie, vierge et martyre. Un très beau chant
retentit, tiré du psaume: « J'ai été
dans la joie quand on m'a annoncé: nous irons dans la
maison du Seigneur ! » Cela, m'a remplie d'une joie que
je ne saurais décrire.
Celle
que l'on croyait déjà au ciel
La
nuit suivante, la mère de mon père s’est
annoncée à moi. C'était justement la fête
de S. Jean de la Croix, anniversaire du Jour où elle
était décédée 17 ans auparavant.
Je n'aurais jamais cru qu'elle fût encore en Purgatoire:
je la croyais depuis longtemps au ciel. Souvent, surtout le
jour des Trépassés, nous entendions un murmure
insolite dans la maison, mais sans penser qu'il pût provenir
d'une âme du Purgatoire. Grâce à Dieu, je
ne suis pas portée à m'imaginer ces choses et
j'ai aussi toujours inculqué à mes frères
et soeurs la crainte de telles imaginations. Mais la manière
dont, cette fois-là, cette âme s'annonça
dans ma chambre, fut si bruyante, que mes frères l'entendirent.
Ils vinrent me demander si je n'avais rien entendu, car nos
chambres étaient situées l'une au-dessus de l'autre.
Je ne répondis guère, quoique sachant, de fait,
ce que signifiait ce bruit. Elle vint, comme les autres, à
minuit. Je l'entendis gémir en soupirant, comme une personne
à la mort. J'éprouvai aussitôt une grande
compassion pour elle, car de son vivant, je l'avais aimée
comme ma mère et j'étais présente au moment
de sa mort. Elle avait vécu dix-sept ans chez nous, dans
la maison. Elle aimait à tel point la paix, qu'entre
ma mère et elle il n'y eut jamais de mésentente,
ce que ma mère appréciait fort. Aussi l'aimait-elle
beaucoup. Cette grand'mère menait une vie pieuse. Elle
avait donné le bon exemple jusqu'à sa mort, survenue
à l'âge de 80 ans, priant et veillant beaucoup.
Tout cela aussi nous faisait espérer qu'elle ne devait
plus être en Purgatoire. Mais, dans sa justice, Dieu l'y
a gardée. Elle me pria de l'aider. Or j'étais
au lit et ne pouvais me lever, tant mes brûlures au pied
me faisaient souffrir. Je ne voulais pas me lever non plus en
partie par crainte qu'il m'arrivât de nouveau quelque
chose, bien que j'eusse aimé communier le jour de la
Saint Jean de la Croix.
Je décidai donc de rester à la maison pour ne
pas m'attirer d'ennuis, car, outre l'enflure, la chaleur ardente
que je ressentais aux pieds était affreusement douloureuse.
C'était presque comme une brûlure à la flamme,
à tel point que ma mère voulut m'envoyer chez
un baigneur. Elle était d'avis que je devais garder le
lit. Tandis que j'hésitais ainsi, l'âme de mon
père défunt vint. Elle m'encouragea, me dit que
je devais me lever et aider sa mère à sortir du
Purgatoire. Je n'avais pas à craindre, il fallait seulement
avoir confiance en Dieu et il ne m'arriverait rien. Il m'avait
parlé avec beaucoup d'affection et m'avait rappelé
le grand amour du prochain qu'il avait lui-même pratiqué
durant sa vie, se levant parfois la nuit, s'arrachant au sommeil
pour venir en aide à autrui. Puis il me représenta
les grandes douleurs des âmes du Purgatoire et me dit
que je ne devais pas trouver de trop d'aider sa mère
et de lui gagner ce jour-là l'indulgence plénière.
Décidée par cette exhortation pleine d'affection
et grave à la fois, je me levai aussitôt, me rendis
à l'église des Carmes et y demeurai de longues
heures sans même penser à mes douleurs. Quand je
rentrai ensuite à la maison, il ne m'arriva rien. Son
âme me donna seulement un petit signe de délivrance.
L'enflure de pied disparut bientôt et avec elle la peur
qu'il put m'arriver quoi que ce fût de la part des âmes
du Purgatoire.Je tins la chose cachée et n'en parlai
même pas à ma mère. Je n'en informai que
mon confesseur, parce qu'ayant remarqué quelque chose
il m'ordonna de parler, au nom de l'obéissance.Et de
même que c'est Dieu qui a commencé cela, c'est
sa Providence qui a tout ordonné et admirablement disposé
pour que j'obtienne une chambre pour moi seule, car ce n'était
pas le cas jusqu'alors. Dans cette chambre, j'ai aménagé
un autel. Sous la croix, j'y ai placé mon tableau de
la Très Sainte Vierge, sous lequel j'ai mis celui de
l'Ecce Homo douloureux, en larmes, qui inspire la pitié.
C'est à ce tableau que je vais avec confiance, la nuit
surtout, et je me sentais souvent attirée à venir
devant lui, prier pour les âmes du Purgatoire. Le lendemain
de la fête de St Thomas - c'était un vendredi (22
décembre), j'ai allumé un cierge en l'honneur
de la T. S. Vierge et pour le soulagement des âmes du
Purgatoire. Tandis que, selon mon habitude, je faisais ma méditation
sur les souffrances du Christ, je laissai la liberté
à mon esprit et m'occupai avec un zèle tout spécial
des âmes du Purgatoire pour les aider par les mérites
des souffrances du Christ. Sans me rien représenter,
je considérais le tableau en priant. Je remarquai que
le Christ commençait à pleurer tellement, que
c'était pitié et que la toile de la sainte image
se gondolait sous l'effet des larmes amères, au point
que je craignais de voir le verre placé devant voler
en éclats. Ce spectacle m'emplit d'une frayeur que je
ne saurais décrire. Puis, sans surprise, sans vision,
donc pleinement consciente, je tombai à genoux devant
ce tableau, frappée de faiblesse, sans changer d'état
et je l'ai vu des yeux de mon corps. J'ai vu également
ce phénomène diminuer, puis cesser tout à
fait. Bientôt, le Christ recommença à pleurer
plus encore, et d'une manière plus animée. Il
pleura à sept reprises. C'était pitié de
le voir. Dans ma douleur, je ne savais que faire et pleurais
moi aussi abondamment, car j'étais fort inquiète
de savoir si ce n'était pas pour moi que le Christ avait
pleuré ainsi. Aussi avais-je grand peur. Dieu me laissa
quelques jours dans cette angoisse. Je demandai enfin à
Notre Seigneur ce que signifiaient ces pleurs amers versés
à sept reprises. Son amour me révéla alors
que ce qui le faisait pleurer amèrement, c'était
sa pitié pour les hommes, objet de son amour.
Je
lui demandai pourquoi il avait pleuré sept fois. Il me
signifia que je devais prier chaque jour pour sept catégories
de gens. Puis tout m'a été dit et le Christ m'a
également orientée complètement sur la
manière dont il voulait que je m'applique à lui
rendre honneur. Cela devait se manifester les saints jours de
Noël et à la fête du Nouvel-An suivant. Le
jour du Nouvel-An, 1691, je ressentis en mon âme une grande
dévotion et de grands désirs de passer cette année
nouvelle dans une grande perfection. J'éprouvai un ardent
désir de prier avec beaucoup d'application pour l'Eglise
catholique et pour tous les hommes. Dans ma prière intérieure,
je me sentis également entièrement donnée
à Dieu, pour qu'il fasse de moi ce qu'il voulait et se
serve de moi pour sa gloire, comme il lui plairait, car je voulais
vivre uniquement pour accomplir sa Sainte Volonté. »
Ayant demandé ce qu'elle devait faire cette année-là,
Marie-Anne entendit ces mots: « Je veux que tu souffres
sans le laisser paraître ; que tu vives comme un enfant
et que tu aimes comme un séraphin. » Le Christ,
dit-elle, m'indiqua qu'il avait confiance en moi de préférence
à tous les hommes, pour prendre le souci des âmes
qui lui ont coûté tant de souffrances et de sang.
Il m'exhorta à un grand amour et à une haute estime
des âmes qu'il a estimées lui-même au point
de souffrir et de mourir pour toutes...
Passage
à la vie contemplative
Après
cela, raconte la vénérable, j'ai reçu la
visite d'un Carme qui me parut être S. Jean de la Croix.
Il me dit que je devais mener une vie contemplative, puis disparut.
Depuis ce temps, j'éprouvai le désir de prier
ainsi et de ne plus continuer à méditer. Je me
sentis bien plutôt portée à prêter
attention, comme si quelqu'un me parlait. Les facultés
de mon âme se plièrent très bien à
tout cela. Dieu lui-même me guidait avec force vers la
prière contemplative. Je ne pouvais que prêter
attention à ce qu'il me disait. L'attrait de la contemplation
était si fort, que je ne pouvais me reposer ni le jour
ni la nuit, si cela ne m'était pas enjoint au nom de
l'obéissance. Les grâces commencèrent à
se manifester avec force dans mon âme, que la prière
contemplative améliora rapidement. En même temps,
je brillais d'amour de Dieu et du désir de souffrir pour
lui et pour le monde entier: je n'étais presque plus
maîtresse de moi-même. D'abondantes paroles ne me
suffiraient pas pour dire avec quel amour Dieu m'a traitée,
alors il m’a fait connaître son amour. Dans mon
émerveillement devant toutes les grâces que Dieu
m'a souvent accordées, je disais parfois au Christ, en
versant des larmes: « O, Seigneur, pourquoi me donnez-Vous
de telles grâces, que je n'ai certes pas méritées
et dont je sais que Vous ne les donnez d'ordinaire qu'à
ceux qui Vous aiment vraiment? Je ne vous ai que peu servi jusqu'ici
et je vous ai même offensé beaucoup. Comment est-ce
possib1e, Seigneur ? Avez-vous donc déjà complètement
oublié mes fautes ? Je Vous en prie, envoyez-moi la souffrance
autant que Vous le voulez, car cela, je l'ai mérité.
» Là-dessus, l'éternelle Vérité
m'a donné et a allumé en mon âme la lumière
de la Vérité. Mon âme a été
éclairée et son amour m’a été
fait connaître qu'en des paroles telles, que je n'ai pu
poser d'autre question. Mais le Seigneur m'a dit « Ce
n'est pas parce que tu le mérites, que je suis si bon
avec toi, mais je te donne la grâce d'être en relations
avec les âmes du Purgatoire, pour t'amener à devenir
meilleure et t'attirer à moi par de tels événements
extraordinaires. D'autres sont venus d'eux-mêmes à
moi, avec leur amour pour moi, tandis que toi, tu dois être
attirée à moi et à la vertu par la force
de mon amour spécial et de ma grâce. » =
Plus élevées étaient les grâces que
Dieu m'avait données, et qu'il a rendues manifestes aux
yeux des hommes, plus aussi il m'a humiliée: plus fortement
que n'aurait pu le faire aucun homme du monde, ce qui m'a coûté
souvent bien des larmes. L 'oeil de Dieu, qui voit tout, regardait
au plus profond de mon âme pleine de fautes et me montrait
ce que j'avais mérité. Mais après cela,
Il me faisait connaître sa Miséricorde sans bornes,
qui me poussait à l'aime«r davantage encore.
Vision
et description du Purgatoire
C'est
en ce temps-là que je fus souvent conduite en Purgatoire,
et j'ai pu voir ce lieu effrayant. Le 15 mai, après la
sainte communion en l'église des Jésuites, cela
m'a-t-il été représenté, ou bien
y ai-je été conduite par mon ange gardien ? je
ne le sais - j'ai vu devant moi une grande fosse6 dont je ne
pouvais apercevoir l'extrémité, parce qu'elle
était plongée dans l'obscurité complète.
Je me rendis néanmoins compte que cette fosse était
occupée, mais je n'arrive pas à en décrire
exactement la forme. Il m'a semblé qu'il y régnait,
d'une extrémité à l'autre, un grand désordre,
et une horrible puanteur, comme dans une soue à porcs.
Je dus y demeurer longtemps, bien que cela me donnât un
haut-le-coeur, vraiment. Après quoi j'ai vu un autre
endroit, mais tout près de cette fosse, du côté
droit. Cet endroit m'a paru comme un bief de moulin, dont les
eaux grossies tombent en cascade. Mais c'était une cascade
de feu qui tombait, de sorte que je m'étonnais qu'il
pût y avoir une eau de feu. Mais quand je suis revenue
à moi, j'ai compris: cette fosse profonde, sans fin,
c'est l'enfer; le bief, c'est le Purgatoire (pré-enfer)
où les pauvres âmes sont plongées comme
dans une eau de feu, mais avec une grande différence
non selon la peine, car elles sont immergées dans le
feu, mais selon l'ordre et l'amour avec lequel elles souffrent.
Chez les âmes du Purgatoire, j'ai vu clairement qu'elles
sont pleinement unies à la Volonté de Dieu, qu'elles
sont extraordinairement patientes dans leurs souffrances, qu'elles
se sentent vraiment heureuses d'avoir échappé
à l'enfer mérité par leurs péchés,
au cours de leur vie et de se trouver dans ce lieu du Purgatoire.
Ce contentement des chers fidèles défunts au milieu
de leurs souffrances, je le souhaiterais bien à moi-même
et à tous les hommes de la terre dans nos souffrances
et nos adversités, parce que, alors, on ne trouverait
plus d'impatience ici-bas. Il me fut aussi révélé
qu'aux âmes du Purgatoire, une heure parait plus longue
que vingt ans de grandes souffrances sur la terre. Je compris
également que si on leur offrait de pouvoir sortir du
Purgatoire et entrer au ciel quoique non encore entièrement
purifiées, les âmes du Purgatoire aimeraient beaucoup
mieux y rester jusqu'au Jugement dernier que de paraître
devant Dieu avec la moindre tache. J'ai remarqué, chez
ces chères âmes qui sont en Purgatoire, une patience
qu'on ne saurait dire, et j'ai appris d'elles à estimer
grandement l'obéissance, en voyant combien, par l'exercice
de cette sainte vertu, on peut les aider et leur rendre autant
et aussi vite service. Oh oui, on peut bien tes appeler saintes,
les âmes du Purgatoire, car elles sont pleines d'amour
de Dieu. Elles brûlent bien plus de l'amour de voir ce
Dieu si bon et de jouir de sa présence, qu'elles ne brûlent
du feu de leurs peines.Une
autre fois, je vis le Purgatoire comme un cachot tout en feu,
comme un lieu dont le feu était effrayant. Tous les feux
du monde réunis ne sauraient lui être comparés,
et les pauvres âmes y sont plongées comme des étincelles
de feu (Cor. III, 16 et I Petr. 1,7). « Elles sont si
nombreuses que mes yeux n'ont pas réussi à en
embrasser du regard la multitude entière, tant elle est
grande. Peu après, le Purgatoire me fut montré
comme un vivier dans lequel se trouvaient une multitude de poissons.
Ces poissons étaient complètement blancs et tendaient
vers moi leur bouche ouverte. Il m'a été signifié
que je devais les rafraîchir par les larmes de mes yeux
et le Sang de Jésus-Christ, en l'offrant pour elles.
Il me fut dit aussi que je devais répandre sur elles
du sel, ce que je ne compris pas tout d'abord, jusqu'à
ce que cela me fut expliqué: je devais accomplir des
bonnes oeuvres et les offrir pour les pauvres âmes. Pour
donner une idée du nombre de ces âmes, Dieu me
fit voir le Purgatoire sous la forme d'une fourmilière.
Je demandai pourquoi ces âmes m'étaient montrées
ainsi. Il me fut donné à comprendre que c'est
parce qu'une fourmilière est couverte, surtout en hiver
où l'on ne remarque absolument pas qu'il s'y trouve un
si grand nombre de fourmis. Mais si on la remue avec un bâton,
ou si on l'enfume, les fourmis en sortent par milliers. Je devais
penser qu'il y a en Purgatoire, beaucoup, beaucoup d'âmes
qui sont cachées à nos yeux, comme dans une fourmilière
couverte, telle que je venais de la voir. Je ne devais donc
pas m'étonner si je voyais qu'elles montrent tant d'ardeur
à mon égard. C'est que par un effet de son amour,
sa Bonté était venue maintenant dans cette fourmilière.
Par ses premières larmes, le Christ avait voulu manifester
que si peu d'hommes pensent aux âmes du Purgatoire d'une
manière qui les secoure. Il se servait de moi comme d'un
bout de bâton pour remuer cette fourmilière, pour
que je puisse voir comme y étaient cachées en
foule des âmes que l'on croit déjà au ciel.
Puis les âmes du Purgatoire me furent montrées
sous la forme d'un essaim d'abeilles agrippées à
un arbre. Il me fut dit que je ne devais pas m'étonner
de leur grand nombre, car rien de souillé n'entre au
ciel. Or, les hommes vivent habituellement comme de vrais mondains,
sans penser guère a l’autre monde, à la
vie éternel, et sans reconnaître leurs fautes.
Mais Dieu examine tout selon la justice. Il me fut dit encore
que je devais considérer le bref temps de souffrances
qui, en comparaison de l'éternité, n'est qu'un
court instant, ou encore, considérer quelle récompense
infinie était le ciel qui suivait ce temps de souffrances.
Le ciel exige qu'on se fasse violence. Or, la plupart des hommes,
les mondains, ne se font pas violence parce que, en mondains
qu'ils sont, ils ne se croient pas obligés de pratiquer
la vertu. Ainsi, il ne peut évidemment pas en aller autrement:
ils demeurent retenus très longtemps en ce lieu.
Le
salut des non-catholiques
D ieu
m'a donné également beaucoup de lumières
concernant les âmes de ceux qui ont vécu et sont
morts dans le luthérianisme. Un très grand nombre
d'entre elles ne sont pas réprouvées, mais parviennent
à la béatitude parce qu'elles n'ont pas eu assez
de compréhension ou ont été complètement
innocentes. C’est pourquoi Dieu leur a donné, à
la fin de leur vie, la grâce de faire un acte de repentir
suffisant pour se sauver et elles ont ainsi quitté ce
monde dans la grâce de Dieu. Il me fut révélé
en même temps que ce sont des âmes qui, durant leur
vie ont cru à cette vérité: rien de souillé
ne peut entrer au ciel. Elles m'ont été montrées
dans une tout autre prison et elles tendaient vers moi 1eur
bouche ouverte comme des affamées, se plaignant que je
les avais oubliées. Je ne savais pas, tout d'abord quelles
étaient ces âmes; mais quand j’eus prié,
il m’a été révélé qu’elles
étaient là absolument démunies de secours.
Elles me dirent que je devais et pouvais les aider, car si elles
n'avaient pas vécu dans la véritable Eglise, elles
étaient également privées de tout secours.
Elles avaient maintenant recours à moi. Ces âmes
demandaient tout spécialement la messe et la sainte communion.
C'est ce qu'indiquait leur faim. Le Christ me dit, lors de la
communion: « Tu as parfaitement raison de prier pour ces
âmes.
Les
peines des époux
La
vénérable représente comme suit les peines
des époux qui, durant leur vie, n'ont pas pratiqué
la chasteté selon leur état: « En 1709,
mon ange gardien m'a conduite en un lieu inconnu de moi. J'y
vis un grand lac plein de soufre et de poix. Je ne voyais rien
dans ce lac parce que toute sa surface bouillonnait comme une
eau cuisant à gros bouillons. Quand je revins à
moi, je me mis en prières devant mon Ecce Homo, et demandai
au Saint-Esprit et à la T. S. Vierge de m'éclairer
sur le sens de cette vision. Il me fut révélé
que ce lieu était un endroit du Purgatoire et un lieu
de peines tout à fait spéciales, inexprimables,
incompréhensibles, pour une catégorie particulière
d'âmes ; que dans ce lac étaient complètement
immergés ceux qui, dans le mariage, s'étaient
plongés entièrement dans les plaisirs charnels,
menant une vie animale plus qu'humaine. Je fus également
exhortée à témoigner ma pitié toute
spéciale à ces âmes, parce qu'on pense si
peu à elles, et à offrir pour elles à Dieu
la douloureuse flagellation de Son Fils unique. Il me fut également
révélé à cette occasion, que Dieu
rappelle bientôt à Lui ces gens-là, mais
qu'Il reprend aussi très tôt 1eurs enfants. Le
10 mars 1714, il me fut révélé que dans
le saint état du mariage, on ne vit pas comme on devrait
vivre et qu'il s'y commet de grands péchés. C'est
pourquoi Dieu punit sévèrement en ce monde déjà,
de la manière que je viens d'indiquer, mais plus sévèrement
encore dans l'autre monde où beaucoup de gens mariés
sont damnés parce qu'ils n'ont pas vécu comme
ils l'auraient dû selon leur état.
La
durée des peines du Purgatoire
Le
Purgatoire est le lieu que le Psalmiste royal appelle «
Pays de l'oubli » (Ps. LXXXVII, 13) et dont la Vérité
éternelle dit elle-même : « En vérité
je te le dis, tu ne sortiras pas de là que tu n'aies
payé le dernier quadrant (menue monnaie) » (Matth.
V, 26). A cet endroit de tourments s'applique en effet la parole
du Psalmiste : « Tu as éloigné de moi mon
ami et celui quim'était proche, et mes intimes, tu les
as tenus loin de moi » (Ps. LXXXVII, 19). Pour ce qui
concerne la durée des peines du Purgatoire, la vénérable
nous dit: « Les pauvres âmes m'ont montré
que dans l'autre monde tout est calculé avec une exactitude
absolue et qu'en cette vie, on peut diffici1ement s'en faire
une idée. Je me suis moi-même souvent étonnée,
autrefois dit-elle, qu’il fut même simplement possible
que tant d'âmes se trouvent en Purgatoire, retenues pour
si 1ongtemps, alors qu'on les croyait depuis bien longtemps
dans la joie éternelel. J'ai pu le voir dans le cas de
mes grands-parents, puisque ma grand'mère ne put se présenter
chez moi qu'au bout de dix-sept ans. Le séjour en Purgatoire
dure souvent quelques centaines d'années. Tout cela m'a
fait voir combien grande est l'offense faite à Dieu par
le péché et que tout ce qui n’a pas été
expié en cette vie doit l'être en l'autre. Dieu
nous a mis en mains les moyens suffisants pour laver notre âme
en ce monde et pour la purifier. Mais ces moyens, comment s'en
sert-on ?
Les
âmes du Purgatoire m'ont enseigné ce qui est nécessaire
pour faire un bon usage des sacrements, de la prière,
des indulgences; que par la souffrance, les adversités
et les maladies, on peut expier beaucoup. Mais tout se passe
souvent sans qu'on y fasse cas.
Dans la suite, je ne me suis plus étonnée de voir
dans le feu du Purgatoire des gens morts depuis cent ans et
même davantage, car j'ai appris à considérer
toujours plus quel bien infini est Dieu et quel grand mal au
contraire, est le péché. J'ai appris combien brèves
sont les souffrances du Purgatoire en regard de l'éternité,
et que toute peine n'est rien, en comparaison des peines de
l'enfer . Pour ceux qui ont été durs avec leur
prochain, il est difficile d'arriver à la délivrance,
car ce qui est dur le reste. En 1704, une âme se présenta
chez moi. C'était l'âme d'une personne morte depuis
quinze ans. De son vivant, elle passait pour très pieuse.
Elle me dit: « On n'arrive pas si vite au ciel; c'est
aussi une souffrance, que les gens vous tiennent pour des saints,
car alors on ne s'applique pas à prier pour vous. »Ceux
qui restent le moins longtemps en Purgatoire sont, selon les
indications de Marie-Anne Josèphe, les débonnaires,
ceux qui ont bon coeur, les miséricordieux et ceux qui
meurent en acceptant volontiers la mort. Oh oui! Les âmes
du Purgatoire peuvent être appelées saintes, car
elles sont pleines d'amourpour Dieu et brûlent bien plus
du désir de voir la Face de ce Dieu aimé et d'en
jouir, que du feu de leurs peines.
Ce
que l'Eglise enseigne au sujet du Purgatoire
Judas
Macchabée, nous dit la Bible, envoya à Jérusalem
douze mille drachmes d'argent pour qu'un sacrifice y fût
offert pour les soldats tués dans la bataille parce qu'il
pensait que la meilleure récompense était réservée
à ceux qui étaient morts dans des sentiments de
piété. C'est donc une sainte et salutaire pensée
de prier pour les morts, pour qu'ils soient délivrés
de leurs péchés (II Mach. XII, 48). La sainte
Eglise nous enseigne « qu'il y a un Purgatoire et que
les âmes qui y sont détenues sont aidées
par les prières des fidèles, mais spécialement
par l'offrande du sacrifice de la Messe ». Marie-Anne
dit: « Les pauvres âmes du Purgatoire m'ont fait
voir que dans l'autre monde tout est si exactement compté
et examiné, qu'on ne peut guère s'en faire une
idée en cette vie, et que dans l'Au-delà, on trouve
tout absolument autrement qu'on ne se l'imagine ici-bas. »
« C'est moi, le Seigneur, qui sonde les reins; moi qui
donne à chacun selon sa conduite, et selon le fruit de
ses efforts» (Jer. XVII, 10, et Apoc. II, 23 ). L'Apôtre
lui-même redoutait ce terrible examen, lui qui pouvait
dire: « Je n'ai à vrai dire conscience de rien,
mais je ne suis pas pour autant justifié; car celui qui
me juge, c'est le Seigneur, qui mettra au jour même ce
qui est caché, et dévoilera les sentiments du
coeur » (I Cor. IV, 4). Le bienheureux Suso tremble à
la pensée de cet examen et s'écrie: « Ah!
juste Juge au Jugement sévère! Comme tu pèses
les moindres choses, leur donnant un si grand poids, alors que
nul n'y prend garde à cause de leur petitesse! »
Les souffrances des âmes du Purgatoire sont si indicibles,
parce que séparées de leur corps, elles ne peuvent
accomplir ni pénitences, ni actions méritoires,
ni oeuvres satisfactoires, parce que, comme dit le P. Faber,
elles ne sont plus sous le régime de la miséricorde
du Vicaire du Christ, qui par les indulgences, distribue les
trésors de l'Eglise. La seule consolation et le seul
secours consistent, pour elles, dans la communion des saints,
que la mort elle-même ne peut rompre. Par suite de cet
article de foi ces pauvres âmes peuvent parfois, avec
la permission spéciale de Dieu, demander le secours de
nos prières et réveiller leur souvenir dans l'esprit
de ceux qui les ont connues de leur vivant et sont encore sur
la terre. Saint Thomas d'Aquin dit expressément que les
âmes du Purgatoire se présentent parfois aux regards
des vivants et peuvent leur apparaître pour leur demander
du secours. Dans son « Compendium », Caramelli dit
à propos de ces apparitions: « Ces âmes,
qui appartiennent à l'Eglise souffrante, apparaissent
habituellement aux vivants sous un aspect et dans une attitude
qui excitent la pitié de ceux qui les voient. Souvent,
l'expression de leur visage est triste; elles sont entourées
de vives flammes ; d'autres fois, elles passent devant les yeux
de l'âme comme un éclair, comme une ombre, comme
un nuage, mais toujours, la vue de tels signes matériels
éveille en nous le souvenir d'une personne défunte
qui nous était chère et nous nous sentons poussés
à prier pour elle. » Quelques mystiques donnent
encore d'autres signes par lesquels s'annoncent les apparitions
de ces âmes, qui ne sont que trop souvent et que trop
vite oubliées. Ainsi, par exemple, des soupirs, des plaintes,
des sanglots, toutes sortes de voix ou de sons, des coups frappés.
Dans d'autres cas, on ne perçoit rien extérieurement,
mais on est soudain saisi d'un vague sentiment de tristesse,
on ressent une profonde et mystérieuse poussée
c'est comme si l'âme à qui Dieu en accorde la permission,
prenait possession de nous, pour réveiller en nous son
souvenir et nous forcer à prier pour elle.
Comment
les âmes du Purgatoire apparaissent
Nous
allons voir quels sont les souvenirs de Marie-Anne concernant
les âmes du Purgatoire et comment elles lui apparaissaient.
Le P. Barnabé Kirchhuber, O. S. F., confesseur des clarisses
du couvent d'Anger, qui en 1704 soumit Marie-Anne à une
enquête serrée, par mandat du prince-évêque,
écrit le 6 juin en ces termes au premier Évêque
concernant les âmes du Purgatoire : « Depuis le
mercredi avant Noël (22 décembre) 1690, les âmes
du Purgatoire sont souvent venues chez Marie-Anne. Elle les
voyait la nuit, souvent durant deux heures, dans les flammes,
entendait en même temps de grands soupirs et gémissements;
elle entendait de ses oreilles corporelles le crépitement
du feu. De jour, elle remarque la présence des âmes
par des étincelles qui volent et vont se poser sur son
cou, ses mains, et d'autres parties de son corps. Marie-Anne
écrit elle-même à ce propos: « Souvent
il y avait dans ma chambre un grand feu. Dans la suite je ne
pus plus le voir des yeux du corps car mon confesseur me fit
défense de regarder autour de moi. J'aurais d'ailleurs
été absolument incapable de le faire, car je me
sentais aussitôt poussée à prier. Je tombais
à genoux, entrais en extase et, par la grâce de
Dieu, j'y étais si fixée que je ne pouvais souvent
bouger aucun membre ; pas même les yeux. Et lorsque je
voulais me mettre à écrire selon que j'en avais
le devoir, les étincelles tombaient en grande quantité
sur ma main et sur mon papier. Les pauvres âmes voulaient
ainsi m'avertir. Dans de nombreux cas, elle souffre de frissons
et de froid quand les âmes s'approchent d'elle; ces pauvres
âmes lui arrivent même grelottant de froid, gelées.
A beaucoup d'entre elles il ne lui était pas permis de
demander leur nom et moins encore d'écrire leurs fautes.
Comme le Malin venait se mêler lui aussi sous diverses
apparences à ces événements si mystérieux,
soit pour la dérouter soit pour la détourner d'aider
les pauvres âmes, son confesseur lui ordonna, comme le
dit dans son rapport le P. Barnabé Kirchhuber, de prononcer
le très saint Nom de Jésus, de montrer la sainte
Croix dans leur direction, de jeter de l'eau bénite ou
encore d'allumer un cierge bénit, quand des âmes
s'annonçaient. Si c'était une bonne âme,
elle s'approcherait alors davantage d'elle; si c'était
un esprit mauvais, elle éprouverait intérieurement
et extérieurement une inquiétude, mais le mauvais
esprit devrait se retirer
On
est puni par où
l'on
a péché
Dans
la suite, les âmes lui apparurent d'une manière
caractéristique correspondant exactement à leur
état. Elle écrit: « Dieu m'a instruite de
ce qui manque aux pauvres âmes et comment on peut les
aider. " Certaines âmes sont venues à moi
les yeux en pleurs.
Elles
m'ont demandé de faire pénitence pour elles en
veillant sur mes regards et en évitant toute curiosité.
D'autres me sont apparues absolument affamées, épuisées,
dans un état indescriptible. Elles me priaient d'observer
pour elles un jeûne sévère au pain et à
l'eau et de réparer ainsi les manquements commis au cours
de leur vie par excès dans le boire et le manger. D'autres
encore m'ont fait comprendre, par leur comportement, leurs malheureuses
colères et leurs impatiences. Elles me priaient de bien
vouloir les aider par des actes de patience et de douceur. Des
âmes qui durant leur vie n'avaient pas été
mortifiées, me tendaient un cilice (instrument de pénitence).
Quand je devais jeûner pour elles, une table abondamment
servi m’était montré. Les âmes qui
avaient péché par la langue m'apparaissaient la
bouche fermée par un clou, pour me faire comprendre que
je devais garder le silence. Les âmes qui, sur la terre,
ont été dures de coeur et sans pitié, ne
peuvent être aidées que par des oeuvres de miséricorde
et par la générosité. Ce qui manque à
l'arbre doit être expié sur l'arbre (de la croix).
C'est pourquoi aussi tout ce qui a manqué sur d'autres
points doit être expié de la manière dont
le manquement a été commis. Les séducteurs
qui se sont convertis à temps, mais n'ont pas eu le loisir
de réparer le mal causé, je les ai vus sous une
apparence semblable à celle de l'esprit malin, parce
que c'est le propre du démon de séduire les hommes
pour les entraîner au mal. Les pauvres âmes qui,
durant leur vie, ont trop peu veillé sur leurs regards
devaient se montrer avec des yeux affreusement grands. Les âmes
pleines de suffisance, orgueilleuses de leur savoir, lui apparaissaient
avec des têtes déformées. L'orgueil qu'elles
avaient eu au cours de leur vie, Marie-Anne le reconnaissait
à leur visage cancéreux. Si une âme se montrait
du doigt le front, cela signifiait qu'elle avait été
entêté au cours e sa vie. Un visage qui se détournait
d'elle lui faisait reconnaître la susceptibilité
passée, tout comme elle reconnaissait le manque d'amour
du travail à l'aspect pitoyable des mains.
Quand Marie-Anne voyait dans un coin une âme qui priait,
elle savait qu'elle avait manqué à l'obéissance
et troublé le bon ordre durant sa vie. Ceux qui au cours
de leur vie avaient trop aimé les bêtes devaient
se montrer à elle avec l'animal trop choyé autour
du cou. Celles qui avaient été trop préoccupées
des choses terrestres faisant passer les choses de l'éternité
après celles d'ici-bas, elle les reconnaissait à
leur taille enfantine.
Quelques exemples notés par Marie-Anne nous le montreront
plus clairement. « Quand il est dans les honneurs, l'homme
ne sait pas le reconnaître, il est semblable à
l'animal privé de raison » (Ps. XL VIII, 21 ).
« Le 15 décembre 1690 à minuit, une âme
du Purgatoire vint chez moi; je l'avais fort bien connue de
son vivant. C'était un musicien de la cour. Le violoniste
JeanGeorges Loderer (tel était son nom) était
le professeur de musique de mon frère Franz-Philippe
et il me donnait à moi aussi des leçons. Il aimait
boire. Il ne m'en voulait en rien quand je le prévenais,
souvent, qu'il abrégeait ainsi sa vie. Il mourut le 7
janvier 1688. J'étais en plein sommeil quand son âme
m'apparut sous la forme d'un gros crapaud, horrible, gonflé,
contre le rideau de mon lit. M'éveillant, je ne fus pas
peu effrayée, croyant que c'était le démon.
Et voici que cette âme se fit connaître en pinçant
si violemment les cordes de ma cithare, que je crus qu'elles
allaient se rompre. La peur me quitta alors et je demandai à
cette âme pourquoi elle m'apparaissait sous cette forme.
Elle reconnut que c'était pour elle une peine toute particulière
de devoir se montrer sous un tel aspect. C'était parce
que durant sa vie, elle s'était comportée comme
cet animal. De même que les crapauds, qui aiment à
séjourner dans les lieux humides, marécageux,
recherchent toujours l'humidité, il aimait, lui aussi,
avoir le gosier humide. Cette âme reconnut également,
qu'elle avait ainsi abrégé sa vie et que si maintenant
on ne lui portait pas secours, elle devrait souffrir durant
autant d'années qu'elle avait ainsi abrégésa
vie terrestre.
Je me suis donné beaucoup de peine pour cette âme
et j'ai reçu l'indication de sa délivrance. Une
autre âme souffrante, un maçon, qui avait travaillé
souvent dans la maison de mes parents, avait la mauvaise habitude
de blasphémer et de boire. Il me fut montré enfermé
dans un cachot, derrière une forte grille comme on en
met pour garder les bêtes fauves. Il levait vers moi ses
mains en pleurant, me priant, avec d'abondants soupirs, de lui
venir en aide. Il me dit qu'il souffrait abominablement de la
langue à cause de ses blasphèmes. Je devais pour
lui, prononcer avec une piété toute spéciale
le Nom Très Saint de Dieu et jeûner même
l'eau, souffrir beaucoup pour lui. J'ai vu que Dieu l'avait
retiré prématurément de ce monde lui aussi
uniquement à cause de sa vie rebutante, et qu'il aurait
dût souffrir longtemps encore s'il n'avait pas eu la grâce
de pouvoir m'apparaître. Sa supplication s'exprimait par
ces seuls mot: « Tu peux m'aider, et tu dois m'aider.
»
J'étais
un jour en prière devant le tableau de l'Annonciation,
dans notre chère chapelle de la T. S. Vierge en l'église
de St.Michel, selon mon habitude. Voici qu'un homme m'apparut
comme il était de son vivant. Triste et pleurant, il
tenait en main un verre à vin, me montrant ainsi en quoi
il avait péché durant sa vie. C'était un
homme jeune encore. Il me révéla que si je ne
l'aidais pas, il devrait souffrir durant quarante ans pour avoir
abrégé d'autant sa vie en buvant avec excès.
Mais parce que de son vivant, il avait aimé d'un amour
d'enfant la T. S. Vierge, et avait été bon pour
les pauvres, la Mère de Dieu m'a elle-même exhortée
à l'aider. J'ai jeûné durant quarante jours
au pain et à l'eau et j'ai offert pour cette âme
mes prières, mes confessions, mes communions, les indulgences
que je gagnais, et mes aumônes par les mains de la Mère
de Dieu. Au bout de quarante jours cette âme m’a
été montrée dans la béatitude.
«
On est puni par où l'on a péché »
(Sap. XI, 17). Aujourd'hui, 10 mars 1714, j'ai vu en Purgatoire,
une âme dont le visage - les yeux surtout -, étaient
si horriblement ravagés, qu'il m'est impossible de le
décrire. J'ai appris que cette âme, au cours de
sa vie mortelle, aimait à contempler de mauvaises images
et qu'elle avait cependant eu la grande grâce de mourir
dans dessentiments de repentir. Il me fut aussi montré
le grand mal que font ces mauvaises images et ces mauvaises
illustrations. Le 16 septembre 1704 m'apparut la comtesse de
Sternberg, dame de la noblesse de Bohême. Elle avait beaucoup
à souffrir à cause de la nudité qu'elle
étalait aux regards en portant des habits décolletés.
Comme elle était complètement oubliée des
siens, elle m'apparut, affreusement vieillie. Je l'entendisdire
avec tristesse : « Je n'irai de longtemps pas encore à
la maison (au ciel). » Le 8 janvier 1714, une soeur converse
de notre ordre est venue chez moi. Son visage était ravagé
comme par une maladie cancéreuse. Il me fut révélé
que cette soeur, au cours de sa vie, n'était pas peu
fière de sa belle prestance.
Une
autre âme de notre ordre m'apparut. Son aspect était
aussi minable, que si des oiseaux de proie lui avaient complètement
dévoré le visage. Celle-là aussi dut se
montrer ainsi à moi, parce que, de son vivant, elle avait
été orgueilleuse de son beau visage et ne parvenait
guère à se dominer. Le 13 septembre 1703, une
âme vint chez moi. Je l'avais fort bien connue de son
vivant. Elle s'approcha et me toucha de sa main au front. Trois
jours durant, j'eus l'impressio qu'on m'avait mis une coiffe
très lourde. Je lui demandai ce qu'elle voulait me faire
comprendre par là. Elle m'avoua qu'elle avait été
trèsincrédule et entêtée au cours
de sa vie; qu'elle avait l'habitude de n'en faire qu'à
sa tête. Elle était tombée ainsi dans beaucoup
de fautes et dans un grand désordre. Le 14 décembre
1712 après les complies, 1'âme d'une soeur converse
m'est apparue sous une forme bien pitoyable. Elle m'a fait connaître
les souffrances qu'elle endurait, aux mains surtout. Ses deux
mains étaient très enflées et semblaient
absolument brûlées. Elle m'apprit qu'elle avait
de très belles mains. Aussi travaillait-elle peu, laissant
le travail aux autres soeurs et demeurant très souvent
oisive. Le 20 janvier 1723, une âme m'est apparue avec
des yeux exorbités, horribles à voir. Je sus que
durant sa vie, elle était colérique et envieuse
de son prochain et surtout à l’égard des
pauvres. Cette âme avait eu cependant la grande grâce
de pouvoir se préparer à sa dernière heure.
Les
âmes qui demeurent le moins longtemps en Purgatoire
Marie-Anne
sait, par les expériences faites avec les âmes
du Purgatoire, que ceux qui acceptent de bon gré la mort
restent le moins longtemps en Purgatoire. La comtesse Marie-Anne,
Josèphe, Thérèse Preising, née Rechberg
auf Hohenaschau, était très liée avec la
vénérable Marie-Anne. Elle avait eu de fréquentes
relations avec elle au cours de sa vie. C'est pourquoi elle
put, après son décès survenu le 17 octobre
1721, venir bientôt chez Marie-Anne comme le raconte celle-ci
: « Le 17 octobre 1721, un vendredi, à quatre heures
du matin, je fus poussée à prier pour la comtesse
qui était en mal d'enfant. A neuf heures de l'avant-midi,
elle mourut. Elle se montra à moi au choeur aussitôt
après sa mort, toute joyeuse, car elle avait été
pieuse durant sa vie. Elle m'apparut telle qu'elle était
de son vivant, tenant en main une pomme qu'elle partagea en
deux avec grande envie. J'appris d'elle combien on manque à
son devoir en faisant du jour la nuit et de la nuit le jour.
La comtesse demanda surtout de moi la communion qu'elle avait
souvent manquée durant sa vie. Elle m'avoua que dans
le manger, elle ne se privait guère, estimant que ce
n'était pas nécessaire, et qu'elle avait gaspillé
inutilement beaucoup de temps. Le 18 octobre, toute la communauté
offrit pour elle la sainte communion. Le vendredi 24 octobre,
elle entrait dans la béatitude, à cause du privilège
sabatin attaché à la confrérie de Notre-Dame
du Carmel, dont la comtesse portait le scapulaire. Je la vis
là-haut, dans une joie inexprimable, et j'entendis un
chant merveilleusement beau. On chantait: « Vanitas vanitatum
» (vanité des vanités). La cause pour laquelle
la comtesse était entrée si tôt dans la
béatitude, c'est que, jeune mère, elle s'en était
remise entièrement à la volonté de Dieu
et avait demandé elle-même avec un si ardent désir
les sacrements
Le
dur traitement des prêtres
lLs
sont traités beaucoup plus durement, eux à qui
Dieu a confié davantage et auxquels il a dit: «
Vous êtes la lumière du monde, et « Que votre
lumière brille devant les hommes, (Mat th. V, 14 et 16).
Le 30 avril 1713, je vis un prêtre séculier en
Purgatoire. J'ai vu en lui beaucoup de négligences. Quelle
différence il devrait y avoir entre prêtres et
laïcs! Mais si souvent elle n'existe pas. « Ce qui
est sottise dans la bouche d'un laïc est blasphème
dans celle d'un clerc », dit St. Bernard. A ce sujet,
il m'a été donné une merveilleuse comparaison.
J'ai vu, à côté de ce prêtre, une
lampe. Une lampe ordinaire. Elle était toute sale, pleine
de gouttes de suif et il n'y avait à l'intérieur
qu'un tout petit bout de chandelle. Il me fut dit: «
La lampe est l'image de l'âme et du corps. L’âme
doit donner le bon exemple et éclairer comme une lumière.
Le corps dans lequel habite l'âme, doit se diriger d'après
l'âme ; il faut qu'il ne soit pas une lampe sale, afin
que la lumière éclaire la lampe et que la lampe
soit pour la lumière un ornement. Je devais me demander
si l'on placerait une lampe sale de ce genre sur la table devant
un homme poli, respectable. Il me fut dit: « Tout comme
on ne met pas de belles chandelles de cire blanche dans une
lampe ordinaire et sale de cuisine, Dieu ne donne pas non plus
sa grâce à un homme qui, placé sur le chandelier,
devrait éclairer, mais qui ne donne pas de lumière,
pas de bon exemple. C'est bien plutôt une petite et mauvaise
lumière, prête à s'éteindre qui convient
à une telle lampe.
Ils
sont traités beaucoup plus durement eux à qui
Dieu a confié.
Le
6 décembre 1705, m'apparurent les âmes de deux
prêtres séculiers, qui étaient curés.
L'un était mort depuis trente ans environ, l'autre depuis
six mois. Tous deux m'apparurent sous la forme d'enfants de
dix à douze ans, mais revêtus de l'aube et de l'étole.
Ils paraissaient si petits parce qu'ils avaient eu trop d'estime
pour les biens matériels, regardé trop à
l'argent et aux biens de ce monde. Je les vis souffrir grande
peine, demander du secours les yeux fermés et la bouche
grande ouverte. Ils sont privés de la vue de Dieu et
doivent demeurer dans les ténèbres parce que tout
en portant la vraie lumière devant leurs fidèles,
ils ne l'ont pas aimée eux-même et n’ont
par conséquemment marché à sa clarté.
Il me fut dit et montré aussi que les prêtres ont
l'obligation de n'utiliser qu'à des fins spirituelles
leur argent et leur bien; qu'ils ne peuvent pas les laisser
à leurs parents sans encourir une grande responsabilité.
Le prince-électeur Clément de
Cologne, frère du prince électeur Max-Emmanuel
(mort le 12 novembre 1723) apparut à la vénérable
comme un pauvre petit berger. Le 29 mars 1699, me fut montré
un évêque dans un horrible cachot en flammes. Il
portait de très pauvres vêtements civils parce
qu'il se préoccupait plus, au cours de sa vie, des choses
profanes que des choses spirituelles. Le duc Philippe-Maurice
de Bavière (née le 5 août 1698) fils
du prince-électeur Emmanuel, fut nommé, le 14
mars 1719- à moins de 21 ans! - évêque de
Paderborn et en outre, immédiatement après, le
21 mars, évêque de Munster. Il se rendit à
Rome. « Le jour de l'élection du duc, en 1719,
j'étais en prière quand il me fut soudain présenté
sous forme de cadavre. Je compris que cela signifiait sa mort.
Le 19 mars arriva de Rome, par poste, la nouvelle
de cette mort. Il était décédé le
12 mars et avait été enterré en l'église
de la Madonna della Vittoria.
Le 21 mars, il m'apparut au choeur, sous
les traits d'un enfant, à cause des choses enfantines
dont il s'occupait. Il était comme un petit enfant qui
ne sait pas encore parler; le 23 mars, il m'apparut en servant
de messe et le 24 mars comme un prêtre en soutane noire,
telle qu'il la portait habituellement. Le 28 avril il entra
dans le repos éternel et je le vis, le 1er mai, sous
la forme d'un ange magnifique, cela parce que, au cours de sa
vie, il était un fervent de la T. S. Vierge. En
l'an 1704, les deux couvents d'Altomunster, fuyant devant l'ennemi,
s'étaient réfugiés à Munich. Le
couvent de femmes occupait 1'« Aheimhaus » acheté
en 1671 par l'abbesse Fébronie Korn. C'est là
que mourut, le 23 septembre 1704, l'abbesse Marie-Claire Reuschi,
dont la chronique dit qu'elle accrut les possessions de l'abbaye
en achetant des terres pour 4000 florins et
l'hotellerie et l'hôtel dans la cour, le palais
épiscopal (actuellement cure) et la maison du sacristain.
Aujourd'hui,
12 novembre 1704, l'abbesse du monastère d'Altomunster
m'est apparue. Elle ne put pas se présenter en habit
de religieuse, mais dut le faire, devant moi, habillée
comme une servante. Plus tard, je la vis comme un tout petit
enfant pleurant dans les bras de son ange gardien. Elle dut
donc se montrer comme le font ordinairement les enfants, parce
qu'elle s'était occupée, comme le font les enfants,
de choses qui sont des bagatelles aux yeux de Dieu. Elle dut
en rendre un compte sévère. Il me fut révélé
qu'elle avait à souffrir en Purgatoire jusqu'à
ce que les abbesses qui lui succéderaient dans sa charge
aient réparé ce qu'elle avait négligé.
Il me fut également fait connaître combien il est
plus nécessaire de travailler à la perfection
de ses subordonnées que de s'occuper de la nourriture,
de l'entretien et des choses du corps. Cela me fit aussi souvenir
que ce n'est pas en vain qu'il a été dit: «
Marthe ! Marthe! Tu t'inquiètes et te troubles pour beaucoup
de choses. Une seule est nécessaire »(Luc X, 41 ).
Qu'elles sont vraies et dignes
d'être prises en considération, ces paroles du
bienheureux Thomas de Kempis : « Il demeurera longtemps
petit et dans une position inférieure, celui qui estime
beaucoup autre chose que le seul Bien incommensurable, éternel.
Ceux
qui s'opposent à la vocation de leurs enfants
«Combien Dieu punit
sévèrement ceux qui s'opposent à la vocation
de leurs enfants, c'est ce que je voudrais montrer en citant
le cas suivant. En février 1709, j'ai vu une âme
tout en feu. Durant sa vie, cette personne
tenait une brasserie. Elle avait une fille qu'elle plaça
dans un couvent pour faire son éducation, afin qu'elle
ne fût pas corrompue à la maison par des clients.
L'enfant se plut
tellement au couvent, qu'elle voulut y rester définitivement.
Quand la mère remarqua cette inclination, elle reprit
sa fille chez elle, sous prétexte de l'éprouver,
mais de fait pour lui mettre en tête d'autres idées.
Trois semaines après, la mère tomba malade
et mourut au bout de peu de jours. Aujourd'hui, 12 février,
j'ai dû voir dans cet état indicible, en feu. Elle
ne m'a rien demandé d'autre que de prier pour sa fille,
pour qu'elle persiste dans son bon propos et puisse le réaliser,
car ce n'est qu'ainsi qu'elle-même verra diminuer sa peine
et sera délivrée. En 1704, vint
chez moi une âme qui avait quitté ce monde 15 ans
auparavant et qu'on tenait pour très pieuse. Elle
me dit: « On n'arrive pas si facilement au ciel.
Dieu
ne fait pas acception de personnes.

Même
des têtes couronnées venaient chercher et trouvaient
secours auprès de Marie-Anne, comme elle nous le raconte.
« Le 24 février 1704 je fus poussée
intérieurement à offrir mes prières pour
l'âme de la grand'mère de la princesse-électrice.
Le 26 février, je fus avertie de prier pour le prince-électeur
Ferdinand-Marie, mort le 26 mai 1679. La même nuit, j'eus
la visite non seulement de la princesse-électrice, mais
encore de la princesse électrice Adélaïde
décédée le 18 mars 1676 et de sa fille
Marte-Anne-Christine, décédée le 20 avril
1690, comme épouse du roi de France Louis XV. J'ai enduré
ce jour-là de dures souffrances. Le 22 février,
au moment de la communion, j'ai éprouvé l'espoir
qu'elle serait bientôt délivrée, et je la
vis aussi souffrir moins. Le 29 février,
après avoir passé trois heures à prier
et surtout à faire des actes d'amour pour ces pauvres
âmes, je vis, peu après quatre heures du matin,
les âmes du prince-électeur, de son épouse
et de leur fille ainsi que l'âme de la grand'mère
de la princesse-électrice, entrer
toutes quatre glorieuses au ciel. Bientôt après,
d'autres imes se sont annoncées et j'ai dût prier
tout spécialement pour les familles des souverains d'Autriche
et d'Espagne. » Le 17 juin 1696,
mourut
Jean III Sobieski,
roi de Pologne, âgé de 72
ans. Marie-Anne écrit à ce propos en 1703 : « Quelques
mois déjà avant que j'aie eu une révélation
au sujet du roi de Pologne, une âme s'est annoncée
avec bruit chez moi et j'en ai été très
angoissée durant la nuit. Le jour de la fête de
notre Fondatrice S. Thérèse, le 15 octobre, je
fus éveillée soudain à minuit et je dus
me mettre en hâte à prier. Je
priai surtout pour son Excellence la princesse-électrice
Thérèse-Cunégonde, fille du roi Jean III
Sobieski, parce que c'était le jour de sa fête.
Pendant que je priais, il me vint l'idée
de prier aussi pour tous les défunts de la famille du
prince-électeur, sans penser à aucun en particulier.
Dans l'octave de la fête de S. Thérèse,
je vis cette âme qui s'était annoncée souvent
déjà comme grand seigneur, mais qui ne parlait
pas. De jour également je le voyais
à mon côté droit. Quand je me fus bien aperçue
de sa présence, il disparut sans me rien manifester d'autre.
Le 4 novembre dans l'octave des Trépassés, c’était
aussi le premier dimanche je fus ravie en extase et conduite
dans une grande salle magnifique où était dressé
un catafalque. Quand je revins à
moi, je me sentis, quoique très faiblement, entraînée
à prier et à offrir la communion pour ces hautes
personnalités défuntes. Le 6 novembre, à
minuit, je fus de nouveau réveillée précipitamment
et j'entendis ces paroles: « Prie pour le père
de la princesse-électrice. » Je le fis. Durant
cette prière, cette âme me fut manifestée
et je reconnus toutes ses fautes et ses manquements. Après
quoi, j'offris tout à Dieu pour elle, mais en particulier
le précieux Sang du Christ. Du
6 au 11 novembre, je m'appliquai à gagner le plus possible
d'indulgences pour cette âme, et l'espoir me fut donné
pour elle. Le 11 novembre, fête de S. Martin, me fut montré
en vision un délicieux banquet. Il
me fut fait connaître ainsi que cette âme allait
bientôt être admise au banquet céleste. Durant
la sainte messe, je vis des yeux de mon corps cette âme
brillant d'un très vif éclat, monter au ciel et
au même instant toute angoisse s'envola pour ainsi dire.
» Il est surprenant que dans les
écrits de Marie-Anne il ne se trouve rien concernant
le pieux empereur Léopold I, sinon la révélation
de sa mort, qu'elle reçut en mars 1705 et dont elle parle
en ces termes: « Le 10 mars il
me fut montré une grande paroi avec ses fenêtres,
violemment arrachée; 1l me fut annonce qu’un potentat
mourrait et aussi que Dieu serait miséricordieux pour
son âme. L'âme de ce prince selon le coeur de Dieu
n'avait plus besoin de son secours dans l'Au-delà, car
il avait, en ce monde, enduré un fameux Purgatoire de
la part des Turcs. Mais Marie-Anne a écrit concernant
l'empereur Joseph I, fils et successeur de Léopold I
sur le trône, qui mourut le 17 avril 1711 de la petite
vérole. La vénérable eut, durant sa prière,
la révélation de la maladie de l'empereur. »
Après la communion, le 15 avril, je priai le Seigneur
pour l'empereur et lui demandai s'il devait déjà
mourir. Il me fut dit: « Oui, et il est bon pour son âme
qu'il meure. » Quand arriva la nouvelle de sa mort, j'en
fus très effrayée et Dieu inspira à mon
âme un amour spécial pour la sienne: de faire beaucoup
de bien pour elle et de jeûner quarante jours au pain
et à l'eau. Je sentais souvent cette âme pendant
la prière. Au terme de ce jeûne, l'âme revint
plus souvent encore.
Ce
matin 26 janvier étant réveillé mais non
encore levée, je la vis en long habit noir.
Très amicalement et avec grande
douceur, elle m'appela:
«
Mademoiselle Marie-Anne !
»Je ne pouvais pas encore
la reconnaître et je la recommandai à Dieu.
J'en étais à me demander si c'était une
personne consacrée ou un laïque, quand voici qu'elle
m'aborde:
«
Ne me connais-tu donc pas ?
moi qui viens tous les jours chez toi ? Je suis l'empereur Joseph.
» Je
fis dès lors pour lui ce que je pus. Le
29 janvier 1712, je le vis un oeil ouvert et l'autre fermé.
Il me fut révélé que c'était parce
que, de son vivant, il avait eu trop peu le souci de l'Eglise
de Dieu. Le 9 février, son âme
m'apparut toute blanche et le 14 février, je le vis monter
au ciel joyeux et magnifique. »Voilà
donc quelques faits choisis parmi les apparitions d'âmes
du Purgatoire à Marie-Anne. Ils
justifient déjà suffisamment ces paroles de la
servante de Dieu: Nul ne croira ce que m’ont coûté
les âmes du Purgatoire. Mais j'ai fait l'expérience
que les personnes haut placées m'ont beaucoup plus tourmentée
que d'autres de condition plus modeste. »
À
Quoi savent de nous les âmes du Purgatoire ?
Les
âmes du Purgatoire sont au courant de ce qui nous concerne.
Nous le savons par cette note de MarieAnne: « Une consoeur
a recommandé une âme à mes prières
et exprimé le désir que je prie Dieu pour que
cette âme puisse venir chez elle. Dans mes prières,
j'ai recommandé ardemment cette intention à Dieu,
si telle était sa sainte volonté. La même
nuit, cette consoeur a vu le Christ qui l'a prise par la main
et s'est montré très aimable et tendre à
son égard. Quand je l'ai appris, j'ai prié Dieu
de me manifester pourquoi cela était arrivé et
pou
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