Mes relations avec les âmes du Purgatoire
Journal d'une Carmélite
© Toutes les pages de la série lui appartient Marie-Anne Lindmayr, O. C.D.
« Le temps de chercher Dieu, c'est la vie d'ici-bas Le temps de le trouver, c'est la mort. Le temps de le posséder, c'est l'éternité. » Saint François de Sales, évêque de Genève « Je meurs, mais mon amour pour vous ne meurt pas. Je vous aimerai au ciel comme je vous ai aimés sur la terre. » Saint Jean Berchmans, S. I. Sache, mon enfant que mon Coeur est la Miséricorde même. De cet océan de Miséricorde, les grâces se répandent sur le monde entier. Dans le vocabulaire chrétien, le Christ a remplacé « mort » par « retour à la maison du Père ». « Mourir » signifie achever sa vie, être livré à la mort, tandis que « retourner à la maison du Père » signifie continuer - et continuer dans la joie - à vivre. Cardinal Michel Faulhaber À toi qui lis ces pages.... Je m'unis à toi pour dire cette invocation pour délivrer une âme du Purgatoire
"Que les âmes des fidèles défunts reposent en Paix par la Miséricorde de Dieu Amen."
Pourquoi Marie-Anne a dû écrire sur le sujet

Dieu m'a fait éprouver un grand attrait à écrire au sujet des âmes du Purgatoire. J'ai pu me rendre compte que cela était utile à ces pauvres âmes, et pousserait ceux qui vivent encore à pratiquer la vertu, à tendre à la perfection. C'est ce qui m'a fait passer à l'action. Je me suis décidée à écrire, moyennant que Dieu me donna la vie et m'accorda assez de force après ma maladie. Cependant, durant quatre semaines environ, j'en ai été empêchée par le Malin : il se dissimulait sous1es apparences du bien, sans que je le remarque. Je ne voulais plus réaliser mon projet. Quand j'y pensais, j'éprouvais une répugnance intérieure et la chose me paraissait inutile. Pendant ce temps, Dieu m'a visitée de diverses manières par l'aridité spirituelle et la nuit de l'esprit et je me suis rendu compte que Dieu voulait me punir comme il l'a fait souvent déjà, quand je ne voulais pas lui obéir tout de suite. Le jour de la Saint Antoine (17 janvier), j'ai enfin remporté la victoire sur moi-même et j'ai repris, pour l'honneur du Nom de Jésus, la décision de glorifier Dieu autant que je le pourrais, en faisant connaître son infinie Bonté et sa Miséricorde.

Je veux donc écrire du mieux qu'il me sera possible et aussi véridiquement que j'en serai capable, moyennant que Dieu et le Saint-Esprit m'en donnent la grâce, et pour autant que je puisse, quand je ne vivrai plus, aider ainsi les hommes à se préserver des terribles peines du Purgatoire en menant une vie meilleure, et secourir de la sorte les défunts. Par obéissance à mon confesseur, le R. P. Candide de Saint Elisée, religieux carme (mort le 23 novembre 1720), à qui j'ai confié mon âme, j'écris de mon mieux et en toute vérité devant le Dieu Tout-Puissant, en présence de qui je me trouve, ce qui s'est passé entre les âmes du Purgatoire et moi. Dès ma jeunesse, j'ai éprouvé de l'attrait pour les âmes du Purgatoire.Dès l'enfance déjà, je leur manifestais mon amour en récitant pour elles le rosaire le samedi. Quand j'eus progressé en connaissances et en compréhension, j'ai offert mes actions comme satisfaction pour les âmes des défunts; je pensais à elles dans tous mes exercices de piété et durant de longues années, j'ai fait pour elles diverses pénitences. Entre autres indications et renseignements que j'ai reçus du Christ, il y a celui-ci: je dois chaque semaine me proposer de pratiquer telle vertu devant Dieu et les hommes, m'y appliquer intérieurement et extérieurement, selon les occasions qui s'offrent à moi, et en appliquer tout le mérite aux âmes du Purgatoire: celui de l'humilité par exemple, à celles qui souffrent à cause de leur orgueil et sont retenues en Purgatoire parce qu'elles n'ont pas assez pratiqué l'humilité, s'estimant beaucoup elles-mêmes et méprisant les autres. Je devais également faire des actes intérieurs d'humilité et de mépris de moi-même et envoyer ces bonnes oeuvres au Purgatoire par les mains de la Mère de Dieu ou de mon ange gardien. Je devais aussi appeler à mon aide les âmes du Purgatoire pour qu'elles me fassent avertir par leurs anges gardiens, au cas où je manquerais à ces vertus, ceci afin de les aider, d'offrir satisfaction pour elles à la Justice divine, et leur obtenir la délivrance de ce feu terrible. C'est précisément par l'humilité qu'on peut tant aider les âmes : bien plus que par d'autres exercices pénibles de pénitence. Telle est la manière dont le Christ m'a entraînée à la vertu. Il m'a enseigné à pratiquer tantôt l'une, tantôt l'autre et cela toujours pour les âmes qui ayant manqué de les pratiquer sur la terre, ont de ce fait à souffrir en Purgatoire.

Ainsi quelques années déjà avant que Dieu daigne me faire la grâce de communiquer avec les âmes du Purgatoire, je leur ai témoigné mon affection. J'ai appris beaucoup par cette pratique des vertus, et parce que les âmes m'avertissaient avec soin, je ne tombais pas facilement dans une faute. Mais en tout cela, je ne pensais à rien d'autre et je m'imaginais moins encore délivrer ainsi les âmes du Purgatoire. Elle me parla en toute franchise, me demanda de prier pour elle, pour qu'elle put mourir vierge. Le sur-lendemain, après avoir mis ordre à toutes ses affaires, et fait tout ce qu'il fallait pour une heureuse fin, elle mourut, le 28 novembre 1690. Je fus effrayée de cette mort rapide et le Malin me donna des angoisses comme si j'eusse prié pour qu'elle meure. Aussi fus-je contente que personne ne sut ce que nous nous étions dit l'une à l'autre. Je n'avais pas la moindre idée qu'elle viendrait chez moi après sa mort. Mais bientôt divers signes me firent percevoir sa présence. Toutefois, comme je n'avais aucune expérience de tels phénomènes, et les imaginais bien moins encore, elle obtint de moi peu de secours. Quelques jours plus tard, le 1er décembre, - un vendredi - alors que je faisais ma prière du soir devant mon tableau de la T. S. Vierge, il me fut dit à haute voix: « Prie pour moi! Ce fut pour moi comme si j'entendais un chant funèbre. Puis elle m'éventa le visage d'un vent froid et me tira par mon habit. Dans la suite, quand je circulais la nuit avec une lanterne, je voyais comme une ombre avancer devant moi. Mais là encore, je ne pensais à rien d'autre.

« ...Depuis quelques années, je reçois de la part d'âmes du Purgatoire de nombreux avertissements et cela de diverses manières, c'est-à-dire dans la mesure où je progresse dans la pratique des vertus. J'ai toujours prié Dieu de me préserver de telles manifestations, dans la crainte que le Malin ne s'y mêle et ne me trompe. Dès que je soupçonnais quelque chose de ce genre, j'ai toujours invoqué avec ardeur l'aide de Dieu pour qu'il daigne ne jamais me conduire par aucune voie difficile à comprendre pour mon directeur spirituel et qui pût devenir dangereuse pour moi.

Mes relations plus étroites avec les âmes du Purgatoire ont débuté peu après la mort de mon père. Une demoiselle Marie Pecher me donna à entendre qu'elle avait grande confiance en moi et désirait me parler. Mais comme elle était malade, elle ne pouvait venir chez moi. Je n'avais, jusqu'alors, entretenu aucune relation amicale avec elle, mais j'appris qu'elle voulait, auparavant, me rencontrer, et qu’elle avait été empêchée par sa mère, dans la crainte que je n’entraîne sa fille à la bigoterie ou à l'état religieux. Après la mort de sa mère, Marie Pecher continua à se conduire d'une manière exemplaire et digne d'éloges, en brave jeune fille. Elle était alors fiancée à un jeune homme du nom de Hufnagel.Je dus m'excuser, expliquant que je ne pouvais sortir de la maison avant que les offices religieux pour mon père eussent été célébrés, mais je lui promis de venir cette semaine-là. Or, ce fut le jour de la fête de Sainte Catherine, vierge (25 novembre)

Première visite d'une âme

Enfin, le jour de la fête de l'Immaculée Conception (8 décembre 1690), voici ce qui m'arriva: j'avais coutume, à toutes les fêtes de la T. S. Vierge, quand je n'étais pas malade, d'assister à la messe de 4 heures ou de 4 h. 30 dans notre chapelle de la T. S. Vierge. Toute seule sur le chemin, munie d'une petite lanterne, je me rendais en hâte à la messe. Au milieu de la rue appelée « Allée des Carmes », je vis devant moi une personne habillée de blanc. Elle avait la taille de Marie Pecher. Je ne pensai à rien, sans quoi sûrement, j'eusse été saisie de frayeur. Cette forme blanche avança devant moi tout le long de l'allée dont j'ai parlé, le long des rues et jusqu'à l'église des Jésuites. Mais là, quand je voulus voir exactement qui c'était, je ne pus découvrir personne. Ce n'est qu'après, une fois dans la chapelle, qu'il me vint à l'esprit qui avait marché devant moi et j'en eus la connaissance intérieure. Plus tard, Marie se fit apercevoir de nuit également, et m'éveilla à minuit. Je conçus pour elle une tendre affection et dans ma prière du soir devant le tableau de la T. S. Vierge, je demandai avec grande confiance: « Si c'est pour la gloire de Dieu et le salut de cette âme, qu'elle vienne et qu'elle se fasse connaître, afin que je ne sois pas trompée. » Or si quelqu'un me pesait sur le pied avec un doigt brillant comme une aiguille rougie au feu. C'était aussi douloureux que si ma jambe avait été blessée. Je me levai aussitôt et me rendis devant mon autel. Là, Dieu me transporta durant trois heures dans un état tel, que je n'étais pas maîtresse de moi, sans cependant que j'eusse perdu connaissance. Je devais me tenir vraiment sur mes gardes. Il me fut clairement montré ce qui manquait à cette âme. Il me fut montré aussi qu’elle avait été appelée à l'état de virginité et que le seul motif pour lequel Seigneur l'avait enlevée si tôt, c'est qu'elle était fiancée. Or, elle devait mourir vierge. Jamais je n'aurais pu imaginer que dans l'Au-delà on se montre si sévère. Non, nul ne saurait le comprendre. Mais j'ai été instruite par cette âme et j'ai ainsi pu croire, dans la suite, des choses qu'autrement je n'aurais jamais crues.

Je ne m'étais pas trompée: sa mère, qui vint le lendemain, m'en donna la confirmation tangible. Elle me brûla beaucoup plus fortement encore. Je dus également passer trois heures en prières auprès d'elle et noter ce qui lui manquait. Il me fut alors manifesté que la maman Pecher, elle aussi, était morte si tôt uniquement parce qu'elle avait tout mis en oeuvre pour empêcher sa fille d'embrasser l'état religieux. C'était pour ce motif également qu'elle devait beaucoup souffrir en Purgatoire. Cette âme m'a encore indiqué beaucoup d'autres fautes qu'elle avait commises, en mangeant et en buvant de bonnes choses sans vouloir se modérer. Parce qu'elle n'aimait pas faire l'aumône durant sa vie, elle me dit que son mari, qui vivait encore, il est mort le 15 juin 1700 - m'enverrait un peu d'argent que je devais partager entre les pauvres de l'endroit. L'argent me parvint en effet. Cette âme m'a coûté beaucoup. Je dus pour elle aussi jeûner au pain et à l'eau. Quatre semaines plus tard, je voyais encore sur mon pied les marques de ces brûlures, car la forme de la main et du doigt dont cette âme m'avait touché le pied y demeuraient encore visibles. Autant j'ai éprouvé de consolation lors de ces apparitions, autant ces âmes m'ont coûté. Quand j'eus offert toutes les satisfactions pour e1les, la mère et la fille vinrent une fois encore dans ma chambre, le 13 décembre 1690, jour de la fête de Sainte Lucie, vierge et martyre. Un très beau chant retentit, tiré du psaume: « J'ai été dans la joie quand on m'a annoncé: nous irons dans la maison du Seigneur ! » Cela, m'a remplie d'une joie que je ne saurais décrire.

Celle que l'on croyait déjà au ciel

La nuit suivante, la mère de mon père s’est annoncée à moi. C'était justement la fête de S. Jean de la Croix, anniversaire du Jour où elle était décédée 17 ans auparavant. Je n'aurais jamais cru qu'elle fût encore en Purgatoire: je la croyais depuis longtemps au ciel. Souvent, surtout le jour des Trépassés, nous entendions un murmure insolite dans la maison, mais sans penser qu'il pût provenir d'une âme du Purgatoire. Grâce à Dieu, je ne suis pas portée à m'imaginer ces choses et j'ai aussi toujours inculqué à mes frères et soeurs la crainte de telles imaginations. Mais la manière dont, cette fois-là, cette âme s'annonça dans ma chambre, fut si bruyante, que mes frères l'entendirent. Ils vinrent me demander si je n'avais rien entendu, car nos chambres étaient situées l'une au-dessus de l'autre. Je ne répondis guère, quoique sachant, de fait, ce que signifiait ce bruit. Elle vint, comme les autres, à minuit. Je l'entendis gémir en soupirant, comme une personne à la mort. J'éprouvai aussitôt une grande compassion pour elle, car de son vivant, je l'avais aimée comme ma mère et j'étais présente au moment de sa mort. Elle avait vécu dix-sept ans chez nous, dans la maison. Elle aimait à tel point la paix, qu'entre ma mère et elle il n'y eut jamais de mésentente, ce que ma mère appréciait fort. Aussi l'aimait-elle beaucoup. Cette grand'mère menait une vie pieuse. Elle avait donné le bon exemple jusqu'à sa mort, survenue à l'âge de 80 ans, priant et veillant beaucoup. Tout cela aussi nous faisait espérer qu'elle ne devait plus être en Purgatoire. Mais, dans sa justice, Dieu l'y a gardée. Elle me pria de l'aider. Or j'étais au lit et ne pouvais me lever, tant mes brûlures au pied me faisaient souffrir. Je ne voulais pas me lever non plus en partie par crainte qu'il m'arrivât de nouveau quelque chose, bien que j'eusse aimé communier le jour de la Saint Jean de la Croix.

Je décidai donc de rester à la maison pour ne pas m'attirer d'ennuis, car, outre l'enflure, la chaleur ardente que je ressentais aux pieds était affreusement douloureuse. C'était presque comme une brûlure à la flamme, à tel point que ma mère voulut m'envoyer chez un baigneur. Elle était d'avis que je devais garder le lit. Tandis que j'hésitais ainsi, l'âme de mon père défunt vint. Elle m'encouragea, me dit que je devais me lever et aider sa mère à sortir du Purgatoire. Je n'avais pas à craindre, il fallait seulement avoir confiance en Dieu et il ne m'arriverait rien. Il m'avait parlé avec beaucoup d'affection et m'avait rappelé le grand amour du prochain qu'il avait lui-même pratiqué durant sa vie, se levant parfois la nuit, s'arrachant au sommeil pour venir en aide à autrui. Puis il me représenta les grandes douleurs des âmes du Purgatoire et me dit que je ne devais pas trouver de trop d'aider sa mère et de lui gagner ce jour-là l'indulgence plénière. Décidée par cette exhortation pleine d'affection et grave à la fois, je me levai aussitôt, me rendis à l'église des Carmes et y demeurai de longues heures sans même penser à mes douleurs. Quand je rentrai ensuite à la maison, il ne m'arriva rien. Son âme me donna seulement un petit signe de délivrance. L'enflure de pied disparut bientôt et avec elle la peur qu'il put m'arriver quoi que ce fût de la part des âmes du Purgatoire.Je tins la chose cachée et n'en parlai même pas à ma mère. Je n'en informai que mon confesseur, parce qu'ayant remarqué quelque chose il m'ordonna de parler, au nom de l'obéissance.Et de même que c'est Dieu qui a commencé cela, c'est sa Providence qui a tout ordonné et admirablement disposé pour que j'obtienne une chambre pour moi seule, car ce n'était pas le cas jusqu'alors. Dans cette chambre, j'ai aménagé un autel. Sous la croix, j'y ai placé mon tableau de la Très Sainte Vierge, sous lequel j'ai mis celui de l'Ecce Homo douloureux, en larmes, qui inspire la pitié. C'est à ce tableau que je vais avec confiance, la nuit surtout, et je me sentais souvent attirée à venir devant lui, prier pour les âmes du Purgatoire. Le lendemain de la fête de St Thomas - c'était un vendredi (22 décembre), j'ai allumé un cierge en l'honneur de la T. S. Vierge et pour le soulagement des âmes du Purgatoire. Tandis que, selon mon habitude, je faisais ma méditation sur les souffrances du Christ, je laissai la liberté à mon esprit et m'occupai avec un zèle tout spécial des âmes du Purgatoire pour les aider par les mérites des souffrances du Christ. Sans me rien représenter, je considérais le tableau en priant. Je remarquai que le Christ commençait à pleurer tellement, que c'était pitié et que la toile de la sainte image se gondolait sous l'effet des larmes amères, au point que je craignais de voir le verre placé devant voler en éclats. Ce spectacle m'emplit d'une frayeur que je ne saurais décrire. Puis, sans surprise, sans vision, donc pleinement consciente, je tombai à genoux devant ce tableau, frappée de faiblesse, sans changer d'état et je l'ai vu des yeux de mon corps. J'ai vu également ce phénomène diminuer, puis cesser tout à fait. Bientôt, le Christ recommença à pleurer plus encore, et d'une manière plus animée. Il pleura à sept reprises. C'était pitié de le voir. Dans ma douleur, je ne savais que faire et pleurais moi aussi abondamment, car j'étais fort inquiète de savoir si ce n'était pas pour moi que le Christ avait pleuré ainsi. Aussi avais-je grand peur. Dieu me laissa quelques jours dans cette angoisse. Je demandai enfin à Notre Seigneur ce que signifiaient ces pleurs amers versés à sept reprises. Son amour me révéla alors que ce qui le faisait pleurer amèrement, c'était sa pitié pour les hommes, objet de son amour.

Je lui demandai pourquoi il avait pleuré sept fois. Il me signifia que je devais prier chaque jour pour sept catégories de gens. Puis tout m'a été dit et le Christ m'a également orientée complètement sur la manière dont il voulait que je m'applique à lui rendre honneur. Cela devait se manifester les saints jours de Noël et à la fête du Nouvel-An suivant. Le jour du Nouvel-An, 1691, je ressentis en mon âme une grande dévotion et de grands désirs de passer cette année nouvelle dans une grande perfection. J'éprouvai un ardent désir de prier avec beaucoup d'application pour l'Eglise catholique et pour tous les hommes. Dans ma prière intérieure, je me sentis également entièrement donnée à Dieu, pour qu'il fasse de moi ce qu'il voulait et se serve de moi pour sa gloire, comme il lui plairait, car je voulais vivre uniquement pour accomplir sa Sainte Volonté. » Ayant demandé ce qu'elle devait faire cette année-là, Marie-Anne entendit ces mots: « Je veux que tu souffres sans le laisser paraître ; que tu vives comme un enfant et que tu aimes comme un séraphin. » Le Christ, dit-elle, m'indiqua qu'il avait confiance en moi de préférence à tous les hommes, pour prendre le souci des âmes qui lui ont coûté tant de souffrances et de sang. Il m'exhorta à un grand amour et à une haute estime des âmes qu'il a estimées lui-même au point de souffrir et de mourir pour toutes...

Passage à la vie contemplative

Après cela, raconte la vénérable, j'ai reçu la visite d'un Carme qui me parut être S. Jean de la Croix. Il me dit que je devais mener une vie contemplative, puis disparut. Depuis ce temps, j'éprouvai le désir de prier ainsi et de ne plus continuer à méditer. Je me sentis bien plutôt portée à prêter attention, comme si quelqu'un me parlait. Les facultés de mon âme se plièrent très bien à tout cela. Dieu lui-même me guidait avec force vers la prière contemplative. Je ne pouvais que prêter attention à ce qu'il me disait. L'attrait de la contemplation était si fort, que je ne pouvais me reposer ni le jour ni la nuit, si cela ne m'était pas enjoint au nom de l'obéissance. Les grâces commencèrent à se manifester avec force dans mon âme, que la prière contemplative améliora rapidement. En même temps, je brillais d'amour de Dieu et du désir de souffrir pour lui et pour le monde entier: je n'étais presque plus maîtresse de moi-même. D'abondantes paroles ne me suffiraient pas pour dire avec quel amour Dieu m'a traitée, alors il m’a fait connaître son amour. Dans mon émerveillement devant toutes les grâces que Dieu m'a souvent accordées, je disais parfois au Christ, en versant des larmes: « O, Seigneur, pourquoi me donnez-Vous de telles grâces, que je n'ai certes pas méritées et dont je sais que Vous ne les donnez d'ordinaire qu'à ceux qui Vous aiment vraiment? Je ne vous ai que peu servi jusqu'ici et je vous ai même offensé beaucoup. Comment est-ce possib1e, Seigneur ? Avez-vous donc déjà complètement oublié mes fautes ? Je Vous en prie, envoyez-moi la souffrance autant que Vous le voulez, car cela, je l'ai mérité. » Là-dessus, l'éternelle Vérité m'a donné et a allumé en mon âme la lumière de la Vérité. Mon âme a été éclairée et son amour m’a été fait connaître qu'en des paroles telles, que je n'ai pu poser d'autre question. Mais le Seigneur m'a dit « Ce n'est pas parce que tu le mérites, que je suis si bon avec toi, mais je te donne la grâce d'être en relations avec les âmes du Purgatoire, pour t'amener à devenir meilleure et t'attirer à moi par de tels événements extraordinaires. D'autres sont venus d'eux-mêmes à moi, avec leur amour pour moi, tandis que toi, tu dois être attirée à moi et à la vertu par la force de mon amour spécial et de ma grâce. » = Plus élevées étaient les grâces que Dieu m'avait données, et qu'il a rendues manifestes aux yeux des hommes, plus aussi il m'a humiliée: plus fortement que n'aurait pu le faire aucun homme du monde, ce qui m'a coûté souvent bien des larmes. L 'oeil de Dieu, qui voit tout, regardait au plus profond de mon âme pleine de fautes et me montrait ce que j'avais mérité. Mais après cela, Il me faisait connaître sa Miséricorde sans bornes, qui me poussait à l'aime«r davantage encore.

Vision et description du Purgatoire

C'est en ce temps-là que je fus souvent conduite en Purgatoire, et j'ai pu voir ce lieu effrayant. Le 15 mai, après la sainte communion en l'église des Jésuites, cela m'a-t-il été représenté, ou bien y ai-je été conduite par mon ange gardien ? je ne le sais - j'ai vu devant moi une grande fosse6 dont je ne pouvais apercevoir l'extrémité, parce qu'elle était plongée dans l'obscurité complète. Je me rendis néanmoins compte que cette fosse était occupée, mais je n'arrive pas à en décrire exactement la forme. Il m'a semblé qu'il y régnait, d'une extrémité à l'autre, un grand désordre, et une horrible puanteur, comme dans une soue à porcs. Je dus y demeurer longtemps, bien que cela me donnât un haut-le-coeur, vraiment. Après quoi j'ai vu un autre endroit, mais tout près de cette fosse, du côté droit. Cet endroit m'a paru comme un bief de moulin, dont les eaux grossies tombent en cascade. Mais c'était une cascade de feu qui tombait, de sorte que je m'étonnais qu'il pût y avoir une eau de feu. Mais quand je suis revenue à moi, j'ai compris: cette fosse profonde, sans fin, c'est l'enfer; le bief, c'est le Purgatoire (pré-enfer) où les pauvres âmes sont plongées comme dans une eau de feu, mais avec une grande différence non selon la peine, car elles sont immergées dans le feu, mais selon l'ordre et l'amour avec lequel elles souffrent. Chez les âmes du Purgatoire, j'ai vu clairement qu'elles sont pleinement unies à la Volonté de Dieu, qu'elles sont extraordinairement patientes dans leurs souffrances, qu'elles se sentent vraiment heureuses d'avoir échappé à l'enfer mérité par leurs péchés, au cours de leur vie et de se trouver dans ce lieu du Purgatoire. Ce contentement des chers fidèles défunts au milieu de leurs souffrances, je le souhaiterais bien à moi-même et à tous les hommes de la terre dans nos souffrances et nos adversités, parce que, alors, on ne trouverait plus d'impatience ici-bas. Il me fut aussi révélé qu'aux âmes du Purgatoire, une heure parait plus longue que vingt ans de grandes souffrances sur la terre. Je compris également que si on leur offrait de pouvoir sortir du Purgatoire et entrer au ciel quoique non encore entièrement purifiées, les âmes du Purgatoire aimeraient beaucoup mieux y rester jusqu'au Jugement dernier que de paraître devant Dieu avec la moindre tache. J'ai remarqué, chez ces chères âmes qui sont en Purgatoire, une patience qu'on ne saurait dire, et j'ai appris d'elles à estimer grandement l'obéissance, en voyant combien, par l'exercice de cette sainte vertu, on peut les aider et leur rendre autant et aussi vite service. Oh oui, on peut bien tes appeler saintes, les âmes du Purgatoire, car elles sont pleines d'amour de Dieu. Elles brûlent bien plus de l'amour de voir ce Dieu si bon et de jouir de sa présence, qu'elles ne brûlent du feu de leurs peines.Une autre fois, je vis le Purgatoire comme un cachot tout en feu, comme un lieu dont le feu était effrayant. Tous les feux du monde réunis ne sauraient lui être comparés, et les pauvres âmes y sont plongées comme des étincelles de feu (Cor. III, 16 et I Petr. 1,7). « Elles sont si nombreuses que mes yeux n'ont pas réussi à en embrasser du regard la multitude entière, tant elle est grande. Peu après, le Purgatoire me fut montré comme un vivier dans lequel se trouvaient une multitude de poissons. Ces poissons étaient complètement blancs et tendaient vers moi leur bouche ouverte. Il m'a été signifié que je devais les rafraîchir par les larmes de mes yeux et le Sang de Jésus-Christ, en l'offrant pour elles. Il me fut dit aussi que je devais répandre sur elles du sel, ce que je ne compris pas tout d'abord, jusqu'à ce que cela me fut expliqué: je devais accomplir des bonnes oeuvres et les offrir pour les pauvres âmes. Pour donner une idée du nombre de ces âmes, Dieu me fit voir le Purgatoire sous la forme d'une fourmilière. Je demandai pourquoi ces âmes m'étaient montrées ainsi. Il me fut donné à comprendre que c'est parce qu'une fourmilière est couverte, surtout en hiver où l'on ne remarque absolument pas qu'il s'y trouve un si grand nombre de fourmis. Mais si on la remue avec un bâton, ou si on l'enfume, les fourmis en sortent par milliers. Je devais penser qu'il y a en Purgatoire, beaucoup, beaucoup d'âmes qui sont cachées à nos yeux, comme dans une fourmilière couverte, telle que je venais de la voir. Je ne devais donc pas m'étonner si je voyais qu'elles montrent tant d'ardeur à mon égard. C'est que par un effet de son amour, sa Bonté était venue maintenant dans cette fourmilière. Par ses premières larmes, le Christ avait voulu manifester que si peu d'hommes pensent aux âmes du Purgatoire d'une manière qui les secoure. Il se servait de moi comme d'un bout de bâton pour remuer cette fourmilière, pour que je puisse voir comme y étaient cachées en foule des âmes que l'on croit déjà au ciel. Puis les âmes du Purgatoire me furent montrées sous la forme d'un essaim d'abeilles agrippées à un arbre. Il me fut dit que je ne devais pas m'étonner de leur grand nombre, car rien de souillé n'entre au ciel. Or, les hommes vivent habituellement comme de vrais mondains, sans penser guère a l’autre monde, à la vie éternel, et sans reconnaître leurs fautes. Mais Dieu examine tout selon la justice. Il me fut dit encore que je devais considérer le bref temps de souffrances qui, en comparaison de l'éternité, n'est qu'un court instant, ou encore, considérer quelle récompense infinie était le ciel qui suivait ce temps de souffrances. Le ciel exige qu'on se fasse violence. Or, la plupart des hommes, les mondains, ne se font pas violence parce que, en mondains qu'ils sont, ils ne se croient pas obligés de pratiquer la vertu. Ainsi, il ne peut évidemment pas en aller autrement: ils demeurent retenus très longtemps en ce lieu.

Le salut des non-catholiques

Dieu m'a donné également beaucoup de lumières concernant les âmes de ceux qui ont vécu et sont morts dans le luthérianisme. Un très grand nombre d'entre elles ne sont pas réprouvées, mais parviennent à la béatitude parce qu'elles n'ont pas eu assez de compréhension ou ont été complètement innocentes. C’est pourquoi Dieu leur a donné, à la fin de leur vie, la grâce de faire un acte de repentir suffisant pour se sauver et elles ont ainsi quitté ce monde dans la grâce de Dieu. Il me fut révélé en même temps que ce sont des âmes qui, durant leur vie ont cru à cette vérité: rien de souillé ne peut entrer au ciel. Elles m'ont été montrées dans une tout autre prison et elles tendaient vers moi 1eur bouche ouverte comme des affamées, se plaignant que je les avais oubliées. Je ne savais pas, tout d'abord quelles étaient ces âmes; mais quand j’eus prié, il m’a été révélé qu’elles étaient là absolument démunies de secours. Elles me dirent que je devais et pouvais les aider, car si elles n'avaient pas vécu dans la véritable Eglise, elles étaient également privées de tout secours. Elles avaient maintenant recours à moi. Ces âmes demandaient tout spécialement la messe et la sainte communion. C'est ce qu'indiquait leur faim. Le Christ me dit, lors de la communion: « Tu as parfaitement raison de prier pour ces âmes.

 

Les peines des époux

La vénérable représente comme suit les peines des époux qui, durant leur vie, n'ont pas pratiqué la chasteté selon leur état: « En 1709, mon ange gardien m'a conduite en un lieu inconnu de moi. J'y vis un grand lac plein de soufre et de poix. Je ne voyais rien dans ce lac parce que toute sa surface bouillonnait comme une eau cuisant à gros bouillons. Quand je revins à moi, je me mis en prières devant mon Ecce Homo, et demandai au Saint-Esprit et à la T. S. Vierge de m'éclairer sur le sens de cette vision. Il me fut révélé que ce lieu était un endroit du Purgatoire et un lieu de peines tout à fait spéciales, inexprimables, incompréhensibles, pour une catégorie particulière d'âmes ; que dans ce lac étaient complètement immergés ceux qui, dans le mariage, s'étaient plongés entièrement dans les plaisirs charnels, menant une vie animale plus qu'humaine. Je fus également exhortée à témoigner ma pitié toute spéciale à ces âmes, parce qu'on pense si peu à elles, et à offrir pour elles à Dieu la douloureuse flagellation de Son Fils unique. Il me fut également révélé à cette occasion, que Dieu rappelle bientôt à Lui ces gens-là, mais qu'Il reprend aussi très tôt 1eurs enfants. Le 10 mars 1714, il me fut révélé que dans le saint état du mariage, on ne vit pas comme on devrait vivre et qu'il s'y commet de grands péchés. C'est pourquoi Dieu punit sévèrement en ce monde déjà, de la manière que je viens d'indiquer, mais plus sévèrement encore dans l'autre monde où beaucoup de gens mariés sont damnés parce qu'ils n'ont pas vécu comme ils l'auraient dû selon leur état.

La durée des peines du Purgatoire

Le Purgatoire est le lieu que le Psalmiste royal appelle « Pays de l'oubli » (Ps. LXXXVII, 13) et dont la Vérité éternelle dit elle-même : « En vérité je te le dis, tu ne sortiras pas de là que tu n'aies payé le dernier quadrant (menue monnaie) » (Matth. V, 26). A cet endroit de tourments s'applique en effet la parole du Psalmiste : « Tu as éloigné de moi mon ami et celui quim'était proche, et mes intimes, tu les as tenus loin de moi » (Ps. LXXXVII, 19). Pour ce qui concerne la durée des peines du Purgatoire, la vénérable nous dit: « Les pauvres âmes m'ont montré que dans l'autre monde tout est calculé avec une exactitude absolue et qu'en cette vie, on peut diffici1ement s'en faire une idée. Je me suis moi-même souvent étonnée, autrefois dit-elle, qu’il fut même simplement possible que tant d'âmes se trouvent en Purgatoire, retenues pour si 1ongtemps, alors qu'on les croyait depuis bien longtemps dans la joie éternelel. J'ai pu le voir dans le cas de mes grands-parents, puisque ma grand'mère ne put se présenter chez moi qu'au bout de dix-sept ans. Le séjour en Purgatoire dure souvent quelques centaines d'années. Tout cela m'a fait voir combien grande est l'offense faite à Dieu par le péché et que tout ce qui n’a pas été expié en cette vie doit l'être en l'autre. Dieu nous a mis en mains les moyens suffisants pour laver notre âme en ce monde et pour la purifier. Mais ces moyens, comment s'en sert-on ?

Les âmes du Purgatoire m'ont enseigné ce qui est nécessaire pour faire un bon usage des sacrements, de la prière, des indulgences; que par la souffrance, les adversités et les maladies, on peut expier beaucoup. Mais tout se passe souvent sans qu'on y fasse cas.

Dans la suite, je ne me suis plus étonnée de voir dans le feu du Purgatoire des gens morts depuis cent ans et même davantage, car j'ai appris à considérer toujours plus quel bien infini est Dieu et quel grand mal au contraire, est le péché. J'ai appris combien brèves sont les souffrances du Purgatoire en regard de l'éternité, et que toute peine n'est rien, en comparaison des peines de l'enfer . Pour ceux qui ont été durs avec leur prochain, il est difficile d'arriver à la délivrance, car ce qui est dur le reste. En 1704, une âme se présenta chez moi. C'était l'âme d'une personne morte depuis quinze ans. De son vivant, elle passait pour très pieuse. Elle me dit: « On n'arrive pas si vite au ciel; c'est aussi une souffrance, que les gens vous tiennent pour des saints, car alors on ne s'applique pas à prier pour vous. »Ceux qui restent le moins longtemps en Purgatoire sont, selon les indications de Marie-Anne Josèphe, les débonnaires, ceux qui ont bon coeur, les miséricordieux et ceux qui meurent en acceptant volontiers la mort. Oh oui! Les âmes du Purgatoire peuvent être appelées saintes, car elles sont pleines d'amourpour Dieu et brûlent bien plus du désir de voir la Face de ce Dieu aimé et d'en jouir, que du feu de leurs peines.


Ce que l'Eglise enseigne au sujet du Purgatoire

Judas Macchabée, nous dit la Bible, envoya à Jérusalem douze mille drachmes d'argent pour qu'un sacrifice y fût offert pour les soldats tués dans la bataille parce qu'il pensait que la meilleure récompense était réservée à ceux qui étaient morts dans des sentiments de piété. C'est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, pour qu'ils soient délivrés de leurs péchés (II Mach. XII, 48). La sainte Eglise nous enseigne « qu'il y a un Purgatoire et que les âmes qui y sont détenues sont aidées par les prières des fidèles, mais spécialement par l'offrande du sacrifice de la Messe ». Marie-Anne dit: « Les pauvres âmes du Purgatoire m'ont fait voir que dans l'autre monde tout est si exactement compté et examiné, qu'on ne peut guère s'en faire une idée en cette vie, et que dans l'Au-delà, on trouve tout absolument autrement qu'on ne se l'imagine ici-bas. »

« C'est moi, le Seigneur, qui sonde les reins; moi qui donne à chacun selon sa conduite, et selon le fruit de ses efforts» (Jer. XVII, 10, et Apoc. II, 23 ). L'Apôtre lui-même redoutait ce terrible examen, lui qui pouvait dire: « Je n'ai à vrai dire conscience de rien, mais je ne suis pas pour autant justifié; car celui qui me juge, c'est le Seigneur, qui mettra au jour même ce qui est caché, et dévoilera les sentiments du coeur » (I Cor. IV, 4). Le bienheureux Suso tremble à la pensée de cet examen et s'écrie: « Ah! juste Juge au Jugement sévère! Comme tu pèses les moindres choses, leur donnant un si grand poids, alors que nul n'y prend garde à cause de leur petitesse! » Les souffrances des âmes du Purgatoire sont si indicibles, parce que séparées de leur corps, elles ne peuvent accomplir ni pénitences, ni actions méritoires, ni oeuvres satisfactoires, parce que, comme dit le P. Faber, elles ne sont plus sous le régime de la miséricorde du Vicaire du Christ, qui par les indulgences, distribue les trésors de l'Eglise. La seule consolation et le seul secours consistent, pour elles, dans la communion des saints, que la mort elle-même ne peut rompre. Par suite de cet article de foi ces pauvres âmes peuvent parfois, avec la permission spéciale de Dieu, demander le secours de nos prières et réveiller leur souvenir dans l'esprit de ceux qui les ont connues de leur vivant et sont encore sur la terre. Saint Thomas d'Aquin dit expressément que les âmes du Purgatoire se présentent parfois aux regards des vivants et peuvent leur apparaître pour leur demander du secours. Dans son « Compendium », Caramelli dit à propos de ces apparitions: « Ces âmes, qui appartiennent à l'Eglise souffrante, apparaissent habituellement aux vivants sous un aspect et dans une attitude qui excitent la pitié de ceux qui les voient. Souvent, l'expression de leur visage est triste; elles sont entourées de vives flammes ; d'autres fois, elles passent devant les yeux de l'âme comme un éclair, comme une ombre, comme un nuage, mais toujours, la vue de tels signes matériels éveille en nous le souvenir d'une personne défunte qui nous était chère et nous nous sentons poussés à prier pour elle. » Quelques mystiques donnent encore d'autres signes par lesquels s'annoncent les apparitions de ces âmes, qui ne sont que trop souvent et que trop vite oubliées. Ainsi, par exemple, des soupirs, des plaintes, des sanglots, toutes sortes de voix ou de sons, des coups frappés. Dans d'autres cas, on ne perçoit rien extérieurement, mais on est soudain saisi d'un vague sentiment de tristesse, on ressent une profonde et mystérieuse poussée c'est comme si l'âme à qui Dieu en accorde la permission, prenait possession de nous, pour réveiller en nous son souvenir et nous forcer à prier pour elle.

Comment les âmes du Purgatoire apparaissent

Nous allons voir quels sont les souvenirs de Marie-Anne concernant les âmes du Purgatoire et comment elles lui apparaissaient. Le P. Barnabé Kirchhuber, O. S. F., confesseur des clarisses du couvent d'Anger, qui en 1704 soumit Marie-Anne à une enquête serrée, par mandat du prince-évêque, écrit le 6 juin en ces termes au premier Évêque concernant les âmes du Purgatoire : « Depuis le mercredi avant Noël (22 décembre) 1690, les âmes du Purgatoire sont souvent venues chez Marie-Anne. Elle les voyait la nuit, souvent durant deux heures, dans les flammes, entendait en même temps de grands soupirs et gémissements; elle entendait de ses oreilles corporelles le crépitement du feu. De jour, elle remarque la présence des âmes par des étincelles qui volent et vont se poser sur son cou, ses mains, et d'autres parties de son corps. Marie-Anne écrit elle-même à ce propos: « Souvent il y avait dans ma chambre un grand feu. Dans la suite je ne pus plus le voir des yeux du corps car mon confesseur me fit défense de regarder autour de moi. J'aurais d'ailleurs été absolument incapable de le faire, car je me sentais aussitôt poussée à prier. Je tombais à genoux, entrais en extase et, par la grâce de Dieu, j'y étais si fixée que je ne pouvais souvent bouger aucun membre ; pas même les yeux. Et lorsque je voulais me mettre à écrire selon que j'en avais le devoir, les étincelles tombaient en grande quantité sur ma main et sur mon papier. Les pauvres âmes voulaient ainsi m'avertir. Dans de nombreux cas, elle souffre de frissons et de froid quand les âmes s'approchent d'elle; ces pauvres âmes lui arrivent même grelottant de froid, gelées. A beaucoup d'entre elles il ne lui était pas permis de demander leur nom et moins encore d'écrire leurs fautes. Comme le Malin venait se mêler lui aussi sous diverses apparences à ces événements si mystérieux, soit pour la dérouter soit pour la détourner d'aider les pauvres âmes, son confesseur lui ordonna, comme le dit dans son rapport le P. Barnabé Kirchhuber, de prononcer le très saint Nom de Jésus, de montrer la sainte Croix dans leur direction, de jeter de l'eau bénite ou encore d'allumer un cierge bénit, quand des âmes s'annonçaient. Si c'était une bonne âme, elle s'approcherait alors davantage d'elle; si c'était un esprit mauvais, elle éprouverait intérieurement et extérieurement une inquiétude, mais le mauvais esprit devrait se retirer

On est puni par où l'on a péché

Dans la suite, les âmes lui apparurent d'une manière caractéristique correspondant exactement à leur état. Elle écrit: « Dieu m'a instruite de ce qui manque aux pauvres âmes et comment on peut les aider. " Certaines âmes sont venues à moi les yeux en pleurs.

Elles m'ont demandé de faire pénitence pour elles en veillant sur mes regards et en évitant toute curiosité. D'autres me sont apparues absolument affamées, épuisées, dans un état indescriptible. Elles me priaient d'observer pour elles un jeûne sévère au pain et à l'eau et de réparer ainsi les manquements commis au cours de leur vie par excès dans le boire et le manger. D'autres encore m'ont fait comprendre, par leur comportement, leurs malheureuses colères et leurs impatiences. Elles me priaient de bien vouloir les aider par des actes de patience et de douceur. Des âmes qui durant leur vie n'avaient pas été mortifiées, me tendaient un cilice (instrument de pénitence). Quand je devais jeûner pour elles, une table abondamment servi m’était montré. Les âmes qui avaient péché par la langue m'apparaissaient la bouche fermée par un clou, pour me faire comprendre que je devais garder le silence. Les âmes qui, sur la terre, ont été dures de coeur et sans pitié, ne peuvent être aidées que par des oeuvres de miséricorde et par la générosité. Ce qui manque à l'arbre doit être expié sur l'arbre (de la croix). C'est pourquoi aussi tout ce qui a manqué sur d'autres points doit être expié de la manière dont le manquement a été commis. Les séducteurs qui se sont convertis à temps, mais n'ont pas eu le loisir de réparer le mal causé, je les ai vus sous une apparence semblable à celle de l'esprit malin, parce que c'est le propre du démon de séduire les hommes pour les entraîner au mal. Les pauvres âmes qui, durant leur vie, ont trop peu veillé sur leurs regards devaient se montrer avec des yeux affreusement grands. Les âmes pleines de suffisance, orgueilleuses de leur savoir, lui apparaissaient avec des têtes déformées. L'orgueil qu'elles avaient eu au cours de leur vie, Marie-Anne le reconnaissait à leur visage cancéreux. Si une âme se montrait du doigt le front, cela signifiait qu'elle avait été entêté au cours e sa vie. Un visage qui se détournait d'elle lui faisait reconnaître la susceptibilité passée, tout comme elle reconnaissait le manque d'amour du travail à l'aspect pitoyable des mains.

Quand Marie-Anne voyait dans un coin une âme qui priait, elle savait qu'elle avait manqué à l'obéissance et troublé le bon ordre durant sa vie. Ceux qui au cours de leur vie avaient trop aimé les bêtes devaient se montrer à elle avec l'animal trop choyé autour du cou. Celles qui avaient été trop préoccupées des choses terrestres faisant passer les choses de l'éternité après celles d'ici-bas, elle les reconnaissait à leur taille enfantine.

Quelques exemples notés par Marie-Anne nous le montreront plus clairement. « Quand il est dans les honneurs, l'homme ne sait pas le reconnaître, il est semblable à l'animal privé de raison » (Ps. XL VIII, 21 ). « Le 15 décembre 1690 à minuit, une âme du Purgatoire vint chez moi; je l'avais fort bien connue de son vivant. C'était un musicien de la cour. Le violoniste JeanGeorges Loderer (tel était son nom) était le professeur de musique de mon frère Franz-Philippe et il me donnait à moi aussi des leçons. Il aimait boire. Il ne m'en voulait en rien quand je le prévenais, souvent, qu'il abrégeait ainsi sa vie. Il mourut le 7 janvier 1688. J'étais en plein sommeil quand son âme m'apparut sous la forme d'un gros crapaud, horrible, gonflé, contre le rideau de mon lit. M'éveillant, je ne fus pas peu effrayée, croyant que c'était le démon. Et voici que cette âme se fit connaître en pinçant si violemment les cordes de ma cithare, que je crus qu'elles allaient se rompre. La peur me quitta alors et je demandai à cette âme pourquoi elle m'apparaissait sous cette forme. Elle reconnut que c'était pour elle une peine toute particulière de devoir se montrer sous un tel aspect. C'était parce que durant sa vie, elle s'était comportée comme cet animal. De même que les crapauds, qui aiment à séjourner dans les lieux humides, marécageux, recherchent toujours l'humidité, il aimait, lui aussi, avoir le gosier humide. Cette âme reconnut également, qu'elle avait ainsi abrégé sa vie et que si maintenant on ne lui portait pas secours, elle devrait souffrir durant autant d'années qu'elle avait ainsi abrégésa vie terrestre.

Je me suis donné beaucoup de peine pour cette âme et j'ai reçu l'indication de sa délivrance. Une autre âme souffrante, un maçon, qui avait travaillé souvent dans la maison de mes parents, avait la mauvaise habitude de blasphémer et de boire. Il me fut montré enfermé dans un cachot, derrière une forte grille comme on en met pour garder les bêtes fauves. Il levait vers moi ses mains en pleurant, me priant, avec d'abondants soupirs, de lui venir en aide. Il me dit qu'il souffrait abominablement de la langue à cause de ses blasphèmes. Je devais pour lui, prononcer avec une piété toute spéciale le Nom Très Saint de Dieu et jeûner même l'eau, souffrir beaucoup pour lui. J'ai vu que Dieu l'avait retiré prématurément de ce monde lui aussi uniquement à cause de sa vie rebutante, et qu'il aurait dût souffrir longtemps encore s'il n'avait pas eu la grâce de pouvoir m'apparaître. Sa supplication s'exprimait par ces seuls mot: « Tu peux m'aider, et tu dois m'aider. »

J'étais un jour en prière devant le tableau de l'Annonciation, dans notre chère chapelle de la T. S. Vierge en l'église de St.Michel, selon mon habitude. Voici qu'un homme m'apparut comme il était de son vivant. Triste et pleurant, il tenait en main un verre à vin, me montrant ainsi en quoi il avait péché durant sa vie. C'était un homme jeune encore. Il me révéla que si je ne l'aidais pas, il devrait souffrir durant quarante ans pour avoir abrégé d'autant sa vie en buvant avec excès. Mais parce que de son vivant, il avait aimé d'un amour d'enfant la T. S. Vierge, et avait été bon pour les pauvres, la Mère de Dieu m'a elle-même exhortée à l'aider. J'ai jeûné durant quarante jours au pain et à l'eau et j'ai offert pour cette âme mes prières, mes confessions, mes communions, les indulgences que je gagnais, et mes aumônes par les mains de la Mère de Dieu. Au bout de quarante jours cette âme m’a été montrée dans la béatitude.

« On est puni par où l'on a péché » (Sap. XI, 17). Aujourd'hui, 10 mars 1714, j'ai vu en Purgatoire, une âme dont le visage - les yeux surtout -, étaient si horriblement ravagés, qu'il m'est impossible de le décrire. J'ai appris que cette âme, au cours de sa vie mortelle, aimait à contempler de mauvaises images et qu'elle avait cependant eu la grande grâce de mourir dans dessentiments de repentir. Il me fut aussi montré le grand mal que font ces mauvaises images et ces mauvaises illustrations. Le 16 septembre 1704 m'apparut la comtesse de Sternberg, dame de la noblesse de Bohême. Elle avait beaucoup à souffrir à cause de la nudité qu'elle étalait aux regards en portant des habits décolletés. Comme elle était complètement oubliée des siens, elle m'apparut, affreusement vieillie. Je l'entendisdire avec tristesse : « Je n'irai de longtemps pas encore à la maison (au ciel). » Le 8 janvier 1714, une soeur converse de notre ordre est venue chez moi. Son visage était ravagé comme par une maladie cancéreuse. Il me fut révélé que cette soeur, au cours de sa vie, n'était pas peu fière de sa belle prestance.

Une autre âme de notre ordre m'apparut. Son aspect était aussi minable, que si des oiseaux de proie lui avaient complètement dévoré le visage. Celle-là aussi dut se montrer ainsi à moi, parce que, de son vivant, elle avait été orgueilleuse de son beau visage et ne parvenait guère à se dominer. Le 13 septembre 1703, une âme vint chez moi. Je l'avais fort bien connue de son vivant. Elle s'approcha et me toucha de sa main au front. Trois jours durant, j'eus l'impressio qu'on m'avait mis une coiffe très lourde. Je lui demandai ce qu'elle voulait me faire comprendre par là. Elle m'avoua qu'elle avait été trèsincrédule et entêtée au cours de sa vie; qu'elle avait l'habitude de n'en faire qu'à sa tête. Elle était tombée ainsi dans beaucoup de fautes et dans un grand désordre. Le 14 décembre 1712 après les complies, 1'âme d'une soeur converse m'est apparue sous une forme bien pitoyable. Elle m'a fait connaître les souffrances qu'elle endurait, aux mains surtout. Ses deux mains étaient très enflées et semblaient absolument brûlées. Elle m'apprit qu'elle avait de très belles mains. Aussi travaillait-elle peu, laissant le travail aux autres soeurs et demeurant très souvent oisive. Le 20 janvier 1723, une âme m'est apparue avec des yeux exorbités, horribles à voir. Je sus que durant sa vie, elle était colérique et envieuse de son prochain et surtout à l’égard des pauvres. Cette âme avait eu cependant la grande grâce de pouvoir se préparer à sa dernière heure.

Les âmes qui demeurent le moins longtemps en Purgatoire

Marie-Anne sait, par les expériences faites avec les âmes du Purgatoire, que ceux qui acceptent de bon gré la mort restent le moins longtemps en Purgatoire. La comtesse Marie-Anne, Josèphe, Thérèse Preising, née Rechberg auf Hohenaschau, était très liée avec la vénérable Marie-Anne. Elle avait eu de fréquentes relations avec elle au cours de sa vie. C'est pourquoi elle put, après son décès survenu le 17 octobre 1721, venir bientôt chez Marie-Anne comme le raconte celle-ci : « Le 17 octobre 1721, un vendredi, à quatre heures du matin, je fus poussée à prier pour la comtesse qui était en mal d'enfant. A neuf heures de l'avant-midi, elle mourut. Elle se montra à moi au choeur aussitôt après sa mort, toute joyeuse, car elle avait été pieuse durant sa vie. Elle m'apparut telle qu'elle était de son vivant, tenant en main une pomme qu'elle partagea en deux avec grande envie. J'appris d'elle combien on manque à son devoir en faisant du jour la nuit et de la nuit le jour. La comtesse demanda surtout de moi la communion qu'elle avait souvent manquée durant sa vie. Elle m'avoua que dans le manger, elle ne se privait guère, estimant que ce n'était pas nécessaire, et qu'elle avait gaspillé inutilement beaucoup de temps. Le 18 octobre, toute la communauté offrit pour elle la sainte communion. Le vendredi 24 octobre, elle entrait dans la béatitude, à cause du privilège sabatin attaché à la confrérie de Notre-Dame du Carmel, dont la comtesse portait le scapulaire. Je la vis là-haut, dans une joie inexprimable, et j'entendis un chant merveilleusement beau. On chantait: « Vanitas vanitatum » (vanité des vanités). La cause pour laquelle la comtesse était entrée si tôt dans la béatitude, c'est que, jeune mère, elle s'en était remise entièrement à la volonté de Dieu et avait demandé elle-même avec un si ardent désir les sacrements

Le dur traitement des prêtres

lLs sont traités beaucoup plus durement, eux à qui Dieu a confié davantage et auxquels il a dit: « Vous êtes la lumière du monde, et « Que votre lumière brille devant les hommes, (Mat th. V, 14 et 16). Le 30 avril 1713, je vis un prêtre séculier en Purgatoire. J'ai vu en lui beaucoup de négligences. Quelle différence il devrait y avoir entre prêtres et laïcs! Mais si souvent elle n'existe pas. « Ce qui est sottise dans la bouche d'un laïc est blasphème dans celle d'un clerc », dit St. Bernard. A ce sujet, il m'a été donné une merveilleuse comparaison. J'ai vu, à côté de ce prêtre, une lampe. Une lampe ordinaire. Elle était toute sale, pleine de gouttes de suif et il n'y avait à l'intérieur qu'un tout petit bout de chandelle. Il me fut dit: « La lampe est l'image de l'âme et du corps. L’âme doit donner le bon exemple et éclairer comme une lumière. Le corps dans lequel habite l'âme, doit se diriger d'après l'âme ; il faut qu'il ne soit pas une lampe sale, afin que la lumière éclaire la lampe et que la lampe soit pour la lumière un ornement. Je devais me demander si l'on placerait une lampe sale de ce genre sur la table devant un homme poli, respectable. Il me fut dit: « Tout comme on ne met pas de belles chandelles de cire blanche dans une lampe ordinaire et sale de cuisine, Dieu ne donne pas non plus sa grâce à un homme qui, placé sur le chandelier, devrait éclairer, mais qui ne donne pas de lumière, pas de bon exemple. C'est bien plutôt une petite et mauvaise lumière, prête à s'éteindre qui convient à une telle lampe.

Ils sont traités beaucoup plus durement eux à qui Dieu a confié.

Le 6 décembre 1705, m'apparurent les âmes de deux prêtres séculiers, qui étaient curés. L'un était mort depuis trente ans environ, l'autre depuis six mois. Tous deux m'apparurent sous la forme d'enfants de dix à douze ans, mais revêtus de l'aube et de l'étole. Ils paraissaient si petits parce qu'ils avaient eu trop d'estime pour les biens matériels, regardé trop à l'argent et aux biens de ce monde. Je les vis souffrir grande peine, demander du secours les yeux fermés et la bouche grande ouverte. Ils sont privés de la vue de Dieu et doivent demeurer dans les ténèbres parce que tout en portant la vraie lumière devant leurs fidèles, ils ne l'ont pas aimée eux-même et n’ont par conséquemment marché à sa clarté. Il me fut dit et montré aussi que les prêtres ont l'obligation de n'utiliser qu'à des fins spirituelles leur argent et leur bien; qu'ils ne peuvent pas les laisser à leurs parents sans encourir une grande responsabilité. Le prince-électeur Clément de Cologne, frère du prince électeur Max-Emmanuel (mort le 12 novembre 1723) apparut à la vénérable comme un pauvre petit berger. Le 29 mars 1699, me fut montré un évêque dans un horrible cachot en flammes. Il portait de très pauvres vêtements civils parce qu'il se préoccupait plus, au cours de sa vie, des choses profanes que des choses spirituelles. Le duc Philippe-Maurice de Bavière (née le 5 août 1698)  fils du prince-électeur Emmanuel, fut nommé, le 14 mars 1719- à moins de 21 ans! - évêque de Paderborn et en outre, immédiatement après, le 21 mars, évêque de Munster. Il se rendit à Rome. « Le jour de l'élection du duc, en 1719, j'étais en prière quand il me fut soudain présenté sous forme de cadavre. Je compris que cela signifiait sa mort. Le 19 mars arriva de Rome, par poste, la nouvelle de cette mort. Il était décédé le 12 mars et avait été enterré en l'église de la Madonna della Vittoria.
Le 21 mars, il m'apparut au choeur, sous les traits d'un enfant, à cause des choses enfantines dont il s'occupait. Il était comme un petit enfant qui ne sait pas encore parler; le 23 mars, il m'apparut en servant de messe et le 24 mars comme un prêtre en soutane noire, telle qu'il la portait habituellement. Le 28 avril il entra dans le repos éternel et je le vis, le 1er mai, sous la forme d'un ange magnifique, cela parce que, au cours de sa vie, il était un fervent de la T. S. Vierge. En l'an 1704, les deux couvents d'Altomunster, fuyant devant l'ennemi, s'étaient réfugiés à Munich. Le couvent de femmes occupait 1'« Aheimhaus » acheté en 1671 par l'abbesse Fébronie Korn. C'est là que mourut, le 23 septembre 1704, l'abbesse Marie-Claire Reuschi, dont la chronique dit qu'elle accrut les possessions de l'abbaye en achetant des terres pour 4000 florins et  l'hotellerie et l'hôtel dans la cour, le palais épiscopal (actuellement cure) et la maison du sacristain. Aujourd'hui, 12 novembre 1704, l'abbesse du monastère d'Altomunster m'est apparue. Elle ne put pas se présenter en habit de religieuse, mais dut le faire, devant moi, habillée comme une servante. Plus tard, je la vis comme un tout petit enfant pleurant dans les bras de son ange gardien. Elle dut donc se montrer comme le font ordinairement les enfants, parce qu'elle s'était occupée, comme le font les enfants, de choses qui sont des bagatelles aux yeux de Dieu. Elle dut en rendre un compte sévère. Il me fut révélé qu'elle avait à souffrir en Purgatoire jusqu'à ce que les abbesses qui lui succéderaient dans sa charge aient réparé ce qu'elle avait négligé. Il me fut également fait connaître combien il est plus nécessaire de travailler à la perfection de ses subordonnées que de s'occuper de la nourriture, de l'entretien et des choses du corps. Cela me fit aussi souvenir que ce n'est pas en vain qu'il a été dit: « Marthe ! Marthe! Tu t'inquiètes et te troubles pour beaucoup de choses. Une seule est nécessaire
»(Luc X, 41 ).
Qu'elles sont vraies et dignes d'être prises en considération, ces paroles du bienheureux Thomas de Kempis : « Il demeurera longtemps petit et dans une position inférieure, celui qui estime beaucoup autre chose que le seul Bien incommensurable, éternel.

Ceux qui s'opposent à la vocation de leurs enfants

«Combien Dieu punit sévèrement ceux qui s'opposent à la vocation de leurs enfants, c'est ce que je voudrais montrer en citant le cas suivant. En février 1709, j'ai vu une âme tout en feu. Durant sa vie, cette personne tenait une brasserie. Elle avait une fille qu'elle plaça dans un couvent pour faire son éducation, afin qu'elle ne fût pas corrompue à la maison par des clients. L'enfant se plut tellement au couvent, qu'elle voulut y rester définitivement. Quand la mère remarqua cette inclination, elle reprit sa fille chez elle, sous prétexte de l'éprouver, mais de fait pour lui mettre en tête d'autres idées. Trois semaines après, la mère tomba malade et mourut au bout de peu de jours. Aujourd'hui, 12 février, j'ai dû voir dans cet état indicible, en feu. Elle ne m'a rien demandé d'autre que de prier pour sa fille, pour qu'elle persiste dans son bon propos et puisse le réaliser, car ce n'est qu'ainsi qu'elle-même verra diminuer sa peine et sera délivrée. En 1704, vint chez moi une âme qui avait quitté ce monde 15 ans auparavant et qu'on tenait pour très pieuse. Elle me dit: « On n'arrive pas si facilement au ciel.

Dieu ne fait pas acception de personnes.

Même des têtes couronnées venaient chercher et trouvaient secours auprès de Marie-Anne, comme elle nous le raconte. « Le 24 février 1704 je fus poussée intérieurement à offrir mes prières pour l'âme de la grand'mère de la princesse-électrice. Le 26 février, je fus avertie de prier pour le prince-électeur Ferdinand-Marie, mort le 26 mai 1679. La même nuit, j'eus la visite non seulement de la princesse-électrice, mais encore de la princesse électrice Adélaïde décédée le 18 mars 1676 et de sa fille Marte-Anne-Christine, décédée le 20 avril 1690, comme épouse du roi de France Louis XV. J'ai enduré ce jour-là de dures souffrances. Le 22 février, au moment de la communion, j'ai éprouvé l'espoir qu'elle serait bientôt délivrée, et je la vis aussi souffrir moins. Le 29 février, après avoir passé trois heures à prier et surtout à faire des actes d'amour pour ces pauvres âmes, je vis, peu après quatre heures du matin, les âmes du prince-électeur, de son épouse et de leur fille ainsi que l'âme de la grand'mère de la princesse-électrice, entrer toutes quatre glorieuses au ciel. Bientôt après, d'autres imes se sont annoncées et j'ai dût prier tout spécialement pour les familles des souverains d'Autriche et d'Espagne. » Le 17 juin 1696, mourut Jean III Sobieski, roi de Pologne, âgé de 72 ans. Marie-Anne écrit à ce propos en 1703 : « Quelques mois déjà avant que j'aie eu une révélation au sujet du roi de Pologne, une âme s'est annoncée avec bruit chez moi et j'en ai été très angoissée durant la nuit. Le jour de la fête de notre Fondatrice S. Thérèse, le 15 octobre, je fus éveillée soudain à minuit et je dus me mettre en hâte à prier. Je priai surtout pour son Excellence la princesse-électrice Thérèse-Cunégonde, fille du roi Jean III Sobieski, parce que c'était le jour de sa fête. Pendant que je priais, il me vint l'idée de prier aussi pour tous les défunts de la famille du prince-électeur, sans penser à aucun en particulier. Dans l'octave de la fête de S. Thérèse, je vis cette âme qui s'était annoncée souvent déjà comme grand seigneur, mais qui ne parlait pas. De jour également je le voyais à mon côté droit. Quand je me fus bien aperçue de sa présence, il disparut sans me rien manifester d'autre. Le 4 novembre dans l'octave des Trépassés, c’était aussi le premier dimanche je fus ravie en extase et conduite dans une grande salle magnifique où était dressé un catafalque. Quand je revins à moi, je me sentis, quoique très faiblement, entraînée à prier et à offrir la communion pour ces hautes personnalités défuntes. Le 6 novembre, à minuit, je fus de nouveau réveillée précipitamment et j'entendis ces paroles: « Prie pour le père de la princesse-électrice. » Je le fis. Durant cette prière, cette âme me fut manifestée et je reconnus toutes ses fautes et ses manquements. Après quoi, j'offris tout à Dieu pour elle, mais en particulier le précieux Sang du Christ. Du 6 au 11 novembre, je m'appliquai à gagner le plus possible d'indulgences pour cette âme, et l'espoir me fut donné pour elle. Le 11 novembre, fête de S. Martin, me fut montré en vision un délicieux banquet. Il me fut fait connaître ainsi que cette âme allait bientôt être admise au banquet céleste. Durant la sainte messe, je vis des yeux de mon corps cette âme brillant d'un très vif éclat, monter au ciel et au même instant toute angoisse s'envola pour ainsi dire. » Il est surprenant que dans les écrits de Marie-Anne il ne se trouve rien concernant le pieux empereur Léopold I, sinon la révélation de sa mort, qu'elle reçut en mars 1705 et dont elle parle en ces termes: « Le 10 mars il me fut montré une grande paroi avec ses fenêtres, violemment arrachée; 1l me fut annonce qu’un potentat mourrait et aussi que Dieu serait miséricordieux pour son âme. L'âme de ce prince selon le coeur de Dieu n'avait plus besoin de son secours dans l'Au-delà, car il avait, en ce monde, enduré un fameux Purgatoire de la part des Turcs. Mais Marie-Anne a écrit concernant l'empereur Joseph I, fils et successeur de Léopold I sur le trône, qui mourut le 17 avril 1711 de la petite vérole. La vénérable eut, durant sa prière, la révélation de la maladie de l'empereur. » Après la communion, le 15 avril, je priai le Seigneur pour l'empereur et lui demandai s'il devait déjà mourir. Il me fut dit: « Oui, et il est bon pour son âme qu'il meure. » Quand arriva la nouvelle de sa mort, j'en fus très effrayée et Dieu inspira à mon âme un amour spécial pour la sienne: de faire beaucoup de bien pour elle et de jeûner quarante jours au pain et à l'eau. Je sentais souvent cette âme pendant la prière. Au terme de ce jeûne, l'âme revint plus souvent encore.

Ce matin 26 janvier étant réveillé mais non encore levée, je la vis en long habit noir. Très amicalement et avec grande douceur, elle m'appela: « Mademoiselle Marie-Anne ! »Je ne pouvais pas encore la reconnaître et je la recommandai à Dieu. J'en étais à me demander si c'était une personne consacrée ou un laïque, quand voici qu'elle m'aborde: « Ne me connais-tu donc pas ? moi qui viens tous les jours chez toi ? Je suis l'empereur Joseph. » Je fis dès lors pour lui ce que je pus. Le 29 janvier 1712, je le vis un oeil ouvert et l'autre fermé. Il me fut révélé que c'était parce que, de son vivant, il avait eu trop peu le souci de l'Eglise de Dieu. Le 9 février, son âme m'apparut toute blanche et le 14 février, je le vis monter au ciel joyeux et magnifique. »Voilà donc quelques faits choisis parmi les apparitions d'âmes du Purgatoire à Marie-Anne. Ils justifient déjà suffisamment ces paroles de la servante de Dieu: Nul ne croira ce que m’ont coûté les âmes du Purgatoire. Mais j'ai fait l'expérience que les personnes haut placées m'ont beaucoup plus tourmentée que d'autres de condition plus modeste. »

À Quoi savent de nous les âmes du Purgatoire ?

Les âmes du Purgatoire sont au courant de ce qui nous concerne. Nous le savons par cette note de MarieAnne: « Une consoeur a recommandé une âme à mes prières et exprimé le désir que je prie Dieu pour que cette âme puisse venir chez elle. Dans mes prières, j'ai recommandé ardemment cette intention à Dieu, si telle était sa sainte volonté. La même nuit, cette consoeur a vu le Christ qui l'a prise par la main et s'est montré très aimable et tendre à son égard. Quand je l'ai appris, j'ai prié Dieu de me manifester pourquoi cela était arrivé et pou