MON DIEU ET MON TOUT

© + Sr Denise Ermite

Ame-Retrouve-Tenebres-P.Emile-Schwartz
01 Le Cri 12 Résignation
02 Désolation 13 Un séraphin s'est pincé sur les roses
03 Le Rêve foudroyé 14 Seigneur nous périssons...
04 Cathédrales englouties 15 Les marchandes de lumières
05 Révolte de la Vie 16 Blanche sous des fleurs...
06
La mort du Pantin
17 Apaisement
07 Visage de Dieu 18 Devant l'autel
08 Hésitation 19 Sanglots ves L'aube
09 Victoire de la Matière 20 Retour de l'enfant prodigue..
10 Une tour en ruines 21 Mon coeur s'est brisé en étoiles
11 Mort de l'Idéal 22 Les Haleurs...
 Le Cri
De quelle poitrine, effroyablement rongée, a-t-il jailli?
De quelle gorge en lambeaux s’est-il arrachée?
Son écho pénètre mon cœur d’une telle épouvante que je n’ose presque plus regarder la vie.
Quelle angoisse, durant des millénaires étouffée, s’est délivrée dans cette clameur suprême?
Quel être a exalté enfin le tourment de tous les êtes ?
À travers les siècles, après avoir traversé des millions de cœur labourés, le hurlement de l’homme de cavernes s’est prolongé jusqu’à nous.

Ce cris contient des milliards de cris?
Tous les sanglots, tous les agonis des siècles tressaillent en lui…
Par delà nos joies factices, nos cités éblouissantes de feux, nos théâtres, nos apothéoses vaines, il proclame notre détresse infinie…

Oh ce cri !

S’il pouvait trouer les milliards de lieues qui nos séparent de la joie ?
S’il pouvait, au fond des immensité constellées, réveiller la belle endormie !
S’il pouvait, comme le glaive d’or d’un archange, traverser les ténèbres qui nous écrasent !

Avec quel indicible effroi je l‘écoute se répercuter en moi ce cri désespéré de la misère humaine vers Dieu !.

 Désolation
 Je suis affreusement triste et las.

En moi, le piétinement des enthousiasme en marche s’est tût. Le vent noir des nuits de novembre pourchasse mes pensées en haillons.

En moi, s’élargie le silence de la mort.

Je suis seul dans ma chambre froide, tous mes efforts brisés gisent, comme des cadavres, sur le plancher.

La haine hurle autour de la maison. Les volets, battus de pluie, sanglotent. Ma lampe est comme une plaie rouge au sein des ombres.

Je suis affreusement triste et lais.

Mon amour que les hommes sont chassé à coupe de pierre, se recroqueville, tout petit, dans mon cœur et pleure doucement.

La nuit est plein de râles et de huées. Les rafales semblent vouloir écraser la maison, les arbres craquent douloureusement, et la tempête met un rugissement de vagues dans les derniers feuillages. Demain, le sol sera rouge de feuilles mortes et les banches seront de tragiques ossement dans les ciels.

Je me sens écrasé sous une montagne de désespoir.

Oh! tous ceux-là vers qui j’allais avec des mots de tendresse et de joie ! Pourquoi ont-ils raillé ma tendresse et ridiculiser ma joie ?

 Le Rêve foudroyé
Tourbillon de plumes blanches et de sang, mon rêve foudroyés s’est écroulé des cieux…
Ce n’est plus qu’un cadavre informe au bord du chemin.
Et, devant cette mort tragique, tout mon être se ploie et sanglote, perdu dans une angoisse sans fin.
Je ne puis presque plus dire ma souffrance tellement elle es véhémente et profonde…
Tout ce qu’il y avait en moi de doux, de paisible, de lumineux , de tendre, est comme flétri.

Autour de moi, les verges blanches et roses, la vie qui s’éveille, les nids qui chantent, les mains qui se joignent, les ailes qui battent…
Et, devant cette féerie, mon âme prostrée dans l’angoisse !

Hirondelles, je voudrais avec vous lancer mes pensées heureuses dans l’azur ;je voudrais ployer ma rêverie aux branches fleuries des pommiers ; je voudrais communier avec toutes les forces du printemps.

Et me voici accablé et brisé devant mon rêve mort !

Une épouvante me déchire : Est-ce moi qui ai éventré d’une flèche l’oiseau blanc dont les ailes s’ouvraient palpitantes dans l’azur et le soleil ?

Est-ce moi qui ai tué mon rêve?

 Cathédrales englouties
Quelle ville engloutie fait tinter ses cloches, faiblement, au fond de moi-même ?
De quelle profondeur d’abîme monte cette plainte sourde, indéfiniment répétée, qui pleure vers moi ?
De quelle tristesse lointaine, cet appel poignant ?

Avec angoisse, je me penche sur les ténèbres intérieures.

De quel siècle aboli, de quel âge disparu ce murmure voilé de cloches ?

Quelle âmes tendres chantent vers moi leur rêve à travers les siècles ?
Quelle message veulent-elles me communiquer ?
Quelles détresses s’accrochent à moi comme des noyés à une épave ?

Quels êtres veulent vivre de ma vie, et désespéramment, renaître en moi?
Cloches englouties, de quelles cathédrales jadis pleines de fleurs, de clarté, de prières ?
Encens évanoui, musique d’orgues, à jamais voilée, prières noyées, âmes errantes.

Que sont-elles devenues tous les civilisation lumineuse, arbres d’or, jadis pleins d’oiseaux, toutes les civilisation à jamais englouties?

 Révolte de la Vie
La vie, en soi, n’est rein. Elle nous frôle , rapide, inattentive et déjà elle est loin ! Depuis des siècles elle se hâte ainsi vers un but que nous ne pouvons concevoir.

Que de milliards d’êtres ont été traversés par elle ! Que de cœurs et d’ailes elle a fait battre !
Que de gosiers elle a fait chanter ! mais aussi que de nerfs elle a brisés, que de larme elle a fait couler, que de beau sang rouge elle a fait jaillir !

Une à une, tous les rêves de notre orgueil s’écroulent devant la vie et leurs débris sont emportés par se tourbillons.

Monuments grandioses, cathédrales, portiques ouverts devant le soleil pyramides… et maintenant, paquebots, chemin de fer, avions, gratte-ciels. Tour à tour, des cités gigantesques, chantantes de milliers de cloches, pleine de clameurs et d’apothéoses… plus, des amoncellements de ruines et les forêts jaillissant par lies pierres.

Puis, de nouveau, de colossales civilisations, puis, de nouveau, le désert et la mort.

Ainsi , peu à peu, la terre s’épuise, son sein se vide de toutes les merveilles qu’il contenait. Peu à pue, toutes les forces cachées de la nature son découvertes par l’homme…

On sent approcher le moment où il se croira un dieu et où son orgueil éperdu se dresser en face du Divin et voudra traiter d’égal à égal !

La créature, parce qu’elle aura découvert tous les secrets d’un monde minuscule se croira semblable à Celui qui a créée des milliards de mondes !

La vie se révoltera et se dressera contre l’auteur de la vie !…

Aucune leçon ne nous aura donc profité ? et en songeant à tant d’orgueil ils foudroyés au cours des âges, le notre ne s’inclinera-t-il pas ?

 La mort du Pantin
Combien sont fauchés en pleine force t renversés d’un coup ! Sans transition, ils passent de la vie à la mort…

Un éclair !- et les ciseaux ont coupé le fil du pantin qui gesticulait sa vie dans la lumière, bientôt engouffrée par la terre avide…

N’étant rien, il croyait tout.
Il bravait les forces invisibles.
Il se glorifiait de sentir cette électricité merveilleuse courir tout au long de ses nerfs.

Mais, voici un cadavre emporté sur une civière !

Qu’est-il devenue le rythme ardent de cette vie et, de la folle chanson de ce sang impétueux, que reste-t-il?

Émotions, ambitions, rêves, amours, naguère… et maintenant plus rien…

Un instant, à peine, il riait, exultait, bravait le monde, peut-être Dieu !

Tous les forces de la nature semblaient à jamais captées par cet être infime…

Il songeait à conquérir les astres, à vider les océans, à niveler les montagnes, à épuiser toutes les ressources naturelles de l’univers…

Et, voici une tombe fraîche, avec une croix plantée comme un poignard !

 Visage de Dieu
Les hommes, de plus en plus, défigurent le visage éternel du monde.
Ils fauchent les forêts, font sauter les roches, détournent les rivières, captent le torrents, éventre sol…
Bientôt le monde ne sera plus qu’une plaine industrielle sous des fumées noires.

Plus rien de la nature libre ne subsistera.

L’esclavage des êtes et des choses sera total.
Ma joie ! Le ciel étoilé échappe encore aux convoitises humaines.
Les feux céleste ne sont pas encore captés et l’éther reste inaccessible.
Au dessus l’universelle servitude le ciel subsiste inviolé.
Et, lorsque je considère ce beau visage d’éternité auréolé d’astres, à la fois sombre et lumineux, soudain je m’exalte : n’est-ce pas le visage de Dieu ?

Hésitation
Ma pensée est comme un oiseau tremblant sur une branche. Que faire ?
Sans doute il serait doux d’aller se poser sur le gazon parmi les fleurs.
Le ciel est bien vide! On a beau monter, monter, jamais on n’atteindra le soleil.
Rester sur sa branche, entre ciel et terre ? impossible ! Le Choix doit être fait.

Deux sortes de joies : les joies terrestres, les joies célestes…

Pour goûter les premières il suffit de se laisser choir.
L a conquête des autres demande un continuel effort.

N’est-il pas plus facile de ployer ses ailes et de se reposer à jamais parmi le fleurs ?
Pourquoi hésiter? Pourquoi dédaigner les plaisirs matériels pour s’élever désespérément dans l’azur vide, effroyablement vide ? Pour une idéale conquête ? mais les formes aussi sont elles et la lumière et le miel sont cachés aux corolles des fleurs.
Est-il prudent d’abandonner la vie réelle pour une autre vie rêvée?

Quel parti est le plus sage ? Le quel est le plus beau? Lequel le plus divin ?

La vie réelle sans doute émane de Dieu mais l’autre n’est-elle pas Dieu même ? N’est-il pas douloureux pourtant d’arracher son amour aux étreintes délicieuse de la matière pour le spiritualiser de rêve?

Lute épuisante ! Pourquoi suis-je tourmenté ainsi ? Pourquoi celui-ci et celui-là découvrent-ils leur voie de suite, sans hésitation et sans trouble ?

C’est la beauté surtout que je réclame. C’est le que je voudrais enclore à jamais éblouissante de mon âme. C’est elle qui me donne la nostalgie des formes, qui me fait sans cesse hésiter entre le ciel et la terre.

Lorsque je la vois réalisée dans un être, dans une chose, je me sens attitré vers elle par son charme même. Je ne résiste plus.

Mais, chaque fois que j’ai pressé sur mon cœur la seul beauté matérielle, la nostalgie d’une beauté plus haute, plus pure, plus durable me reprend.

Plus je possède la beauté du monde et plus je me sens désespérée.
Tout m’attire ici bas et rien ne peut me satisfaire…
Mais que peu me comprendre de et me guider ?
Mon Dieu, éclairez-moi…

Victoire de la Matière
Pourquoi la matière nos occupe-t-elle ainsi? Elle accapare presque toutes nos forces, tous nos énergies. Lorsque l’âme songe à se recueillir, à communier avec la beauté infinie, notre sang, nos muscles, nos nerfs, parlent plus fort. Les voix intimes sont étouffées par leur tumulte.

Nous écoutons mais, nous ne percevons plus rie. La matière ne veut pas que le Divin parle en nous. Elle veut que soient closes les fenêtres et les volets fermés, pour que la lumière ne nous visite plus…

Sans cesse elle éveille de nouvelles tempêtes à travers nos nerfs pour que l’âme ne puise s’abstraire…

Le flot rouge de notre sang emporte nos pensées; le cri de nos passions étouffe la plainte secrète de notre cœur..

Avec douleur et angoisse nous vouons découvrir notre moi essentiel.

Nous sentons qu’une beauté idéale est en nous murée mais la matière ne veut pas que nous découvrions sa pire ennemie… et elle ricane sur la pierre ce qu’elle pense à jamais scellée.

Que lui importent nos regrets e nos larmes ! elle veut dominer, elle veut que nous soyons asservis…

Périsse toute vie de l’esprit en nous et que la chair hélas ! soit notre prison à jamais

Mains ne pouvons-nous nous libérer quand même ?

Une tour en ruines
Mon cœur est une tour en ruines qui ploie sous les feuilles et les fleurs entrelacées.
Les racines des lierres, des glycines, des rosiers, ont disjoint, une à lune, les pierres.
Je meurs anéanti parmi les mille parfums, les milles frissons des feuilles et des flers.
Bientôt, il ne subsistera plus que quelques décris sous un linceul multicolore et frémissant.

Jadis, sous les voûtes transparents et dorées des futaies, les heuses charmants glissaient vers moi en guirlandes fleuries. Elle m’entouraient de rondes fraîche et de dans ses lièvres…
Et leur voix se modelaient au rythme gracieux de leur danses.

Elles étaient la Vie, jeune, fervente, éternelle, venue à moi, les Heures…
Dans les courbes lumineuses de leurs bras nus, dans leur yeux vifs, sur leurs lèvres, je voyais palpiter la joie…

Oui, la joie était en elle, comme dans les gazons tendres, dans les fleurs premières, dans la poudre ,d’or des rayons, dans ces oiseau qui battaient des ailes et chantent à la pointe des hêtres.

La joie était en moi, fulgurante et douce, chantante et dansante avec les heures.
La joie, je la vivais, elle était dans chaque goutte de mon sang comme un soleil.

L’éternité bienheureuse, je ne la concevais que sous la forme de cette joie infiniment prolongée. L’âme toujours de plus en plus épanouie dans une sereine et pure lumière.

Et maintenant, mon cœur n’est plus qu’une ruine croulante sous le poids de toutes les illusions qui furent sienne et qui, jusque dans la mort, s’accrocher à lui, éerdument, encore.

Mort de l'Idéal
Lentement se clôt la rose miraculeuse dont tant de siècles, tour à tour, on tété illuminés et parfumés et, en même temps qu’elle, l’âme du monde.

Au milieu des débordements de la vie matérielle, l’Idéal est une fleur qui se ferme…

Le ciel est éventré par d’audacieuses et massives architectures ; de part en part il est traversé de machines volantes.

Les forêts massacrées deviennent du papier ; les rivières, de l’électricité.
Un inextricable réseau de fils, de tuyaux, de rails fait du monde d’une cage énorme où l’homme semble définitivement prisonnier.

Et c’est presque avec épouvante, que je regarde s’enfoncer ces trains illuminés, comme de longs poignard d’or, au sein des nuits.

Résignation
Croire que , malgré tout, elle existe la Souveraine Tendresse vers laquelle l’homme, depuis toujours, a tendu des bras désespérés ?...

Ne plus se révolter devant les cruautés, les brutalités, les atrocités de la vie. S’incliner sans plus chercher à comprendre.

Ne plus vouloir découvrir le sens de l’effroyable misère humaine. Ne plus dire : « Pourquoi sommes-nous écrasés ainsi ? Pourquoi devons-nous aussi horriblement souffrir ?’

Devant le drame humain s’incliner avec une infinie piété et encore que tout nous sera expliqué un jour.

Au fond de nos plus atroces misères n’y a t-t-il pas malgré tout une beauté secrète ? Dieu qui se cache et veut se laisser conquérir.

O mon cœur, puisses-tu t’apaiser et t’illuminer comme un firmament soudain troué d’étoiles.

Plus la souffrance nous purifie et plus elle nous rend dignes de la lumières.

Homme, sache découvrir au fond de ta misère la suprême Bonté dont tu rêves...

Un séraphin s'est pincé sur les roses
Quel séraphin, ce soir, s’est penché sur les roses?

Quelles lèvres d’ange à des lèvres de fleurs, ingénument se dont unies, lèvre d’éternité à des lèvres d’un jour ?
Quelle tendresse du ciel et quelle tendresse de la terre dans un baiser se sont jointes ?
Quel séraphin, ce soir, s’est penchés sur les roses ?

Elles étaient lasses du fardeau de la lumière, du bourdonnement des insectes, du va et vient des oiseaux.
Durant toute cette éblouissante journée de mai, elles avaient senti grandir en elles les nostalgies du crépuscule.
Il leur avait semblé qu’il y avait au plus profond de leur cœur, un mystère divin que ne leur serait révélé que dans le silence du soir…
Leurs beautés, elles les pressentaient, n’était que le reflet d’une beauté suprême qui leur serait dévoilée au moment des étoiles.

Lorsque le jardin s’était empourpré de soleil couchant, puis noyé de bleu, une joie religieuse, vaste et pure, les avait remuées..

Lorsque les peupliers semblèrent dan l’ombre des mains jointes dans l’extase et les lis, des cygnes-fleurs à la dérive du soir, lorsque l’acacia, sur l’étang noir, eut fait neiger ses fleurs… elles pressentirent qu’une révélation de joie et d’amour, serait , par elles, donnée au monde.

Un séraphin, ce soir, s’est penchés sur les roses…

Mon âme, aussi parfois, est lasse de la splendeur du soleil, de l’opulence de la vie matérielle ; elle sent naître en elle la douce impatience de l’ombre et du silence… et, en attendant le crépuscule frangé d’étoiles, elle rêve d’un baiser divin que la révélerait à elle-même et relierait son amour fragile à ,amour souverain.

Oh! vienne l’heure miraculeuse où je pourrai murmurer à mon tour :

Un séraphin, ce soir, s’est penché sur les roses !…

Seigneur nous périssons...
Enveloppé de brume glaciale, la barque sombre…
Nous ne distinguons plus rien autour de nous ; les forces dernières de notre vie semblent vouloir se rassembler pour jaillir de notre poitrine dans une suprême hurlement d’angoisse…

Seigneur, nous périssons !

Nous allions balancés dans notre rêve sur l’eau bleu, et les voiles comme d’immenses ailes blanches se gonflaient..
Nous chantions et nous éparpillions notre joie avec des fleures autour de nous… la mer était fleurire de roses dansantes..
Nous laissions traîner nos mains dans l’eau pour le plaisir de la voir fuir en diamants, entre nos doigts…
Toute la vie matérielle nous éblouissait, mettait dans notre cœur le frisson héroïque de mille drapeaux flottants..
Dans notre barque si frêle nous croyions posséder le bonheur à jamais…
Hommes et femmes enlacés dans le même rêve, nous nous laissons glisser dans la lumière heureuse et il nous semblait que nous n’avons plus besoin de Dieu… !

Mais, d’un coup, la tempête a dévasté le ciel et la mer, tué la lumière, déchiré les voiles.

Les roses dansantes ont été engouffrées par les mâchoires baveuses des vagues en furie…

Il ne subsiste plus rien de notre joie.
Nous ne sommes plus que des nommes et des femmes hurlant de désespoir et de misère.

Mais nos âmes se réveillent…
Elles sanglotent vers Toi, Seigneur. Vois, les planches se disjoignent, les mâts sont brisés, tout est perdu..

Seigneur, nos périssons !

Vies à nous sur les flots, Toi le Méconnu, Toi qu’on bafouait..
Viens à nous à travers l’ouragan, apaise les vagues d’un geste lumineux, sauve-nous et, sur nos âmes misérable et repentantes, penche-toi avec la miséricorde et le pardon…

Les marchandes de lumières
Paniers d’oranges, corbeilles de mimosas sur le trottoir, en ligne.
Marchandes grelottant sous leur châle…

Les oranges sont des soleils dans les paniers; les mimosas des grappes de rayons dans les corbeilles, sourire de la Provence dans la brume hivernale, de chez nous!

Aimés d’un même désir de soleil, des enfants tendrent leurs mais rougies divers les fruits, des jeunes femmes tendrent leurs mains gantées vers les fleurs.

Et moi, j’admire ces marchandes transies qui vendent de la lumière.

Blanche sous des fleurs...
Dans son corps charmant quelle fleur suprême d’une race s’épanouissait, longue et frêle …?
Qu’il était pâle le sourire dont ses yeux tristes se doraient parfois ? ses yeux vastes et profonds comme la mer et, comme elle, roulant des splendeurs naufragées…

Sous le poids de la vie, son âme ployait comme une herbe sous un insecte trop lourds.
On devinait en elle la présence de deux ailes tremblantes, toujours ouvertes, et prêtes à fuir…

Douce et mélancolique par les chemins du monde, et pressentant qu’elle je pourrait se donner jamais, sa tendresse s’attardait.

Parfois, brusquement, toutes les blanches ailes de l’espérance frissonnaient en elle, par milliers et , comme un gai navire, entourée de mouettes, son âme bondissait sur les vagues…
Plus, ses regards s’embuaient d’une vapeur de larmes, larmes intérieures dont tout son cœur brûlait…
La mort était cramponnée à cette jeune vie et l’entraînait, chaque jour, peu à peu, vers l’immensité de l’ombre…

Oh! pourquoi cette tige si droite, tendue vers le soleil, devait-elle, tout d’un coup, se briser ?..

Pourquoi devait-il se tenir le velours si clair de ces grands yeux ? et pourquoi ces traits si purs devaient-ils se durcir à jamais dans à mort?

La voici, blanche sous des fleurs, et les paupières bleuies déjà ! Les dernières vagues de la vie se sont écroulées dans sa poitrine, sur ce cœur, naguère encore traversé d’ailes blanches, comme une pierre, le Silence.

Et je songe, avec une détresse infinie, à toutes les destinées ainsi prématurément fauchées et je rêve, les yeux pleins de larmes, d’une floraisons suprême de toute la beauté sacrifiée du monde, par delà la vie…

Apaisement
Je ne résiste plus. Je n’ai plus de crainte et j’ai presque la paix.

Doucement, l’Heure est venue vers moi, voilà encore, mais lumineuse déjà.

Mon intelligence est rafraîchie, ailée de rayons, toute épanouir en Dieu.

Un fil d’or relie mon âme au Divin e je sens descendre en moi toutes les pures électricités du ciel.

Il me semble que je balbutier les premières syllabes d’une langue inconnue.

Il me semble que la joie va m’être enseignée pur que je puisse l’enseigner à mon tour.

Mon cœur est une coupe débordante de tendresse infinie et il me semble que toutes les douleurs humaines, je pourrai maintenant les comprendre et les apaiser.

Oui, je sens que je vais parler ou plutôt que quelqu’un parlera en moi et dira son amour par ma voix.
Mon âme va redevenir transparente et la lumière pourra de nouveau la traverser.

O Joie ! joie recueillie faite d’amour et de silence et belle comme une étoile au fond d’un ciel d’été !

Devant l'autel
Me voici agenouillé au pied de Votre autel. La lampe rouge est comme Votre cœur devant moi.

Pourquoi m’avez-vous appelé ? Pourquoi m’avez-vous dit ; « Viens mon fils » ? Pourquoi suis-je là devant vous ? Pourquoi dans mes yeux, tant de larmes ? Je penchais mon front dans la nuit et voici que vous me forcez à le relever dans l’aurore. Je sentais mon cœur épuisé et voici que vous l’avez comblée de richesses nouvelles.

Je me désespérais. Je me disais : « Jamais je ne trouverai une expression à mon amour .» Et vous m’avez dit ; « Toutes les paroles et que tu devras prononcer je les mettrai sur tes lèvres. Par toi-même tu n’es rien mais par toi, si je le veux, je peux donner la joie et la paix à ceux qui pleurent .»

Seigneur, je suis humble et tremblant devant vous, presque effrayé de l’immensité ; de la grâce que vous avez voulu m’accorder.
Je n’ose presque pas accepter ce don prestigieux dont vous voulez ensoleiller à jamais mon âme.

Jamais je n’aurais eu l’audace d’aller à vous si vous ne m’aviez appelé avec des mots si doux.
Votre amour est en moi comme une étoile je sens qu’elle me conduire jusqu’à la crèche de Bethléem…
Oh faites qu’en ce jour de Noël je renaisse avec vous…
Mon Seigneur et mon Dieu !…

Sanglots ves L'aube
Mon âme, pourquoi tant de lassitude et de tristesse soudain ?
Il te semble qu’une très douce lumière au fond de toi-même s’est voilée.

Et tu n’oses plus bouger dans les ténèbres.

Tu ne discernes plus l’escalier, or qui menait ton amour aux astres.
Tu t’épouvantes d’entendre gronder, autour de toi, les abîmes.

Les regrets du soleil te poignarde et tes pensées sont des cadavres d’alouettes dans les sillons.

Tous tes beaux désirs de pureté et de beauté sont des cygnes morts à la dériver des flots noires…

Tous les clairs désirs de joie, des blés atrocement fauchées.

Et, voici que, courbée sous la rafale, dans la nuit, désespérément, tu sanglotes vers l’Aube.

Retour de l'enfant prodigue..
Jamais jeunesse, plus que la mienne, ne fut de lumière baignée,
tout le trésor des rêves m’avait été donnée…
Ma vie était déjà fleurie à son aurore…
Une extase continuelle m’éblouissait l’âme et je ne trouvais devant la Beauté que des mots d’adoration.

Mais l’ennemi guettait ! et tout ce que j’avais reçu , haineusement, il me l’a pris. Le beau paradis où mon âme vivait son rêve, m’a été brusquement fermée…
J’ai abandonné la Lumière, croyant torturer par delà les ténèbres, une autre lumière..
Je n’écoutais plus les douces voix plaintives qui pleuraient au fond de moi-même et je ne voulais point voir les bras désespérés qui se tendaient…

Avec orgueil, je me suis précipité par des routes inconnues… et je n’ai rien trouvée…

Après tant d’années de souffrances, de désespoirs, d’angoisses, me voici revenue avant les portes toujours close du beau paradis dédaigné. Je suis las d’avoir erré par tous les chemins de monde…
Mon corps et mon âme sont usées..
Et, de tous les biens qui m’avaient été donnés il ne me reste plus que le trésor des larmes.

Oh! les portes du jardin miraculeux ne s’ouvriront-elles plus jamais devant ma misère et devant mon repentir ?

Et l’immense Tendresse, plus miséricordieuse que tos les tendresse humaines ne se penchera-t-elles pas sur moi avec le sourire d pardon ?

Mon coeur s'est brisé en étoiles
Mon cœur, ce soir, s’est brisé en étoiles…
Il étouffait de contenir trop de force, trop de clarté, trop de joie…
Le voici en miettes, à travers le ciel.

Je me sens délivré d’être ainsi répandue
je respire enfin. Je n’entends plus en moi ce tumulte qui m’assourdissait. C’est, dans mon âme, l’adorable silence des choses éternelles. Plus de rythmes violents, de sursauts, de chocs, de tempêtes…
Un lac paisible, fleuri de corolles blanches et de cygnes..

Pleurs rien de trouble, ni d’impur dans mon amour, un filtre divin le laisse s’éparpiller en gouttes d’or dans l’infini.

Devant moi, s’est apaisé la mer qui hurlait et des vagues ne sont plus sur la plage que des dentelles et des fleurs où se jouent les doigts de la lumières.

Je n’ai plus d’âge. Je ne suis plus d’un temps mais de tous les temps. La jeunesse éternelle du monde palpite en moi. Mes pensées s’ouvrent avec les fleurs, jaillissent avec les blés, chantent avec les oiseaux.

Mon cœur, ce soir, s’est brisé en étoiles.

Les Haleurs...
Coupés en deux par des sangles, six hommes tirent un lourds chaland à travers la plaine de Flandre…

On n’entend que le bruit rythmé de leurs sabots et le halètement de leurs poitrines.
La câble, fixé au grand mât, racle les herbes logues de la rive.
Les haleurs vont sans fins sous le tragique ciel d’hiver.

Ils vont, ils vont…
Leurs pauvres corps sont déformés par tant d’efforts démesurés.
La bise cingle leurs visages mornes et tragiques comme le ciel.
Aucune pensée dernière leurs fronts. La misère a complètement vidé leurs cerveaux et leur âme est à jamais paralysée.

Ils vont, ils vont…
Il leur semble que c’est toute leur lamentable vie qu’il traînent ainsi derrière eux, sans fin..
N’ont-ils pas été affamés et grelottants depuis toujours ?
Aucune espérance ne peut plus illuminer leur détresse.
Aucune douceur ne peut plus les apaiser. Ils n’espèrent rien.
Ils n’ont jamais osé espérer.
Comme ce chaland est lourd ! est glaciale la bise !
Comme ces sangles leur entrent dans les chairs !

Ils vont, ils vont…
Le batelier repousse les rives avec lune longue gaffe…
Au gouvernail, une jeune fille chétive, au châle flottant, se cramponne.
Les glaçons refoulés font contre la coque un bruit monotone et doux.
Des mouettes tournoient en criant au-dessus du bateau et , parfois, s’abattent sur les eaux remuées où elles dansent un moment, comme des fleurs.

Ils vont, ils vont…
Ils ne voient point les mouettes se changer en fleurs !…
Quelle poésie pourrait encore les toucher ?
Le visage et les mains bleuis, les membres de plus en plus raides, ils continuent leur travaille de forçats…

Personne ne viendra donc à ces souffrants ?
Personne ne viendra leur dire : « Mes frères, réchauffez-vous, voici « un au feu de bûches pur dégeler vos mains, pour dégeler vos cœurs »
Un moment arrêtez-vous autour de flammes et que leur reflet soit comme un sourire sur vos visages .»

Ce chaland devient de plus en plus lourd !
Les malheureux se demandent parfois avec épouvante si c’est pas une immense cercueil qu’ils traînent, avec en lui, le bonheur du monde à jamais glacé…
Plusieurs ont clos leurs yeux et vont machinalement dans la nuit infinie de leur désespoir.
La plaine est comme écrasée sous un ciel livide.
Les tilleuls sont, au long du canal, des squelettes recroquevillés…


La jeune fille, au gouvernail, tousse affreusement.
La batelier s’acharne avec sa gaffe comme s’il voulait éloigner la mort.
La neige commence à tomber…

Ils vont, ils vont…
Leurs silhouettes maigres et noires se courbent de plus en plus sous la rafale.
La neige est un suaire qui se déchire en mille morceaux dans leurs cours.

Tous à coup, l’un des misérables sait-il lui-même pourquoi se hasarde à murmurer quelques notes plaintives.
Et, peu à peu, oh prodige » ce murmure devient un chant, mais un chant sourd, poignant, arraché du plus profond de sa poitrine, un chant qui est un plainte, presqu’un sanglot, un vieil air flamand, grelottant comme eux, un air navrant qui, au cours des âges, n’a jamais retenti que sur des lèvres de parias.

Il chante !
Et d’abord les autres, avec une sorte de stupeur l’écoutent, puis, l’un après l’autre, ils unissent leurs voix à cette voix chevrotante.

Ils chantent !
Ils chantent pour oublier leur effroyable peine et l’absence de toute douceur, de toute tendresse, de toute espérance.

Ils chantent !
Pour oublier la vie, l’hiver, le monde, pour s’oublier eux-mêmes.
Ils chantent dans le vent glacial, dans la neige.
Ils chantent ployés en deux.

Ils chantent les yeux brûles de larmes.

Ils vont, ils vont…
Et leur chant se prolonge ; il leur semble que des millions d’êtres douloureux unissent leurs voix à la heure et que toute l’humanité, à travers le siècles, chante et pleure avec eux.

Coupes en deux par des sangles, six hommes tirent un lourds chaland à travers la plaine de Flandre…

Ils vont, ils vont…
Sans le voir, ils passent devant un grand crucifix de pierre, érigé au bords du canal.
Ils passent sans voir le suppliciée divin qui, de son cœur regard mélancolique, les suit…

Ils passent !
Leur voix est pleine de sanglots. Leur chant a la beauté infinie d’une prière jaillie du plus profond de la misère humaine, et s’essayant à monter vers Dieu.

Et voici une toute petite lumière en eux, une étoile tremblante au fond de leur épouvantable en nuit intérieure..
Un miracle ?- Dieu leur a-t-il répondue ?
Eux qui n’ont jamais osé regarder les étoiles voici qu’ils voient poindre une étoile dans leur cœur !
Dans leur ravissement ils oublient de poursuivre leur chant et ne à une leurs voix se taisent..
Quelques chose d’infiniment tendre et doux berce leur âme.
Quel est ce petit enfant merveilleux qui, en eux-mêmes, leur tend les bras?
Noël ! Serait-ce Noël enfin !..

Ils n’osent ouvrir les yeux de peur de voir fuir la radieuse vision.
Ils ne sentent plus la fatigue, ni le froid, ni la faim
Une vie nouvelle, une vie de douceur et d’amour leur tend les bras.

Est-ce possible ?
Tout doucement leurs fronts se relèvent et voici qu’ils osent enfin regarder.
Déjà la ville st proche avec les lumières en bouquets dans le soir qui vient.
Ils regardent avec d’autres yeux, avec une autre âme, si allégée, si paisible, si débordante de joie inconnue.
Pour la première fois peut-être ils sentent fleurir en eux une espérance et, devant la ville illuminée, ils se prennent à songer à quelque vague cité promise.

Tandis, que, là-bas, le Crucifié incline plus profondément sa tête couronnée d’épines comme si, à l’immensité de sa souffrance, il avait encore ajouté celle de ces misérables.

 Menu-Ténébres
01 Le Cri 12 Résignation
02 Désolation 13 Un séraphin s'est pincé sur les roses
03 Le Rêve foudroyé 14 Seigneur nous périssons...
04 Cathédrales englouties 15 Les marchandes de lumières
05 Révolte de la Vie 16 Blanche sous des fleurs...
06
La mort du Pantin
17 Apaisement
07 Visage de Dieu 18 Devant l'autel
08 Hésitation 19 Sanglots ves L'aube
09 Victoire de la Matière 20 Retour de l'enfant prodigue..
10 Une tour en ruines 21 Mon coeur s'est brisé en étoiles
11 Mort de l'Idéal 22 Les Haleurs...
 Le Cri
De quelle poitrine, effroyablement rongée, a-t-il jailli?
De quelle gorge en lambeaux s’est-il arrachée?
Son écho pénètre mon cœur d’une telle épouvante que je n’ose presque plus regarder la vie.
Quelle angoisse, durant des millénaires étouffée, s’est délivrée dans cette clameur suprême?
Quel être a exalté enfin le tourment de tous les êtes ?
À travers les siècles, après avoir traversé des millions de cœur labourés, le hurlement de l’homme de cavernes s’est prolongé jusqu’à nous.

Ce cris contient des milliards de cris?
Tous les sanglots, tous les agonis des siècles tressaillent en lui…
Par delà nos joies factices, nos cités éblouissantes de feux, nos théâtres, nos apothéoses vaines, il proclame notre détresse infinie…

Oh ce cri !

S’il pouvait trouer les milliards de lieues qui nos séparent de la joie ?
S’il pouvait, au fond des immensité constellées, réveiller la belle endormie !
S’il pouvait, comme le glaive d’or d’un archange, traverser les ténèbres qui nous écrasent !

Avec quel indicible effroi je l‘écoute se répercuter en moi ce cri désespéré de la misère humaine vers Dieu !.

 Désolation
 Je suis affreusement triste et las.

En moi, le piétinement des enthousiasme en marche s’est tût. Le vent noir des nuits de novembre pourchasse mes pensées en haillons.

En moi, s’élargie le silence de la mort.

Je suis seul dans ma chambre froide, tous mes efforts brisés gisent, comme des cadavres, sur le plancher.

La haine hurle autour de la maison. Les volets, battus de pluie, sanglotent. Ma lampe est comme une plaie rouge au sein des ombres.

Je suis affreusement triste et lais.

Mon amour que les hommes sont chassé à coupe de pierre, se recroqueville, tout petit, dans mon cœur et pleure doucement.

La nuit est plein de râles et de huées. Les rafales semblent vouloir écraser la maison, les arbres craquent douloureusement, et la tempête met un rugissement de vagues dans les derniers feuillages. Demain, le sol sera rouge de feuilles mortes et les banches seront de tragiques ossement dans les ciels.

Je me sens écrasé sous une montagne de désespoir.

Oh! tous ceux-là vers qui j’allais avec des mots de tendresse et de joie ! Pourquoi ont-ils raillé ma tendresse et ridiculiser ma joie ?

 Le Rêve foudroyé
Tourbillon de plumes blanches et de sang, mon rêve foudroyés s’est écroulé des cieux…
Ce n’est plus qu’un cadavre informe au bord du chemin.
Et, devant cette mort tragique, tout mon être se ploie et sanglote, perdu dans une angoisse sans fin.
Je ne puis presque plus dire ma souffrance tellement elle es véhémente et profonde…
Tout ce qu’il y avait en moi de doux, de paisible, de lumineux , de tendre, est comme flétri.

Autour de moi, les verges blanches et roses, la vie qui s’éveille, les nids qui chantent, les mains qui se joignent, les ailes qui battent…
Et, devant cette féerie, mon âme prostrée dans l’angoisse !

Hirondelles, je voudrais avec vous lancer mes pensées heureuses dans l’azur ;je voudrais ployer ma rêverie aux branches fleuries des pommiers ; je voudrais communier avec toutes les forces du printemps.

Et me voici accablé et brisé devant mon rêve mort !

Une épouvante me déchire : Est-ce moi qui ai éventré d’une flèche l’oiseau blanc dont les ailes s’ouvraient palpitantes dans l’azur et le soleil ?

Est-ce moi qui ai tué mon rêve?

 Cathédrales englouties
Quelle ville engloutie fait tinter ses cloches, faiblement, au fond de moi-même ?
De quelle profondeur d’abîme monte cette plainte sourde, indéfiniment répétée, qui pleure vers moi ?
De quelle tristesse lointaine, cet appel poignant ?

Avec angoisse, je me penche sur les ténèbres intérieures.

De quel siècle aboli, de quel âge disparu ce murmure voilé de cloches ?

Quelle âmes tendres chantent vers moi leur rêve à travers les siècles ?
Quelle message veulent-elles me communiquer ?
Quelles détresses s’accrochent à moi comme des noyés à une épave ?

Quels êtres veulent vivre de ma vie, et désespéramment, renaître en moi?
Cloches englouties, de quelles cathédrales jadis pleines de fleurs, de clarté, de prières ?
Encens évanoui, musique d’orgues, à jamais voilée, prières noyées, âmes errantes.

Que sont-elles devenues tous les civilisation lumineuse, arbres d’or, jadis pleins d’oiseaux, toutes les civilisation à jamais englouties?

 Révolte de la Vie
La vie, en soi, n’est rein. Elle nous frôle , rapide, inattentive et déjà elle est loin ! Depuis des siècles elle se hâte ainsi vers un but que nous ne pouvons concevoir.

Que de milliards d’êtres ont été traversés par elle ! Que de cœurs et d’ailes elle a fait battre !
Que de gosiers elle a fait chanter ! mais aussi que de nerfs elle a brisés, que de larme elle a fait couler, que de beau sang rouge elle a fait jaillir !

Une à une, tous les rêves de notre orgueil s’écroulent devant la vie et leurs débris sont emportés par se tourbillons.

Monuments grandioses, cathédrales, portiques ouverts devant le soleil pyramides… et maintenant, paquebots, chemin de fer, avions, gratte-ciels. Tour à tour, des cités gigantesques, chantantes de milliers de cloches, pleine de clameurs et d’apothéoses… plus, des amoncellements de ruines et les forêts jaillissant par lies pierres.

Puis, de nouveau, de colossales civilisations, puis, de nouveau, le désert et la mort.

Ainsi , peu à peu, la terre s’épuise, son sein se vide de toutes les merveilles qu’il contenait. Peu à pue, toutes les forces cachées de la nature son découvertes par l’homme…

On sent approcher le moment où il se croira un dieu et où son orgueil éperdu se dresser en face du Divin et voudra traiter d’égal à égal !

La créature, parce qu’elle aura découvert tous les secrets d’un monde minuscule se croira semblable à Celui qui a créée des milliards de mondes !

La vie se révoltera et se dressera contre l’auteur de la vie !…

Aucune leçon ne nous aura donc profité ? et en songeant à tant d’orgueil ils foudroyés au cours des âges, le notre ne s’inclinera-t-il pas ?

 La mort du Pantin
Combien sont fauchés en pleine force t renversés d’un coup ! Sans transition, ils passent de la vie à la mort…

Un éclair !- et les ciseaux ont coupé le fil du pantin qui gesticulait sa vie dans la lumière, bientôt engouffrée par la terre avide…

N’étant rien, il croyait tout.
Il bravait les forces invisibles.
Il se glorifiait de sentir cette électricité merveilleuse courir tout au long de ses nerfs.

Mais, voici un cadavre emporté sur une civière !

Qu’est-il devenue le rythme ardent de cette vie et, de la folle chanson de ce sang impétueux, que reste-t-il?

Émotions, ambitions, rêves, amours, naguère… et maintenant plus rien…

Un instant, à peine, il riait, exultait, bravait le monde, peut-être Dieu !

Tous les forces de la nature semblaient à jamais captées par cet être infime…

Il songeait à conquérir les astres, à vider les océans, à niveler les montagnes, à épuiser toutes les ressources naturelles de l’univers…

Et, voici une tombe fraîche, avec une croix plantée comme un poignard !

 Visage de Dieu
Les hommes, de plus en plus, défigurent le visage éternel du monde.
Ils fauchent les forêts, font sauter les roches, détournent les rivières, captent le torrents, éventre sol…
Bientôt le monde ne sera plus qu’une plaine industrielle sous des fumées noires.

Plus rien de la nature libre ne subsistera.

L’esclavage des êtes et des choses sera total.
Ma joie ! Le ciel étoilé échappe encore aux convoitises humaines.
Les feux céleste ne sont pas encore captés et l’éther reste inaccessible.
Au dessus l’universelle servitude le ciel subsiste inviolé.
Et, lorsque je considère ce beau visage d’éternité auréolé d’astres, à la fois sombre et lumineux, soudain je m’exalte : n’est-ce pas le visage de Dieu ?

Hésitation
Ma pensée est comme un oiseau tremblant sur une branche. Que faire ?
Sans doute il serait doux d’aller se poser sur le gazon parmi les fleurs.
Le ciel est bien vide! On a beau monter, monter, jamais on n’atteindra le soleil.
Rester sur sa branche, entre ciel et terre ? impossible ! Le Choix doit être fait.

Deux sortes de joies : les joies terrestres, les joies célestes…

Pour goûter les premières il suffit de se laisser choir.
L a conquête des autres demande un continuel effort.

N’est-il pas plus facile de ployer ses ailes et de se reposer à jamais parmi le fleurs ?
Pourquoi hésiter? Pourquoi dédaigner les plaisirs matériels pour s’élever désespérément dans l’azur vide, effroyablement vide ? Pour une idéale conquête ? mais les formes aussi sont elles et la lumière et le miel sont cachés aux corolles des fleurs.
Est-il prudent d’abandonner la vie réelle pour une autre vie rêvée?

Quel parti est le plus sage ? Le quel est le plus beau? Lequel le plus divin ?

La vie réelle sans doute émane de Dieu mais l’autre n’est-elle pas Dieu même ? N’est-il pas douloureux pourtant d’arracher son amour aux étreintes délicieuse de la matière pour le spiritualiser de rêve?

Lute épuisante ! Pourquoi suis-je tourmenté ainsi ? Pourquoi celui-ci et celui-là découvrent-ils leur voie de suite, sans hésitation et sans trouble ?

C’est la beauté surtout que je réclame. C’est le que je voudrais enclore à jamais éblouissante de mon âme. C’est elle qui me donne la nostalgie des formes, qui me fait sans cesse hésiter entre le ciel et la terre.

Lorsque je la vois réalisée dans un être, dans une chose, je me sens attitré vers elle par son charme même. Je ne résiste plus.

Mais, chaque fois que j’ai pressé sur mon cœur la seul beauté matérielle, la nostalgie d’une beauté plus haute, plus pure, plus durable me reprend.

Plus je possède la beauté du monde et plus je me sens désespérée.
Tout m’attire ici bas et rien ne peut me satisfaire…
Mais que peu me comprendre de et me guider ?
Mon Dieu, éclairez-moi…

Victoire de la Matière
Pourquoi la matière nos occupe-t-elle ainsi? Elle accapare presque toutes nos forces, tous nos énergies. Lorsque l’âme songe à se recueillir, à communier avec la beauté infinie, notre sang, nos muscles, nos nerfs, parlent plus fort. Les voix intimes sont étouffées par leur tumulte.

Nous écoutons mais, nous ne percevons plus rie. La matière ne veut pas que le Divin parle en nous. Elle veut que soient closes les fenêtres et les volets fermés, pour que la lumière ne nous visite plus…

Sans cesse elle éveille de nouvelles tempêtes à travers nos nerfs pour que l’âme ne puise s’abstraire…

Le flot rouge de notre sang emporte nos pensées; le cri de nos passions étouffe la plainte secrète de notre cœur..

Avec douleur et angoisse nous vouons découvrir notre moi essentiel.

Nous sentons qu’une beauté idéale est en nous murée mais la matière ne veut pas que nous découvrions sa pire ennemie… et elle ricane sur la pierre ce qu’elle pense à jamais scellée.