| 01 |
Le Cri |
12 |
Résignation |
| 02 |
Désolation |
13 |
Un séraphin s'est pincé sur les roses |
| 03 |
Le
Rêve foudroyé |
14 |
Seigneur
nous périssons... |
| 04 |
Cathédrales
englouties |
15 |
Les
marchandes de lumières |
| 05 |
Révolte
de la Vie |
16 |
Blanche
sous des fleurs... |
| 06 |
La
mort du Pantin |
17 |
Apaisement |
| 07 |
Visage
de Dieu |
18 |
Devant
l'autel |
| 08 |
Hésitation |
19 |
Sanglots ves L'aube |
| 09 |
Victoire de la Matière |
20 |
Retour
de l'enfant prodigue.. |
| 10 |
Une tour en ruines |
21 |
Mon
coeur s'est brisé en étoiles |
| 11 |
Mort
de l'Idéal |
22 |
Les
Haleurs... |
|
Le
Cri |
De
quelle poitrine, effroyablement rongée, a-t-il jailli?
De quelle gorge en lambeaux s’est-il arrachée?
Son écho pénètre mon cœur d’une
telle épouvante que je n’ose presque plus regarder
la vie.
Quelle angoisse, durant des millénaires étouffée,
s’est délivrée dans cette clameur suprême?
Quel être a exalté enfin le tourment de tous les
êtes ?
À travers les siècles, après avoir traversé
des millions de cœur labourés, le hurlement de l’homme
de cavernes s’est prolongé jusqu’à
nous.
Ce cris contient
des milliards de cris?
Tous les sanglots, tous les agonis des siècles tressaillent
en lui…
Par delà nos joies factices, nos cités éblouissantes
de feux, nos théâtres, nos apothéoses
vaines, il proclame notre détresse infinie…
Oh ce cri !
S’il pouvait
trouer les milliards de lieues qui nos séparent de
la joie ?
S’il pouvait, au fond des immensité constellées,
réveiller la belle endormie !
S’il pouvait, comme le glaive d’or d’un
archange, traverser les ténèbres qui nous écrasent
!
Avec
quel indicible effroi je l‘écoute se répercuter
en moi ce cri désespéré de la misère
humaine vers Dieu !.
|
Désolation |
Je
suis affreusement triste et las.
En
moi, le piétinement des enthousiasme en marche s’est
tût. Le vent noir des nuits de novembre pourchasse mes
pensées en haillons.
En
moi, s’élargie le silence de la mort.
Je
suis seul dans ma chambre froide, tous mes efforts brisés
gisent, comme des cadavres, sur le plancher.
La
haine hurle autour de la maison. Les volets, battus de pluie,
sanglotent. Ma lampe est comme une plaie rouge au sein des
ombres.
Je
suis affreusement triste et lais.
Mon
amour que les hommes sont chassé à coupe de
pierre, se recroqueville, tout petit, dans mon cœur et
pleure doucement.
La
nuit est plein de râles et de huées. Les rafales
semblent vouloir écraser la maison, les arbres craquent
douloureusement, et la tempête met un rugissement de
vagues dans les derniers feuillages. Demain, le sol sera rouge
de feuilles mortes et les banches seront de tragiques ossement
dans les ciels.
Je
me sens écrasé sous une montagne de désespoir.
Oh!
tous ceux-là vers qui j’allais avec des mots
de tendresse et de joie ! Pourquoi ont-ils raillé ma
tendresse et ridiculiser ma joie ?
|
Le
Rêve foudroyé |
Tourbillon
de plumes blanches et de sang, mon rêve foudroyés
s’est écroulé des cieux…
Ce n’est plus qu’un cadavre informe au bord du chemin.
Et, devant cette mort tragique, tout mon être se ploie
et sanglote, perdu dans une angoisse sans fin.
Je ne puis presque plus dire ma souffrance tellement elle es
véhémente et profonde…
Tout ce qu’il y avait en moi de doux, de paisible, de
lumineux , de tendre, est comme flétri.
Autour
de moi, les verges blanches et roses, la vie qui s’éveille,
les nids qui chantent, les mains qui se joignent, les ailes
qui battent…
Et, devant cette féerie, mon âme prostrée
dans l’angoisse !
Hirondelles,
je voudrais avec vous lancer mes pensées heureuses
dans l’azur ;je voudrais ployer ma rêverie aux
branches fleuries des pommiers ; je voudrais communier avec
toutes les forces du printemps.
Et
me voici accablé et brisé devant mon rêve
mort !
Une
épouvante me déchire : Est-ce moi qui ai éventré
d’une flèche l’oiseau blanc dont les ailes
s’ouvraient palpitantes dans l’azur et le soleil
?
Est-ce moi qui ai tué mon rêve?
|
Cathédrales
englouties |
Quelle
ville engloutie fait tinter ses cloches, faiblement, au fond de
moi-même ?
De quelle profondeur d’abîme monte cette plainte sourde,
indéfiniment répétée, qui pleure vers
moi ?
De quelle tristesse lointaine, cet appel poignant ?
Avec
angoisse, je me penche sur les ténèbres intérieures.
De quel siècle aboli, de quel âge disparu ce murmure
voilé de cloches ?
Quelle
âmes tendres chantent vers moi leur rêve à
travers les siècles ?
Quelle message veulent-elles me communiquer ?
Quelles détresses s’accrochent à moi comme
des noyés à une épave ?
Quels êtres veulent vivre de ma vie, et désespéramment,
renaître en moi?
Cloches englouties, de quelles cathédrales jadis pleines
de fleurs, de clarté, de prières ?
Encens évanoui, musique d’orgues, à jamais
voilée, prières noyées, âmes errantes.
Que
sont-elles devenues tous les civilisation lumineuse, arbres
d’or, jadis pleins d’oiseaux, toutes les civilisation
à jamais englouties? |
Révolte
de la Vie |
La
vie, en soi, n’est rein. Elle nous frôle , rapide,
inattentive et déjà elle est loin ! Depuis des
siècles elle se hâte ainsi vers un but que nous
ne pouvons concevoir.
Que
de milliards d’êtres ont été traversés
par elle ! Que de cœurs et d’ailes elle a fait
battre !
Que de gosiers elle a fait chanter ! mais aussi que de nerfs
elle a brisés, que de larme elle a fait couler, que
de beau sang rouge elle a fait jaillir !
Une
à une, tous les rêves de notre orgueil s’écroulent
devant la vie et leurs débris sont emportés
par se tourbillons.
Monuments
grandioses, cathédrales, portiques ouverts devant le
soleil pyramides… et maintenant, paquebots, chemin de
fer, avions, gratte-ciels. Tour à tour, des cités
gigantesques, chantantes de milliers de cloches, pleine de
clameurs et d’apothéoses… plus, des amoncellements
de ruines et les forêts jaillissant par lies pierres.
Puis, de nouveau, de colossales civilisations, puis, de nouveau,
le désert et la mort.
Ainsi
, peu à peu, la terre s’épuise, son sein
se vide de toutes les merveilles qu’il contenait. Peu
à pue, toutes les forces cachées de la nature
son découvertes par l’homme…
On
sent approcher le moment où il se croira un dieu et
où son orgueil éperdu se dresser en face du
Divin et voudra traiter d’égal à égal
!
La
créature, parce qu’elle aura découvert
tous les secrets d’un monde minuscule se croira semblable
à Celui qui a créée des milliards de
mondes !
La vie se révoltera et se dressera contre l’auteur
de la vie !…
Aucune
leçon ne nous aura donc profité ? et en songeant
à tant d’orgueil ils foudroyés au cours
des âges, le notre ne s’inclinera-t-il pas ?
|
La
mort du Pantin |
Combien
sont fauchés en pleine force t renversés d’un
coup ! Sans transition, ils passent de la vie à la mort…
Un
éclair !- et les ciseaux ont coupé le fil du
pantin qui gesticulait sa vie dans la lumière, bientôt
engouffrée par la terre avide…
N’étant
rien, il croyait tout.
Il bravait les forces invisibles.
Il se glorifiait de sentir cette électricité
merveilleuse courir tout au long de ses nerfs.
Mais,
voici un cadavre emporté sur une civière !
Qu’est-il
devenue le rythme ardent de cette vie et, de la folle chanson
de ce sang impétueux, que reste-t-il?
Émotions,
ambitions, rêves, amours, naguère… et maintenant
plus rien…
Un
instant, à peine, il riait, exultait, bravait le monde,
peut-être Dieu !
Tous
les forces de la nature semblaient à jamais captées
par cet être infime…
Il
songeait à conquérir les astres, à vider
les océans, à niveler les montagnes, à
épuiser toutes les ressources naturelles de l’univers…
Et,
voici une tombe fraîche, avec une croix plantée
comme un poignard !
|
Visage
de Dieu |
Les
hommes, de plus en plus, défigurent le visage éternel
du monde.
Ils fauchent les forêts, font sauter les roches, détournent
les rivières, captent le torrents, éventre sol…
Bientôt le monde ne sera plus qu’une plaine industrielle
sous des fumées noires.
Plus rien de la nature libre ne subsistera.
L’esclavage
des êtes et des choses sera total.
Ma joie ! Le ciel étoilé échappe encore
aux convoitises humaines.
Les feux céleste ne sont pas encore captés et
l’éther reste inaccessible.
Au dessus l’universelle servitude le ciel subsiste inviolé.
Et, lorsque je considère ce beau visage d’éternité
auréolé d’astres, à la fois sombre
et lumineux, soudain je m’exalte : n’est-ce pas
le visage de Dieu ? |
| Hésitation |
Ma
pensée est comme un oiseau tremblant sur une branche. Que
faire ?
Sans doute il serait doux d’aller se poser sur le gazon
parmi les fleurs.
Le ciel est bien vide! On a beau monter, monter, jamais on n’atteindra
le soleil.
Rester sur sa branche, entre ciel et terre ? impossible ! Le Choix
doit être fait.
Deux sortes de joies : les joies terrestres, les joies célestes…
Pour
goûter les premières il suffit de se laisser choir.
L a conquête des autres demande un continuel effort.
N’est-il
pas plus facile de ployer ses ailes et de se reposer à
jamais parmi le fleurs ?
Pourquoi hésiter? Pourquoi dédaigner les plaisirs
matériels pour s’élever désespérément
dans l’azur vide, effroyablement vide ? Pour une idéale
conquête ? mais les formes aussi sont elles et la lumière
et le miel sont cachés aux corolles des fleurs.
Est-il prudent d’abandonner la vie réelle pour
une autre vie rêvée?
Quel
parti est le plus sage ? Le quel est le plus beau? Lequel le
plus divin ?
La
vie réelle sans doute émane de Dieu mais l’autre
n’est-elle pas Dieu même ? N’est-il pas douloureux
pourtant d’arracher son amour aux étreintes délicieuse
de la matière pour le spiritualiser de rêve?
Lute
épuisante ! Pourquoi suis-je tourmenté ainsi ?
Pourquoi celui-ci et celui-là découvrent-ils leur
voie de suite, sans hésitation et sans trouble ?
C’est
la beauté surtout que je réclame. C’est
le que je voudrais enclore à jamais éblouissante
de mon âme. C’est elle qui me donne la nostalgie
des formes, qui me fait sans cesse hésiter entre le ciel
et la terre.
Lorsque
je la vois réalisée dans un être, dans une
chose, je me sens attitré vers elle par son charme même.
Je ne résiste plus.
Mais, chaque fois que j’ai pressé sur mon cœur
la seul beauté matérielle, la nostalgie d’une
beauté plus haute, plus pure, plus durable me reprend.
Plus
je possède la beauté du monde et plus je me sens
désespérée.
Tout m’attire ici bas et rien ne peut me satisfaire…
Mais que peu me comprendre de et me guider ?
Mon Dieu, éclairez-moi… |
Victoire
de la Matière |
Pourquoi
la matière nos occupe-t-elle ainsi? Elle accapare presque
toutes nos forces, tous nos énergies. Lorsque l’âme
songe à se recueillir, à communier avec la beauté
infinie, notre sang, nos muscles, nos nerfs, parlent plus fort.
Les voix intimes sont étouffées par leur tumulte.
Nous écoutons mais, nous ne percevons plus rie. La
matière ne veut pas que le Divin parle en nous. Elle
veut que soient closes les fenêtres et les volets fermés,
pour que la lumière ne nous visite plus…
Sans
cesse elle éveille de nouvelles tempêtes à
travers nos nerfs pour que l’âme ne puise s’abstraire…
Le flot rouge de notre sang emporte nos pensées; le
cri de nos passions étouffe la plainte secrète
de notre cœur..
Avec
douleur et angoisse nous vouons découvrir notre moi
essentiel.
Nous
sentons qu’une beauté idéale est en nous
murée mais la matière ne veut pas que nous découvrions
sa pire ennemie… et elle ricane sur la pierre ce qu’elle
pense à jamais scellée.
Que
lui importent nos regrets e nos larmes ! elle veut dominer,
elle veut que nous soyons asservis…
Périsse
toute vie de l’esprit en nous et que la chair hélas
! soit notre prison à jamais
Mains
ne pouvons-nous nous libérer quand même ?
|
Une
tour en ruines |
Mon
cœur est une tour en ruines qui ploie sous les feuilles et
les fleurs entrelacées.
Les racines des lierres, des glycines, des rosiers, ont disjoint,
une à lune, les pierres.
Je meurs anéanti parmi les mille parfums, les milles frissons
des feuilles et des flers.
Bientôt, il ne subsistera plus que quelques décris
sous un linceul multicolore et frémissant.
Jadis, sous les
voûtes transparents et dorées des futaies, les
heuses charmants glissaient vers moi en guirlandes fleuries.
Elle m’entouraient de rondes fraîche et de dans
ses lièvres…
Et leur voix se modelaient au rythme gracieux de leur danses.
Elles étaient
la Vie, jeune, fervente, éternelle, venue à moi,
les Heures…
Dans les courbes lumineuses de leurs bras nus, dans leur yeux
vifs, sur leurs lèvres, je voyais palpiter la joie…
Oui, la joie était
en elle, comme dans les gazons tendres, dans les fleurs premières,
dans la poudre ,d’or des rayons, dans ces oiseau qui battaient
des ailes et chantent à la pointe des hêtres.
La joie était
en moi, fulgurante et douce, chantante et dansante avec les
heures.
La joie, je la vivais, elle était dans chaque goutte
de mon sang comme un soleil.
L’éternité
bienheureuse, je ne la concevais que sous la forme de cette
joie infiniment prolongée. L’âme toujours
de plus en plus épanouie dans une sereine et pure lumière.
Et
maintenant, mon cœur n’est plus qu’une ruine
croulante sous le poids de toutes les illusions qui furent sienne
et qui, jusque dans la mort, s’accrocher à lui,
éerdument, encore.
|
Mort
de l'Idéal |
Lentement
se clôt la rose miraculeuse dont tant de siècles,
tour à tour, on tété illuminés et
parfumés et, en même temps qu’elle, l’âme
du monde.
Au milieu des débordements de la vie matérielle,
l’Idéal est une fleur qui se ferme…
Le ciel est éventré
par d’audacieuses et massives architectures ; de part
en part il est traversé de machines volantes.
Les forêts massacrées deviennent du papier ; les
rivières, de l’électricité.
Un inextricable réseau de fils, de tuyaux, de rails fait
du monde d’une cage énorme où l’homme
semble définitivement prisonnier.
Et
c’est presque avec épouvante, que je regarde s’enfoncer
ces trains illuminés, comme de longs poignard d’or,
au sein des nuits. |
Résignation |
| Croire
que , malgré tout, elle existe la Souveraine Tendresse
vers laquelle l’homme, depuis toujours, a tendu des bras
désespérés ?...
Ne plus se révolter
devant les cruautés, les brutalités, les atrocités
de la vie. S’incliner sans plus chercher à comprendre.
Ne plus vouloir
découvrir le sens de l’effroyable misère
humaine. Ne plus dire : « Pourquoi sommes-nous écrasés
ainsi ? Pourquoi devons-nous aussi horriblement souffrir ?’
Devant le drame
humain s’incliner avec une infinie piété
et encore que tout nous sera expliqué un jour.
Au fond de nos
plus atroces misères n’y a t-t-il pas malgré
tout une beauté secrète ? Dieu qui se cache et
veut se laisser conquérir.
O mon cœur,
puisses-tu t’apaiser et t’illuminer comme un firmament
soudain troué d’étoiles.
Plus la souffrance
nous purifie et plus elle nous rend dignes de la lumières.
Homme, sache découvrir au fond de ta misère la
suprême Bonté dont tu rêves... |
Un
séraphin s'est pincé sur les roses |
| Quel
séraphin, ce soir, s’est penché sur les roses?
Quelles lèvres
d’ange à des lèvres de fleurs, ingénument
se dont unies, lèvre d’éternité à
des lèvres d’un jour ?
Quelle tendresse du ciel et quelle tendresse de la terre dans
un baiser se sont jointes ?
Quel séraphin, ce soir, s’est penchés sur
les roses ?
Elles étaient
lasses du fardeau de la lumière, du bourdonnement des
insectes, du va et vient des oiseaux.
Durant toute cette éblouissante journée de mai,
elles avaient senti grandir en elles les nostalgies du crépuscule.
Il leur avait semblé qu’il y avait au plus profond
de leur cœur, un mystère divin que ne leur serait
révélé que dans le silence du soir…
Leurs beautés, elles les pressentaient, n’était
que le reflet d’une beauté suprême qui leur
serait dévoilée au moment des étoiles.
Lorsque le jardin
s’était empourpré de soleil couchant, puis
noyé de bleu, une joie religieuse, vaste et pure, les
avait remuées..
Lorsque les peupliers
semblèrent dan l’ombre des mains jointes dans l’extase
et les lis, des cygnes-fleurs à la dérive du soir,
lorsque l’acacia, sur l’étang noir, eut fait
neiger ses fleurs… elles pressentirent qu’une révélation
de joie et d’amour, serait , par elles, donnée
au monde.
Un séraphin,
ce soir, s’est penchés sur les roses…
Mon âme,
aussi parfois, est lasse de la splendeur du soleil, de l’opulence
de la vie matérielle ; elle sent naître en elle
la douce impatience de l’ombre et du silence… et,
en attendant le crépuscule frangé d’étoiles,
elle rêve d’un baiser divin que la révélerait
à elle-même et relierait son amour fragile à
,amour souverain.
Oh! vienne l’heure
miraculeuse où je pourrai murmurer à mon tour
:
Un
séraphin, ce soir, s’est penché sur les
roses !… |
Seigneur
nous périssons... |
Enveloppé
de brume glaciale, la barque sombre…
Nous ne distinguons plus rien autour de nous ; les forces dernières
de notre vie semblent vouloir se rassembler pour jaillir de
notre poitrine dans une suprême hurlement d’angoisse…
Seigneur, nous
périssons !
Nous allions
balancés dans notre rêve sur l’eau bleu,
et les voiles comme d’immenses ailes blanches se gonflaient..
Nous chantions et nous éparpillions notre joie avec
des fleures autour de nous… la mer était fleurire
de roses dansantes..
Nous laissions traîner nos mains dans l’eau pour
le plaisir de la voir fuir en diamants, entre nos doigts…
Toute la vie matérielle nous éblouissait, mettait
dans notre cœur le frisson héroïque de mille
drapeaux flottants..
Dans notre barque si frêle nous croyions posséder
le bonheur à jamais…
Hommes et femmes enlacés dans le même rêve,
nous nous laissons glisser dans la lumière heureuse
et il nous semblait que nous n’avons plus besoin de
Dieu… !
Mais, d’un
coup, la tempête a dévasté le ciel et
la mer, tué la lumière, déchiré
les voiles.
Les roses dansantes
ont été engouffrées par les mâchoires
baveuses des vagues en furie…
Il ne subsiste
plus rien de notre joie.
Nous ne sommes plus que des nommes et des femmes hurlant de
désespoir et de misère.
Mais nos âmes
se réveillent…
Elles sanglotent vers Toi, Seigneur. Vois, les planches se
disjoignent, les mâts sont brisés, tout est perdu..
Seigneur, nos
périssons !
Vies
à nous sur les flots, Toi le Méconnu, Toi qu’on
bafouait..
Viens à nous à travers l’ouragan, apaise
les vagues d’un geste lumineux, sauve-nous et, sur nos
âmes misérable et repentantes, penche-toi avec
la miséricorde et le pardon…
|
Les
marchandes de lumières |
Paniers
d’oranges, corbeilles de mimosas sur le trottoir, en ligne.
Marchandes grelottant sous leur châle…
Les oranges
sont des soleils dans les paniers; les mimosas des grappes
de rayons dans les corbeilles, sourire de la Provence dans
la brume hivernale, de chez nous!
Aimés
d’un même désir de soleil, des enfants
tendrent leurs mais rougies divers les fruits, des jeunes
femmes tendrent leurs mains gantées vers les fleurs.
Et
moi, j’admire ces marchandes transies qui vendent de
la lumière.
|
Blanche
sous des fleurs... |
Dans
son corps charmant quelle fleur suprême d’une race
s’épanouissait, longue et frêle …?
Qu’il était pâle le sourire dont ses yeux
tristes se doraient parfois ? ses yeux vastes et profonds comme
la mer et, comme elle, roulant des splendeurs naufragées…
Sous le poids
de la vie, son âme ployait comme une herbe sous un insecte
trop lourds.
On devinait en elle la présence de deux ailes tremblantes,
toujours ouvertes, et prêtes à fuir…
Douce et mélancolique
par les chemins du monde, et pressentant qu’elle je
pourrait se donner jamais, sa tendresse s’attardait.
Parfois, brusquement,
toutes les blanches ailes de l’espérance frissonnaient
en elle, par milliers et , comme un gai navire, entourée
de mouettes, son âme bondissait sur les vagues…
Plus, ses regards s’embuaient d’une vapeur de
larmes, larmes intérieures dont tout son cœur
brûlait…
La mort était cramponnée à cette jeune
vie et l’entraînait, chaque jour, peu à
peu, vers l’immensité de l’ombre…
Oh! pourquoi
cette tige si droite, tendue vers le soleil, devait-elle,
tout d’un coup, se briser ?..
Pourquoi devait-il
se tenir le velours si clair de ces grands yeux ? et pourquoi
ces traits si purs devaient-ils se durcir à jamais
dans à mort?
La voici, blanche
sous des fleurs, et les paupières bleuies déjà
! Les dernières vagues de la vie se sont écroulées
dans sa poitrine, sur ce cœur, naguère encore
traversé d’ailes blanches, comme une pierre,
le Silence.
Et
je songe, avec une détresse infinie, à toutes
les destinées ainsi prématurément fauchées
et je rêve, les yeux pleins de larmes, d’une floraisons
suprême de toute la beauté sacrifiée du
monde, par delà la vie…
|
Apaisement |
Je
ne résiste plus. Je n’ai plus de crainte et j’ai
presque la paix.
Doucement, l’Heure est venue vers moi, voilà
encore, mais lumineuse déjà.
Mon
intelligence est rafraîchie, ailée de rayons,
toute épanouir en Dieu.
Un
fil d’or relie mon âme au Divin e je sens descendre
en moi toutes les pures électricités du ciel.
Il
me semble que je balbutier les premières syllabes d’une
langue inconnue.
Il
me semble que la joie va m’être enseignée
pur que je puisse l’enseigner à mon tour.
Mon
cœur est une coupe débordante de tendresse infinie
et il me semble que toutes les douleurs humaines, je pourrai
maintenant les comprendre et les apaiser.
Oui, je sens que je vais parler ou plutôt que quelqu’un
parlera en moi et dira son amour par ma voix.
Mon âme va redevenir transparente et la lumière
pourra de nouveau la traverser.
O
Joie ! joie recueillie faite d’amour et de silence et
belle comme une étoile au fond d’un ciel d’été
!
|
Devant
l'autel |
Me
voici agenouillé au pied de Votre autel. La lampe rouge
est comme Votre cœur devant moi.
Pourquoi
m’avez-vous appelé ? Pourquoi m’avez-vous
dit ; « Viens mon fils » ? Pourquoi suis-je là
devant vous ? Pourquoi dans mes yeux, tant de larmes ? Je
penchais mon front dans la nuit et voici que vous me forcez
à le relever dans l’aurore. Je sentais mon cœur
épuisé et voici que vous l’avez comblée
de richesses nouvelles.
Je me désespérais. Je me disais : « Jamais
je ne trouverai une expression à mon amour .»
Et vous m’avez dit ; « Toutes les paroles et que
tu devras prononcer je les mettrai sur tes lèvres.
Par toi-même tu n’es rien mais par toi, si je
le veux, je peux donner la joie et la paix à ceux qui
pleurent .»
Seigneur,
je suis humble et tremblant devant vous, presque effrayé
de l’immensité ; de la grâce que vous avez
voulu m’accorder.
Je n’ose presque pas accepter ce don prestigieux dont
vous voulez ensoleiller à jamais mon âme.
Jamais je n’aurais eu l’audace d’aller à
vous si vous ne m’aviez appelé avec des mots
si doux.
Votre amour est en moi comme une étoile je sens qu’elle
me conduire jusqu’à la crèche de Bethléem…
Oh faites qu’en ce jour de Noël je renaisse avec
vous…
Mon Seigneur et mon Dieu !…
|
Sanglots
ves L'aube |
Mon
âme, pourquoi tant de lassitude et de tristesse soudain
?
Il te semble qu’une très douce lumière au
fond de toi-même s’est voilée.
Et
tu n’oses plus bouger dans les ténèbres.
Tu ne discernes plus l’escalier, or qui menait ton amour
aux astres.
Tu t’épouvantes d’entendre gronder, autour
de toi, les abîmes.
Les
regrets du soleil te poignarde et tes pensées sont
des cadavres d’alouettes dans les sillons.
Tous tes beaux désirs de pureté et de beauté
sont des cygnes morts à la dériver des flots
noires…
Tous les clairs désirs de joie, des blés atrocement
fauchées.
Et, voici que, courbée sous la rafale, dans la nuit,
désespérément, tu sanglotes vers l’Aube.
|
Retour
de l'enfant prodigue.. |
Jamais
jeunesse, plus que la mienne, ne fut de lumière baignée,
tout le trésor des rêves m’avait été
donnée…
Ma vie était déjà fleurie à son
aurore…
Une extase continuelle m’éblouissait l’âme
et je ne trouvais devant la Beauté que des mots d’adoration.
Mais
l’ennemi guettait ! et tout ce que j’avais reçu
, haineusement, il me l’a pris. Le beau paradis où
mon âme vivait son rêve, m’a été
brusquement fermée…
J’ai abandonné la Lumière, croyant torturer
par delà les ténèbres, une autre lumière..
Je n’écoutais plus les douces voix plaintives
qui pleuraient au fond de moi-même et je ne voulais
point voir les bras désespérés qui se
tendaient…
Avec
orgueil, je me suis précipité par des routes
inconnues… et je n’ai rien trouvée…
Après
tant d’années de souffrances, de désespoirs,
d’angoisses, me voici revenue avant les portes toujours
close du beau paradis dédaigné. Je suis las
d’avoir erré par tous les chemins de monde…
Mon corps et mon âme sont usées..
Et, de tous les biens qui m’avaient été
donnés il ne me reste plus que le trésor des
larmes.
Oh!
les portes du jardin miraculeux ne s’ouvriront-elles
plus jamais devant ma misère et devant mon repentir
?
Et
l’immense Tendresse, plus miséricordieuse que
tos les tendresse humaines ne se penchera-t-elles pas sur
moi avec le sourire d pardon ?
|
Mon
coeur s'est brisé en étoiles |
Mon
cœur, ce soir, s’est brisé en étoiles…
Il étouffait de contenir trop de force, trop de clarté,
trop de joie…
Le voici en miettes, à travers le ciel.
Je
me sens délivré d’être ainsi répandue
je respire enfin. Je n’entends plus en moi ce tumulte
qui m’assourdissait. C’est, dans mon âme,
l’adorable silence des choses éternelles. Plus
de rythmes violents, de sursauts, de chocs, de tempêtes…
Un lac paisible, fleuri de corolles blanches et de cygnes..
Pleurs
rien de trouble, ni d’impur dans mon amour, un filtre
divin le laisse s’éparpiller en gouttes d’or
dans l’infini.
Devant moi, s’est apaisé la mer qui hurlait et
des vagues ne sont plus sur la plage que des dentelles et
des fleurs où se jouent les doigts de la lumières.
Je n’ai plus d’âge. Je ne suis plus d’un
temps mais de tous les temps. La jeunesse éternelle
du monde palpite en moi. Mes pensées s’ouvrent
avec les fleurs, jaillissent avec les blés, chantent
avec les oiseaux.
Mon
cœur, ce soir, s’est brisé en étoiles.
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Les
Haleurs... |
Coupés
en deux par des sangles, six hommes tirent un lourds chaland
à travers la plaine de Flandre…
On
n’entend que le bruit rythmé de leurs sabots
et le halètement de leurs poitrines.
La câble, fixé au grand mât, racle les
herbes logues de la rive.
Les haleurs vont sans fins sous le tragique ciel d’hiver.
Ils
vont, ils vont…
Leurs pauvres corps sont déformés par tant d’efforts
démesurés.
La bise cingle leurs visages mornes et tragiques comme le
ciel.
Aucune pensée dernière leurs fronts. La misère
a complètement vidé leurs cerveaux et leur âme
est à jamais paralysée.
Ils vont, ils vont…
Il leur semble que c’est toute leur lamentable vie qu’il
traînent ainsi derrière eux, sans fin..
N’ont-ils pas été affamés et grelottants
depuis toujours ?
Aucune espérance ne peut plus illuminer leur détresse.
Aucune douceur ne peut plus les apaiser. Ils n’espèrent
rien.
Ils n’ont jamais osé espérer.
Comme ce chaland est lourd ! est glaciale la bise !
Comme ces sangles leur entrent dans les chairs !
Ils
vont, ils vont…
Le batelier repousse les rives avec lune longue gaffe…
Au gouvernail, une jeune fille chétive, au châle
flottant, se cramponne.
Les glaçons refoulés font contre la coque un
bruit monotone et doux.
Des mouettes tournoient en criant au-dessus du bateau et ,
parfois, s’abattent sur les eaux remuées où
elles dansent un moment, comme des fleurs.
Ils
vont, ils vont…
Ils ne voient point les mouettes se changer en fleurs !…
Quelle poésie pourrait encore les toucher ?
Le visage et les mains bleuis, les membres de plus en plus
raides, ils continuent leur travaille de forçats…
Personne
ne viendra donc à ces souffrants ?
Personne ne viendra leur dire : « Mes frères,
réchauffez-vous, voici « un au feu de bûches
pur dégeler vos mains, pour dégeler vos cœurs
»
Un moment arrêtez-vous autour de flammes et que leur
reflet soit comme un sourire sur vos visages .»
Ce
chaland devient de plus en plus lourd !
Les malheureux se demandent parfois avec épouvante
si c’est pas une immense cercueil qu’ils traînent,
avec en lui, le bonheur du monde à jamais glacé…
Plusieurs ont clos leurs yeux et vont machinalement dans la
nuit infinie de leur désespoir.
La plaine est comme écrasée sous un ciel livide.
Les tilleuls sont, au long du canal, des squelettes recroquevillés…
La
jeune fille, au gouvernail, tousse affreusement.
La batelier s’acharne avec sa gaffe comme s’il
voulait éloigner la mort.
La neige commence à tomber…
Ils
vont, ils vont…
Leurs silhouettes maigres et noires se courbent de plus en
plus sous la rafale.
La neige est un suaire qui se déchire en mille morceaux
dans leurs cours.
Tous
à coup, l’un des misérables sait-il lui-même
pourquoi se hasarde à murmurer quelques notes plaintives.
Et, peu à peu, oh prodige » ce murmure devient
un chant, mais un chant sourd, poignant, arraché du
plus profond de sa poitrine, un chant qui est un plainte,
presqu’un sanglot, un vieil air flamand, grelottant
comme eux, un air navrant qui, au cours des âges, n’a
jamais retenti que sur des lèvres de parias.
Il
chante !
Et d’abord les autres, avec une sorte de stupeur l’écoutent,
puis, l’un après l’autre, ils unissent
leurs voix à cette voix chevrotante.
Ils chantent !
Ils chantent pour oublier leur effroyable peine et l’absence
de toute douceur, de toute tendresse, de toute espérance.
Ils
chantent !
Pour oublier la vie, l’hiver, le monde, pour s’oublier
eux-mêmes.
Ils chantent dans le vent glacial, dans la neige.
Ils chantent ployés en deux.
Ils chantent les yeux brûles de larmes.
Ils
vont, ils vont…
Et leur chant se prolonge ; il leur semble que des millions
d’êtres douloureux unissent leurs voix à
la heure et que toute l’humanité, à travers
le siècles, chante et pleure avec eux.
Coupes
en deux par des sangles, six hommes tirent un lourds chaland
à travers la plaine de Flandre…
Ils
vont, ils vont…
Sans le voir, ils passent devant un grand crucifix de pierre,
érigé au bords du canal.
Ils passent sans voir le suppliciée divin qui, de son
cœur regard mélancolique, les suit…
Ils
passent !
Leur voix est pleine de sanglots. Leur chant a la beauté
infinie d’une prière jaillie du plus profond
de la misère humaine, et s’essayant à
monter vers Dieu.
Et
voici une toute petite lumière en eux, une étoile
tremblante au fond de leur épouvantable en nuit intérieure..
Un miracle ?- Dieu leur a-t-il répondue ?
Eux qui n’ont jamais osé regarder les étoiles
voici qu’ils voient poindre une étoile dans leur
cœur !
Dans leur ravissement ils oublient de poursuivre leur chant
et ne à une leurs voix se taisent..
Quelques chose d’infiniment tendre et doux berce leur
âme.
Quel est ce petit enfant merveilleux qui, en eux-mêmes,
leur tend les bras?
Noël ! Serait-ce Noël enfin !..
Ils
n’osent ouvrir les yeux de peur de voir fuir la radieuse
vision.
Ils ne sentent plus la fatigue, ni le froid, ni la faim
Une vie nouvelle, une vie de douceur et d’amour leur
tend les bras.
Est-ce
possible ?
Tout doucement leurs fronts se relèvent et voici qu’ils
osent enfin regarder.
Déjà la ville st proche avec les lumières
en bouquets dans le soir qui vient.
Ils regardent avec d’autres yeux, avec une autre âme,
si allégée, si paisible, si débordante
de joie inconnue.
Pour la première fois peut-être ils sentent fleurir
en eux une espérance et, devant la ville illuminée,
ils se prennent à songer à quelque vague cité
promise.
Tandis,
que, là-bas, le Crucifié incline plus profondément
sa tête couronnée d’épines comme
si, à l’immensité de sa souffrance, il
avait encore ajouté celle de ces misérables.
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