Le
Don Suprême |
Je
songe à cet âge de ténèbres infinies
où Ton cœur, seul, contenaît la lumière…
Par
les doux chemins de Galilée, Tu allais, avec ce trésor
dans ta poitrine…
Lorsque
Tu rêvais, appuyé sur le mur bas d’un jardin
où jouaient des enfants, nul ne se pouvait douter de
la merveilleuse aurore qui naissait pour nous dans Ton âme…
Au
vieillard qui tendait ses mains tremblantes ; à la
veuve, aux yeux brûlés de larmes ; au malade
; au désespéré; tu donnais un peu de
Ton trésor et une parcelle de la joie infinie s’épanouissait
dans leur pauvres âmes.
Aux multitudes, aussi bien qu’aux apôtres, tu
révélais la Bonté.
Patiemment,
avec des paroles que jamais personne n’avait entendues.
Tu révélais l’Amour…
Les
haines reculaient devant Toi et les hypocrisies se voilaient.
Heure merveilleuse ! Oh! si le monde entier avait pu s’agenouiller
dans la lumière de cette heure-la ! La joie, depuis
longtemps, aurait été nôtre.
Tu
portait sa Ton cœur l’âge d’or et le
royaume de Dieu.
Tous les paroles qui bruissaient sur Tes lèvres étaient
génératrices de paix et de bonheur.
Suivre ton enseignement, c’était préparer
le règne de l’Amour.
Pourquoi
l’humanité ne s’est-elle pas jetée
dans Tes bras, si généreusement tendus?
Pourquoi a-t-on percé ce cœur qui ne demandait
qu’à s’ouvrir ? En Te suppliait, l’homme
se suppliciait lui-même. En Te clouant sur la croix,
il se clouait lui-même sur la croix.
Stupidement, il a saccagé son paradis et voulu son
enfer.
Oh!
les tueurs de joie ! Toues ces figures grimaçantes
et sardoniques ! tous ces poings tendues ! tous ces bouches
hurlantes ! tous ces crachats !
Ils crachaient sur leur joie. Ils flagellaient leur joie.
Ils tuaient leur joie.
Su le Calvaire, c’est le prodigieux suicide du monde.
Et Toi, sanglant, Tu pardonnais !
Tu
donnais ton cœur quand même, Tu donnais Ta vie,
malgré tout ! Ton sang ruisselait, de Ton torse entrouvert,
sur le sol noir et, malgré nos colères et malgré
nos haines, la divine semence germait..
Nous
repoussions sauvagement la Lumière et Tu nous la donnais
quand même.
Nous repoussions l’Amour et Tu le déposait malgré
nous dans nos cœurs.
Nus contemplions Ton supplice, sans pitié, de Toi,
et aurais voulu T’arracher de la croix pour nous serrer
sur Ta poitrine.
Et
voici, qu’après tant de siècles, la clarté
de Ton corps illumine encontre la croix du Golgotha, Oui,
ta crois se dresse toujours au somment du monde comme un reproche
et comme une espérances. Mais, pas delà Tes
souffrances, nous voyons poindre l’Aube.
Ta mort contient la vie et Ton cœur le Soleil.
Nos sommes des millions à sangloter dans l’ombre
effroyable.
Nous sommes des millions à ployer sur la fardeau des
haines; mais, par delà notre misère.
Ta misère, celle que nous avons voulue, illumine la
nôtre.
Toi,
notre victime, Tu es le seul encore à nous aimer…
et le seul sourire assez éblouissant pour nous consoler,
c’est sur Tes lèvres expirants que nous le voyons
fleurir…
La Beauté, la pureté, L’Idéal,
tout cela, nous le voyons resplendir dire dans Ton corps,
lis cloué sur une croix…
Mon
Dieu ! Mon Dieu ! Quel miracle Tu portes En toi ! Quel prestige
bouillonne dans ton sang ! Quelle force, au fond de ta poitrine
palpite !
Plus
que Jamais ouvre-nous Tes bras ; plus que jamais aime-nous.
Malgré nos inventions prodigieuses, malgré les
progrès inouïs de notre civilisation, nous en
somme que des malheureux qui viennent à Toi…
Et, devant la mort et le néant nous ne voyons plus
que Toi, Soleil et Joie, notre Victime et notre Dieu…
|
Le
jour des Rameaux |
Ce
printemps dut le plus beau du monde. La lumière même
semblait parfumée. Jamais tant de lis n’avaient
illuminé les jardin de Galilée. Jamais la ronde
des abeilles n’avait été plus joueuse autour
des roses épanouies…
Un joie immense, éperdue, flottait dans l’air st
puis neigeait, en mystique pétales, au fond des âmes…
Jamais la détresse humaine n’avait senti une aussi
souveraine tendresse se pencher sur elle. Elle se redressait
frémissant, le front tendu vers le baiser divin.
Ce printemps fut le plus beau du monde…
Jésus
suis de ses disciples s,en allait vers Jérusalem…
Durant trois ans Il avait guéri les malades, ressuscité
les morts.
Ses mains merveilleuses s’étaient posés,
douces comme des ailles, sur des maux innombrables et les
avaient soulagées.
Tous
ceux qui pleuraient avaient été consolés,
tous les plaies, même les horribles, celles de l’âme
comme celles de la chair. Il les avaient fermées.
Dans ses bras, sur son cœur, Il avait serré les
petits enfants avec tant d’amour que leurs mères,
d’émotion, éclataient en sanglots.
Il
avait élevé des bas-fonds ténébreux
du vice jusqu’au miracles de l’Aurore, Marie Magdeleine.
Jamais la Bonté, la Joie, l’Amour n’avaient
ainsi donné un tripe rayonnement à un seuil
être. Ses disciples n’osaient presque plus l’approcher
e t lorsqu’ils levaient leurs yeux vers Lui ils auraient
voulu se jeter dans la poussière pour adorer.
Jésus, suivi de ses disciples, s’en allait vers
Jérusalem.
Il
penchait le front, songeur. Sans doute, des acclamations et
des palmes agitées dans le soleil, l’attendaient
là-bas. Il se savait. On jetterait des fleurs sur ses
pas. On crierait : « Bénit soit Celui qui vient
au nom du Seigneur ». Il serait reçu comme un
roi, comme un Dieu. Il savait tout cela…
Les
disciples rayonnaient. Ne marchaient-ils pas vers l’Apothéose
enfin ?
La Divinité de celui qu’ils saluaient comme le
Messie éclateraient bientôt, éblouissante
dans cette claire matinée de printemps où l’odeur
des lis montait comme un encens.
Ils
observaient le Maître, en silence s’attendant
à une transfiguration.
Mais Lui savait aussi qu’il allait vers la souffrance
et vers la mort.
Il croyait déjà voir la croix des dresser devant
lui, noire dans un ciel rouge.
Et son front, de plus en plus, se penchait.
Les
disciples se disaient entre eux : L’heure approche où
Il va se proclamer Roi.
Nous deviendrons se ministres glorieux et la Judée,
puis le monde, seront à nous.
A Mon royaume n’est pas dans ce monde. Oui mon royaume
n’est pas de ce monde parce que les hommes préfèreront
toujours d’autres paroles à ma parole, parce
qu’ils écouteront toujours avec plus de confiance
ceux qui les abusent que ceux qui se sacrifient pour eux.
»
Et comme Jérusalem leur apparaissait soudain au détour
d’un bois d’oliviers, blanche et radieuse, Il
pleura.
Les disciples
le considéreraient avec étonnement et ne comprenaient
point. Pour le Maître pleurerait-il le jour du triomphe
?
Pourquoi ? Leur stupéfaction s’accrût lorsque
revinrent les deux disciples que Jésus avait envoyé
au devant. Ils ramenaient une ânesse et son ânon
! Et le Seigneur monta sur l’ânesse !
Était-ce là l’appareil d’un roi
et, à leur tour, n’osant rien dire, ils penchaient
leur font, vaguement inquiets.
Il était venu au monde dans une crèche; Il avait
passé sa jeunesse en travaux grossier et, maintenant,
Il se préparait à faire son entrée triomphale
à Jérusalem, juché sur une ânesse
!
Ils ne comprenaient plus ; certains songeaient à retourner
dans leur villages; d’autres chuchotaient, observant
Jésus à la dérobée. Mais lorsqu’ils
vivrent arriver au devant d’eux sur la route une foule
innombrable agitant des palmes et criant : « Hosanna
au Fils de David » ils reprirent soudain courage et
confiance et leurs yeux se mouillèrent de larmes heureuses.
Il
leur semblait que l’humanité se rendait enfin
compte combien était sublime cette Tendresse qui venait
au devant d’elle. « Hosanna au fils de David !
Hosanna ! Hosanna! » Les jeunes filles répandaient
des fleurs sur le chemin où le Seigneur devait passer,
les hommes étendaient leurs manteaux et les palmes
étaient si nombreuses et palpitantes dans le ciel qu’on
aurait crus une forêt vivante. Des agneaux bêlaient…
Heure émouvante ! l’Amour enfin acclamé
par les hommes !
Le pharisiens se tenaient à l’écart, ils
criaient à Jésus : a faites-les taire. »
Mais Lui répondait en souriant : « S’ils
se taisent les pierres crieront ». Et eux sentaient
leur impuissance et leur bassesse devant le prestige de cette
royauté spirituelle qui les écrasait.
Leurs faces grimaçaient de haine dans la pure lumière
de ce printemps et ils seraient si affreusement leurs poings
que les ongles leur entraient dans la chair.
Et voici qu’après dis-neuf cent ans la chevauché
merveilleuse de Jésus se continue. Malgré les
colères, les haines, le Doux Galiléen poursuit
son chemin, de siècle en siècle, jusqu’au
définitif triomphe. Une à une ont été
fermées par la mort, les bouches qui maudissaient et
les poings menaçant sont retombés inertes.
Et nous sommes encore là des millions a crier sur son
passage « Hosanna au Fils de David ! béni soit
celui qui vient au mon du Seigneur ! »
Et,
à travers les champs de bataille, les ruines et les
désastres, nous suivons l’Amour, avec un esprit
immense, et nous cœurs plus que jamais battent autour
de Lui comme des palmes.
|
Pureté |
Sous
quelle forme idéale te rêver ?
De quelle neige t’envelopper ? Blancheur essentielle,
faite de clarté, faite d’amour, faite de joie…
Où
te trouver ? Dans le bleu d’un regard? Sans l’argent
fluide d’une source ?Dans la transparence de ce pétale
de fleur de cerisier qui pêche dans l’air doré
?
Sur
ton front, quelle couronne de fleurs ou d’étoiles,
poser ?
Quel lis mettre dans ta main chaste ?
Toi, le reflet d’une Beauté suprême qui
s’épanouit par delà la vie !
Comme elles te cherchent, désespérément,
nos âmes !
Nous avons de toi, d’invincibles nostalgies. Nous sentons,
si bien, que toi seul peux nous conduire à la Beauté
et que le Divin est un trésor que nous ne pouvons découvrir
que dans ton cœur.
Nous sentons que par toi seule peut nous venir le pardon.
Lorsque
dernière le premier couple se fermèrent les
portes d’or du Paradis tu y était restée
enclose, Pureté.
Pendant des siècles, le monde a ignoré la lumière
de ta présence.
Mais le Christ est venue.
Il t’a ramenée vers nous par les sentiers de
Galilée, rose de pudeur et de joie et souriant à
travers tes cheveux entremêlés.
Oui
c’est bien Lui qui nous l’a rendue celle qui doit
être la compagne éternelle de notre âme;
celle qui doit nous faire rentrer au Paradis perdue.
Te voici, devant nous Enfant bénie de la lumière,
Pureté et, dans nos cours enténébré,
c’est l’Aube que tu apportes.
Éblouis, nous osons à peine ouvrir les yeux
et nous tremblons de sentir sur notre front fiévreux
la fraîcheur de ta main.
Pureté’! Nous en sommes pas dignes de voir tes
ailes blanches s’ouvrir en nous mais, pour nous sauver
quand même, cachet-toi dans la neige d’Hostie.
|
Notre
Frère Le Silence |
Nul
visage n’est plus suave que le tien, nul n’est plus
lumineux, nul n’est plus pur, il a le sourire de l’Éternité,
la beauté souveraine des choses qui ne passent point.
Visage
d‘ange ou de saint on ne sait il est en nous comme un
reflet du ciel. Lorsque nos le contemplons dans notre cœur,
nous nous sentons inondés de joie sereine et d’indicible
paix.
Il est en nous comme le visage d’un ange de Noël
et d’une Madone de l’Annonciation.
Devant lui nous oublions nos incertitudes, nos doutes. Nous
oublions nos souffrances, nos désespoirs, nos lâchetés.
Et, lentement, nous joignons nos mains dans la prière.
Les paroles ne sont qu’un vain bruit tôt dissipé
et dont il ne subsiste rien.
Les lèvres du silence toutes closes qu’elles
soient nous parlent au plus profond de notre âme.
Lorsque toutes les voix se taisent, sa voix mystérieuse
s’élève en nous et chacune de ses paroles
a des répercussions infinies dans le notre cœur.
Et plus s’étendait les ténèbres
sur le monde et plus se tuent les tempêtes contre les
murailles et plus devient en nous lumineux et paisible le
beau visage du Silence.
Rien n’apaise et ne console comme ce rayonnement intérieur.
Rien ne contient plus d’espérance et plus d’amour.
Ceux-là
seuls se trouvent qui se laissent éclairer par le visage
du Silence.
Ceux-là seuls sont consolés qui s’inclinent
devant lui.
Car le Silence est joie, lumière, amour. Il enveloppe
nos cœurs et le monde comme un firmament étoilé.
Il est la paix rayonnante, la certitude, la force. Il nous
retrempe, nous vivifie, nous illumine.
Devant
le tombeau d’où va surgir le Christ ressuscité,
c’est lui qui est assis songeur.
Les portes d’or du Paradis, c’est lui qui, un
jour, nous les ouvrira.
O notre frère le Silence, approche-toi de ces millions
d’âmes qui ignorent le miracle et la bénédiction
de ta présence, au devant de tous ceux qui crient leur
souffrance et leur révolte.
Va au devant de tous ceux qui maudissent et blasphèment.
Rabaisse les poings levés. Arrête les gestes
menaçants. Pose ta main lumineuse et fraîche
sur tous ces front fiévreux. Et que tout s’apaise
dans les cœurs tourmentés. Et que les hommes cessent
de proférer des paroles de désespoir et de haine
et qu’ils t’écoutent toi, notre frère
le Silence qui nous apporte la pitié du Ciel dans ton
sourire et qu’ils entendent, eux aussi , monter ton
chant inexprimable dans leur âme pacifiée.
|
Le
sourire de la souffrance |
La
souffrance est tout près de nous.
Ses yeux sont deux étoiles tristes dans l’ombre.
Mais ce sont deus étoiles…
Et notre âme est pénétrée e lumière
quand même.
Naguère, tout était noir en nous. L’abîme
nous semblait insondable d’être rempli de ténèbres.
Maintenant, notre âme, malgré tout, s’éclaire.
En elle, c’est le premier sourire de l’aurore.
Les arbres estompent déjà leurs feuillages.
Bientôt les oiseaux, tous ensemble, recommenceront à
chanter…
La longue nuit sera terminée… et, peu à
peu, triomphera le soleil.
Ne repoussons donc pas la souffrance. Ne la chansons pas.
Ne disons pas : « Laisse-nous, tu n’a s rien a
nous donner.
Nous préférons les ténèbres. La
lumière que tu nous apportes nous épouvante
.»
Mais
la souffrance a le sourire de la Vierge du Golgotha…
Oui, c’est vraiment la Vierge qui vient vers nous, nous
tend les bras et nous dit : « Ne pleurez plus, mes enfants.
Ma souffrance a contenu toutes les souffrances, et, pourtant,
voyez quel fleuve de consolation et de joie ne cesse d’en
découler sur le monde.
Ma souffrance a tenue toutes les souffrances et, pourtant,
voyez comme après elle des flots d’amour ne cessent
de se dépenser dans les âmes. »
Les souffrances n’est horrible que ceux-là qui
ne l’acceptent pas.
Pour ceux qui tendent leur front vers son baiser, elle est
la révélation suprême.
C’est grâce à la souffrance, que nos deux
âmes se sont rencontrées ;
C’est par elle qu’elles se sont comprise ; c’est
par elle qu’elles seront, un jour, sauvées.
|
Une
fleur bleue |
Je
courais à l’abîme et je me suis laissé
arrêter par une fleur… une fleur illuminée
par la rosée de tes larmes et bleue comme tes yeux…
Je me suis laissé arrêter par une fleur…
Et me voici, à genoux, comme un enfant…
Dans
mon cœur monte le pur encens d’une prière,
le parfum sans doute la chère petite leur bleue.
Et
je prie. Le Miracle n’est-il pas évident pour
moi?
je pensais que rien ne voulait plus me sauver, et j’ai
été sauvé par une fleur !
Aussi,
avec quelle reconnaissance et quel soin je veux la conserver
dans mon âme à jamais cette fleur bleue illuminée
de tes larmes et douce comme tes yeux.
|
La
beauté de l'heure |
Sur
le mur blanc, éblouissant de soleil, le cerisier s’émerveille
de voir trembler l’ombre de ses fleurs…
Un
pas de jeune fille fait craquer le sable du sentier…
A travers les lilas croulent des avalanches de moineaux.
Sur une corniche, un pigeon bleu tourne orgueilleusement sur
place et roucoule sans fin…
L’heure est pétrie de soleil, vibrante de pétales
et d’ailes d’oiseaux.
On croirait abolie toute souffrance et les vergers de la joie
à jamais fleuris.
Le présent si fragile, fleur timide, un moment resplendissante
au bord de l’abîme, nous semble une éternité
bienheureuse… Les lourds nuages de la vie se sont dissipés
; la tempête a tu ses hurlements dans notre âme…
L’hiver ? N’y songeons plus…
Regardons s’étoiler, une à une, les fleurs
délicates du cerisier dans la lumière…
Regardons tourner ce pigeon bleu, dans le ciel rose du printemps.
Et que ce pas de jeune file prolonge dans notre âme
un écho de joie et d’amour…
|
| Quel
don encore ? |
Mon
âme, pourquoi me considère est-tu avec tant de
mélancolie?
Pour te sauver n’ai-je parfait tout ce que j’ai
pu?
N’ai-je abdiqué tout orgueil ?
Ne me suis-je pas agenouillé et n’ai-je pas crié
miséricorde pour toi ?
Ne me suis-je pas renoncé en tout ?
J’ai voulu que tu retrouvas toute la beauté que
tu avais perdue.
J’ai voulu que la pureté, comme une source fraîche,
fût de nouveau en toi, chantante.
J’ai voulu des fleurs, à ton front, de nouveau
et l’aube dans tes yeux.
Avec quelle joie j’ai de nouveau vu palpiter tes ailes,
redevenues blanches. Toute la joie que tu rêvais je
te l’ai donnée
.
Je t’ai ramené toutes les tendresses dont tu
avais la nostalgie.
Tu demandais Dieu, tu l’as reçu caché
dans la neige éblouissante de l’Hostie.
N’est-tu
pas encore apaisée, mon âme ? et que veux-tu
de moi, encore ? Parle ! Puis-je refuser quelque chose à
ton sourire ou à tes larmes ?
N’es-tu pas ma douce reine intérieur ? celle
devant qui toutes mes pensées s’inclinent et
tous mes rêves chantent ?
N’es-tu pas tu le divin de ma vie ?
Et
sans toi, serais-je autre chose qu’un peu de matière
bientôt dissoute?
Par
mon âme, oh parle et dis-moi ce que je dois donner encore
?
|
Jusqu'au
soleil... |
Mon
âme, pourquoi t’affliges-tu de la sorte ? Quelle
lassitude pèse sur toi ? Pourquoi ton mal se prolonge-t-il?
Le bonheur ne t’a-t-il point été révélé
? Ne sais-tu pas qu’il est en toi lorsque tu possèdes
la simplicité et la pureté ? Sois donc passible…
Jamais,
tu t’épouvantais devant le vide infinie, tu en
voulais pas admettre qu’un seul être, Dieu, pût
le remplir. Tu cherchais à expliquer par des efforts
démesurés de la pensée ce qui pour être
expliqué par aucune intelligence humaine. Créateur,
tu voulais réer ton Créateur ! Tu voulais un Dieu
né de tes laborieuses réflexions, un Dieu qui
serait « ton » Dieu.
Tu
pensais : Le but de chaque créature doit être
de trouver « son» Dieu, il y a autant de religions
différents que d’être, disais-tu.
Et tu cherchais là où ne pouvais rien trouver.
Tu croyais que ton orgueil allait te servir de lanterne pour
te guider dans les ténèbres. Pauvre lanterne
! qui n’éclairait qu’un mur qu’aucun
de tes efforts ne pouvait saper. Et voici que la miséricorde
divine s’est penchée sur toi malgré ton
aveuglement ! Comme saint Augustin, tu as entendu une voix
qui t’appelait.
Tu as rejeté loin de toi la fausse lumière de
ton orgueil et tu t’es humiliée dans les larmes.
L’amour de Dieu t’a enveloppée, ravie,
arrachée à toi-même. Tu ne pourras plus
vivre en dehors du cercle enchanté que la Grâce
a tracé autour de toi. Seule, tu sais de quels abîmes
la pitié du ciel t’a sauvée...
Tout cela a été si brusque, si inattendu, si
mérité que tu te rends à peine compte
de ce qui s’est passée…
Et
tu te demande : « Pourquoi subitement ainsi, sans transition,
ai-je chanté ? »
Ta foi est bien tremblante encore ! Parois, à l’heure
véhémente de la souffrance, tu sens de nouveau
grandir, malgré toi, dans ton cœur la hantise
du néant. Mais alors, le ciel te sourit si divinement,
si tendrement que tu d’abandonnes encore une fois à
l’espérance.
Puis
l’inquiétude revient. Tant de grâces reçues
avant qu’elles fussent mérités !
Mais
n’est-ce pas un signe que on a confiance toi puisque
la récompense t’est donnée d’avance
?
Ne trahis pas cette confiance. Ne te laisse plus trouver par
des angoisses vaines.
Et puisses-tu ne plus jamais abandonner la route droite qui
monte, triomphalement, jusqu’au ciel…jusqu’à
Dieu.
|
Une
feuille lumineuse |
Ton
amour, feuille lumineuse, à laquelle se cramponne mon
âme, papillon…
Que
de souffles m’avaient emporté. Combien de fois
m’étais-je senti tourbillonner dans la tempête
? Combien de fois ne m’étais-je pas cru à
jamais perdu ? Un papillon !
Comme j’étais insatiable de jardins et de fleurs
! L’orgueil, m’aveuglait sur ma fragilité.
Je songeais presque à conquérir le monde. Un
papillon!
Mais déjà les ailes de mon âme, déchirées
par mille tempêtes, n’avaient plus la force de
me soutenir ; la mort était proche.
Et ton amour est venu au devant de moi comme une feuille lumineuse
à laquelle mon âme s’est cramponnée..
Doux abri où je me blottis, les yeux fermés.
Je n’ais plus d’orgueil.
Je sais trop bien que je suis peu de chose ... un papillon
cramponnée à une feuille !
Puisse le Ciel prolonger ce miracle et bénir à
jamais la petite feuille lumineuse qui m’a sauvée…
|
De
quelle nuit ? |
Avec
quelle nonchalance heureuse, glissent mes pensées, ce
matin, comme des cygnes sur l’eau dorée…
Les
feuillages lumineux des saules sont des bannières inclinées
au long des rives…
De quelle nuit glissent ainsi mes pensées, vers toi,
toutes blanches ?
De quelle nuit ?
|
Mains
de lumière... |
Des
mains de lumière, en moi se sont jointes…
Mon
cœur était écrasé de ténèbres
et de boue…
Mon âme était esclave de la nuit…
Mais un clair visage s’est penché surmoi…
Une voix m’a parlé…
Des
mains de lumière, en moi se sont jointes…
|
Le
Cloître |
Assis
sur un banc de pierre, le moine regardait se découper
au ogive du cloître le ciel parsemé d’or…
Au milieu d’un parterre gazonnée, bordé
de buis, un peuplier, seul arbre de l’enclos, bruissait…
Le moine songeait…
Une paix parfumé, autour de lui, flottait..
On ne percevait que le seul battement d’élytres
d’in insecte tombé dans l’herbe…
Solitude
enfin trouvée ! la vie, toute entière limités
par les murs d’un cloître et seulement libre d’un
côté du ciel…
Solitude, remède et besoin de l’âme souffrante…
Après des années d’apostolat, de lutte,
ce besoin brusque d’être seul…
Son âme malade, meurtrie, lasse, trop longtemps traînée
à travers tous les misères et tous les angoisses
du monde était venue se réfugier dans le cloître…
Douceur des mousses sur les vieux murs, douceur des brises
dans les herbes et dans les feuilles, douceur des soirs parsemés
d’or…
Douceur
d’être seul, ravi en Dieu, loin du tumulte atroce
de la vie, loin des sanglantes chevauchées de l’orgueil,
loin des étreinte farouches de la haine, loin des passions
et des vices..
Devant les
clameurs, et les pierres jetées, il avait fui..
Avec que le joie, il s’était laissé choir
sur ce banc de pierre, dans cette solitude tant désirée,
baume souverain pur toutes les plaies intérieure…
Mais,
après les premières ivresses, pourquoi cette
mélancolie ?
Était-ce l’ombre de la mort sur sa vie déjà…
La chanson, tout à tour ardent et douce de sang aillait-elle
bientôt achever ses derniers rythmes…
La nuit allait-elle aussi descende en lui, éternelle,
étoilée…
Allait-il bientôt glisser dans la mort comme cette feuille
de peuplier sur le gazon ?
Une feuille de peuplier , laisse de palpiter parmi les autres
feuilles, sous le scintillement des rosées, sous les
baisers du soleil, sous le poids léger des papillon
errants..
Une feuille laisse de vivre…
Et, il regardait les feuilles du peuplier tomber une à
une et, dans chacune, il lui semblait que frémissait
un peu de sa vie, une dernière fois..
Sa vie, toutes sa vie, sans aboutissement, sans victoire…
Toujours, il avait rêvé l’action généreuse
pourtant, oui, enseigner la bonté aux carrefours, enseigner
l’amour par tous les chemins du moine, enseigner la
joie…
Mais
de tant de rêve il ne lui restait plus maintenant qu’une
inexprimable lassitude qu’il ne pouvait plus surmonter…
Avec tristesse, il songeait aux pareilles angoisses de son
père François qui, lui aussi, un moment hésita
devant l’action et il se remémorait comment Sœur
Claire et Frères Silvestre avait éclairé
ls incertitudes du Bienheureux…
En
distraitement, il écoutait l’insecte se débattre
dans l’herbe comme lui dans l’enchevêtrement
de mille pensée, contradictoires…
Mais
à lui, qui répondrai t? comme à François..
qui,? S’écria-t-il avec douleur…
Mais étaient-ce le feuilles du peuplier qui parlaient,
ou les herbes, ou les lèvres d’or des étoiles…
C’est pas encore l’heure de la solitude mon fils.
La journée n’est pas encore terminée.
La moisson t’attend…
Va parmi les plaines du monde et, sur ta poitrine, serre tout
l’humanité comme une gerbe palpitante d’épis…
Retourne vers les hommes, ton cœur n’a pas encore
assez compati, ni assez souffert, ni assez aimé..
Va
remplis jusqu’au bout la mission que je t’ai confié…
Parle, agis et que tes actes parlent plus que tes lèvres…
Le monde, plus que jamais, attend mes envoyés…
Des milliers de cœurs attendent de toi éveil…
Sous la cuirasse d’or dont l’humanité pare
son torse orgueilleux, la gangrènes progresse…
Va et guéris en mon nom l’effroyable mal dont
elle meurt…
Va, mon fils, avec tous mes tendresses, tous les ferveurs,
toutes mes bénédictions, toutes mes pensées
comme des oiseaux de feu autour d toi…va vers les hommes,
ta journée seulement commence…»
Le moine était tom,bé à genoux , avec
les mots de l’apôtre Thomas sur se lèvres
: « Mon Seigneur et mon Dieu ».
Une
ombre lumineuse s’appuyait au peuplier qui chantait
comme une harpe et, au front de l’apparition, une étole
éblouissante tremblait.
|
L'Église
entourée d'oiseaux |
Quel
jardin de soleil, derrière les vitraux incandescents,
rêve et chante ? Le chœur est traversé se
longues palmes d’or. La lampe rouge devant l’autel
n’es plus qu’un pâle rubis dévoré
par la lumière…Au dessus de la porte de la sacristie,
une statue de saint François d’Assise, les bras
ouverts devant la clarté.. Sur les marches de l’autel,
quelques rose blanches éparpillées..
Roses
blanches ! lampe rouge ! rayons !
Un
jardin de soleil et de fleurs, autour de la pauvre église
de béguinage, où mon âme s’est réfugiée,
rêve et chante…
Rien
n’est candide comme ce chœur aux viraux illuminés
dernière lesquels, sans cesse, passe et repassent des
ombres d’oiseaux. Je sais que ce jardin fut un cimetière
jadis et que de psalmodiants cortèges s’y attardaient
parfois sous les saules pleureurs..
Maintenant, on n’y entend plus que le chant des oiseaux
et les murmures de la vie. On croirait que les vieilles murailles
traversées par la lumière, s’allègent
et se diaphanisent et qu’elles ne sont plus une des
rideaux flottants…
La statue de saint François, sous la pluie des rayons,
semble palpiter de joie et d’amour.
Quels
séraphins sur les marches de l’autel ont éparpillé
ces roses ? Est-ce pour toi, François d’Assise,
que ces oiseaux passent et trépassent dernière
les vitraux et chantent ?
Est-ce
pour toi que tant de clarté, de pureté, de tendresse
dans cette église sont encloses ?
Quel rêve nouveau penses-tu donner au monde, François
?
Tes
bras frémissent, tes lèvres remuent dans la
lumière… et soudain, il me semble que c’est
ton cœur pour et harmonieux, cette église traversé
de rayons et entourée d’oiseaux
|
Sources
dela bonté... |
Rechercher
les sources de la Bonté…
Remonter le fleuve jusqu’au bout…
Se pencher alors, avec adoration, sur l’eau qui jaillit,
perles lumineuse, entre quelques pierres…
Plus rêver à la réserve profonde, à
l’immensité de l’eau cachée.
Combien
de fois, jadis, devant le silence du Divin, ne me suis-je
pas écrié, avec quel orgueilleux désespoir
: « La Bonté n’est-elle pas donc qu’en
nous ?
Dans
tous les forces déchaînées de la nature
je ne sentais que la seule présence de la haine.
Je répétais tristement : « La beauté
n’est qu’en nous ».
Je ne me demandais plus ; « Comment est-elle venue en
nous ? »
Je disais : « Nous seuls, les hommes, pouvons être
bons ! »
Maintenant que je sui changé, je m’écrie
: « Comment la Bonté serait-elle en nous si elle
ne nous était donnée comme un présent
divin ? »
Comment
ce rayon pourrit-il traverser notre nuit intérieur
s’il ne s’irradiait d’un idéal foyer
?
La Bonté en nous, n’est qu’une pâle
lumière qui filtre par un interstice cela colossale
muraille de l’infini.
Et
ce n’est que lorsque nous seront parvenus à desceller,
bloc à bloc, un pan de cette muraille que nous pourrons
découvrir la Bonté essentiel.
La Bonté ne serait pas en nous si elle ne venait de
la Bonté même.
Et cette bonté moi que l’avais niée je
l’ai vue clouée éblouissante sur la croix
noire du Golgotha ; je l’ai vu pencher sur nos infamies
sa tête douloureuse et sanglante…
C’est
du baptême de sang et de larmes qu’est née
en nous cette Bonté dont nous nous glorifions…
Et,
elle n’existe dans nos cœurs que parce qu’un
Dieu crucifié a voulu sourire, un jour, à l’épouvantable
misère humaine.
|
L'Imagier |
Là-haut,
sur les échafaudages tremblants, au flanc de la tour
colossale, seul, tu sculptais dans la pierre les formes les
plus exquises de ton rêve..
Tu
le savais, jamais les hommes ne pourraient s’émerveiller
devant ton travail.
Aucune gloire ne rejaillirait de ton œuvre sur toi. Mais
tu travaillais pour Dieu et c’était ta façon
de toi de prier que de sculpter là-haut.
Autour
de toi les pierres s’ajouraient, devenaient dentelles
et fleurs, figures suaves de la madones ou de saintes…
Et parfois il te semblait sentir près de toi la présence
émerveillée d’un ange…
Tu
travaillais dans le ciel entouré d’ailes et de
chants d’oiseaux.
Tu travaillais parmi les cloches qui, d’heure en heure,
tressaient autour de ton travail, de musicales guirlandes…Parfois,
te reposant un moment, tu contemplais à tes pieds la
multitude des toits, des pigeons, des tours, des clochers,
les rues tortueuses, les places, les marchés, et par
cela les murailles, la plaine avec les carrés d’or
de se blés et les villages coiffés de chaume
et les forêts lointaines. Tous les parfums de la terre
et du ciel te baignaient, tous les rumeurs des marchés
des charrois, te grisaient. Tu travaillais enivré d’air
pur, de lumière et de joie.
Ta cathédrale était un bouquet, unissant dans
splendeur tous les plus belles pensés du monde, tous
les plus élans des hommes, un triomphal bouquet de
pierres où les verrières mettaient des éblouissements
de pierreries…
Et voici qu’après tant de siècles je songe
à toi artiste obscure qui travaillais pour Dieu seul,
sans te soucier des vaines admirations des hommes, avec près
de toi pour, inspirer et t’encourager la seul présence
de ton rêve.
|
Ailes
blanches, Ailes rouges |
Dans
chacune des Tes paroles c’était une source qui
chantait…
Ts discours étaient baignés de fraîcheur
éternelle…
Chacun écoutait avec stupeur, le cœur battant, mais
ne comprenait point…
Devant l’aurore qui se levait dan ts yeux, les homes reculaient
éblouis et craintifs…
Et, lorsque, debout sur le mont, Tu laissais Tes pensées,
multitudes d’oiseaux blancs, descendre vers les âmes,
combien s’effrayaient de ce subit battement d’ailes
en eux et repoussaient les oiseaux divins dont leur cœur
était assailli…
Du Golgotha, plus tard, c’est en multitudes d’oiseaux
rouges que tes dernières pensées, les plus belles,
les plus ineffables, descendirent vers les hommes mais, devant
le silence sanglant de la croix, tous s’enfuirent épouvanté.
Et voici qu’après dix-neuf cents ans, plus que
jamais, Tes pensées miséricordieuses, ailes
blanches, ailes rouges, battent des ailes autour de nous…
Mais, hélas, nous ne comprenons pas encore !
|
Orage
de printemps |
L’ombres
de ma chambre était poignardée d’éclaire.
La pluie et la grêle battaient les vitres. Le tonnerre
ébranlait la maison.
Mes bons, mes doux, mes gentils ! Quelle épouvante devait
broyer vos pauvres cours d’oiseaux, parmi les feuilles
du petit bois !
Vos nids ? par terre sans doute !
Vous œufs ? brisés !
Je gémissais dans l’insomnie : « Ils n’oseront
chanter demain et le bois dévasté sera comme une
mortuaire .»
L’Aurore ! Vite je me suis hâlé vers vous.
L a tempête était apaisée. J’allais
par les chemins effondrés…
Des troncs d’arbres renversés ; pareils à
des ossements de bêtes gigantesques, barraient la route
à chaque instant.
L’air était humide et froide des nuages noires,
tournoyaient, rapaces énormes.
Un maigre rayon, parmi les halliers, grelottait.
Mais
tous les oiseaux chantaient.
Vous chantiez, mes bons, mes doux, mes gentils ! L’orage?
Vous l’aviez déjà oublié…
N’était –ce pas le printemps quand même
et le soleil ne triomphait-il pas dans vos cœurs , malgré
tout.
Vous
chantiez, avec quelle ivresse éperdue ! les nids sauvés,
les gouttes de pluie, en perles, aux points des feuilles.
Vous chantiez la vie, le monde, vous chantiez Dieu.
Et votre joie m’apparaissait, d’autant plus héroïque
qu’elle succédait à plus d’angoisse.
Là-bas,
sous les hêtres, s’avançait saint François
d’Assisse, lentement…
Lui
aussi, pris d’inquiétudes, était venu
s’enquérir de ses amis les petits oiseaux dès
l’aurore…
Su chaque nid, il se pendait avec amour et le bénissait,
pour remué d’une religieuse émotion, il
bénissait les feuilles, les fleurs, les herbes, toutes
la nature créée.
Et roucoulaient les ramies, tendrement, autour de lui.
« Par ici, par ici, mes petites viennent d’éclore
» pépiait, folle de joie, une fauvette..
radieuse, la pied s’ébrouait parmi les herbes
mouillées.
Le pâle rayon tremblant mettait, pieusement, au front
du Bienheureux, la lumière d’une auréole.
Et mois je ne me laissais point de contemple saint François
d’Assise, entouré d’oiseaux et ne sachant
par quels gestes puérils et divins exprimer l’étendue
dd sa joie.
Et nos murmurions presqu’ensemble : « Mes bons,
mes doux, mes gentils ».
|
Le
sermon sur la montagne |
Le
prophète s’était tu, et sur le mont, sa
silhouette se dressait toute blanche…
Immobile
et silencieux, les bras ouverts comme pour étreindre
le monde et les mondes, il rêvait…
Parfois ses regards s’abaissaient sur la multitude aux
vêtements multicolores qui faisait à la montagne
une parure de fleurs et il souriait ineffablement…
Le soleil se couchait derrière un bois de cèdres.
Les hirondelles tournoyaient, éperdues de joie, autour
du prophète dans l’extase.
Pour
la première fois, la divine parole d’amour avait
été dire au monde.
Et dans ces cœurs innombrables on la sentait germer,
impatiente de s‘épanouir en floraison de miracles.
Tous les mauvais désirs, tous les colères, tous
les haines fuyaient et une tendresse, encore jamais éprouvée,
emplissait les yeux de douces larmes.
Aimez
vous les uns les autres !
Le soir montait bleu de la plaine et un murmure d’allégresse
passait à travers la foules comme une prière
et les mains se joignaient, et les cœurs battaient plus
fort et les yeux se levaient timides, vers la forme immobile,
que se dressait dans les ombres du soir comme un grand lis
lumineux…
Et vois qu’avec des frissons qui les remuaient jusqu’au
fond de l’âme, tous ces pauvres gens croyaient
voir les mains closes du Christ, s’ouvrir soudain là-haut
dans le ciel et, ruisseler d’elles, blés d’or
miraculeux, les étoiles…
|
Les
Regrets de la Rivière |
J’ondulais
joyeuse et libres entre les roches verts et bleues, jadis.
Depuis
des millénaires, j’étais une force indomptée
qui traversait forêts et prairies, en chantant…
La nature, toute entière, vivait par moi. Des milliers
des racines puisaient dans mon sein la fraîcheur vivifiante
et la réalisait ensuite en feuilles et en fleurs.
Sans les frémissement de toutes les corolles, de toutes
les herbes, de tous les branches, il y avait quelque chose
de ma vie...
Je chantais ! Je chantais avec la roue du vieux moulin je
chantais avec la pluie, je chantais avec le vent !…
Chaque matin, le soleil m’enrichissait de lumière
pour toute la journée… Des enfants rieurs venaient
jouer au bord de mes rives, sautant de pierre en pierre et
je ne me laissais point de baiser leur petits pieds nus…
Une jeune fille, parfois, me jetais des fleurs puis, songeuse,
le regardait s’éloigner au fil de l’eau
comme si elle me chargeait de transmette à l’Aimé
ce naïf présent…
Souvent , au crépuscule, une barque, avec un couple
glissait… et les rames battaient sur mon sein comme
les ailes d’un rêve...
Mes bijoux, c’est les libellules bleues. Le iris me
chapeautaient de fleurs...
Je rêvais, sans cesse bercée aux musiques des
cloches, aux roulements des chariots sur les routes, aux chants
des jeunes gardeuses de chèvres.
Et
le soir, alors que les hirondelles tournoyaient une dernière
fois, je ralentissais mes flots pour que les premières
étoiles puissent s’y mirer.
Ma vie était si bien tissée de rayons, d’ailes,
de joie, qu’il me semblait que ma jeunesse dût
se prolonger ainsi, éternelle…
Mais les hommes ont tué mon bonheur !…
Dans
mes clairs prairies, ils ont dressé des usines noires
et des cheminées gigantesques… Ils ont fait sauter
mes rochers verts et bleues, abattu mes arbres centenaire,
tué toutes mes fleurs.
Les résidus de leur infernales industries, ils les
ont déversés dans mes flots. Mes eaux sont devenus
nauséabondes et noires et maintenant, au lieu de donner
la vie, elles empoisonnent et elle font mourir.
Plus de barques heureuse, plus de petits pieds nus, plus d’oiseaux.
Le soleil n’ose plus poser sur moi ses lèvres
d’or et, devant mon ignominie, les étoiles sont
des yeux à jamais fermés….
Dernièrement, avec quelle fureur, alors que les pluies
de mars avaient gonflé mon cours, avec quelle fureur
je me suis jetée hors de mon lit et ruée sur
mes murailles et ces cheminées qui me narguaient !
Avec quelle rage j’ai voulu tout broyer, tout massacrer,
tout noyer ! Les chaudières rouges s’éteignaient
en sifflant dans les bras implacables, les murailles éventrées
croulaient, les hommes fuyaient en hurlant. Avec quelle haine
j’emportais leur cadavres dans mes tourbillons ! J’aurai
voulu submerger le monde entier et venger la nature assassinée…
Mais,
déjà j’étais retombée dans
mon lit, brisée par mes efforts démesurés,
vaincue !
O François d’Assise vois ce que les hommes ont
fait de ta sœur l’Eau!
|
Discours
aux Hirondelles |
Devant
la mer glauque où quelques barques dansent, vous vous
rassemblez de partout, afin de préparer le voyage vers
le soleil.
Vous tournoyez par dessus la digue, par dessus les toits, avec
la vitesses des rayons.
Seul corniches, les poteaux télégraphiques, vous
vous alignez, en longues files gazouillantes…
Et les moineaux ahuris devant de tels rassemblements ne se lassent
pas de demander : « Que se passe-t-il ? Que se passe-t-il?
Mes
sœurs les hirondelles avez-vous été effrayes
de voir la faux soudain luire parmi les blés, les peupliers
pleurer des larmes d’or, les vignes vierge devenir sanglantes
? Dites-moi…
Vos
gazouilliez multipliés font rêver d’une
dentelle musicale, exquise dans l’air.
Vos bavardages d’oiseaux étourdissent les hôtels
qui portes et volets closes, ensommeillent devant l’automne.
Mais de qui parlez-vous donc ? Dans quelle langue que les
savants Dieu soit loué ne parviendront jamais à
déchiffrer ?
Toi, hirondelle, parles-tu de l’ombre caché et
dorée de cette étable où tu avais, à
une poutre, suspendue ton nid ?… Dis-tu ta joie d’y
pénétrer rapide, une mouche d’émeraude
au bec, pur ressortir aussitôt comme une flèche…
Regrettes-tu ce va-et-vient, de l’azur plein de bourdonnements
et de parfums, aux becs insatiables, toujours ouverts de tes
petits ?
Toi,
hirondelle, parles-tu avec ravissement de ce clocher de village
où parfois s’éveillaient les cloches,
gros oiseaux à jamais emprisonnées, et racontes-tu
cette claire vision d’un dimanche de mai, une procession
naïve, robes blanches et bannières bleues accompagnant
Jésus parmi les blés.
Toi,
hirondelle, exaltes-tu ce soir adorable d’été
où tu prolongeas ton gazouillis au ciel nocturne gemmé
d’étoiles parce qu’il te semblait que tu
portais sur tes ailes de velours le rêve de ces deux
financés timides qui s’embrasaient dans le chemin
?
Et
vous, chères petites hirondelles de l’années,
discutez-vous, avec un peu d’effroi, le long voyage
à accomplir ?
Vous demandez-vous avec inquiétude : « Pour traverser
tant de ciels et de mers, nos ailes seront-elles assez fortes
?»
Sont-ce vos craintes et vos espérances que vous gazouilliez
ainsi, avec une mélancolie délicieuse, chères
petites hirondelles de l’années ?
Mais n’est-ce pas la première fois que vous quittez
votre patrie et ne tremblez-vous pas d’être si
peu de chose devant l’immensité du monde…?
Mes sœur les hirondelles, par milliers devant la mer
!
Les nuages roulent tragiques sur les vagues qui grondent.
Une dernière fois vous murmurez : « Adieu, villages
et plaines, clochers et toits rouges, adieu ! Mais, consolez-vous,
nous reviendrons à l’autre printemps et rapporterons
dans notre cœur fidèle toute le beau soleil d’Afrique.»
L’autre printemps !
Avec
quel brusque élan de mon âme, je supplie : «
Hirondelles, emportez, avec vous toutes mes pensées,
elles aussi sont avides de soleil, emportes les avec vous
vers les ciels éblouissants du midi, et, au printemps
prochain, ramenez-les moi, ivres de joie et de lumière,
comme vous »
|
Découverte
de la joie |
Cette
fleur m’a dit : « La Joie est en moi. »
Avec quelle curiosité avide je me suis penché.
La joie ! Dans la lumière rosée de ces pétales
?
Dans le point d’or de ce pistil? Dans ce parfum?
Cette chose formidable que les hommes recherche désespérément,
depuis toujours, serait-elle cachée dans ta frêle
corolle ?
Comment te croire, ô Fleur ?
Tout
t’effraye : le clair battement d’ailes d’un
papillon le frôlement d’un oiseau, la mis d’un
enfant !
Tu frissonnes devant la venue de la nuit. Tu t’épouvantes
de voir zigzaguer le vol lourd de la chauve-souris. Les premiers
feux du ciel terrifient.
Tu as peur du silence d’un souffle, d’un baiser
!
Et tu oses dire : « La Joie est en moi ! !
Pourquoi en doutes-tu, Père ? La joie n’est-elle
pas justement craintive, éphémère et
tremblante ?
Que les pétales à peine attachées que
la moindre brise peut disperser dans le gazon, c’est
peu de chose, sans doutes. Mais la joie n’est-elle pas
infiniment fragile aussi, la joie ! toute la joie des hommes
! toute la joie de siècles ! toute la joie du passé
! toute celle du présent, toute celle de l’avenir
!
Je semble peu de chose, mais, il y a des milliers d’années,
une fleur pareille à moi s’épanouissait,
dans un jardin pareillement claire, pareillement chantant
de jets d’eaux et d’oiseaux.
Toute frêle que je sois, je survis aux plus orgueilleux
monuments que les hommes, tous à tour, ont élevées.
Pyramide
hautaines, ruine gigantesques de temple à moitiés
ensevelis dans les forêts vous n’a testez rien
d’autre que la présence formidable de la mort.
Moi,
dans mes pétales je sens palpiter et se renouveler
dans cesse, la vie.
Et
je me demande si ce n’est pas dans ma fragilité
que l’éternité rayonnante se cache.
Tu souris ? De l’orgueil ? Non pas, mais je sais que
ma vie, tout à tour, d’autres fleurs identiques
à moi, la vivront ; je sais eu, grâce à
nous, les fleurs, la joie, de corolle en corolle, traversera
l’éternité.
|
Première
Communion au village |
Les
noirs cerisiers de l’hiver, de nouveau, se sont illuminés
de fleurs…
La
vie renaît, délicate et pure, dans la lumière
du printemps, avec des grâces d’enfant et des
ailes d’anges…
Tous ses gestes sont lumineux et divins…
Et chaque pétale de fleur de cerisier qui descend vers
les gazons y dépose le miracle d’une hostie…
Par
les chemins vers l’église, cheminent les petites
communiantes, blanches sous leurs mousselines, elle aussi…
Parmi les prairies et les vergers, nos pensées les
accompagnent jusqu’à Jésus.
Derrière elles, nous pénétrons dans l’église
où le vieux prêtre, en attendant, prie, à
genousx, devant l’autel fleuri…
Les voici alignées sagement da la nef, le front incliné
sous leurs voiles, mains jointes et cœurs tremblants…
Avec
quelle émotion le vieux prêtre contemple ces
enfants qui palpitent dans l’attende de leur Dieu !
Elles ont en elles tous les grâces de cerisier d’avril.
Humanité en blanc ! âmes !
Pour parler à ces enfants il faudrait des mots merveilleux,
des mots comme saint François d’Assise trouvait
pour parler aux oiseaux.
Il
faudrait leur dire : « Mes chères petites alouettes
des champs, bientôt vos âmes jailliront dans la
grande lumière de l’Eucharistie. Elles jailliront
jusqu’au soleil, jusqu’à Dieu, en chantant.
Ah! Si vous pouviez garder, toutes votre vie, un cœur
pareil à celui qui bat en ce moment sous vos mousselines,
le bonheur sera vôtre à jamais.
«Mes chères petites alouettes des champs, il
n’est de joie que dans le Christ.»
Ces
paroles, les a-t-on prononcées ou bien les ai-je rêvées
?
Doucement préludent les orgues. Une hirondelle, la
première de l’année, gazouillis sous le
porche.
Et
le vieux prêtre, les yeux humides, songe à une
humanité perpétuellement enfantine, blanche
et pure, que chaque printemps retrouverait par elle.
Puis, aux petites, agenouillées, lentement, il distribue
le pain miraculeux…
Et
le poète soudain, croit voir, à la place du
Prêtre, Jésus lui-même, Jésus renouvelant
pour ces humbles enfants le geste de la dernière Cène…«
Prenez, ceci est mon corps ».
Aux
orgues la musique est si douce si tendre, si adorablement
voilée que l’on s’étonne à
peine d’y voir se pencher le profil lumineux et des
ailes d’un ange…
|
Le
Bonheur |
Si
votre âme avait la simplicité chantante de l’alouette
et de l’agneau, la paix candide…
S vos rêves avaient la limpidité musicale de la
source…
Si, devant les ailes, devant le feu, devant la vie, vous saviez
vous émerveiller comme les enfants…
La joie vous serait donnée…
Si vous étiez humbles et doux…
Si vous ne vouliez d’autre présence en vous que
celle de tendresse…
Si vous saviez partager, aider, encourager…
Si vous ne vouliez, dans vote cœur d’autre lumière
que celle de la bonté…
La Paix serait vôtre…
Si
vous ne recherchez que la seule beauté matérielle
où transparaît la beauté morale…
Si vous mettiez un peu d’infinie et un peu de divin
dans tous vos actions…
Si vous vous abandonniez, si vous vous laissiez conduire par
les Anges…
Vous auriez le paradis dès ce monde.
|
«
Ma Soeur la Mort » |
C’est
ainsi que la salua saint François d’Assise lorsqu’il
la vit approcher de sa couche. Et il se mit à chanter…
et il lui tendit les bras. Celui qui avait dit : « Ma
sœur l’Eau », « Mon frère le Soleil
», mettait ce qui lui restait de tendresse dans ces derniers
mots : « Ma sœur la Mort.»
Mais, pour lui, c’était vraiment une sœur
; la plus douce, la plus miséricordieuse, celle qui venait
le délivrer de ses derniers haillons de chair..
C’était
la messagère de Dieu, celle qui avait posé ses
lèvres froides sur le front de Jésus, à
l’heure suprême du Golgotha et qui, maintenant
, pareillement, venait le baiser au front.
C’était la fin des travaux, des luttes, des souffrances;
c’était la paix lumineuse et définitive.
Et l’âme de François, à mesure que
la chair faiblissant, devenait plus vivante plus ardente,
battant déjà des ailes.
C’était elle qui chantait sur les lèves
du Saint.
Mais sur combien de pauvres grabats, notre sœur la Mort
ne s’est-elle pas déjà penchée
! La vie enchaîne, elle nous rive aux passions, aux
souffrances; toi, notre sœur la Mort, tu nous délivres.
Et je songe à la paix immense des cimetières..
Tous reposent côte à côte… et c’est
le silence…
Si
tous ceux qui gisent là devaient revivre, ne fut-ce
qu’un instant, que de haines les dresseraient peut-être
les uns conte les autres et, de nouveau, ce serait l’épouvantable
mêlé de la vie.
Laissons-les
dormir ! Oh, oui, qu’ils dorment !… dans les bars
de leur sœur la Mort et qu’elle les berce longuement
dans son amour. Naguère, leurs cœurs étaient
inquiets et tremblants, comme les lumières qu’on
allume sur les tombes, vers le soir, le jour des morts. Leurs
joies avaient un goût de cendre et, bien souvent, ils
sentaient pénétrer en eux la senteur fade des
chrysanthèmes, les fleurs des cimetières.
Laissez-les dormir ! Ne parlez pas trop autour de leurs tombes
!
Ne venez pas troubler leur paix par les vaines paroles dont
s’abusent les hommes.
Agenouillez-vous et priez, car si les corps de ceux qui vous
pleurez reposent sous ces dalles funèbres, leurs âme,
la-haut, on peut être encore besoin de vos prières.
Et,
près de vos amours, méditez sur vous-mêmes.
« Encore u peu de temps, et c’en sera fait de
vous » comme il est dit dans l’Imitation. Encore
un peu de temps ! Nous, les maîtres du monde, les constructeur
de gratte-ciel, nous, les inventeurs de tous ces engins merveilleux
qui embellissent la vie et l’enchantent.
Encore un peu de temps !
Comme François, aurons-nous le courage de chanter lorsque
nous verrons approcher de notre couche, notre sœur la
Mort? Aurons-nous l’âme assez pure, assez étoilée
pour que cette venue nous soit une joie ?
Comme le Saint, oserons-nous tendre nos bras vers la douce
messagère, celle qui doit nous venir tous baiser au
front, avant la montée vers Dieu ?
Voici
le jour des morts ? Chacun s’est incliné sur
une tombe et nos mains sont fleuries. A Travers la couche
de terre qui nous sépare nos voudrons revoir les yeux
aimées.
Qu’ils étaient beaux ces yeux : yeux de mère
ou d’enfants, yeux de financées, ces yeux où
tant de fois nous avions vu notre joie reflétée
| |