MON DIEU ET MON TOUT

© + Sr Denise Ermite

Ame-Retrouve-De-l-ame-retrouvee-P.Emile-Schwartz
01 Le Don Suprême 16 L'imagier
02 Le jour des Rameaux 17 Ailes blanches, Ailes rouges
03 Pureté 18 Orage de printemps
04 Notre Frère Le Silence 19 Le sermon sur la montagne
05 Le sourire de la souffrance 20 Les Regrets de la Rivière
06 Une fleur bleue 21 Discours aux Hirondelles
07 La beauté de l'heure 22 Découverte de la joie
08 Quel don encore ? 23 Première Communin au village
09 Jusqu'au soleil... 24 Le Bonheur
10 Une feuille lumineuse 25 « Ma Soeur la Mort »
11 De quelle nuit ? 26 La Cathédrale
12 Mains de lumière... 27 Exemple d'un Dieu
13 Le Cloître 28 Eau baptismale
14 L'Église entourée d'oiseaux 29 Chant d'Amour
15 Sources de la bonté...    
 Le Don Suprême
Je songe à cet âge de ténèbres infinies où Ton cœur, seul, contenaît la lumière…

Par les doux chemins de Galilée, Tu allais, avec ce trésor dans ta poitrine…

Lorsque Tu rêvais, appuyé sur le mur bas d’un jardin où jouaient des enfants, nul ne se pouvait douter de la merveilleuse aurore qui naissait pour nous dans Ton âme…

Au vieillard qui tendait ses mains tremblantes ; à la veuve, aux yeux brûlés de larmes ; au malade ; au désespéré; tu donnais un peu de Ton trésor et une parcelle de la joie infinie s’épanouissait dans leur pauvres âmes.

Aux multitudes, aussi bien qu’aux apôtres, tu révélais la Bonté.

Patiemment, avec des paroles que jamais personne n’avait entendues. Tu révélais l’Amour…

Les haines reculaient devant Toi et les hypocrisies se voilaient.
Heure merveilleuse ! Oh! si le monde entier avait pu s’agenouiller dans la lumière de cette heure-la ! La joie, depuis longtemps, aurait été nôtre.

Tu portait sa Ton cœur l’âge d’or et le royaume de Dieu.
Tous les paroles qui bruissaient sur Tes lèvres étaient génératrices de paix et de bonheur.
Suivre ton enseignement, c’était préparer le règne de l’Amour.

Pourquoi l’humanité ne s’est-elle pas jetée dans Tes bras, si généreusement tendus?
Pourquoi a-t-on percé ce cœur qui ne demandait qu’à s’ouvrir ? En Te suppliait, l’homme se suppliciait lui-même. En Te clouant sur la croix, il se clouait lui-même sur la croix.
Stupidement, il a saccagé son paradis et voulu son enfer.

Oh! les tueurs de joie ! Toues ces figures grimaçantes et sardoniques ! tous ces poings tendues ! tous ces bouches hurlantes ! tous ces crachats !

Ils crachaient sur leur joie. Ils flagellaient leur joie. Ils tuaient leur joie.
Su le Calvaire, c’est le prodigieux suicide du monde.

Et Toi, sanglant, Tu pardonnais !

Tu donnais ton cœur quand même, Tu donnais Ta vie, malgré tout ! Ton sang ruisselait, de Ton torse entrouvert, sur le sol noir et, malgré nos colères et malgré nos haines, la divine semence germait..

Nous repoussions sauvagement la Lumière et Tu nous la donnais quand même.
Nous repoussions l’Amour et Tu le déposait malgré nous dans nos cœurs.
Nus contemplions Ton supplice, sans pitié, de Toi, et aurais voulu T’arracher de la croix pour nous serrer sur Ta poitrine.

Et voici, qu’après tant de siècles, la clarté de Ton corps illumine encontre la croix du Golgotha, Oui, ta crois se dresse toujours au somment du monde comme un reproche et comme une espérances. Mais, pas delà Tes souffrances, nous voyons poindre l’Aube.
Ta mort contient la vie et Ton cœur le Soleil.

Nos sommes des millions à sangloter dans l’ombre effroyable.
Nous sommes des millions à ployer sur la fardeau des haines; mais, par delà notre misère.
Ta misère, celle que nous avons voulue, illumine la nôtre.

Toi, notre victime, Tu es le seul encore à nous aimer… et le seul sourire assez éblouissant pour nous consoler, c’est sur Tes lèvres expirants que nous le voyons fleurir…
La Beauté, la pureté, L’Idéal, tout cela, nous le voyons resplendir dire dans Ton corps, lis cloué sur une croix…

Mon Dieu ! Mon Dieu ! Quel miracle Tu portes En toi ! Quel prestige bouillonne dans ton sang ! Quelle force, au fond de ta poitrine palpite !

Plus que Jamais ouvre-nous Tes bras ; plus que jamais aime-nous.
Malgré nos inventions prodigieuses, malgré les progrès inouïs de notre civilisation, nous en somme que des malheureux qui viennent à Toi…

Et, devant la mort et le néant nous ne voyons plus que Toi, Soleil et Joie, notre Victime et notre Dieu…

 Le jour des Rameaux
Ce printemps dut le plus beau du monde. La lumière même semblait parfumée. Jamais tant de lis n’avaient illuminé les jardin de Galilée. Jamais la ronde des abeilles n’avait été plus joueuse autour des roses épanouies…
Un joie immense, éperdue, flottait dans l’air st puis neigeait, en mystique pétales, au fond des âmes…
Jamais la détresse humaine n’avait senti une aussi souveraine tendresse se pencher sur elle. Elle se redressait frémissant, le front tendu vers le baiser divin.
Ce printemps fut le plus beau du monde…

Jésus suis de ses disciples s,en allait vers Jérusalem…
Durant trois ans Il avait guéri les malades, ressuscité les morts.
Ses mains merveilleuses s’étaient posés, douces comme des ailles, sur des maux innombrables et les avaient soulagées.

Tous ceux qui pleuraient avaient été consolés, tous les plaies, même les horribles, celles de l’âme comme celles de la chair. Il les avaient fermées.
Dans ses bras, sur son cœur, Il avait serré les petits enfants avec tant d’amour que leurs mères, d’émotion, éclataient en sanglots.

Il avait élevé des bas-fonds ténébreux du vice jusqu’au miracles de l’Aurore, Marie Magdeleine.
Jamais la Bonté, la Joie, l’Amour n’avaient ainsi donné un tripe rayonnement à un seuil être. Ses disciples n’osaient presque plus l’approcher e t lorsqu’ils levaient leurs yeux vers Lui ils auraient voulu se jeter dans la poussière pour adorer.
Jésus, suivi de ses disciples, s’en allait vers Jérusalem.

Il penchait le front, songeur. Sans doute, des acclamations et des palmes agitées dans le soleil, l’attendaient là-bas. Il se savait. On jetterait des fleurs sur ses pas. On crierait : « Bénit soit Celui qui vient au nom du Seigneur ». Il serait reçu comme un roi, comme un Dieu. Il savait tout cela…

Les disciples rayonnaient. Ne marchaient-ils pas vers l’Apothéose enfin ?
La Divinité de celui qu’ils saluaient comme le Messie éclateraient bientôt, éblouissante dans cette claire matinée de printemps où l’odeur des lis montait comme un encens.

Ils observaient le Maître, en silence s’attendant à une transfiguration.
Mais Lui savait aussi qu’il allait vers la souffrance et vers la mort.
Il croyait déjà voir la croix des dresser devant lui, noire dans un ciel rouge.
Et son front, de plus en plus, se penchait.

Les disciples se disaient entre eux : L’heure approche où Il va se proclamer Roi.
Nous deviendrons se ministres glorieux et la Judée, puis le monde, seront à nous.
A Mon royaume n’est pas dans ce monde. Oui mon royaume n’est pas de ce monde parce que les hommes préfèreront toujours d’autres paroles à ma parole, parce qu’ils écouteront toujours avec plus de confiance ceux qui les abusent que ceux qui se sacrifient pour eux. »
Et comme Jérusalem leur apparaissait soudain au détour d’un bois d’oliviers, blanche et radieuse, Il pleura.


Les disciples le considéreraient avec étonnement et ne comprenaient point. Pour le Maître pleurerait-il le jour du triomphe ?

Pourquoi ? Leur stupéfaction s’accrût lorsque revinrent les deux disciples que Jésus avait envoyé au devant. Ils ramenaient une ânesse et son ânon ! Et le Seigneur monta sur l’ânesse !
Était-ce là l’appareil d’un roi et, à leur tour, n’osant rien dire, ils penchaient leur font, vaguement inquiets.

Il était venu au monde dans une crèche; Il avait passé sa jeunesse en travaux grossier et, maintenant, Il se préparait à faire son entrée triomphale à Jérusalem, juché sur une ânesse !

Ils ne comprenaient plus ; certains songeaient à retourner dans leur villages; d’autres chuchotaient, observant Jésus à la dérobée. Mais lorsqu’ils vivrent arriver au devant d’eux sur la route une foule innombrable agitant des palmes et criant : « Hosanna au Fils de David » ils reprirent soudain courage et confiance et leurs yeux se mouillèrent de larmes heureuses.

Il leur semblait que l’humanité se rendait enfin compte combien était sublime cette Tendresse qui venait au devant d’elle. « Hosanna au fils de David ! Hosanna ! Hosanna! » Les jeunes filles répandaient des fleurs sur le chemin où le Seigneur devait passer, les hommes étendaient leurs manteaux et les palmes étaient si nombreuses et palpitantes dans le ciel qu’on aurait crus une forêt vivante. Des agneaux bêlaient…

Heure émouvante ! l’Amour enfin acclamé par les hommes !

Le pharisiens se tenaient à l’écart, ils criaient à Jésus : a faites-les taire. » Mais Lui répondait en souriant : « S’ils se taisent les pierres crieront ». Et eux sentaient leur impuissance et leur bassesse devant le prestige de cette royauté spirituelle qui les écrasait.
Leurs faces grimaçaient de haine dans la pure lumière de ce printemps et ils seraient si affreusement leurs poings que les ongles leur entraient dans la chair.

Et voici qu’après dis-neuf cent ans la chevauché merveilleuse de Jésus se continue. Malgré les colères, les haines, le Doux Galiléen poursuit son chemin, de siècle en siècle, jusqu’au définitif triomphe. Une à une ont été fermées par la mort, les bouches qui maudissaient et les poings menaçant sont retombés inertes.
Et nous sommes encore là des millions a crier sur son passage « Hosanna au Fils de David ! béni soit celui qui vient au mon du Seigneur ! »

Et, à travers les champs de bataille, les ruines et les désastres, nous suivons l’Amour, avec un esprit immense, et nous cœurs plus que jamais battent autour de Lui comme des palmes.

 Pureté
Sous quelle forme idéale te rêver ?
De quelle neige t’envelopper ? Blancheur essentielle, faite de clarté, faite d’amour, faite de joie…

Où te trouver ? Dans le bleu d’un regard? Sans l’argent fluide d’une source ?Dans la transparence de ce pétale de fleur de cerisier qui pêche dans l’air doré ?

Sur ton front, quelle couronne de fleurs ou d’étoiles, poser ?
Quel lis mettre dans ta main chaste ?
Toi, le reflet d’une Beauté suprême qui s’épanouit par delà la vie !

Comme elles te cherchent, désespérément, nos âmes !
Nous avons de toi, d’invincibles nostalgies. Nous sentons, si bien, que toi seul peux nous conduire à la Beauté et que le Divin est un trésor que nous ne pouvons découvrir que dans ton cœur.
Nous sentons que par toi seule peut nous venir le pardon.

Lorsque dernière le premier couple se fermèrent les portes d’or du Paradis tu y était restée enclose, Pureté.
Pendant des siècles, le monde a ignoré la lumière de ta présence.
Mais le Christ est venue.
Il t’a ramenée vers nous par les sentiers de Galilée, rose de pudeur et de joie et souriant à travers tes cheveux entremêlés.

Oui c’est bien Lui qui nous l’a rendue celle qui doit être la compagne éternelle de notre âme; celle qui doit nous faire rentrer au Paradis perdue.

Te voici, devant nous Enfant bénie de la lumière, Pureté et, dans nos cours enténébré, c’est l’Aube que tu apportes.
Éblouis, nous osons à peine ouvrir les yeux et nous tremblons de sentir sur notre front fiévreux la fraîcheur de ta main.
Pureté’! Nous en sommes pas dignes de voir tes ailes blanches s’ouvrir en nous mais, pour nous sauver quand même, cachet-toi dans la neige d’Hostie.

 Notre Frère Le Silence
Nul visage n’est plus suave que le tien, nul n’est plus lumineux, nul n’est plus pur, il a le sourire de l’Éternité, la beauté souveraine des choses qui ne passent point.

Visage d‘ange ou de saint on ne sait il est en nous comme un reflet du ciel. Lorsque nos le contemplons dans notre cœur, nous nous sentons inondés de joie sereine et d’indicible paix.
Il est en nous comme le visage d’un ange de Noël et d’une Madone de l’Annonciation.
Devant lui nous oublions nos incertitudes, nos doutes. Nous oublions nos souffrances, nos désespoirs, nos lâchetés. Et, lentement, nous joignons nos mains dans la prière.

Les paroles ne sont qu’un vain bruit tôt dissipé et dont il ne subsiste rien.
Les lèvres du silence toutes closes qu’elles soient nous parlent au plus profond de notre âme.
Lorsque toutes les voix se taisent, sa voix mystérieuse s’élève en nous et chacune de ses paroles a des répercussions infinies dans le notre cœur.

Et plus s’étendait les ténèbres sur le monde et plus se tuent les tempêtes contre les murailles et plus devient en nous lumineux et paisible le beau visage du Silence.

Rien n’apaise et ne console comme ce rayonnement intérieur.
Rien ne contient plus d’espérance et plus d’amour.

Ceux-là seuls se trouvent qui se laissent éclairer par le visage du Silence.
Ceux-là seuls sont consolés qui s’inclinent devant lui.
Car le Silence est joie, lumière, amour. Il enveloppe nos cœurs et le monde comme un firmament étoilé. Il est la paix rayonnante, la certitude, la force. Il nous retrempe, nous vivifie, nous illumine.

Devant le tombeau d’où va surgir le Christ ressuscité, c’est lui qui est assis songeur.
Les portes d’or du Paradis, c’est lui qui, un jour, nous les ouvrira.

O notre frère le Silence, approche-toi de ces millions d’âmes qui ignorent le miracle et la bénédiction de ta présence, au devant de tous ceux qui crient leur souffrance et leur révolte.
Va au devant de tous ceux qui maudissent et blasphèment.
Rabaisse les poings levés. Arrête les gestes menaçants. Pose ta main lumineuse et fraîche sur tous ces front fiévreux. Et que tout s’apaise dans les cœurs tourmentés. Et que les hommes cessent de proférer des paroles de désespoir et de haine et qu’ils t’écoutent toi, notre frère le Silence qui nous apporte la pitié du Ciel dans ton sourire et qu’ils entendent, eux aussi , monter ton chant inexprimable dans leur âme pacifiée.

 Le sourire de la souffrance
La souffrance est tout près de nous.
Ses yeux sont deux étoiles tristes dans l’ombre. Mais ce sont deus étoiles…
Et notre âme est pénétrée e lumière quand même.
Naguère, tout était noir en nous. L’abîme nous semblait insondable d’être rempli de ténèbres.

Maintenant, notre âme, malgré tout, s’éclaire.
En elle, c’est le premier sourire de l’aurore.
Les arbres estompent déjà leurs feuillages.
Bientôt les oiseaux, tous ensemble, recommenceront à chanter…

La longue nuit sera terminée… et, peu à peu, triomphera le soleil.

Ne repoussons donc pas la souffrance. Ne la chansons pas.
Ne disons pas : « Laisse-nous, tu n’a s rien a nous donner.
Nous préférons les ténèbres. La lumière que tu nous apportes nous épouvante .»

Mais la souffrance a le sourire de la Vierge du Golgotha…

Oui, c’est vraiment la Vierge qui vient vers nous, nous tend les bras et nous dit : « Ne pleurez plus, mes enfants. Ma souffrance a contenu toutes les souffrances, et, pourtant, voyez quel fleuve de consolation et de joie ne cesse d’en découler sur le monde.

Ma souffrance a tenue toutes les souffrances et, pourtant, voyez comme après elle des flots d’amour ne cessent de se dépenser dans les âmes. »

Les souffrances n’est horrible que ceux-là qui ne l’acceptent pas.
Pour ceux qui tendent leur front vers son baiser, elle est la révélation suprême.
C’est grâce à la souffrance, que nos deux âmes se sont rencontrées ;
C’est par elle qu’elles se sont comprise ; c’est par elle qu’elles seront, un jour, sauvées.

 Une fleur bleue
Je courais à l’abîme et je me suis laissé arrêter par une fleur… une fleur illuminée par la rosée de tes larmes et bleue comme tes yeux…

Je me suis laissé arrêter par une fleur…

Et me voici, à genoux, comme un enfant…

Dans mon cœur monte le pur encens d’une prière, le parfum sans doute la chère petite leur bleue.

Et je prie. Le Miracle n’est-il pas évident pour moi?
je pensais que rien ne voulait plus me sauver, et j’ai été sauvé par une fleur !

Aussi, avec quelle reconnaissance et quel soin je veux la conserver dans mon âme à jamais cette fleur bleue illuminée de tes larmes et douce comme tes yeux.

 La beauté de l'heure
Sur le mur blanc, éblouissant de soleil, le cerisier s’émerveille de voir trembler l’ombre de ses fleurs…

Un pas de jeune fille fait craquer le sable du sentier…
A travers les lilas croulent des avalanches de moineaux.
Sur une corniche, un pigeon bleu tourne orgueilleusement sur place et roucoule sans fin…

L’heure est pétrie de soleil, vibrante de pétales et d’ailes d’oiseaux.
On croirait abolie toute souffrance et les vergers de la joie à jamais fleuris.

Le présent si fragile, fleur timide, un moment resplendissante au bord de l’abîme, nous semble une éternité bienheureuse… Les lourds nuages de la vie se sont dissipés ; la tempête a tu ses hurlements dans notre âme…

L’hiver ? N’y songeons plus…
Regardons s’étoiler, une à une, les fleurs délicates du cerisier dans la lumière…
Regardons tourner ce pigeon bleu, dans le ciel rose du printemps.
Et que ce pas de jeune file prolonge dans notre âme un écho de joie et d’amour…

Quel don encore ?
Mon âme, pourquoi me considère est-tu avec tant de mélancolie?
Pour te sauver n’ai-je parfait tout ce que j’ai pu?
N’ai-je abdiqué tout orgueil ?
Ne me suis-je pas agenouillé et n’ai-je pas crié miséricorde pour toi ?
Ne me suis-je pas renoncé en tout ?

J’ai voulu que tu retrouvas toute la beauté que tu avais perdue.
J’ai voulu que la pureté, comme une source fraîche, fût de nouveau en toi, chantante.
J’ai voulu des fleurs, à ton front, de nouveau et l’aube dans tes yeux.

Avec quelle joie j’ai de nouveau vu palpiter tes ailes, redevenues blanches. Toute la joie que tu rêvais je te l’ai donnée
.
Je t’ai ramené toutes les tendresses dont tu avais la nostalgie.
Tu demandais Dieu, tu l’as reçu caché dans la neige éblouissante de l’Hostie.

N’est-tu pas encore apaisée, mon âme ? et que veux-tu de moi, encore ? Parle ! Puis-je refuser quelque chose à ton sourire ou à tes larmes ?

N’es-tu pas ma douce reine intérieur ? celle devant qui toutes mes pensées s’inclinent et tous mes rêves chantent ?

N’es-tu pas tu le divin de ma vie ?

Et sans toi, serais-je autre chose qu’un peu de matière bientôt dissoute?

Par mon âme, oh parle et dis-moi ce que je dois donner encore ?

Jusqu'au soleil...
Mon âme, pourquoi t’affliges-tu de la sorte ? Quelle lassitude pèse sur toi ? Pourquoi ton mal se prolonge-t-il? Le bonheur ne t’a-t-il point été révélé ? Ne sais-tu pas qu’il est en toi lorsque tu possèdes la simplicité et la pureté ? Sois donc passible…

Jamais, tu t’épouvantais devant le vide infinie, tu en voulais pas admettre qu’un seul être, Dieu, pût le remplir. Tu cherchais à expliquer par des efforts démesurés de la pensée ce qui pour être expliqué par aucune intelligence humaine. Créateur, tu voulais réer ton Créateur ! Tu voulais un Dieu né de tes laborieuses réflexions, un Dieu qui serait « ton » Dieu.

Tu pensais : Le but de chaque créature doit être de trouver « son» Dieu, il y a autant de religions différents que d’être, disais-tu.

Et tu cherchais là où ne pouvais rien trouver.

Tu croyais que ton orgueil allait te servir de lanterne pour te guider dans les ténèbres. Pauvre lanterne ! qui n’éclairait qu’un mur qu’aucun de tes efforts ne pouvait saper. Et voici que la miséricorde divine s’est penchée sur toi malgré ton aveuglement ! Comme saint Augustin, tu as entendu une voix qui t’appelait.

Tu as rejeté loin de toi la fausse lumière de ton orgueil et tu t’es humiliée dans les larmes. L’amour de Dieu t’a enveloppée, ravie, arrachée à toi-même. Tu ne pourras plus vivre en dehors du cercle enchanté que la Grâce a tracé autour de toi. Seule, tu sais de quels abîmes la pitié du ciel t’a sauvée...

Tout cela a été si brusque, si inattendu, si mérité que tu te rends à peine compte de ce qui s’est passée…

Et tu te demande : « Pourquoi subitement ainsi, sans transition, ai-je chanté ? »
Ta foi est bien tremblante encore ! Parois, à l’heure véhémente de la souffrance, tu sens de nouveau grandir, malgré toi, dans ton cœur la hantise du néant. Mais alors, le ciel te sourit si divinement, si tendrement que tu d’abandonnes encore une fois à l’espérance.

Puis l’inquiétude revient. Tant de grâces reçues avant qu’elles fussent mérités !

Mais n’est-ce pas un signe que on a confiance toi puisque la récompense t’est donnée d’avance ?
Ne trahis pas cette confiance. Ne te laisse plus trouver par des angoisses vaines.
Et puisses-tu ne plus jamais abandonner la route droite qui monte, triomphalement, jusqu’au ciel…jusqu’à Dieu.

Une feuille lumineuse
Ton amour, feuille lumineuse, à laquelle se cramponne mon âme, papillon…

Que de souffles m’avaient emporté. Combien de fois m’étais-je senti tourbillonner dans la tempête ? Combien de fois ne m’étais-je pas cru à jamais perdu ? Un papillon !

Comme j’étais insatiable de jardins et de fleurs ! L’orgueil, m’aveuglait sur ma fragilité.
Je songeais presque à conquérir le monde. Un papillon!

Mais déjà les ailes de mon âme, déchirées par mille tempêtes, n’avaient plus la force de me soutenir ; la mort était proche.

Et ton amour est venu au devant de moi comme une feuille lumineuse à laquelle mon âme s’est cramponnée..

Doux abri où je me blottis, les yeux fermés. Je n’ais plus d’orgueil.
Je sais trop bien que je suis peu de chose ... un papillon cramponnée à une feuille !

Puisse le Ciel prolonger ce miracle et bénir à jamais la petite feuille lumineuse qui m’a sauvée…

De quelle nuit ?
Avec quelle nonchalance heureuse, glissent mes pensées, ce matin, comme des cygnes sur l’eau dorée…

Les feuillages lumineux des saules sont des bannières inclinées au long des rives…

De quelle nuit glissent ainsi mes pensées, vers toi, toutes blanches ?

De quelle nuit ?

Mains de lumière...
Des mains de lumière, en moi se sont jointes…

Mon cœur était écrasé de ténèbres et de boue…
Mon âme était esclave de la nuit…

Mais un clair visage s’est penché surmoi…
Une voix m’a parlé…

Des mains de lumière, en moi se sont jointes…

Le Cloître
Assis sur un banc de pierre, le moine regardait se découper au ogive du cloître le ciel parsemé d’or…
Au milieu d’un parterre gazonnée, bordé de buis, un peuplier, seul arbre de l’enclos, bruissait…
Le moine songeait…

Une paix parfumé, autour de lui, flottait..
On ne percevait que le seul battement d’élytres d’in insecte tombé dans l’herbe…

Solitude enfin trouvée ! la vie, toute entière limités par les murs d’un cloître et seulement libre d’un côté du ciel…
Solitude, remède et besoin de l’âme souffrante…

Après des années d’apostolat, de lutte, ce besoin brusque d’être seul…
Son âme malade, meurtrie, lasse, trop longtemps traînée à travers tous les misères et tous les angoisses du monde était venue se réfugier dans le cloître…

Douceur des mousses sur les vieux murs, douceur des brises dans les herbes et dans les feuilles, douceur des soirs parsemés d’or…

Douceur d’être seul, ravi en Dieu, loin du tumulte atroce de la vie, loin des sanglantes chevauchées de l’orgueil, loin des étreinte farouches de la haine, loin des passions et des vices..

Devant les clameurs, et les pierres jetées, il avait fui..
Avec que le joie, il s’était laissé choir sur ce banc de pierre, dans cette solitude tant désirée, baume souverain pur toutes les plaies intérieure…

Mais, après les premières ivresses, pourquoi cette mélancolie ?
Était-ce l’ombre de la mort sur sa vie déjà…
La chanson, tout à tour ardent et douce de sang aillait-elle bientôt achever ses derniers rythmes…
La nuit allait-elle aussi descende en lui, éternelle, étoilée…
Allait-il bientôt glisser dans la mort comme cette feuille de peuplier sur le gazon ?
Une feuille de peuplier , laisse de palpiter parmi les autres feuilles, sous le scintillement des rosées, sous les baisers du soleil, sous le poids léger des papillon errants..
Une feuille laisse de vivre…


Et, il regardait les feuilles du peuplier tomber une à une et, dans chacune, il lui semblait que frémissait un peu de sa vie, une dernière fois..
Sa vie, toutes sa vie, sans aboutissement, sans victoire…
Toujours, il avait rêvé l’action généreuse pourtant, oui, enseigner la bonté aux carrefours, enseigner l’amour par tous les chemins du moine, enseigner la joie…

Mais de tant de rêve il ne lui restait plus maintenant qu’une inexprimable lassitude qu’il ne pouvait plus surmonter…
Avec tristesse, il songeait aux pareilles angoisses de son père François qui, lui aussi, un moment hésita devant l’action et il se remémorait comment Sœur Claire et Frères Silvestre avait éclairé ls incertitudes du Bienheureux…

En distraitement, il écoutait l’insecte se débattre dans l’herbe comme lui dans l’enchevêtrement de mille pensée, contradictoires…

Mais à lui, qui répondrai t? comme à François..
qui,? S’écria-t-il avec douleur…

Mais étaient-ce le feuilles du peuplier qui parlaient, ou les herbes, ou les lèvres d’or des étoiles…

C’est pas encore l’heure de la solitude mon fils. La journée n’est pas encore terminée. La moisson t’attend…
Va parmi les plaines du monde et, sur ta poitrine, serre tout l’humanité comme une gerbe palpitante d’épis…
Retourne vers les hommes, ton cœur n’a pas encore assez compati, ni assez souffert, ni assez aimé..

Va remplis jusqu’au bout la mission que je t’ai confié…
Parle, agis et que tes actes parlent plus que tes lèvres…
Le monde, plus que jamais, attend mes envoyés…

Des milliers de cœurs attendent de toi éveil…
Sous la cuirasse d’or dont l’humanité pare son torse orgueilleux, la gangrènes progresse…
Va et guéris en mon nom l’effroyable mal dont elle meurt…
Va, mon fils, avec tous mes tendresses, tous les ferveurs, toutes mes bénédictions, toutes mes pensées comme des oiseaux de feu autour d toi…va vers les hommes, ta journée seulement commence…»

Le moine était tom,bé à genoux , avec les mots de l’apôtre Thomas sur se lèvres : « Mon Seigneur et mon Dieu ».

Une ombre lumineuse s’appuyait au peuplier qui chantait comme une harpe et, au front de l’apparition, une étole éblouissante tremblait.

L'Église entourée d'oiseaux
Quel jardin de soleil, derrière les vitraux incandescents, rêve et chante ? Le chœur est traversé se longues palmes d’or. La lampe rouge devant l’autel n’es plus qu’un pâle rubis dévoré par la lumière…Au dessus de la porte de la sacristie, une statue de saint François d’Assise, les bras ouverts devant la clarté.. Sur les marches de l’autel, quelques rose blanches éparpillées..

Roses blanches ! lampe rouge ! rayons !

Un jardin de soleil et de fleurs, autour de la pauvre église de béguinage, où mon âme s’est réfugiée, rêve et chante…

Rien n’est candide comme ce chœur aux viraux illuminés dernière lesquels, sans cesse, passe et repassent des ombres d’oiseaux. Je sais que ce jardin fut un cimetière jadis et que de psalmodiants cortèges s’y attardaient parfois sous les saules pleureurs..
Maintenant, on n’y entend plus que le chant des oiseaux et les murmures de la vie. On croirait que les vieilles murailles traversées par la lumière, s’allègent et se diaphanisent et qu’elles ne sont plus une des rideaux flottants…

La statue de saint François, sous la pluie des rayons, semble palpiter de joie et d’amour.

Quels séraphins sur les marches de l’autel ont éparpillé ces roses ? Est-ce pour toi, François d’Assise, que ces oiseaux passent et trépassent dernière les vitraux et chantent ?

Est-ce pour toi que tant de clarté, de pureté, de tendresse dans cette église sont encloses ?
Quel rêve nouveau penses-tu donner au monde, François ?

Tes bras frémissent, tes lèvres remuent dans la lumière… et soudain, il me semble que c’est ton cœur pour et harmonieux, cette église traversé de rayons et entourée d’oiseaux

Sources dela bonté...
Rechercher les sources de la Bonté…
Remonter le fleuve jusqu’au bout…
Se pencher alors, avec adoration, sur l’eau qui jaillit, perles lumineuse, entre quelques pierres…
Plus rêver à la réserve profonde, à l’immensité de l’eau cachée.

Combien de fois, jadis, devant le silence du Divin, ne me suis-je pas écrié, avec quel orgueilleux désespoir : « La Bonté n’est-elle pas donc qu’en nous ?

Dans tous les forces déchaînées de la nature je ne sentais que la seule présence de la haine.
Je répétais tristement : « La beauté n’est qu’en nous ».
Je ne me demandais plus ; « Comment est-elle venue en nous ? »
Je disais : « Nous seuls, les hommes, pouvons être bons ! »

Maintenant que je sui changé, je m’écrie : « Comment la Bonté serait-elle en nous si elle ne nous était donnée comme un présent divin ? »

Comment ce rayon pourrit-il traverser notre nuit intérieur s’il ne s’irradiait d’un idéal foyer ?
La Bonté en nous, n’est qu’une pâle lumière qui filtre par un interstice cela colossale muraille de l’infini.

Et ce n’est que lorsque nous seront parvenus à desceller, bloc à bloc, un pan de cette muraille que nous pourrons découvrir la Bonté essentiel.
La Bonté ne serait pas en nous si elle ne venait de la Bonté même.

Et cette bonté moi que l’avais niée je l’ai vue clouée éblouissante sur la croix noire du Golgotha ; je l’ai vu pencher sur nos infamies sa tête douloureuse et sanglante…

C’est du baptême de sang et de larmes qu’est née en nous cette Bonté dont nous nous glorifions…

Et, elle n’existe dans nos cœurs que parce qu’un Dieu crucifié a voulu sourire, un jour, à l’épouvantable misère humaine.

L'Imagier
Là-haut, sur les échafaudages tremblants, au flanc de la tour colossale, seul, tu sculptais dans la pierre les formes les plus exquises de ton rêve..

Tu le savais, jamais les hommes ne pourraient s’émerveiller devant ton travail.
Aucune gloire ne rejaillirait de ton œuvre sur toi. Mais tu travaillais pour Dieu et c’était ta façon de toi de prier que de sculpter là-haut.

Autour de toi les pierres s’ajouraient, devenaient dentelles et fleurs, figures suaves de la madones ou de saintes…
Et parfois il te semblait sentir près de toi la présence émerveillée d’un ange…

Tu travaillais dans le ciel entouré d’ailes et de chants d’oiseaux.
Tu travaillais parmi les cloches qui, d’heure en heure, tressaient autour de ton travail, de musicales guirlandes…Parfois, te reposant un moment, tu contemplais à tes pieds la multitude des toits, des pigeons, des tours, des clochers, les rues tortueuses, les places, les marchés, et par cela les murailles, la plaine avec les carrés d’or de se blés et les villages coiffés de chaume et les forêts lointaines. Tous les parfums de la terre et du ciel te baignaient, tous les rumeurs des marchés des charrois, te grisaient. Tu travaillais enivré d’air pur, de lumière et de joie.

Ta cathédrale était un bouquet, unissant dans splendeur tous les plus belles pensés du monde, tous les plus élans des hommes, un triomphal bouquet de pierres où les verrières mettaient des éblouissements de pierreries…

Et voici qu’après tant de siècles je songe à toi artiste obscure qui travaillais pour Dieu seul, sans te soucier des vaines admirations des hommes, avec près de toi pour, inspirer et t’encourager la seul présence de ton rêve.

Ailes blanches, Ailes rouges
Dans chacune des Tes paroles c’était une source qui chantait…
Ts discours étaient baignés de fraîcheur éternelle…
Chacun écoutait avec stupeur, le cœur battant, mais ne comprenait point…
Devant l’aurore qui se levait dan ts yeux, les homes reculaient éblouis et craintifs…

Et, lorsque, debout sur le mont, Tu laissais Tes pensées, multitudes d’oiseaux blancs, descendre vers les âmes, combien s’effrayaient de ce subit battement d’ailes en eux et repoussaient les oiseaux divins dont leur cœur était assailli…

Du Golgotha, plus tard, c’est en multitudes d’oiseaux rouges que tes dernières pensées, les plus belles, les plus ineffables, descendirent vers les hommes mais, devant le silence sanglant de la croix, tous s’enfuirent épouvanté.

Et voici qu’après dix-neuf cents ans, plus que jamais, Tes pensées miséricordieuses, ailes blanches, ailes rouges, battent des ailes autour de nous…

Mais, hélas, nous ne comprenons pas encore !

Orage de printemps
L’ombres de ma chambre était poignardée d’éclaire. La pluie et la grêle battaient les vitres. Le tonnerre ébranlait la maison.
Mes bons, mes doux, mes gentils ! Quelle épouvante devait broyer vos pauvres cours d’oiseaux, parmi les feuilles du petit bois !
Vos nids ? par terre sans doute !
Vous œufs ? brisés !
Je gémissais dans l’insomnie : « Ils n’oseront chanter demain et le bois dévasté sera comme une mortuaire .»


L’Aurore ! Vite je me suis hâlé vers vous.
L a tempête était apaisée. J’allais par les chemins effondrés…
Des troncs d’arbres renversés ; pareils à des ossements de bêtes gigantesques, barraient la route à chaque instant.
L’air était humide et froide des nuages noires, tournoyaient, rapaces énormes.
Un maigre rayon, parmi les halliers, grelottait.

Mais tous les oiseaux chantaient.

Vous chantiez, mes bons, mes doux, mes gentils ! L’orage? Vous l’aviez déjà oublié…
N’était –ce pas le printemps quand même et le soleil ne triomphait-il pas dans vos cœurs , malgré tout.

Vous chantiez, avec quelle ivresse éperdue ! les nids sauvés, les gouttes de pluie, en perles, aux points des feuilles. Vous chantiez la vie, le monde, vous chantiez Dieu.
Et votre joie m’apparaissait, d’autant plus héroïque qu’elle succédait à plus d’angoisse.

Là-bas, sous les hêtres, s’avançait saint François d’Assisse, lentement…

Lui aussi, pris d’inquiétudes, était venu s’enquérir de ses amis les petits oiseaux dès l’aurore…
Su chaque nid, il se pendait avec amour et le bénissait, pour remué d’une religieuse émotion, il bénissait les feuilles, les fleurs, les herbes, toutes la nature créée.
Et roucoulaient les ramies, tendrement, autour de lui.
« Par ici, par ici, mes petites viennent d’éclore » pépiait, folle de joie, une fauvette..
radieuse, la pied s’ébrouait parmi les herbes mouillées.

Le pâle rayon tremblant mettait, pieusement, au front du Bienheureux, la lumière d’une auréole.

Et mois je ne me laissais point de contemple saint François d’Assise, entouré d’oiseaux et ne sachant par quels gestes puérils et divins exprimer l’étendue dd sa joie.

Et nos murmurions presqu’ensemble : « Mes bons, mes doux, mes gentils ».

Le sermon sur la montagne
Le prophète s’était tu, et sur le mont, sa silhouette se dressait toute blanche…

Immobile et silencieux, les bras ouverts comme pour étreindre le monde et les mondes, il rêvait…

Parfois ses regards s’abaissaient sur la multitude aux vêtements multicolores qui faisait à la montagne une parure de fleurs et il souriait ineffablement…

Le soleil se couchait derrière un bois de cèdres. Les hirondelles tournoyaient, éperdues de joie, autour du prophète dans l’extase.

Pour la première fois, la divine parole d’amour avait été dire au monde.

Et dans ces cœurs innombrables on la sentait germer, impatiente de s‘épanouir en floraison de miracles.
Tous les mauvais désirs, tous les colères, tous les haines fuyaient et une tendresse, encore jamais éprouvée, emplissait les yeux de douces larmes.

Aimez vous les uns les autres !

Le soir montait bleu de la plaine et un murmure d’allégresse passait à travers la foules comme une prière et les mains se joignaient, et les cœurs battaient plus fort et les yeux se levaient timides, vers la forme immobile, que se dressait dans les ombres du soir comme un grand lis lumineux…

Et vois qu’avec des frissons qui les remuaient jusqu’au fond de l’âme, tous ces pauvres gens croyaient voir les mains closes du Christ, s’ouvrir soudain là-haut dans le ciel et, ruisseler d’elles, blés d’or miraculeux, les étoiles…

Les Regrets de la Rivière
J’ondulais joyeuse et libres entre les roches verts et bleues, jadis.

Depuis des millénaires, j’étais une force indomptée qui traversait forêts et prairies, en chantant…
La nature, toute entière, vivait par moi. Des milliers des racines puisaient dans mon sein la fraîcheur vivifiante et la réalisait ensuite en feuilles et en fleurs.

Sans les frémissement de toutes les corolles, de toutes les herbes, de tous les branches, il y avait quelque chose de ma vie...

Je chantais ! Je chantais avec la roue du vieux moulin je chantais avec la pluie, je chantais avec le vent !…
Chaque matin, le soleil m’enrichissait de lumière pour toute la journée… Des enfants rieurs venaient jouer au bord de mes rives, sautant de pierre en pierre et je ne me laissais point de baiser leur petits pieds nus…
Une jeune fille, parfois, me jetais des fleurs puis, songeuse, le regardait s’éloigner au fil de l’eau comme si elle me chargeait de transmette à l’Aimé ce naïf présent…

Souvent , au crépuscule, une barque, avec un couple glissait… et les rames battaient sur mon sein comme les ailes d’un rêve...

Mes bijoux, c’est les libellules bleues. Le iris me chapeautaient de fleurs...
Je rêvais, sans cesse bercée aux musiques des cloches, aux roulements des chariots sur les routes, aux chants des jeunes gardeuses de chèvres.

Et le soir, alors que les hirondelles tournoyaient une dernière fois, je ralentissais mes flots pour que les premières étoiles puissent s’y mirer.
Ma vie était si bien tissée de rayons, d’ailes, de joie, qu’il me semblait que ma jeunesse dût se prolonger ainsi, éternelle…
Mais les hommes ont tué mon bonheur !…

Dans mes clairs prairies, ils ont dressé des usines noires et des cheminées gigantesques… Ils ont fait sauter mes rochers verts et bleues, abattu mes arbres centenaire, tué toutes mes fleurs.
Les résidus de leur infernales industries, ils les ont déversés dans mes flots. Mes eaux sont devenus nauséabondes et noires et maintenant, au lieu de donner la vie, elles empoisonnent et elle font mourir.

Plus de barques heureuse, plus de petits pieds nus, plus d’oiseaux.
Le soleil n’ose plus poser sur moi ses lèvres d’or et, devant mon ignominie, les étoiles sont des yeux à jamais fermés….

Dernièrement, avec quelle fureur, alors que les pluies de mars avaient gonflé mon cours, avec quelle fureur je me suis jetée hors de mon lit et ruée sur mes murailles et ces cheminées qui me narguaient ! Avec quelle rage j’ai voulu tout broyer, tout massacrer, tout noyer ! Les chaudières rouges s’éteignaient en sifflant dans les bras implacables, les murailles éventrées croulaient, les hommes fuyaient en hurlant. Avec quelle haine j’emportais leur cadavres dans mes tourbillons ! J’aurai voulu submerger le monde entier et venger la nature assassinée…

Mais, déjà j’étais retombée dans mon lit, brisée par mes efforts démesurés, vaincue !
O François d’Assise vois ce que les hommes ont fait de ta sœur l’Eau!

Discours aux Hirondelles
Devant la mer glauque où quelques barques dansent, vous vous rassemblez de partout, afin de préparer le voyage vers le soleil.
Vous tournoyez par dessus la digue, par dessus les toits, avec la vitesses des rayons.
Seul corniches, les poteaux télégraphiques, vous vous alignez, en longues files gazouillantes…
Et les moineaux ahuris devant de tels rassemblements ne se lassent pas de demander : « Que se passe-t-il ? Que se passe-t-il?

Mes sœurs les hirondelles avez-vous été effrayes de voir la faux soudain luire parmi les blés, les peupliers pleurer des larmes d’or, les vignes vierge devenir sanglantes ? Dites-moi…

Vos gazouilliez multipliés font rêver d’une dentelle musicale, exquise dans l’air.
Vos bavardages d’oiseaux étourdissent les hôtels qui portes et volets closes, ensommeillent devant l’automne.

Mais de qui parlez-vous donc ? Dans quelle langue que les savants Dieu soit loué ne parviendront jamais à déchiffrer ?
Toi, hirondelle, parles-tu de l’ombre caché et dorée de cette étable où tu avais, à une poutre, suspendue ton nid ?… Dis-tu ta joie d’y pénétrer rapide, une mouche d’émeraude au bec, pur ressortir aussitôt comme une flèche…
Regrettes-tu ce va-et-vient, de l’azur plein de bourdonnements et de parfums, aux becs insatiables, toujours ouverts de tes petits ?

Toi, hirondelle, parles-tu avec ravissement de ce clocher de village où parfois s’éveillaient les cloches, gros oiseaux à jamais emprisonnées, et racontes-tu cette claire vision d’un dimanche de mai, une procession naïve, robes blanches et bannières bleues accompagnant Jésus parmi les blés.

Toi, hirondelle, exaltes-tu ce soir adorable d’été où tu prolongeas ton gazouillis au ciel nocturne gemmé d’étoiles parce qu’il te semblait que tu portais sur tes ailes de velours le rêve de ces deux financés timides qui s’embrasaient dans le chemin ?

Et vous, chères petites hirondelles de l’années, discutez-vous, avec un peu d’effroi, le long voyage à accomplir ?
Vous demandez-vous avec inquiétude : « Pour traverser tant de ciels et de mers, nos ailes seront-elles assez fortes ?»
Sont-ce vos craintes et vos espérances que vous gazouilliez ainsi, avec une mélancolie délicieuse, chères petites hirondelles de l’années ?
Mais n’est-ce pas la première fois que vous quittez votre patrie et ne tremblez-vous pas d’être si peu de chose devant l’immensité du monde…?

Mes sœur les hirondelles, par milliers devant la mer !
Les nuages roulent tragiques sur les vagues qui grondent.
Une dernière fois vous murmurez : « Adieu, villages et plaines, clochers et toits rouges, adieu ! Mais, consolez-vous, nous reviendrons à l’autre printemps et rapporterons dans notre cœur fidèle toute le beau soleil d’Afrique.»

L’autre printemps !

Avec quel brusque élan de mon âme, je supplie : « Hirondelles, emportez, avec vous toutes mes pensées, elles aussi sont avides de soleil, emportes les avec vous vers les ciels éblouissants du midi, et, au printemps prochain, ramenez-les moi, ivres de joie et de lumière, comme vous »

Découverte de la joie
Cette fleur m’a dit : « La Joie est en moi. »

Avec quelle curiosité avide je me suis penché. La joie ! Dans la lumière rosée de ces pétales ?
Dans le point d’or de ce pistil? Dans ce parfum?
Cette chose formidable que les hommes recherche désespérément, depuis toujours, serait-elle cachée dans ta frêle corolle ?
Comment te croire, ô Fleur ?

Tout t’effraye : le clair battement d’ailes d’un papillon le frôlement d’un oiseau, la mis d’un enfant !
Tu frissonnes devant la venue de la nuit. Tu t’épouvantes de voir zigzaguer le vol lourd de la chauve-souris. Les premiers feux du ciel terrifient.
Tu as peur du silence d’un souffle, d’un baiser !
Et tu oses dire : « La Joie est en moi ! !

Pourquoi en doutes-tu, Père ? La joie n’est-elle pas justement craintive, éphémère et tremblante ?
Que les pétales à peine attachées que la moindre brise peut disperser dans le gazon, c’est peu de chose, sans doutes. Mais la joie n’est-elle pas infiniment fragile aussi, la joie ! toute la joie des hommes ! toute la joie de siècles ! toute la joie du passé ! toute celle du présent, toute celle de l’avenir !

Je semble peu de chose, mais, il y a des milliers d’années, une fleur pareille à moi s’épanouissait, dans un jardin pareillement claire, pareillement chantant de jets d’eaux et d’oiseaux.

Toute frêle que je sois, je survis aux plus orgueilleux monuments que les hommes, tous à tour, ont élevées.

Pyramide hautaines, ruine gigantesques de temple à moitiés ensevelis dans les forêts vous n’a testez rien d’autre que la présence formidable de la mort.

Moi, dans mes pétales je sens palpiter et se renouveler dans cesse, la vie.

Et je me demande si ce n’est pas dans ma fragilité que l’éternité rayonnante se cache.
Tu souris ? De l’orgueil ? Non pas, mais je sais que ma vie, tout à tour, d’autres fleurs identiques à moi, la vivront ; je sais eu, grâce à nous, les fleurs, la joie, de corolle en corolle, traversera l’éternité.

Première Communion au village
Les noirs cerisiers de l’hiver, de nouveau, se sont illuminés de fleurs…

La vie renaît, délicate et pure, dans la lumière du printemps, avec des grâces d’enfant et des ailes d’anges…
Tous ses gestes sont lumineux et divins…
Et chaque pétale de fleur de cerisier qui descend vers les gazons y dépose le miracle d’une hostie…

Par les chemins vers l’église, cheminent les petites communiantes, blanches sous leurs mousselines, elle aussi…
Parmi les prairies et les vergers, nos pensées les accompagnent jusqu’à Jésus.
Derrière elles, nous pénétrons dans l’église où le vieux prêtre, en attendant, prie, à genousx, devant l’autel fleuri…
Les voici alignées sagement da la nef, le front incliné sous leurs voiles, mains jointes et cœurs tremblants…

Avec quelle émotion le vieux prêtre contemple ces enfants qui palpitent dans l’attende de leur Dieu !
Elles ont en elles tous les grâces de cerisier d’avril. Humanité en blanc ! âmes !
Pour parler à ces enfants il faudrait des mots merveilleux, des mots comme saint François d’Assise trouvait pour parler aux oiseaux.

Il faudrait leur dire : « Mes chères petites alouettes des champs, bientôt vos âmes jailliront dans la grande lumière de l’Eucharistie. Elles jailliront jusqu’au soleil, jusqu’à Dieu, en chantant. Ah! Si vous pouviez garder, toutes votre vie, un cœur pareil à celui qui bat en ce moment sous vos mousselines, le bonheur sera vôtre à jamais.
«Mes chères petites alouettes des champs, il n’est de joie que dans le Christ.»

Ces paroles, les a-t-on prononcées ou bien les ai-je rêvées ?
Doucement préludent les orgues. Une hirondelle, la première de l’année, gazouillis sous le porche.

Et le vieux prêtre, les yeux humides, songe à une humanité perpétuellement enfantine, blanche et pure, que chaque printemps retrouverait par elle.
Puis, aux petites, agenouillées, lentement, il distribue le pain miraculeux…

Et le poète soudain, croit voir, à la place du Prêtre, Jésus lui-même, Jésus renouvelant pour ces humbles enfants le geste de la dernière Cène…« Prenez, ceci est mon corps ».

Aux orgues la musique est si douce si tendre, si adorablement voilée que l’on s’étonne à peine d’y voir se pencher le profil lumineux et des ailes d’un ange…

Le Bonheur
Si votre âme avait la simplicité chantante de l’alouette et de l’agneau, la paix candide…
S vos rêves avaient la limpidité musicale de la source…
Si, devant les ailes, devant le feu, devant la vie, vous saviez vous émerveiller comme les enfants…
La joie vous serait donnée…

Si vous étiez humbles et doux…
Si vous ne vouliez d’autre présence en vous que celle de tendresse…
Si vous saviez partager, aider, encourager…
Si vous ne vouliez, dans vote cœur d’autre lumière que celle de la bonté…
La Paix serait vôtre…

Si vous ne recherchez que la seule beauté matérielle où transparaît la beauté morale…
Si vous mettiez un peu d’infinie et un peu de divin dans tous vos actions…
Si vous vous abandonniez, si vous vous laissiez conduire par les Anges…
Vous auriez le paradis dès ce monde
.

« Ma Soeur la Mort »
C’est ainsi que la salua saint François d’Assise lorsqu’il la vit approcher de sa couche. Et il se mit à chanter… et il lui tendit les bras. Celui qui avait dit : « Ma sœur l’Eau », « Mon frère le Soleil », mettait ce qui lui restait de tendresse dans ces derniers mots : « Ma sœur la Mort.»
Mais, pour lui, c’était vraiment une sœur ; la plus douce, la plus miséricordieuse, celle qui venait le délivrer de ses derniers haillons de chair..

C’était la messagère de Dieu, celle qui avait posé ses lèvres froides sur le front de Jésus, à l’heure suprême du Golgotha et qui, maintenant , pareillement, venait le baiser au front.

C’était la fin des travaux, des luttes, des souffrances; c’était la paix lumineuse et définitive.
Et l’âme de François, à mesure que la chair faiblissant, devenait plus vivante plus ardente, battant déjà des ailes.
C’était elle qui chantait sur les lèves du Saint.

Mais sur combien de pauvres grabats, notre sœur la Mort ne s’est-elle pas déjà penchée ! La vie enchaîne, elle nous rive aux passions, aux souffrances; toi, notre sœur la Mort, tu nous délivres.
Et je songe à la paix immense des cimetières..
Tous reposent côte à côte… et c’est le silence…

Si tous ceux qui gisent là devaient revivre, ne fut-ce qu’un instant, que de haines les dresseraient peut-être les uns conte les autres et, de nouveau, ce serait l’épouvantable mêlé de la vie.

Laissons-les dormir ! Oh, oui, qu’ils dorment !… dans les bars de leur sœur la Mort et qu’elle les berce longuement dans son amour. Naguère, leurs cœurs étaient inquiets et tremblants, comme les lumières qu’on allume sur les tombes, vers le soir, le jour des morts. Leurs joies avaient un goût de cendre et, bien souvent, ils sentaient pénétrer en eux la senteur fade des chrysanthèmes, les fleurs des cimetières.

Laissez-les dormir ! Ne parlez pas trop autour de leurs tombes !
Ne venez pas troubler leur paix par les vaines paroles dont s’abusent les hommes.
Agenouillez-vous et priez, car si les corps de ceux qui vous pleurez reposent sous ces dalles funèbres, leurs âme, la-haut, on peut être encore besoin de vos prières.

Et, près de vos amours, méditez sur vous-mêmes. « Encore u peu de temps, et c’en sera fait de vous » comme il est dit dans l’Imitation. Encore un peu de temps ! Nous, les maîtres du monde, les constructeur de gratte-ciel, nous, les inventeurs de tous ces engins merveilleux qui embellissent la vie et l’enchantent.
Encore un peu de temps !

Comme François, aurons-nous le courage de chanter lorsque nous verrons approcher de notre couche, notre sœur la Mort? Aurons-nous l’âme assez pure, assez étoilée pour que cette venue nous soit une joie ?
Comme le Saint, oserons-nous tendre nos bras vers la douce messagère, celle qui doit nous venir tous baiser au front, avant la montée vers Dieu ?

Voici le jour des morts ? Chacun s’est incliné sur une tombe et nos mains sont fleuries. A Travers la couche de terre qui nous sépare nos voudrons revoir les yeux aimées.
Qu’ils étaient beaux ces yeux : yeux de mère ou d’enfants, yeux de financées, ces yeux où tant de fois nous avions vu notre joie reflétée