MON DIEU
ET
MON TOUT

© + Sr Denise Ermite

Série 25 - 22 pages

Les 7 paroles de la vierge Marie
auteur chamoine Goerge-Joseph de Geuser

Appendice A

A quel moment de sa vie, la sainte Vierge eut-elle l'usage de la raison?

Section- A cette quetion, les saints Docteurs.
A cette question, les Saints et les Docteurs ne craignent pas de répondre : dès son Immaculée Conception ! Et cette opinion, Vasquez (in 3 P. ; D. 119 ;c. 3,) la note »comme vraie et commune- uti veram et communem ; »- saint Alphonse l’appelle « non pas une simple opinion, mais l’opinion du monde entier ; » - le Vénérable P. de la Colombière dit « qu’elle a été adoptée au temps de nos Pères par les plus savant théologiens , et toute l’École s’accord aujourd’hui à la défendre ; » - « Nul doute, ajoute saint François de Sales, que Marie n’ai eu l’usage de la raison, dès que son âme fut mise en ce petit corps formée dans les entrailles de sainte Anne. »

Beaucoup d’autres auteurs, sans préciser le degré de certitudes que possède cette opinion, se plaisent à l’exposer comme une doctrine qui ne se discute pas : « Dès sa première sanctification, dit Bernardin de Sienne, la sainte Vierge fut illuminée dans son intelligence d’une clarté non pareille que le Saint-Esprit répandit sur elle… Ainsi dès le sein de sa mère, elle jouit de son lire arbitre t de sa raison, Et suivant plusieurs, elle fut dès lors ans un état de contemplation plus sublime, que jamais nulle créature ne le fut dans la maturité de son âge… » J’abrège à regret cette belle citation que l’on trouvera plus complètes et avec les références très exactes, dans l’ouvrage du P. Terrien, au Chapitre I du Ve Livre toute entier consacré à notre sujet. (II,1-66)

Parmi les grands théologiens qui défendent ce privilège de la sainte Vierge, citons encore Suarez, de Myst. Christi.D.4 ; S.7 ;- et Salmeron, t.III, tract.12- Les traités théologiques sur la sainte Vierge ont tous une thèse sur cet objet : on pourra lire la Mariologie du P. Hermann,I,172 ;-et 193 ;-le Tractatus de B.V. , du P.Depoix,p.155, etc.

Section- 2 Il nous faut maintenant examiner sur quelles raisons de telles autorités ont embrassé une opinion si extraordinaire à première vue.

1- C'est un principe admis par les Saints et les Docteurs, dit le P. Terrien, (II, 16 et I, 303-314,)

Que «tous les privilèges de grâce accordés à d’autres Saints doivent aussi l’être, et dans une mesure supérieur, à la Bienheureuse Vierge Marie. Or, continue le même auteur, (II, 11) et les anges du ciel et les premiers auteurs de la famille humine, sanctifiés à l’instant même de leur création, le furent les uns et les autres dans le plein exercice de leur intelligence. »

Concluons de là que la sainte Vierge, immaculé dans sa Conception, a été pareillement sanctifiée dans le plein usage de sa raison.

Mais l’argument, pourront-on objecter, ne vaut pas ici : nos premiers parents ont été créées dans l’entier épanouissement de leur être de nature, tandis que Marie n’est, à sa Conception, qu’au premier degré de sa formation, une créature humaine en ébauche, incapable de toute opération intellectuelle.-A cela nos répondons avec le P. Terrien, (II,11) : « Avouez toute fois que s’il convenait aux serviteurs d’adorer leur Maître dès leur entrée dans la vie, il convenait plus encore à la Mère du même Seigneur de ne pars vivre des jours, des mois et des années sans les connaître ni l’aimer… »

Mais il y a mieux ; l’Évangile nous l’atteste : trois mois avant sa naissance, saint Jean-Baptiste, sanctifié à la voix de Marie, « Tressaillit de joie » dans le sein de sa mère. La joie suppose la connaissance ; les Pères, comme nous le verrons dans l’Appendice B, en ont unanimement conclu que le saint Précurseur avait reçu dès lors avec la grâce, le plein usage de la raison. Comment pourrions-nous refuser à Marie une faveur qui par elle fut accordée au fils d’Élisabeth ?

2- La grâce, dit saint Thomas, (I,q,95, art. 1, ad 5,)

Étant un mariage spirituel entre Dieu et l’âme, demande le consentement de celui qui la reçoit. » C’est là, nous le verrons dans l’Appendice C, une des raisons pour lesquelles, au témoignage des Pères, il plus à Dieu de demander à Marie son libre consentement à l’Incarnation ; parce que cette alliance du Christ et de la Vierge était le type et l’exemplaire de l’union de Notre-Seigneur et de l’âme, dans le mystère de la grâce. Sans doute, dans sa miséricorde et pour sauver de plus nombreuses phalanges, d’élus, le Seigneur ne réclame pas un consentement de petits enfants ; et ceux-ci «sont sauvés, dit saint Thomas, non par leur acte personnel de foi, mais dans la foi de leurs parents ou de l’Église. Il n’est pas moins vrai, continue le saint Docteur, que de ces deux modes de sanctification, le premier et le plus noble et le plus parfait… C’est pourquoi le Christ a été sanctifié moyennent un mouvement libre et actuel de sa volonté vers Dieu. » C’est pourquoi encore, pour mieux honorer la nature humaine et la nature angélique, Dieu a voulu que les Anges et Adam fussent ainsi sanctifiés, en acceptant librement la grâce et en coopérant ainsi dans la plénitude de leur libre arbitre à leur propre justification. «Partant de là, conclut Terrien, (II, 20) n’est-il pas infiniment juste que l’Épouse de Dieu, la seule. Épouse Dieu, le plus excellente et la plus aimée, » (1) ne contracte pas d’une manière passive un si glorieux mariage ? Quoi ? des épouses du Christ, qui méritent à peine ce titre quand on les compare à Marie, ne seront pas admise à son alliance, sans qu’il leur fasse l’honneur d’attendre leur livre consentement ; et cette âme de la Vierge n’aurait pas même conscience de la dignité qu’elle reçoit ? Et elle n’aurait ni volonté pour aller au devant du Bien-Aimé, ni sentiment pour le remercier ? Est-ce croyable ? Et quand je pense que d’autres ont eu ce privilège, puis-je me persuader qu’il lui a été refusé ? Dieu n’a pas voulu la prendre pour Mère, sans lui demander au préalable son assentiment et il ne tiendrai aucun compte de sa libre volonté quand il se l’unit comme son unique épouse ? »

3- Contre ce privilège de Marie, on ne cite guère, dit le P. Terrien,(III, 27,)

Contre ce privilège de Marie, on ne cite guère, dit le P. Terrien, (II,27,) que deux adversaires déclarés, Muratori, trop connu par ses attaques contre la sainte Vierge, et Jean Gerson. Mais ici ce dévot serviteur de Marie se trouvent en désaccord avec ces propres principes. On cite encore une grave parole de saint Thomas : « Marie n’eut pas l’usage de sa raison pendant qu’elle était au sien de sa Mère : Ça été le privilège du Christ. »

Remarquons d’abord que le Docteur Angélique admet comme nous le principe exposé dans notre premier argument-(V. Terrien, I, 37,) et l’illumination de saint Jean-Baptiste. (V.Cat.aurea.) C’est lui encore qui nous a fourni les bases de notre seconde preuve ; admettant nos prémisses, il eût été logique d’en tirer note conclusion.- Quant à la raison qu’il allègue, bien loin de combattre notre thèse, elle l’appuie ; car c’est aussi un principe admis par les Saints : « Telle Mère, tel Fils ! » c’est-à-dire, comme l’expose le P. Letierce, dans son beau Mois de Marie, (1,67,) : «Sauf les réserves de droit et les prérogatives qui ne peuvent appartenir qu’à la sainte Humanité du Sauveur, tout ce que Notre-Seigneur possède par nature, Marie le possède par grâce… Ainsi Jésus est Roi, Marie est Reine ; Jésus est Rédempteur, Marie Corédemptrice ; Elle est Médiatrice universelle de grâce et de prières auprès de l’universel et nécessaire Médiateur. » Et le pieux auteur conclut : » Jésus est immaculé dans sa conception ; immaculée est aussi la conception de sa Mère, Jésus dès le premier instant de sa vie, jouit du libre exercice de ses facultés ; et Marie, comme Jésus, a conscience d’elle-même et de ses actes, Jésus conserve sans intermittence la pleine possession de lui-même et le sommeil même n’entrave pas le vol de sa contemplation Marie peut dire comme son Fils : Je dore, mais mon cœur veille. Notre-Seigneur connaît tous les hommes, ceux du passé, ceux du présent et ceux de l’avenir ; et la sainte Vierge, au moins dès son élévation à la Maternité divine, n’ignore aucun des sujets de son immense empire, aucun des enfants que lui donne sa maternité spirituelle. »

4- Il resterait un dernier problème à élucider...

Ici-bas, l’intelligence humaine ne s’exerce que sur des images fournies par les sens ; et sans ces données, il lui est impossible d’enter en activité. Comment donc la Vierge, avec son organisme embryonnaire et dans le sommeil de ses sens, pouvait-elle, dès son Immaculée Conception déployer ses facultés intellectuelles ?- Sans doute nous avons déjà répondu : « Comme l’a fait saint Jean-Baptiste ; « et si l’on s’obstine à rejeter le témoignage de la Tradition, « comme très certainement l’a fait Notre-Seigneur qui, dès le premier moment de son Incarnation, a joui du plein usage des sa raison. » Mais si l’on veut une explication philosophique, il suffit d’admettre que Dieu, suppléant lui-même aux donnés des sens, ait accordé à Marie ce qu’il n’a pas refusé à Jésus, le don d’une science infuse, c’est à dire «une science imprimé dans l’âme par Dieu lui-même et indépendante dans son origine et dans son exercice de toute coopération de l’organisme. »

Cette hypothèse une fois admise, il est facile d’expliquer beaucoup d’autres privilèges de notre divine Mère : toute sa vie, Marie a prié sans interruption, et le sommeil même n’empêchait pas le vol de sa pensée vers Dieu. – C’est que précisément la science infuse s’exerce indépendamment du jeu des organes, et par conséquent sans fatigue. Ce privilège, Dieu l’a accordé à ses serviteurs : « Saint Alphonse Rodriguez continuait parfois dans le sommeil l’oraison commencée pendant le jour, et il se trouvait alors si embrasé d’amour qu’il pouvait dire en vérité : Je dors, mais mon cœur veille. » (Terrien, II)

A Noel, élève à la contemplation la plus sublime, Marie en même temps vague librement à ses devoirs de Mère, elle prend Jésus, l’enveloppe de lange et le dépose dans la Crèche. L’Âme en extase n’est-elle pas insensible aux excitations du dehors ?- Oui, mais, « la science infuse siège à ces hauteurs où la sensibilité n’a pas d’accès ; de même qu’elle ne reçoit aucune aide des puissance inférieures de l’être, elle n’apporte aucun obstacle à l’exercice de leur activité, si parfois l’extase immobilise les forces de l’âme, c’est que la région dans laquelle elle se produit se rattache de plus ou moins près du champ de la sensibilité. A mesure que la connaissance surnaturelle s’élève plus haut dans l’intelligence, à mesure que les points de contact vont diminuant, l’influence mutuelle décroît et finit par disparaître. » Terrein, V. Ch.II)

5- Enfin, au témoignage de pieux auteurs.(02)

Marie a connue en détail tous les enfants de son immense famille. Mais, avec la science infuse, quoi de plus facile à admettre ? Dieu, qui voit tout, le passé, le présent et l’avenir, comme dans un livre toujours ouvert, ne peut-il pas donner de cette vison une image plus ou moins complète, à qui lui plaît ? Le 10 juin 1836, mourait à Rome une humble femme d’ouvrier, la Vénérable Anna-Maria Taïgi. Pendant 47 ans, Dieu lui montra, dans un soleil mystérieux, tout ce qui pouvait être utile à son bien spirituel et à celui du prochain ; elle y vit l’incendie de Moscou, en 1812, la mort de Napoléon, à Sainte-Hélène, le sort d’Alexandre I, sauvé pour avoir protégé l’Église ; elle y contemplait les choses les plus cachées, les secrets de l’avenir, la destinée des âmes pour lesquelles ont sollicitait ses prières, la situation morale des diocèses sur lesquels les évêques la consultaient. Et Dieu n’aurait pas fait pour sa Mère ce qu’il a daigné faire pour cette obscure femme du peuple ? Est-ce croyable ?

Références- des textes
(01)- C’est ainsi que les Pères appellent la Très Sainte Vierge.

(02)- Entre autres le B. Albert le Grand, St Antonin, St Bernardin de Sienne, le P. de Rhodes etc V. Petitalot, I, 373.

L’ordre des pages sont placées l’une derrière l'autre ;
tel que dans le livre et non pas en ordre alphabétique suivre les chiffres.

 

Titre

auteur
l'Abbé G. Degeuser

Les 7 Paroles de Très Vierge Marie
01
Avant-Propos-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
12
6ieme-Parole-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
02
Aimons-la-Vierge-Meditons-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
13
7ieme-Parole-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
03
Considerations-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
14
 Paroles-mises-sur-les-levres-Ste-Vierge-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
04
1iere-Parole-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
15
Consacrons-nous-a-Marie-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
05
2ieme-Parole-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
16
A-quel-moment-de-sa-vie-Marie-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
06
3ieme-Parole-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
17
 A-quel-moment-St-Jean-Baptiste-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
07
4ieme-Parole-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
18
Pour-quelles-raisons-plut-il-a-Dieu-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
08
Magnificat2-Connaissance-de-Dieu-sois-meme-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
19
Magnificat-ecole-de-reconnaissance-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
09
Magnificat3-La-providence-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
20
Notre-Dame-du-Tres-Saint-Sacrement-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
10
Magnificat4-Le don-de-Jesus-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
21
Sur-le-Saint-Esclavage-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
11
5ieme-Parole-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html
22
Prieres-indulgences-Chanoine-Georges-Joseph-Degeuser.html

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