Avant-propos
La
présente brochure fait suite tout naturellement à Vie
Merveilleuse de Saint-François. L’une trace l’attachante
figure du petit Pauvre d’Assise, l’autre enseigne la façon
de l’Imiter.
Beaucoup
admirent saint François et son oeuvre, beaucoup s’enthousiasment
de ses exemples et de son esprit, certains sont sensibles à la
poésie qui jaillit de son cœur, d’autres s’attachent
à l’attrait de la spiritualité franciscaine. Ces
différents appréciations se justifient pleinement et leur
ensemble constitue un bel et incomparable hommage.
On
ne répétera jamais assez, cependant, que la meilleur façon
de glorifier saint François, c’est, pour les gens du monde,
d’entrer dans le Tiers-Ordre, de revêtir les humbles livrées
franciscaines et de s’efforcer ensuite, par l’observance
de la Règle, de marcher sur la trace glorieuse de ses pas.
On
ne répétera jamais assez que le plus sûr moyen de
s’initier à la spiritualité franciscaine, c’est
d’entrer dans le Tiers-Ordre.
On
ne répétera jamais assez aux vrais chrétiens du
monde qui songent à leur salut et à la sanctification
de leur âme, qu’il existe pour eux, reconnue et constamment
recommandée par les Papes, une école de vie chrétienne
dans le Tiers-Ordre de saint François.
On
ne répétera jamais assez que le Tiers-Ordre constitue
une avantageuse vulgarisation de la vie religieuse à la portée
des âmes qui vivent au milieu de l’agitation du siècle.
Il a une valeur sanctificatrice incontestable pour l’individu
et peut avoir sur la société la plus heureuse des influences.
Les
enseignements de cet ouvrage ne sont pas nouveaux. Ils ne font que présenter
sous une forme moderne la doctrine traditionnelle. Cependant, ils voudraient
surtout souligner les possibilités que la Règle du Tiers-Ordre
offre pour assurer l’œuvre de la sanctification personnelle
et son rayonnement sur le monde.
Nombreuses
sont aujourd’hui les âmes de bonne volonté, dans
tous les rangs de la société, et particulièrement
dans la jeunesse. Un jour prochain, nous le souhaitons, les jeunes et
leurs guides comprendront, ce que les Papes n’ont cessé
de proclamer, l’utilité et les avantages inappréciables
de cette « vulgarisation de la vie religieuse ». En attendant,
notre devoir n’est-il pas de faire tous nos efforts pour qu’on
s’approche de cette source d’eau vivre, de ce Tiers-Ordre
de saint François ? Cette brochure sera un nouvel essai vers
ce but.
En
vue de facilité la lecture de ces pages et d’en assurer
le profit, nous avons recherché une grande clarté de langage
et nous avons coupé notre texte par des sous-titres nombreux.
On y verra là un effort de simplicité.
«
Quiconque, a déclaré le pape Grégoire, IX, aura
la témérité de critiquer, de contredire et de tourner
en dérision le Tiers-Ordre, encourra la malédiction de
Dieu et des saints apôtres Pierre et Paul. »
Nul
ne voudra tomber sous cette malédiction, mais tous entendront
la voix, du Christ qui parle à Rome. « Nous voudrions vous
persuader, disait Léon XIII à une grande foule de pèlerins
reçus en audience, jeunes et grands, de vous faire recevoir dans
le Tiers-ordre. » « Créez partout des Fraternités
», recommandait Pie X. « Il est à souhaiter qu’en
chaque ville et en chaque bourgade, écrivait Benoît XV,
le Tiers-Ordre compte désormais un groupe de membres, non pas
inactifs et qui se contentent de leur seul titre de tertiaires, mais
bien de ceux qui se dépensent avec zèle et générosité
pour leur propre salut et le salut de leurs frères. Pourquoi
même les diverses Associations catholiques, qui se multiplient
partout. Associations de jeunes gens, d’ouvriers et de femmes,
ne s’affilieraient- elles pas au Tiers-Ordre ? ».
Enfin
Pie XI donnait, en 1926, cette consigne au Clergé et aux Religieux
Franciscains ; « Persuadez à ceux qui ne sont inscrits
dans cette sainte milice de s’y engager cette année même
» du septième centenaire de l’Institution du Tiers-Ordre.
Ces
conseils et ces pressants appels seront entendus. Que les prêtres,
en particulier les confesseurs et les directeurs d’âmes.
N’hésitent pas ; a orienter les âmes généreuses
et désireuse de perfection vers le tiers-Ordre de saint François.
Que
Dieu et notre séraphique père saint François éclairent
et bénissent ceux qui liront ces pages. Puissent-ils y trouver
un aide et un encouragement pour la pratique généreuse
de la loi de Jésus-Christ.
Rennes,
le 1er Septembre 1941
Fr.
Damase Danveau. Franciscain

Chapitre
Premier
Le Tiers-Ordre, artisan de sanctification chrétienne
Les
modestes bâtisseurs de nos cathédrales, sachant qu’ils
travaillaient à la gloire de Dieu, poussaient leur œuvre
jusqu’à la perfection possible et parfois sculptaient des
détails qu’ils savaient devoir par leur position échapper
aux regards des hommes. Il leur importait peu que leur travail gardât
cette obscurité tous leurs efforts concouraient à la splendeur
de la Maison de Dieu.
Le
Chrétienté est à sa façon une grande et
belle cathédrale spirituelle, c’est le Corps mystique du
Christ, le temple vivant et immense du Saint-Esprit. Dans l’œuvre
de construction ininterrompue de cette cathédrale, le Tiers-Ordre
s’applique modestement mais efficacement à réaliser
la beauté spirituelle des âmes ces pierres vivantes de
l’édifice. Ce travail échappera la plupart du temps
aux regards humains, seul l’appréciera le divin Architecte.
Qu’importe. L’institution franciscaine concourt ainsi chaque
jour à la splendeur surnaturelle de la vraie Maison de Dieu.
C’est
là l’humble gloire du Tiers-Ordre.
C’est
là aussi l’encouragement qu’y trouvent ceux dont
l’activité s’emploie en faveur du Tiers-Ordre. Réaliser
la beauté profonde des âmes à la gloire du Christ
de Dieu : quelle noble et sainte tâche.
Le
chrétien vivant au milieu du siècle, dans le tourbillon
des affaires et des plaisirs, des incontestablement fort exposé
à les laisser entraîner loin de Dieu, dans la voie de l’indifférence
et des passions mauvaises. S’il veut sauver son âme et servir
Dieu, il devrai pratiquer fidèlement la piété,
observer les commandements et se servir des moyens ordinaires que la
Sainte Église met à sa disposition, surtout du sacrement
de Pénitence et du sacrement de l’Eucharistie.
Si
un élan de perfection anime ce chrétien, si de fervents
désirs gonflent son cœur, s’il veut surmonter plus
facilement les dangers du monde et vivre une vie chrétienne plus
intense, il ne tardera pas ; à ressentir le besoin d’un
appui particulier pour la réalisation de se pieux desseins. Ce
généreux chrétien trouvera un préservatif,
un secours, une lumière et une force dans le Tiers-Ordres séculiers
que lui propose l’Église. Le Tiers-Ordre de saint François
-d’Assise, le plus populaire et le plus répandu, le plus
favorisé d’indulgences et le plus recommandé par
les Papes, s’offre plus particulièrement à sa bonne
volonté et à sa générosité d’âme
Nature
du Tiers-Ordre
«
Les tertiaires séculiers, dit le Droit Canon (art.702), sont
des fidèles qui vivent dans le monde sous le contrôle d’un
Ordre religieux et selon son esprit et qui s’efforcent ainsi de
tendre à la perfection chrétienne par des moyens appropriés
à leur état, en suivant les règles approuvées
pour eux par le Saint-Siège. »
Ce
texte, qui s’applique à tous les Tiers-ordres, éclaire
parfaitement la nature du Tiers-Ordre de saint François. Quelques
mots suffiront à l’expliquer.
Un
Ordre composé de Séculiers.
Le
Tiers-Ordre, d’après son institution, d’après
la tradition papale et d’après sa règle, est un
ordre séculier à esprit religieux, composé de chrétiens
vivants dans le monde. Il a une Règle, un Noviciat, une consécration
de la vie par la Profession, un Habit, un Office canonique, des réunions
communes et la pratique des vertus correspondant aux vœux de religion.
Tout
en restant dans le monde et en accomplissant tous les devoirs d’état,
de famille et de société, les tertiaires ont l’avantage
de se sentir rattachés à la vie religieuse. À l’extérieur
et pour les yeux, ils ne se différencient pas des autres chrétiens,
mais toute la différence est à l’intérieur
et consiste dans une volonté de mener une vie chrétienne
plus conforme à l’Évangile, par l’observance
généreuse des Commandements de Dieu.
Le
Tiers-Ordre est distinct des confréries et archiconfréries.
Celles-ci, en effet, n’ont comme but spécial que telle
ou telle dévotion : ainsi les confréries du Très
Saint Sacrement, des Enfants de Marie, des divers scapulaires, de la
Bonne Mort, etc. Le Tiers-Ordre a par contre un programme plus complet
de vie chrétienne. Il leur est supérieur par son but et
par les moyens de perfection mis à la disposition de ses membres.
Le
Tiers-Ordre est distinct des œuvres catholiques. Celles-ci peuvent
répondre à certains besoins et exercer une action moralisatrice
ou sociale ; elles sont loin de tendre à la perfection et d’en
fournir le moyens comme Tiers-Ordre. Le lien qui unit les membres de
ces œuvres est loin d’avoir la stabilité, la valeur
et l’efficacité du lien religieux qu, sans vœux cependant,
unit les tertiaires entre eux et avec la grande famille franciscaine.
Le
Tiers-Ordre peut-être ou la base ou le couronnement des œuvres
paroissiales. Les deux points de vue se justifient selon les différentes
situations des paroisses.
Le
Tiers-Ordre n’exclut personne. A partir de quatorze ans révolus,
tous, jeunes gens, jeunes filles, hommes et femmes de tous âges
et de tous conditions sont admissibles ; et l’on aurait tort de
le regarder comme réservé aux femmes. C’est un fait,
au contraire, que les hommes, une fois entrée au Tiers-Ordre,
s’y attachent, qu’ils y approfondissent leur christianisme
et s’initient peu à peu à la piété
et à la vie intérieure. Tous se déclarent heureux
d’être dans cette voie salutaire.
Sous
le contrôle d’un Ordre Religieux
Saint-François
a voulu faire descendre jusqu’aux chrétiens vivant dans
le siècle l’efficacité de la vie religieuse et étendre
ainsi l’esprit religieux dans le monde. C’est pour le Tiers-Ordre
qu’il fonda, qu’il anima de sa parole et de son esprit,
se développa durant les siècles à l’ombre
des couvents de Premier Ordre. Cette union permit de subir sans faibles,
même aux Fraternités établies au loin, l’épreuve
des temps, des lieux et es circonstances.
Ce
contrôle s’exerce au moins chaque année par la Visite
canonique. Les tertiaires se sanctifient en effet, dans la mesure où
ils observent la lettre et l’Esprit de la Règle. Pour maintenir
cette régularité, le Supérieur, ou à son
défaut un Père du Premier Ordre, dûment délégué,
va sur place, en chaque Fraternité, se rendre compte si tout
: personnes et choses, se tient selon les prescriptions. Il corrige
les abus, ranime la ferveur et maintient l’esprit séraphique.
La
« reddition de comptes » demandée par la Visite annuelle
est u point vital de l’Organisation du Tiers-Ordre. On peut affirmer
que la façon dont on s’y soumet marque le degré
l’influence du Premier Ordre dans la vie spirituelle du tertiaire.
Si on prend au sérieux ce point de le Règle, la Visite
canonique constituera pour chaque tertiaire un bain de ferveur et un
élan dans sa vocation. Si l’on néglige cette Visite,
la vitalité qui découle de l’affiliation à
l’Ordre Franciscain décroîtra et même disparaîtra.
N’ est-ce pas là l’explication de l’affadissement
et de la stérilité du Tiers-Ordre pour quelques-uns ?
Comment un rameau séparé du tronc, pourrait-il fleurir
et porter des fruits ?
Le
but de la Visite est de maintenir et de développer, chez le tertiaire,
la connaissance de sa vocation franciscaine, son enthousiasme pour cet
idéal ; son observance fidèle de la Règle et ses
efforts pour sa perfection. La Visite permet au tertiaire, par un examen
loyal, devoir où il en est sur le chemin de sa vocation, à
la suite de saint François.
Chaque
tertiaire va donc trouver le Père Visiteur, lui avoue se manquements
à la Règle et lui ouvre, s’il le veut, sa conscience.
Il ne doit pas hésiter à solliciter de lui des explications,
des lumières et des directives.
Le
Père Visiteur est la « soudure vivante » de l’âme
séculière avec l’Ordre, le a canal » pour
où passe la sève pour une vie meilleur. Le Père
Visiteur est un « animateur », qui apporte un enseignement
et qui imprime un élan. Sa fonction exige une compétence
et un zèle tout particuliers, pour être source de dynamisme,
comme elle se doit.
Le
contrôle de l’Ordre Franciscain apparaît ainsi direct
et immédiat à l’égard des tertiaires et des
Fraternités.
Selon
l’Esprit de Saint François
Le
Pape Pie XI a dépeint avec admiration la belle figure du saint
fondateur du Tiers-Ordre ; sa pauvreté sublime, son humilité
profonde, sa charité parfaite, sa pureté angélique,
sa pénitence héroïque, son dévouement à
l’Église, qui lui a fait donner le nom glorieux d’homme
catholique et apostolique.
Les
tertiaires ne peuvent pas trouver un plus beau modèle de générosité
et de sainteté. Le tertiaire reste dans le monde, mais il a rompu
avec l’esprit du monde et avec sa folle sagesse. Le tertiaire
s’est mis dans un état de vie solennellement approuvé,
recommandé et surveillé par l’Église. Il
se préoccupe pas seulement d’assurer son salut, mais encore
de s’améliorer, de cultiver en lui-même les vertus
auxquelles s’appliquent les religieux dans leurs cloîtres.
Aussi
le tertiaire recherche-t-il une prière plus fervente, une union
à Dieu plus étroite, une humilité plus sincère,
le détachement effectif des biens de la terre, une charité
bienveillante et dévouée, une soumission joyeuse et confiante
à toute les autorités légitimes.
Il
réalise cet idéal en s’imprégnant de l’esprit
du séraphique Patriarche et en marchant fidèlement sur
ses traces.
Tendre
à la perfection.
Le
but de la vie religieuse est de faciliter, par des moyens appropriés,
l’acquisition de la perfection chrétienne. Le Droit Canon
affirme cette vérité dans sa définition des ordres
religieuses ( canons 487). Il reprend cette même affirmation lorsqu’il
parle des différents Tiers-Ordres ; « Les tertiaires sont
des fidèles... qui s’efforcent de tendre à la perfection
chrétienne, par des moyens approprié à leur état
de vie. »
Les
moyens appropriés que le Tiers-Ordre fournit à se membres
peuvent se condenser en ces trois éléments qui constituent
l’essentiel de toute vie religieuse : la profession religieuse
qui consacre toute la vie, la règle qui la discipline, l’esprit
qui l’imprègne et lui donne son élan.
A
ceux qui s’engagent dans les Ordres religieux proprement dis,
l’Église demandera non seulement la pratique des préceptes,
mais aussi le vœux des trois conseils évangéliques
–pauvreté -chasteté- obéissance afin de les
libérer d’eux-mêmes et de les consacrer au service
unique du Seigneur..
Aux
membres du Tiers-Ordre, l’Église ne demande strictement
que l’observance des préceptes, mais elle les invite à
s’imprégner de l’Esprit de ces trois conseils selon
à la condition de chacun.
Dans
le Corps Mystiques du Christ, chacun à sa vocation et sa mission
propre. En y demeurant fidèle, chaque âme s’épanouira,
s’unira à son Chef et vivra en plénitude.
En suivant la Règle.
Comme
les religieux qu’ils imitent, les Tertiaires suivent une Règle,
solennellement approuvée par le Saint-Siège.
Ce
fut d’abord celle rédigée en 1221 par saint François,
avec l’aide du cardinal Hugolin. Puis celle promulguée
en 1289 par le Pape Nicolas IV. Enfin celle que Léon XII, après
l’avoir renouvelée et adaptée à notre temps,
a solennellement promulguée par la constitution Misericors Dei
Filius du 30masi 1883, cette révision comme le déclarait
le Souverain Pontife, n’a vouloir rien toucher à la nature
intime du Tiers-Ordre, qui demeure intacte et entière; elle ne
porte en rien atteinte à l’essence du Tiers-ordre, lequel
continue d’être ce qu’à qu’a voulu son
saint Fondateur Lui-Même.
(attention
ici : depuis que le livre a été écrit la règle
a été mortifié par le Pape Paul VI le 24 juin 1979
)
La
Règle est un règlement spirituel qui indique la route
de la perfection, elle est une assurance pour chacun qu’il se
trouve dans la bonne direction, elle pousse les âmes généreuses
au plein épanouissement de leur vie dans le Christ, la Règle
est supérieur à tous les règlements approuvés
par des directeurs de conscience qui en peuvent avoir qu’une autorité
privée. La Règle émane de l’autorité
officielle de l’Église.
Les
Papes ont reconnu dans le Règle du Tiers-Ordre un instrument
de perfection et ils n’ont cessé de répéter
à travers les âges ; « Vivez votre Règle,
tertiaires de saint François, et vous deviendrez à votre
d’autres Christ. »
Vive,
pour moi, c’est Jésus-Christ.
Le
but que propose le Tiers-Ordre, c’est la conformité au
Christ Jésus par l’initiation fidèle de saint François.
A bon droit, nous pouvons mettre dans la bouche du Poverello ces paroles
de saint Paul : « Soyez mes imitateurs comme je le suis moi-même
du Christ. » ( Tite III, 7.) En imitant Jésus-Christ, il
en est devenu la copie vivante et l’image la plus ressemblante
qui fut jamais.
L’imitation
de François d’Assisse ouvrira à un très grand
nombre d’âmes les voie qui les ramènera les unira
au Christ.
Deux
vertus foncières traduiront ce idéal dans tous les détails
de l’existence : la Pauvreté évangélique,
qui détachera l’âme de tout ce qui n’est pas
le Seigneur, la divine Charité qui la poussera au service de
Dieu et du prochain.
La
pauvreté évangélique
La
pauvreté franciscaine, ce n’est pas la haine de la Création,
ni le refus d’user des créatures ; c’est pas le mépris
de l’oeuvre du Père, ni le rejet des êtres et des
choses.
La
pauvreté bien comprise constitue une libération de notre
âme qui assure son élan vers Dieu.
Posséder, même être riche, mais sans jamais être
asservi aux objets, qui doivent nous servir. Ne pas arrêter à
notre personne ce qui dont servir à la gloire Dieu. Ne pas nous
approprier avidement les objets, ou esclaves des biens de ce monde.
Nous libérer par une pauvreté relative ou du moins spirituelle.
Alors,
ainsi être dépouillé de tout, jouir de tout et tout
reporter au Christ et à Dieu, telle fut la leçon d’Évangile
que François donna au monde « Tout est nôtre »,
dit saint Paul, pour que « nous soyons au Christ, comme le Christ
est à Dieu. » I Cor.3,23 .)
Cette pauvreté enveloppera les biens matériels et fera
renoncer à ce que l’on possède, elle enveloppera
les biens du corps et de l’esprit et devra renoncer à ce
que l’on est. Elle engendra la vraie humilité que fait
l’homme tel qu’il es devant Dieu et devant le monde.
La
divine Charité.
La
pauvreté évangélique aboutit infailliblement à
ce terme. Détaché de choses terrestres, l’âme
se tournera vers Dieu et vers ses frères, les hommes. Elle se
mettra au service du Christ.
Par
le don de toute sa personne, sans rechercher d’amour-propre, le
tertiaire voudra participer à la tâche salvatrice de Jésus.
Il travaillera dans sa modeste sphère, à la place que
la Providence lui a marquée, à la sanctification des âmes.
Il saura poursuivre inlassablement un apostolat familial, professionnel
et social. Il apportera à tous la paix et la joie pour rendre
ses frères « meilleurs chrétiens » et les
donner par là à Dieu.
Ainsi
la divine charité, poussant nécessairement au service
du prochain, aboutira à l’amour du Christ et à la
gloire de Dieu.
Conclusion.
Le
Tiers-Ordre de saint François, qui produit dans les âmes
ces heureux effets, mérite bien d’être appelé,
estimé et considéré comme un artisan de sanctification
chrétienne. Dans la cathédrale spirituelle et mystique,
il fait une œuvre nécessaire et belle.
Béni
soit Dieu qui, providentiellement par la séraphique saint François,
ouvert aux âmes de bonne volonté, un chemin assuré
vers la perfection. Chacune peut devenir ainsi-facilement une «
pierre vivante » de la cité mystique, un futur élu
du royaume de Dieu.

Chapitre
Deux
Le Tiers-Ordre, moyen de sanctification personnelle
«
Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.»
Parole de Notre Seigneur Matt.5-48
Un
jour, nous rapporte le récit sacré, Notre-Seigneur explique
à ses apôtres la nature de la perfection qu’IL attendant
d’eux. « Ne vous contentez pas, leur disait-il ; de la pratique
tout extérieure des pharisiens. Ce sont des sépulcres
blanchis. lIs s’appliquent aux choses qui se voient, Il ne recherchent
pas la pureté et la sainteté de l’âme. »
Aussi Jésus attendait-il; de ses disciples une sainteté
plus complète et surtout intérieure et Il concluait son
enseignement par ces paroles : « Pour vous, soyez parfait comme
mon Père céleste est parfait .»
Par
ces mots, Notre-Seigneur traçait à ses apôtres et
à travers leurs personnes, à tous les chrétiens
le programmes de la perfection évangélique.
«
Soyez parfaits », « devenez parfaits ». C’est
une consigne, un commandement, un ordre qu’il donne. Si Notre-Seigneur
nous donne cette consigne, c’est que nous ne sommes pas parfaits,
ce qui est facile à constater, mais c’est aussi pour ce
qu’il veut que nous fassions des efforts pour nous réformer
et devenir meilleurs. Il y a en nous, aidés par la grâce
divine, la possibilité d’une haute perfection.
Or,
la volonté de Jésus est formelle : « Ma volonté
à moi, c’est que vous deveniez de saints : voluntas
mea est sancitficatio vestra. » L’Idéal offert
à notre ambition est sublime : C’est Dieu lui-même.
Voilà ce que le Christ propose à tous les disciples
sans le saint Évangile.
Pour
mieux réaliser cette consigne, deux idées fondamentales
doivent être tout d’abord établis, à savoir
:
1- Tous les chrétiens sont appelés à la perfection
et à la sainteté.
2- Le Tiers-Ordre est pour eux un moyen efficace et providentiel de
sanctification personnelle.
Puisse
saint François, le séraphique père, modèle
achevé de perfection évangélique entraîner
les âmes généreuses à sa suite et les soutenir
dans le travail courageux de la sanctification personnelle.
La
recherche du progrès est naturelle.
On
parle beaucoup de nos jours de progrès d’amélioration
et perfectionnement pour les sciences et pour les arts, pour les hommes
et pour les actions pour le présent et pour l’avenir…
On améliore, en effet, la terre et les races d’animaux
domestiques. On invente et l’on perfectionne les machines de l’agriculture
et de l’industrie, l’homme possède maintenant le
moyen de parcourir d’immenses espaces en quelques heures et transmettre
sa pensée immédiatement à l’autre bout du
monde. On a considérablement augmenté le bien-être
matériel des humains. Voilà certes de beaux résultats…
Ce
serait parfait si par tous ces progrès on arrivait à procurer
à tous les hommes un peu plus de bonheur et de joie. Mais, hélas
! Le progrès moderne se montre aussi, en bien des cas, artisan
de malheur et fait couler bien des larmes.
Quoi
qu’il en soit, s’il est naturel de rechercher le progrès
matériel et le perfectionnement du corps, il faut encore et même
davantage s’inquiéter de l’âme, de la vie morale
et du progrès moral. Le corps n’est qu’une partie
de l’homme et la monde. Ce qui fait la valeur de la vie humaine,
c’est la valeur de l’âme ; et ce qu fait la valeur
et la beauté de l‘âme, c’est la vertu.
Qu’est-ce
que la perfection ?
Qu’est-ce
que la perfection ? Que faut-il comprendre par ce mot ?
La
perfection désigne l’état d’un être
accompli par opposition à l’état d’un être
ébauché.
Entrons
dans un atelier de sculpture, Que voyons-nous ? Tout d’abord des
blocs de marbres, qui viennent d’arriver de la carrière.
Ils sont informes, grossiers, disgracieux… avançons, en
voici qui ont déjà subi le travail de l’artiste,
ils présentent déjà une idée, une réalisation,
on devine ce qu’ils deviendront. Enfin voilà l’œuvre
qu’achève et maître-ouvrier. C’est une admirable
statue, aux formes souples et vivantes.
Quand
un artiste conçoit un sublime desseins, lorsqu’il exécute
harmonieusement ce plan, son ouvrage est parfait en son genre : C’est
un chef-d’œuvre. Ainsi Michel-Ange médite les douleurs
de la Vierge au Calvaire et sculpte ce chef-d’œuvre saisissant
: La Piéta. Ainsi Jacopone de Todi écrit les magnifiques
strophes du Stabat Mater.
Une
œuvre parfaite, c’est donc une œuvres sagement conçue
et adroitement exécutée.
Le
divin Artiste
Au-dessus
de tous les artistes de la terre, se place le Souverain Artiste : Dieu.
Dans la création des cieux et des mondes, dans la création
des bêtes et de l’homme, les desseins de Dieu furent parfaits
et l’exécution admirable. Le livre de la Genèse
nous exprime, après l’achèvement de chaque oeuvre,
la satisfaction et le contentement de l’artiste créateur.
« Dieu voyait que c’était bien. »
En
créant l’homme, Dieu avait en vue son divin Fils Jésus-Christ.
Il voulait en faire, selon, expression de saint Paul, « l’Image
visible de Dieu invisible ». Il voulait aussi que tous les autres
hommes ressemblassent à ce Christ « prédilectionné
: « celui est mon Fils bien-aimé, dira Dieu par deux fois.
En Lui, j’ai mis toutes mes complaisances. »
La
Perfection chrétienne.
La
perfection de l’homme est donc le ressembler à Jésus-Christ
et, par ce divin Médiateur, à Dieu lui-même. Aussi
la consigne de Notre-Seigneur est-elle formelle : « Soyez parfaits,
comme mon Père céleste est parfait. » Il dira une
autre fois ces paroles : « Je suis venue sur terre et je vous
ai donné l’exemple afin que vous fassiez vous-même
ce que j’ai fait .»
Remarquez
ici la force et l’étendue presque effrayante de ces paroles.
La divin Maître s’adresse à tous, sans distinction
de rang on d’état ; il ne dit pas : « Soyez parfais
comme tel personnage de l’ Ancien Testament ». mais il dit
: « Comme Dieu ». Et il ajoute : « Le royaume des
Cieux souffre violence », il n’y à l’obtenir,
que ceux qui savent se faire à eux-mêmes une salutaire
violence.
La
perfection chrétienne consiste donc a se mettre à l’école
de l’Évangile pour contempler l’Image visible de
Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ, et s’efforcer ensuite
d’imiter sa vie et ses sublimes vertus.
L’exemple
de saint François
Saint
François sut se mettre à l’ école de l’Évangile
! il sut ouvrir les yeux et les fixer sur la personne adorable de Jésus-Christ.
Jeune homme, épris de joie et d’honneur, il entendit un
jour l’appel du Christ, « Soyez parfait comme votre Père
céleste est parfait. » Il brisa son cœur les fascinations
du monde et se lança à la suite du Christ pauvre, humble
et obéissant. Il sut correspondre à l’action digne
de la grâce, qui fait les saints. Il ne se contenta pas de prier,
il fit pénitence, il se réforma, il pratique les vertus
mêmes du Sauveur afin de copier ainsi les vertus mêmes de
Dieu. Dans le travail de la perfection, il est un encouragement et un
modèle.
Heureux
sont donc les chrétiens qui appartiennent à la sainte
famille des enfants de saint François. Pour les conduire sûrement
et facilement à cette perfection nécessaire, pour épanouir
leur vie chrétienne jusqu’à la sainteté,
pour imiter les sublimes vertus de Notre-Seigneur Jésus ils ne
trouveront jamais un moyen plus dur et plus efficace que le Tiers-Ordre
franciscain.
Le
Tiers-Ordre moyen providentiel de sanctification
Dieu
a voulu le Tiers-Ordre afin de faciliter aux gens du monde le travail
et leur sanctification personnelle. Pour le prouver, il n‘y a
qu’à rappeler son institution historique.
L’exemple,
la prédication et les miracles de saint François avaient
tellement remué ses contemporains, ses éminentes vertus
avaient suscité un tel élan vers le cloître, que
tous les grands de la société sortaient des âmes
généreuses qui s’enrôleraient sous la bannière
de frères Mineurs ou sous celle des Filles de sainte Claire.
A
cela, il pouvait y avoir des inconvénients... Cet exode enlevait
au monde son élite. « J’ai songé depuis peu,
dit un jour saint François à son entourage, à instituer
un troisième ordre, où les personnes du monde pourront
servir Dieu d’une manière parfaite. »
Inspiration
d’En- Haut, dessein de la Providence, François réalisa
ce proiet sans tarder, il offrit à tous les chrétiens
un Ordre véritable, avec un habit, une règle, un noviciat
et une profession : un Ordre séculier, c’est-à-dire
composé de gens du monde, mais un Ordre séculier avec
une véritable esprit religieux. Il mit ainsi la vie religieuse
à la portée des personnes du siècle, « Grâce
au Tiers-Ordre, dira un jour Lacordaire, on ne peut plus croire qu’il
faille nécessairement fuit le monde pour s’élever
à l’imitation des Saints, et arriver à la perfection.
Toute chambre peut devenir une cellule, toute maison, une thébaïde.
» Dans ces paroles éclate la grande richesse du Tiers-Ordre.
Valeur
de la profession dans le Tiers-Ordre
L’état
religieux, en effet, none consiste pas strictement dans les vœux
et la vie commune, mais dans la recherche de la perfection évangélique
pour la pratique d’une règle approuvée par l’Église,
le vœu est un puissant auxiliaire de la perfection mais il n’en
est pas l’essence. L’esprit fondamental du Tiers-Ordre,
comme l’esprit religieux, est essentiellement l’obligation
résultat de la profession de vivre selon le saint Évangile
et de tendre à la perfection, c’est-à-dire de s’améliorer
sans arrêt.
Si
saint François a nommé sa troisième famille «
l’ Ordre de la Pénitence », ce n’et pas pour
insister sur la pénitence corporelle, mais avant tout pour insister
sur la transformation de la vie. En conséquence, il demande au
tertiaire de cesser de servir le monde et ses passions pour suivre et
imiter Jésus Crucifié.
Le
Tiers-Ordre, en vertu de sa profession, entraîne donc pour ses
membres le devoir de vivre davantage pour Dieu et de tendre plus directement
ainsi, même dans le monde, à la sainteté de la vie,
la profession du tertiaire le fait alors participer à l’état
religieux. Elle prend sa vie séculière, et la voue, la
dédie, la consacre à Dieu, comme celle des religieux.
L’Église accepte comme officielle cette consécration
produite par la profession du Tiers-Ordre. Elle l’enregistre,
elle la bénit et l’offre à Dieu (
1)
Comme
il apparaît clairement, le Tiers-Ordre lance le chrétien
vers la perfection ; en vertu de sa promesse, il devra tendre à
la sainteté par tous les actes de sa vie. L’obligation,
qui en découle, reste cependant toute l’amour, puisque
la Règle n’oblige pas sous peine de péché.
Le
Tiers-Ordre moyen efficace de sanctification.
Le
Tiers-Ordre, ayant placé le chrétien sur le vrai chemin
de la sanctification, va maintenant lui en fournir la possibilité
de réalisation. Il le fera en pour lui proposant des moyens de
correction et des moyens de perfection. Il convient de les signaler
brièvement.
Moyens
de correction.
1-
La Règle commence par opérer les retranchement nécessaire.
Elle séparer le tertiaire « du monde et de l’esprit
du monde » en lui prescrivant la fuite des mondanités,
l’abstention des spectacles dangereux et des plaisirs frivoles.
Elle lui épargne ainsi tout ce qui dissipe l’esprit de
dévotion et tout ce qui réveille dans l’ âme
les passions désordonnées.
Pour
arriver à un résultat appréciable sur ce point,
la Règle du Tiers-Ordre propose à se membres la grande
et austère vertu de pénitence. Elle la lui présente
sous tous les aspects ; la simplicité, dans la vie et dans l’usage
des choses, la frugalité ans le boire et le manger, la sage modération
dans ses désirs et ses ambitions, la sainte humilité dans
ses pensés et sa conduire, la pauvreté ans son détachement
des biens et des richesses. La Règle de Tiers-Ordre offre ainsi
à ses membres tout un vrai programme d’ascèse, fondement
de toute vie chrétienne.
L’âme
du tertiaire se trouve alors dégagée de toute entrave
et de tout fardeau, alerte et libre pour s’élancer vers
les cimes, comme le coureur agile sur la piste.
La
Règle en vient ensuite à la conduite du Tertiaire vis-à-vis
du prochain. Elle lui commande la correction du langage. « Celui
qui ne pêche pas par la langue, affirme l’apôtre saint
Jacques, est un homme paraît. » Le tertiaire évitera
toute parole contre la religion ou conte les bonnes mœurs, tout
mensonge, tout propos médisant ou calomnieux, toute injure, toute
insulte et toute colère. La Règle veut voire brille dans
la conduite Tertiaire la dignité, la bonté et la charité.
Aussi lui recommande-t-elle la patience la douceur, l’esprit d’entente
et de concorde. Dans cette société, où souvent
l’homme est un loup pour l’homme, le tertiaire s’en
ira, à la façon de saint François dans la forêt
de Gubbio, la main tendue et fraternelle pour toucher et gagner les
cœurs.
3-
La Règle enveloppe le tertiaire de son joug suave et léger.
Le scapulaire de laine brune est l’habit de l’humble pénitent,
qui se soumet à la volonté de Dieu. Son poids léger
porte tout entier sur les épaules. C’est le joug du Seigneur.
Porté avec dévotion, il donne l’esprit religieux
et le rappelle.
Le
cordon symbolise la pureté du cœur et s sens. Il est porté
en double pour rappeler l’amour de Dieu et du prochain ; ses trois
nœuds représente les trois grandes vertus religieuses donc
le tertiaire doit s’imprimer. Il fait se souvenir aussi des liens
de Notre-Seigneur pendant sa passion.
Par
le rappel constant de sa signification, l’humble habit du Tiers-Ordre
élèvera l’âme chrétienne aux réalités
invisibles et la préparera tout doucement à revêtir
un jour, au ciel, le vêtement de gloire.
Moyens
de perfection
Sur
le terrain de l’âme, ainsi préparé et dégagé,
la Règle du Tiers-Ordre va maintenant construite pierre par pierre
et jour par jour le bel édifice de la sainteté.
1-
Elle commence par imposer au tertiaire la prière sous toutes
ses formes.
« Il faut toujours prier », dit Notre-Seigneur. Intégré
à l’Église priante par sa profession du Tiers-Ordre,
le tertiaire récitera quotidiennement l’Office des douze
Pater. S’il dispose de plus de temps, il pourra le remplacer par
l’Office de la Sainte Vierge. Ainsi participe-t-il, au même
titre que le prêtre et le religieux consacré, au grand
honneur de la prière liturgique, source de grâce et de
paix profonde.
La messe constitue la prière par excellence. Aussi la Règle
du Tiers-Ordre demande-t-elle au « tertiaire qui le peut »
sans nuire à santé ou à ses devoirs d’état,
l’assistance quotidienne au Saint Sacrifice, montrant ainsi une
sage prudence, mais indiquant par là l’acte de religion
auquel la vie du tertiaire doit de plus en plus s’unir et s’identifier.
Dans
le cas où le tertiaire ne peut se rendre à l’église
le matin, il sera dans l’esprit de sa Règle s’il
adopte la pieuse pratique de la « messe spirituelle ». Celle-ci
consiste à s’unir par la pensée aux trois parties
essentielles du Saint-Sacrifice qui se célèbre Oblation,
Consécration et Communion et à vivre toute la journée
en union avec le Christ.
Sans
les Sacrements, nous ne saurions parvenir à la perfection. La
Règle le sait. Elle fixe au tertiaire un minimum indispensable
dans la Confession et la Communion mensuelles. Son esprit, pourtant,
entraîner à une fréquentation plus assidue, surtout
de la sainte Eucharistie, selon désir de l’ Église.
2-
Après la prière, la Règle du Tiers-Ordre envisage
la vie du tertiaire.
Elle veille à la sanctification des actions ordinaires, principalement
des repas, elle recommande l’accomplissement parfait des différents
devoirs d’état, par lesquels Dieu manifeste sa divine volonté
sur nous. Ils ne sont pas des « obstacles » à la
perfection, ils doivent en devenir au contraire des sens et des instruments.
Ils nous font pratiquer l’obéissance et l’humilité
nécessaires dans notre condition.
C’est
un signe d’équilibre mentale et piété sérieuse
que cette application journalière à ses devoirs d’état
ou de famille. Le tertiaire doit être un modèle sur ce
point.
Il
ne convient pas de s’isoler des hommes, Dieu condamne l’égoïsme
spirituel. La règle du Tiers-Ordre rappelle au tertiaire le devoir
de l’édification du prochain. Envers tous, il entretiendra
la bienveillance et la charité, il donnera le bon exemple autour
de lui, il se dévouera dans toutes les oeuvres d’apostolat
à sa portée. Il deviendra ainsi, l’exemple de son
bienheureux Père, un levain de Christianisme.
3-
Pour réaliser petit à petit la perfection de l’âme.
La Règle demande au tertiaire de faire chaque jour, l’examen
de conscience. Cette pratique s’impose à toute âme
désireuse de progresser. Mais, ici, entendons-nous bien. Il ne
s’agit pas tant de cette recherche méticuleuse du péchés,
telle qu’on la fait avant la confession, que d’un certain
contrôle de son âme dans l’acquisition de telle ou
telle vertu.
L’examen
de conscience est d’abord « le miroir » où
nous comparons notre visage réel avec l’idéale image
de Jésus-Christ. Ce regard fixé tous les jours sur le
Fils de Dieu nous invite avec insistance à copier ses divines
Vertus.
L’examen
de conscience devient alors « l’échelle de la perfection
» qui nous fait gravir, échelon par échelon, les
sommets de la sainteté. Le couvreur d’ardoise ne grimpe
pas d’un bond sur les toits, mais il s’élève
barreau par barreau. Saisissez chaque jour cette échelle et efforcez-vous
d’y monter. Faite vote examen avec méthode, loyauté
et persévérance, les résultats vous surprendront
et vous remplirons de joie. Vous aurez la maîtrise de votre âme.
4-
Comme moyen de perfection, la Règle du Tiers-Ordre assure encore
le réconfort de la vie en Fraternité.
C’est là pour le chrétien un précieux secours
et une marque de prédilection de Dieu. Sur la route du Ciel,
il n’avance plus seul. Il est en compagnie. Soutenu par les enseignements
des réunions mensuelles, encouragé par les beaux exemples
de ses frères, il avancera plus sûrement.
Chaque
année il bénéficiera d’une retraite et de
la visite canonique. Sa piété est ainsi contrôlé,
guidée et fortifiée selon la Règle et l’esprit
de saint François. Cela maintiendra chez lui une régularité
constante dans son progrès spirituel et avancera la beauté
et la fécondité de sa vie.
Le
tertiaire mettra son âme en famille, dans la Fraternité
et dans l’assemblée de ses frères il goûtera
la joie de l’union, le soutien de la prière commune et
le bonheur de la charité. Qu’il est bon et réconfortant
d’être uni de cœur et d’âme avec ses frères
!.
L’arbre
se reconnaît à ses fruits.
Cette
simple analyse suffit à faire entrevoir l’immense avantage
du Tiers-Ordre. Oui, vraiment, il constitue un cadre admirable de vie
chrétienne et un auxiliaire puissant pour atteindre la perfection
et de la sainteté.
Les
Papes n’ont cessé de le présenter avec insistance
à tous les fidèles du monde entier. « Nous avons
chaleureusement recommandé le Tiers-Ordre, déclare Léon
XIII, dans le but d’appeler le plus d’âmes possible
à l’acquisition de la sainteté. » «
Le Tiers-Ordre fait les vrais chrétiens », dit-il un autre
jour. Après Léon XIII, tous les Papes ont renouvelé
les appels et les exhortations en sa faveur.
Au
reste, le Tiers-Ordre n’a-t-il pas fait ses preuves ? Il a produit
un nombre considérable de saints et de saintes. Comme un arbre
planté sur le bord des eaux, il n’a jamais perdu sa beauté
et sa fécondité. A chaque génération nouvelle,
Dieu est venu cueillir ses fleurs et ses fruits délicieux.
Conclusion
Quelle
admirable école de perfection et de sainteté individuelle
est ouverte dans le Tiers-Ordre franciscain ! Efforçons-nous
toujours d’en comprendre les profondes leçons. Laissons-nous
pénétrer par son esprit. Usons de ses moyens et de ses
avantages.
Dans
la mesure où les chrétiens deviendront les enfants de
Petit Pauvre d’Assise, ils seront devenus des images ressemblantes
du Fils de dieu et ils auront réalités sa sublime consigne
: « Soyez parfaits comme votre Père céleste est
parfait . »

Chapitre
Trois
Le Tiers-Ordre, moyen de sanctification familiale
La
famille chrétienne est un des chefs-d’œuvre de Dieu.
Il l’a fondé lui-même à l’origine de
l’humanité Adam et Éve ont été créés
et unis pour toujours par Dieu et soumis par Lui à la loi de
l’unité, de l’indissolubilité et e la fécondité.
Jésus-Christ
a restauré la famille et l’a sanctifiée par ses
exemples en vivant trente ans de sa vie cachée au foyer domestique
de Nazareth. Il l’a consacrée enfin par sa législation
raffermie et par l’institution du sacrement du mariage.
Un
cri d’alarme court dans notre société : «
La famille est désorganisée et ruinée : la famille
se meurt. » C’est là, malheureusement, la triste
réalité. Il est visible que le mal familial est immense
et réclame impérieusement le remède et le salut.
L’Église,
et par conséquent le Tiers-Ordre, ne sont-ils pas particulièrement
qualifiés pour secourir l’institution familiale, pour la
rétablir sur ses bases et la faire refleurir dans sa beauté
première ? Poser la question, c’est la résoudre.
Le moyen de sauver la famille, c’est d’y faire refleurir
la religion, et le Tiers-Ordre s’apparaît, en vérité,
comme un « moyen providentiel » et en même temps efficace
» de sanctification familiale, c’est-à-dire de sanctification
des époux et des enfants.
Étudions
maintenant le Tiers-Ordre sous l’angle familial. C’est là
un sujet intéressant et de pleine actualité. Puisse la
Très Sainte Vierge Marie, modèle achevée de l’Épouse
et de la mère, aider les époux chrétiens à
profiter parfaitement des grâces accumulées dans le sacrement
de mariage. Dans ce but, le Tiers-Ordre leur est d’un immense
avantage.
Les
origines de la famille
La
famille est la plus élémentaire et la plus naturelle des
associations humaines. Elle sert de fondement à la société
religieuse et civile. Elle est l’unité première
qui, en se multipliant, forme à la fois l’Église
et les Nations : terrain sacré où vinrent éclore
tous les espérances humaines, point de départ du bonheur
des peuples et de la gloire de Dieu.
La
famille a eu pour exemplaire Dieu lui-même. Avant tous les siècles,
en effet, en un Dieu unique il y a trois Personnes divines ; le Père,
le Fils et l ’Esprit-Saint. Les Trois se rende un ineffable témoignage
de vie, d’intelligence et d’amour. Ils se connaissent, se
parlent et s’aiment éternellement. Unité absolue,
société incomparable, fécondité toujours
présente ; voilà ; l’adorable, fécondité
toujours présente : voilà l’adorable Trinité,
exemplaire de la famille humaine (2)
Dieu
crée l’homme à son image et à sa ressemblance,
Il lui donne aussitôt une compagne semblable à Lui-même.
Il leur prescrit l’unité et la fécondité
comme lois : voilà la famille fondée. Jésus-Christ
restaurera la famille dans sa beauté première et la sanctifiera
par l’institution du sacrement des époux.
La
décadence de la famille
Malgré
la sublimité de son institution, malgré la sainteté
de sa restauration, par la faute des hommes, à cause des passions
humaines, la faille a souffert à travers les siècles…
Elle subit de pernicieuses influences et elle sombre parfois dans la
débauche et le péché. L’Évangile,
base solide des foyers, a été oublié ou rejeté
par les époux eux-mêmes.
Il
en était ainsi au début du XIIIème siècle.
La vie chrétienne des familles avait besoin d’être
rénovées. Asservis aux choses temporelles, les hommes
convoitaient avec frénésie les richesses et les honneurs,
en vivant dans le luxe et les plaisirs. Il y avait des richesses scandaleuses
et des misères effroyables. La désorganisation s’achevait
dans les jalousies et les haines.
Dieu
vient au secours de la famille
C’est
alors que pour guérir ces maux, Dieu envoya saint François.
Celui-ci venait de fonder successivement l’ordre des Frères
Mineurs et celui des Pauvres Dames. Ces deux Ordres croissaient et se
multipliant, entraînés sur le chemin de la vertu et de
la sainteté par les conseils et les exemples du saint fondateur.
La
parole de François était si enflammée, si persuasive,
que partout où il passait, les foules voulaient quitter le monde
et s’enrôler dans la vie religieuse. Beaucoup de ces gens,
cependant, étaient mariés ; les hommes avaient femmes
et enfants, des devoirs d’état et des situations inchangeables.
Aussi saint François leur disait ces paroles ; « Restez,
restez dans le monde, vous qui êtes mariés, ne séparez
pas ce que Dieu a uni. Je règlerai moi-même ce que vous
avez à faire pour vous sauver. »
Vers
la fin de l’année 1221, François passa à
Poggibonsi et entra dans une famille unie, chez Luchesio. Il fait alors
connaître ses desseins. « J’ai pensé depuis
peu, dit-il à ces deux époux, à instituer un troisième
ordre où les gens du monde et en particulier les gens mariés
pourront servir Dieu d’une façon plus parfaite ; je crois
que vous ne sauriez mieux faire que de l’inaugurer. » Sur-le-champ,
Luchesio et Bona Dona, son épouse, acceptèrent la proposition.
Le Saint les reçut avec joie et leur donna un habit d’étoffe
modeste et une corde pour ceinture, ce fut là le germe providentiel
du Tiers-Ordre et de la Pénitence, qui s’étendit
bientôt dans toute l’Église.
L’Ordre
des gens mariés.
Le
Tiers-Ordre apparaît don à l’origine comme l’Ordre
des gens mariés, Saint François l’a institué
pour la sanctification des personnes engagées dans les liens
du mariage et pour lesquelles la vie religieuse et le cloître
sont ordinairement fermés. Dans la pensée de notre Séraphique
Père, le Tiers-ordre est donc bien un moyen de sanctification
filiale, c’est-à–dire un moyen pour spiritualiser
cette association de l’homme et de la femme, dont le but est «
l’édification » des époux dans le Christ,
l’aide mutuelle et la propagation de vie humaine.
C’est
là, il nous semble, un point capital, auquel on n’a peut-être
pas assez songé. Le Tiers-Ordre se présente alors comme
un instrument providentiel, conclu de Dieu et établi par saint
François pour favoriser la sainteté des époux et
restaurer ainsi, une nouvelle fois, la famille désorganisée
et déchristianiser.
L’Idéale
union
Qu’est-ce
donc que l’union des époux ? Qu’est-ce donc que la
famille ? En quoi consiste le rôle mutuel es conjoints ? Convient-il
de se le demander ?
L’union
des époux, ce n’est pas seulement la simple cohabitation,
ni même la seule communauté civile ; c’est une communauté
unissant le corps et les âmes, et surtout une communauté
spirituelle. Au reste, grand pape Pie XI le dit expressément
dans son encyclique Cati Connubii :
«
L’union des époux est une mise en commun de toute la vie
et de tous les biens de la personne humaine. » Or, les biens propres
de la personne humaine ne sont-ils pas d’abord les sentiments
du cour et les vertus de l’âme : l’amour chrétien,
la religion, la piété ?
Aussi,
l’amour chrétien, ce n’est pas l’amour seulement
charnel. C’est beaucoup plus et beaucoup mieux que cela. C’est
surtout l’amour de l’âme du conjoint, image ressemblante,
de Dieu.
Si
donc l’amour humain des époux se porte sur les biens et
les bonheurs terrestres, cet amour ne s’y arrête pas, ne
s’y fixe pas, mais s’élève beaucoup plus haut,
jusqu’à Dieu. En effet, Sa Sainteté Pie XI, dans
cette même Encyclique écrivait encore : « La mise
en commun, de leur vice, le mutuel appui que les époux doivent
se prêter, doit viser à former en eux et à perfectionner
chaque jour davantage « l’homme intérieur ».
« Leurs rapports quotidiens, assure toujours Pie XI, doivent les
aider à progresser de jour en jour dans la pratique des vertus,
à grandir surtout dans la vrais charité envers Dieu et
envers le prochain. » Aussi le mariage apparaît vraiment
comme la belle union de deux cœurs pour le temps et pour l’éternité.
Le
moyen de réaliser cet idéal
Pour
réaliser ce beau programme de sanctification familiale, le Tiers-Ordre
constitue un instrument incomparable entre les mains des époux.
Le tertiaire, en effet, selon saint François, reste et habite
dans le monde, mais en tant que vrai disciple du Christ, il n’est
plus du monde. Sans être rigoriste à l’extrême,
la Règle du Tiers-Ordre lui demande d’éliminer de
sa vie tout qui pourrait détruire ou simplement amoindri la vie
du Christ dans son âme. Dans ce but, le Règle lui prescrit
de fuir les bals et les spectacles « dangereux », les théâtres
« mondains, » et les cinémas « corrupteurs
», d’éviter les paroles déshonnêtes
et les propos libertins et de ne prêter aucun serment sans raison
grave et juste. La Règle fut fait encore l’importante prescription
suivant : « Dans leur famille, les tertiaires ne laisseront pas
enter dans leur maison les livres et les journaux qui peuvent porter
quelques atteinte à la vertu, et ils en interdirent la lecture
à leurs subordonnés. » ( Chap. II, parag.8,) Une
telle fuite des mondanités, un tel rejet de l’esprit du
monde établissement un solide rempart autour du cœur des
époux et placent le foyer de leurs amours, comme en une citadelle
inexpugnable.
Les
directives pour le bonheur familial
La
Règle du Tiers-Ordre pose ensuite les germes du bonheur familial
lorsqu’elle exige du postulant la fidélité à
la foi catholique, les bonnes mœurs et l’esprit de concorde.
La fidélité à la foi catholique permettra aux époux
de fonder leur foyer sur la base inébranlable de la religion.
Ce qui manque en bien des familles, c’est la religion. Dans la
famille du tertiaire, il n’en sera pas ainsi : la foi et la religion
brilleront et seront les sources du vrai bonheur domestique.
Les
bonnes mœurs exigées par la Règle seront d’abord
or les époux tertiaires une fidélité réciproque,
pour le mari en autorité, douce et ferme à la fois, vis-à-vis
de son épouse et des ses enfants, pour la femme un dévouement
courageux et persévérant. Pour les époux, ce sera
encore une observance exacte des lois divines qui président à
l’origine de la vie. Ils peupleront leur demeurer d’enfants
chéris et joyeux. Ils s’appliqueront en fin là l’accomplissement
parfait de tous leurs devoirs d’état.
Saint
François savait ce qu’il demandait aux époux par
la cette exigence des bonnes mœurs, Hélas : on envisage
parfois le mariage comme un rideau derrière lequel tout semble
permis ! Les bonnes mœurs familiales constituent tout un programme
la vie et de sainteté.
Le
Séraphique Père requiert aussi des tertiaires l’esprit
de concorde et d’entente. Cette vertu est indispensable au sein
de la société conjugale. Elle y établira la bonne
entente et l’intimité entre l’époux et l’épouse.
Saint
François ajoute encore ces directives très fermes :
« Dans leur famille, les tertiaires s’appliqueront à
donner le bon exemple, à se livrer aux exercices de piété
et aux bonnes œuvres. » ( Chap. II, parag.8.)
Famille
des Tertiaires.
Quel
beau spectacle que de voir des poux unis par le liens de l’ amour,
de la piété et de la vertu ! Quel beau spectacle de les
voir s’avancer, la main dans la main, sur la route de la vie,
qui conduit à l’éternelle gloire du Ciel ! Quel
beau spectacle de voir dans les enfants qui leur font cortège
l’éclat des mêmes vertus et l’élan du
même amour.
Ces
spectacles s’offrent aux yeux qui les veulent voir, car Dieu,
au cours des siècles, a toujours maintenu dans le peuple chrétien,
comme la lumière jaillissante dans la lanterne des phares, de
ces foyers pieux et féconds où germent les saints.
Le
premier exemple de deux époux tertiaires fut donné par
Lucesio et Bona Dona, son épouse auxquels saint François
lui-même imposa l’Habit. Ils avaient acquis leur fortune
par des moyens plus ou moins licites. Touchés alors par la grâce,
il se mirent à pratiquer la charité et leur maison devin
« l’auberge des pauvres ».
La
fin du XII siècle allait voir briller un autre bel exemple, sans
doute plus admirable qu’imitable. Deux époux tertiaires,
vivant ensemble, mèneront une vie complètement angélique.
Ce sont les saints époux Elzéar de Sabran et Delphine
de Signe. Ils gardèrent par une grâce spéciale très
rare dans, l’état conjugal, la virginité la plus
parfaite. Tous deux reçurent les honneurs de l’autel (3)
Il
est permis de citer des familles chrétiennes où l’un
des deux époux, tertiaire, a su faire rayonner l’esprit
et la grâce du Tiers-ordre sur les membres de son foyer.
Saint
Louis, rois de France ( 1214-1270 ), épousa, le 26 mai 1234,
la princesse Marguerite Bérenger, fille du compte de Provence.
La jeune reine était belle, puises et parfaitement élevée.
Les deux époux s’aimèrent d’un amour tendre
et fidèle. Ils eurent onze enfants. Ils offrent un beau modèle
de famille chrétienne et tertiaire. (4)
Sainte Élisabeth de Hongrie ( 1207-1231 ), qui, saintement, vécut
avec son noble époux Louise de Thuringe. De leurs amours naquirent
quatre enfants pendant les sept ans qu’ils passèrent ensemble.
Puis le due partir en 1227 à la Croisade où il trouva
la mort. Sa sainte épouse mourait quatre années plus tard.
La
bienheureuse Humiliante Cerchi ( 1291-1246 ), née à Florence,
avait un époux avare et incroyant. Elle souffrit patiemment ses
avanies pendant cinq ans, puis elle sanctifia admirablement les six
années de son court veuvage.
Saint
Ferdinand III (1198-1252 ) naquit d’un père vicieux, de
parents excommuniés, dans un royaume mis en interdit. Sa vie
fit opposition à sa naissance . Il chassa les Maures de tout
le sud de l’Espagne et y réinstalla la religion catholique.
Il se maria avec Béatrix de Souable et, en secondes noces, avec
Jeanne de Ponthieu. Son fils aîné régna sous le
nom d’Alphonse X. Saint Ferdinand fut un saint époux et
un bon père d e famille en même temps qu’un grand
roi et un victorieux conquérant.
Le
bienheureux Novellon, de Faenza, en Italie (122-1280 ), abusa de sa
jeunesse. Les débuts de son mariage ne furent pas plus édifiants.
Une terrible maladie occasionna sa conversion. Novellon supporta pendant
un temps des injures de sa femme, sa patience réussit à
la convertir elle aussi. Ils menèrent alors une vie pieuse et
charitable. Le bienheureux sanctifia ensuite son veuvage dans de grandes
austérités.
Le
bienheureux Pierre, de Sienne; en Italie ( 1180-1289 ), fut un modèle
d’ouvrier chrétien. Avec sa pieuse épouse, il tint
un commerce de mercerie. Leurs affaires prospérèrent,
mais on remarqua toujours leur extrême loyauté. Ils employèrent
leurs biens en faveurs des pauvres.
La
bienheureuse Micheline, de Pésara ( 1300-1356 )m resta veuve
à vingt ans. Elle concentra sur son fils unique toutes son affection.
Quelques années plus tard, Dieu le lui ayant en levé,
elle sanctifia dans la pénitence et la pauvreté un long
veuvage de trente ans.
Bien
que n’appartenant pas à la famille du Tiers-Ordre, citons
cependant la bienheureuse Jeanne de France (1464-41505 ), fondatrice
des Annonciades et fervente disciple de la famille franciscaine. Fille
de Louis XI, mariée à l’indigne Louise d’Orléans
qui usa de son mariage et la trahit, elle fut une épouse modèle,
aimante et dévouée ; elle supporta avec une héroïque
patience le calvaire de sa réputation.
La
bienheureuse Louise Albertoni ( 1474-1533) et son pieux époux
nous donnent une l’exemple de la fidèle aux devoirs d’état.
Mariée, elle est tout dévouement pour son mari. C’est
elle-même qui surveille l’éducation des trois filles
nées de leur unions. Lorsqu’elle mourut, âgée
de 59 ans, le peuple de Rome suivit en pleurant le cercueil de celle
qui avait pratiqué envers tous une grande et méritoire
charité.
Plus
près de nous, comment ne pas citer certains noms : Dame Marguerite
Bosco, mère de saint Jean Bosco ; la comtesse de Ségur,
mère de Mgr. de Ségur qui fut si zélé pour
le Tiers-Ordre : le grand patron chrétien, Léon Harmel
( 1829-1895 ), admirable père de famille ; Albert de Mun ( 1811-1914
)`Grailhard-Bancel, si dévoué à la cause sociale
et familiale ; M. Duthoit, père de faille exemplaire ; le savant
Pierre Termier ; M. et Mme George Goyau , etc…
A
Javron, dans la Mayenne, le souvenir d’une courageuse mère
de famille de onze enfants est resté vivant. C’est Augustine
Letonnelier ( 1853-1916 ). Elle prit l’Habit du Tiers-Ordre à
l’âge de 29 ans, au cours d’une grande mission à
Javron, prêchée par les Franciscains. Elle peut être
citée comme le modèle des épouses et des mères
(5).
Enfin, comment ne pas mentionner cette famille qui vivait naguère
ans la petite ville d’Alençon, puis dans celle de Lisieux,
Mme Martin était tertiaire, et dans son foyer domestique, pénétré
d’esprit franciscain, s’est élevée sainte
Thérèse de l’Enfant-Jésus, la neuvième
enfant, dont l’âme avait tant d’affinités avec
celle du Petit Pauvre d’Assise.
Quelles
merveilles de sainteté ne pourront-ils pas produire encore les
foyers des tertiaires de saint François !
Les
exercices de la vie chrétienne
Non
seulement la Règle du Tiers-Ordre pose les germes du bonheur
familial, comme nous l’avons vu, mais encore elle précise
les exercices fondamentaux de la vie chrétienne au sein de la
faille. Elle demande, en effet, la prière, la récitation
de l’office des douze Pater, qui pour les époux peut se
faire en commun, la prière avant et après les repas qu’il
sera tout naturel de réciter à la haute voix, elle recommande
aussi l’examen de conscience qui peut se faire au cours de la
prière du soir récitée par toute la famille. La
vie de piété et assurée de la sorte dans ces grandes
lignes.
Après
la prière, la Règle impose la frugalité dans les
repas, ce qui est un des aspects de ces grandes vertus de modérations,
de simplicité et de pénitence qu’elle veut voir
briller dans tous les tertiaires. Ne faut-il pas que l’époux
et l’épouse s’entendent sur ces pratiques et les
observent d’une commun accord ?
En
ayant cette conduite, ils rempliront tout spontanément le grand
devoir de l’exemple, rappelé par la Règle. Les enfants
regardent et observent plus qu’on ne le croit souvent. Ils seront
édifiés et entraînés à leur tour sur
le chemin de la perfection.
L’atmosphère
chrétienne.
Toutes
ces exigences de la Règle du Tiers-Ordre ne créent-elles
pas une atmosphère chrétienne qui enveloppera le foyer
des tertiaires ? Toute cela permettra à ces époux de faire
de leur famille : une famille selon le saint Évangile, un peu
sur le modèle de celle qui vécut à Nazareth. Dans
leur foyer domestique brilleront toutes les vertus franciscaines ; la
simplicité qui allège les cours, la modération
qui assure l’équilibre moral, l’esprit de sacrifice
qui féconde les oeuvres, la confiance qui repose sur l’estime,
l’amour qui dilate les âmes et, enfin, la joie de saint
François, le séraphique père.
Le
Tiers-Ordre facilitera l’union des époux, l’union
es âmes, qui est la plus importante. Elle se réalisera
par la mise en commun de leur vie et de leurs aspirations, par la communion
au même Idéal et par un élan mutuel qui entraînera
l’une et l’autre vers les mêmes cimes.
Les
épreuves n’épargneront peut-être pas leur
foyer, les difficultés de l’existence se dresseront un
jour ou l’autre devant eux, les souffrances physiques et quelquefois
morales, entreront de force dans leur demeure, c’est le lot de
tous les humains et nul ne saurait y échapper. Ils supporteront
courageusement ces maux avec cette foi qui fait resplendir les ténèbres.
Et si leur âme est profondément franciscaine, même
au sien de l’adversité, ils auront goûter l’austère
saveur de la « joie parfaite », celle dont parlait saint
François à frère Léon e qu’il ressentit
lui-même plus d’une fois au fond du cœur.
Les
foyers franciscains.
Dans
ces sentiments, les époux tertiaires pourront alors accomplir
parfaitement leur mission sur la terre. Leur famille sera solde et leur
bonheur inébranlable parce qu’il s s’appuieront sur
le Christ de Évangile et de l’Hostie. Ils trouveront en
Dieu la force et la grâce nécessaires pour mener à
bien leur tâche sublime de père de mère.
Ils
pourront achever leur oeuvre d’éducation chrétienne
en infusant à leurs enfants l’amour et le écoute
de saint François. Tout jeunes, ils aimeront à les enrôler
sans l’archiconfrérie de Cordon de saint François.
Plus tard, leurs jeunes gens et leurs jeunes filles revêtiront
comme eux les livrées du Séraphique d’Assise. Humbles
livrées du Tiers-Ordres, qui rappellent l’humilité
et la pénitence. Elles sont les liens solides et puissants qui
les rattachent comme visiblement à celui que Jésus choisit
un jour comme porte –étendard de ses sains Stigmates.
Chaque
famille de tertiaires pourra ainsi devenir au sein de ce monde de perdition
comme une communauté de vrais chrétiens. Le feu de la
vie chrétienne rallumé de cette façon petit à
petit, foyer par foyer , finira par réchauffer tous les cœurs
dans l’amour de Dieu et par restaurer la Paix du Christ au milieu
des agitations humaines, ce jours-là, on reconnaîtra franchement
que le Tiers-ordres a été un des éléments
actifs de la restauration familiale (6).
Conclusion
Oui,
sincèrement, en réfléchissant sur ce sujet : «
le Tiers-Ordre, moyen de sanctification familiale », personne
ne croira y découvrir un aspect de nouveauté. Tous comprendront,
au contraire, que c’est replacer le Tiers-Ordre dans la ligne
exacte des origines de l’Institution franciscaine.
Le
Tiers-Ordre est de sa nature un levain de vie chrétienne et l’histoire
nous apprend qu’il en a joué le rôle immédiatement,
dès son origine, pour agir, le levain doit être placé
dans la pâte et non séparé de la masse. De même
si nous voulons que le Tiers-Ordre produise tout son effet, n’ayons
pas peur de le plonger dans la vie réelle, de le placer dans
son vrai cadre, de le jeter dans le concret et le pratique. C’est
là pour lui une question de vitalité et de fécondité.

Chapitre
Quatre
Le Tiers-Ordre, moyen de sanctification sociale
«
J’ai songé, déclarait saint François aux
gens qui écoutaient sa prédication, à instituer
un troisième Ordre pour les personnes du monde afin de leur permettre
de servir Dieu d’une manière plus parfaite. »
Tout
le but du Tiers-Ordre est renfermé dans cette courte phrase.
L’Institution du séraphique Père n'a d’autres
destination et n’a autre ambition que de faire épanouir
dans le peuple chrétien la vie chrétienne vraie et intense,
par la recherche la vie chrétienne vraie et intense, par la recherche
de la perfection évangélique, selon une Règle adaptée
aux conditions et aux devoirs d’état de chacun.
Or
la vie chrétienne n’est pas parfaite si elle ne régit
pas l’homme tout entier tel qu’il est : en chair et en os,
individu vivant en société, membre d’une famille,
exerçait une profession, occupant une situation et citoyen d’un
pays, ce sont là, certes, ses aspects divers et distincts, mais
non séparés, parce qu’ils s’intègrent
dans un seul et même individu et que la perfection de l’être
suppose précisément la perfection de chacun de ces aspects.
Dès
lors le tertiaire, capable de penser et désireux de vivre intégralement
sa vie franciscaine, peut légitimement se poser cette question
: « Le Tiers-Ordre est-il pour moi un moyen de sanctification
de ma vie entière, et particulièrement de la vie sociale
? » « Oui», répondons-nous sans hésitation.
Exposons
maintenant comment le Tiers-Ordre peut être un moyen de sanctification
de la vie sociale. Ce sera en même temps exposer la bienfaisance
de l’Institution franciscaine vis-à-vis de la société
et par là encore célébrer son utilité et
sa merveilleuse fécondité pour le peuple chrétien.
La
société est naturelle
L’homme
est fait pour vivre en société. Même au sein du
Paradis terrestres, orné des dons de la nature et de la grâce,
l’homme solitaire ne pouvait trouve