MON DIEU ET MON TOUT

© + Sr Denise Ermite

À la suite de Saint- François et le Tiers-Ordre- P. Damase Danveau o.f.m



Nihil Obstat

Cadomi, die 2a septembris 1941 in,
festo beati Ioannis-F.Burté
Fr.Leo Seiller.o.f.m. Cens.Dep.

imprimi Potest

Parisiis, die 7a septembris 1941
in festo beatae Mariae de Borbonio
Fr. Amadeux Lefevre o.f.sm.
Min.Prov. S. Dionysii in Gallia

Imprimatur

Rhedonis. Die 9a septembris 1941
in memoria Gabrielis de la Ribourde
Clemens Archiep

Avant-propos
Vue d'ensemble
Chapitre Premier
Le Tiers-Ordre, artisan de sanctification chrétienne
Chapitre Deux
Le Tiers-Ordre, moyen de sanctification personnelle
Chapitre Trois
Le Tiers-Ordre, moyen de sanctification famaliale
Chapitre Quatre
Le Tiers-Ordre, moyen de sanctification sociale
Chapitre Cinq
Une famille d'âmes

Chapitre Six
Le Tiers-Ordre et les mouvements spécialisés d'Action Catholique

Chapitre Sept
Sur le chemin montant
Avant-propos

La présente brochure fait suite tout naturellement à Vie Merveilleuse de Saint-François. L’une trace l’attachante figure du petit Pauvre d’Assise, l’autre enseigne la façon de l’Imiter.

Beaucoup admirent saint François et son oeuvre, beaucoup s’enthousiasment de ses exemples et de son esprit, certains sont sensibles à la poésie qui jaillit de son cœur, d’autres s’attachent à l’attrait de la spiritualité franciscaine. Ces différents appréciations se justifient pleinement et leur ensemble constitue un bel et incomparable hommage.

On ne répétera jamais assez, cependant, que la meilleur façon de glorifier saint François, c’est, pour les gens du monde, d’entrer dans le Tiers-Ordre, de revêtir les humbles livrées franciscaines et de s’efforcer ensuite, par l’observance de la Règle, de marcher sur la trace glorieuse de ses pas.

On ne répétera jamais assez que le plus sûr moyen de s’initier à la spiritualité franciscaine, c’est d’entrer dans le Tiers-Ordre.

On ne répétera jamais assez aux vrais chrétiens du monde qui songent à leur salut et à la sanctification de leur âme, qu’il existe pour eux, reconnue et constamment recommandée par les Papes, une école de vie chrétienne dans le Tiers-Ordre de saint François.

On ne répétera jamais assez que le Tiers-Ordre constitue une avantageuse vulgarisation de la vie religieuse à la portée des âmes qui vivent au milieu de l’agitation du siècle. Il a une valeur sanctificatrice incontestable pour l’individu et peut avoir sur la société la plus heureuse des influences.

Les enseignements de cet ouvrage ne sont pas nouveaux. Ils ne font que présenter sous une forme moderne la doctrine traditionnelle. Cependant, ils voudraient surtout souligner les possibilités que la Règle du Tiers-Ordre offre pour assurer l’œuvre de la sanctification personnelle et son rayonnement sur le monde.

Nombreuses sont aujourd’hui les âmes de bonne volonté, dans tous les rangs de la société, et particulièrement dans la jeunesse. Un jour prochain, nous le souhaitons, les jeunes et leurs guides comprendront, ce que les Papes n’ont cessé de proclamer, l’utilité et les avantages inappréciables de cette « vulgarisation de la vie religieuse ». En attendant, notre devoir n’est-il pas de faire tous nos efforts pour qu’on s’approche de cette source d’eau vivre, de ce Tiers-Ordre de saint François ? Cette brochure sera un nouvel essai vers ce but.

En vue de facilité la lecture de ces pages et d’en assurer le profit, nous avons recherché une grande clarté de langage et nous avons coupé notre texte par des sous-titres nombreux. On y verra là un effort de simplicité.

« Quiconque, a déclaré le pape Grégoire, IX, aura la témérité de critiquer, de contredire et de tourner en dérision le Tiers-Ordre, encourra la malédiction de Dieu et des saints apôtres Pierre et Paul. »

Nul ne voudra tomber sous cette malédiction, mais tous entendront la voix, du Christ qui parle à Rome. « Nous voudrions vous persuader, disait Léon XIII à une grande foule de pèlerins reçus en audience, jeunes et grands, de vous faire recevoir dans le Tiers-ordre. » « Créez partout des Fraternités », recommandait Pie X. « Il est à souhaiter qu’en chaque ville et en chaque bourgade, écrivait Benoît XV, le Tiers-Ordre compte désormais un groupe de membres, non pas inactifs et qui se contentent de leur seul titre de tertiaires, mais bien de ceux qui se dépensent avec zèle et générosité pour leur propre salut et le salut de leurs frères. Pourquoi même les diverses Associations catholiques, qui se multiplient partout. Associations de jeunes gens, d’ouvriers et de femmes, ne s’affilieraient- elles pas au Tiers-Ordre ? ».

Enfin Pie XI donnait, en 1926, cette consigne au Clergé et aux Religieux Franciscains ; « Persuadez à ceux qui ne sont inscrits dans cette sainte milice de s’y engager cette année même » du septième centenaire de l’Institution du Tiers-Ordre.

Ces conseils et ces pressants appels seront entendus. Que les prêtres, en particulier les confesseurs et les directeurs d’âmes. N’hésitent pas ; a orienter les âmes généreuses et désireuse de perfection vers le tiers-Ordre de saint François.

Que Dieu et notre séraphique père saint François éclairent et bénissent ceux qui liront ces pages. Puissent-ils y trouver un aide et un encouragement pour la pratique généreuse de la loi de Jésus-Christ.

Rennes, le 1er Septembre 1941

Fr. Damase Danveau. Franciscain

Chapitre Premier
Le Tiers-Ordre, artisan de sanctification chrétienne

Les modestes bâtisseurs de nos cathédrales, sachant qu’ils travaillaient à la gloire de Dieu, poussaient leur œuvre jusqu’à la perfection possible et parfois sculptaient des détails qu’ils savaient devoir par leur position échapper aux regards des hommes. Il leur importait peu que leur travail gardât cette obscurité tous leurs efforts concouraient à la splendeur de la Maison de Dieu.

Le Chrétienté est à sa façon une grande et belle cathédrale spirituelle, c’est le Corps mystique du Christ, le temple vivant et immense du Saint-Esprit. Dans l’œuvre de construction ininterrompue de cette cathédrale, le Tiers-Ordre s’applique modestement mais efficacement à réaliser la beauté spirituelle des âmes ces pierres vivantes de l’édifice. Ce travail échappera la plupart du temps aux regards humains, seul l’appréciera le divin Architecte. Qu’importe. L’institution franciscaine concourt ainsi chaque jour à la splendeur surnaturelle de la vraie Maison de Dieu.

C’est là l’humble gloire du Tiers-Ordre.

C’est là aussi l’encouragement qu’y trouvent ceux dont l’activité s’emploie en faveur du Tiers-Ordre. Réaliser la beauté profonde des âmes à la gloire du Christ de Dieu : quelle noble et sainte tâche.

Le chrétien vivant au milieu du siècle, dans le tourbillon des affaires et des plaisirs, des incontestablement fort exposé à les laisser entraîner loin de Dieu, dans la voie de l’indifférence et des passions mauvaises. S’il veut sauver son âme et servir Dieu, il devrai pratiquer fidèlement la piété, observer les commandements et se servir des moyens ordinaires que la Sainte Église met à sa disposition, surtout du sacrement de Pénitence et du sacrement de l’Eucharistie.

Si un élan de perfection anime ce chrétien, si de fervents désirs gonflent son cœur, s’il veut surmonter plus facilement les dangers du monde et vivre une vie chrétienne plus intense, il ne tardera pas ; à ressentir le besoin d’un appui particulier pour la réalisation de se pieux desseins. Ce généreux chrétien trouvera un préservatif, un secours, une lumière et une force dans le Tiers-Ordres séculiers que lui propose l’Église. Le Tiers-Ordre de saint François -d’Assise, le plus populaire et le plus répandu, le plus favorisé d’indulgences et le plus recommandé par les Papes, s’offre plus particulièrement à sa bonne volonté et à sa générosité d’âme

Nature du Tiers-Ordre

« Les tertiaires séculiers, dit le Droit Canon (art.702), sont des fidèles qui vivent dans le monde sous le contrôle d’un Ordre religieux et selon son esprit et qui s’efforcent ainsi de tendre à la perfection chrétienne par des moyens appropriés à leur état, en suivant les règles approuvées pour eux par le Saint-Siège. »

Ce texte, qui s’applique à tous les Tiers-ordres, éclaire parfaitement la nature du Tiers-Ordre de saint François. Quelques mots suffiront à l’expliquer.

Un Ordre composé de Séculiers.

Le Tiers-Ordre, d’après son institution, d’après la tradition papale et d’après sa règle, est un ordre séculier à esprit religieux, composé de chrétiens vivants dans le monde. Il a une Règle, un Noviciat, une consécration de la vie par la Profession, un Habit, un Office canonique, des réunions communes et la pratique des vertus correspondant aux vœux de religion.

Tout en restant dans le monde et en accomplissant tous les devoirs d’état, de famille et de société, les tertiaires ont l’avantage de se sentir rattachés à la vie religieuse. À l’extérieur et pour les yeux, ils ne se différencient pas des autres chrétiens, mais toute la différence est à l’intérieur et consiste dans une volonté de mener une vie chrétienne plus conforme à l’Évangile, par l’observance généreuse des Commandements de Dieu.

Le Tiers-Ordre est distinct des confréries et archiconfréries. Celles-ci, en effet, n’ont comme but spécial que telle ou telle dévotion : ainsi les confréries du Très Saint Sacrement, des Enfants de Marie, des divers scapulaires, de la Bonne Mort, etc. Le Tiers-Ordre a par contre un programme plus complet de vie chrétienne. Il leur est supérieur par son but et par les moyens de perfection mis à la disposition de ses membres.

Le Tiers-Ordre est distinct des œuvres catholiques. Celles-ci peuvent répondre à certains besoins et exercer une action moralisatrice ou sociale ; elles sont loin de tendre à la perfection et d’en fournir le moyens comme Tiers-Ordre. Le lien qui unit les membres de ces œuvres est loin d’avoir la stabilité, la valeur et l’efficacité du lien religieux qu, sans vœux cependant, unit les tertiaires entre eux et avec la grande famille franciscaine.

Le Tiers-Ordre peut-être ou la base ou le couronnement des œuvres paroissiales. Les deux points de vue se justifient selon les différentes situations des paroisses.

Le Tiers-Ordre n’exclut personne. A partir de quatorze ans révolus, tous, jeunes gens, jeunes filles, hommes et femmes de tous âges et de tous conditions sont admissibles ; et l’on aurait tort de le regarder comme réservé aux femmes. C’est un fait, au contraire, que les hommes, une fois entrée au Tiers-Ordre, s’y attachent, qu’ils y approfondissent leur christianisme et s’initient peu à peu à la piété et à la vie intérieure. Tous se déclarent heureux d’être dans cette voie salutaire.

Sous le contrôle d’un Ordre Religieux

Saint-François a voulu faire descendre jusqu’aux chrétiens vivant dans le siècle l’efficacité de la vie religieuse et étendre ainsi l’esprit religieux dans le monde. C’est pour le Tiers-Ordre qu’il fonda, qu’il anima de sa parole et de son esprit, se développa durant les siècles à l’ombre des couvents de Premier Ordre. Cette union permit de subir sans faibles, même aux Fraternités établies au loin, l’épreuve des temps, des lieux et es circonstances.

Ce contrôle s’exerce au moins chaque année par la Visite canonique. Les tertiaires se sanctifient en effet, dans la mesure où ils observent la lettre et l’Esprit de la Règle. Pour maintenir cette régularité, le Supérieur, ou à son défaut un Père du Premier Ordre, dûment délégué, va sur place, en chaque Fraternité, se rendre compte si tout : personnes et choses, se tient selon les prescriptions. Il corrige les abus, ranime la ferveur et maintient l’esprit séraphique.

La « reddition de comptes » demandée par la Visite annuelle est u point vital de l’Organisation du Tiers-Ordre. On peut affirmer que la façon dont on s’y soumet marque le degré l’influence du Premier Ordre dans la vie spirituelle du tertiaire. Si on prend au sérieux ce point de le Règle, la Visite canonique constituera pour chaque tertiaire un bain de ferveur et un élan dans sa vocation. Si l’on néglige cette Visite, la vitalité qui découle de l’affiliation à l’Ordre Franciscain décroîtra et même disparaîtra. N’ est-ce pas là l’explication de l’affadissement et de la stérilité du Tiers-Ordre pour quelques-uns ? Comment un rameau séparé du tronc, pourrait-il fleurir et porter des fruits ?

Le but de la Visite est de maintenir et de développer, chez le tertiaire, la connaissance de sa vocation franciscaine, son enthousiasme pour cet idéal ; son observance fidèle de la Règle et ses efforts pour sa perfection. La Visite permet au tertiaire, par un examen loyal, devoir où il en est sur le chemin de sa vocation, à la suite de saint François.

Chaque tertiaire va donc trouver le Père Visiteur, lui avoue se manquements à la Règle et lui ouvre, s’il le veut, sa conscience. Il ne doit pas hésiter à solliciter de lui des explications, des lumières et des directives.

Le Père Visiteur est la « soudure vivante » de l’âme séculière avec l’Ordre, le a canal » pour où passe la sève pour une vie meilleur. Le Père Visiteur est un « animateur », qui apporte un enseignement et qui imprime un élan. Sa fonction exige une compétence et un zèle tout particuliers, pour être source de dynamisme, comme elle se doit.

Le contrôle de l’Ordre Franciscain apparaît ainsi direct et immédiat à l’égard des tertiaires et des Fraternités.

Selon l’Esprit de Saint François

Le Pape Pie XI a dépeint avec admiration la belle figure du saint fondateur du Tiers-Ordre ; sa pauvreté sublime, son humilité profonde, sa charité parfaite, sa pureté angélique, sa pénitence héroïque, son dévouement à l’Église, qui lui a fait donner le nom glorieux d’homme catholique et apostolique.

Les tertiaires ne peuvent pas trouver un plus beau modèle de générosité et de sainteté. Le tertiaire reste dans le monde, mais il a rompu avec l’esprit du monde et avec sa folle sagesse. Le tertiaire s’est mis dans un état de vie solennellement approuvé, recommandé et surveillé par l’Église. Il se préoccupe pas seulement d’assurer son salut, mais encore de s’améliorer, de cultiver en lui-même les vertus auxquelles s’appliquent les religieux dans leurs cloîtres.

Aussi le tertiaire recherche-t-il une prière plus fervente, une union à Dieu plus étroite, une humilité plus sincère, le détachement effectif des biens de la terre, une charité bienveillante et dévouée, une soumission joyeuse et confiante à toute les autorités légitimes.

Il réalise cet idéal en s’imprégnant de l’esprit du séraphique Patriarche et en marchant fidèlement sur ses traces.

Tendre à la perfection.

Le but de la vie religieuse est de faciliter, par des moyens appropriés, l’acquisition de la perfection chrétienne. Le Droit Canon affirme cette vérité dans sa définition des ordres religieuses ( canons 487). Il reprend cette même affirmation lorsqu’il parle des différents Tiers-Ordres ; « Les tertiaires sont des fidèles... qui s’efforcent de tendre à la perfection chrétienne, par des moyens approprié à leur état de vie. »

Les moyens appropriés que le Tiers-Ordre fournit à se membres peuvent se condenser en ces trois éléments qui constituent l’essentiel de toute vie religieuse : la profession religieuse qui consacre toute la vie, la règle qui la discipline, l’esprit qui l’imprègne et lui donne son élan.

A ceux qui s’engagent dans les Ordres religieux proprement dis, l’Église demandera non seulement la pratique des préceptes, mais aussi le vœux des trois conseils évangéliques –pauvreté -chasteté- obéissance afin de les libérer d’eux-mêmes et de les consacrer au service unique du Seigneur..

Aux membres du Tiers-Ordre, l’Église ne demande strictement que l’observance des préceptes, mais elle les invite à s’imprégner de l’Esprit de ces trois conseils selon à la condition de chacun.

Dans le Corps Mystiques du Christ, chacun à sa vocation et sa mission propre. En y demeurant fidèle, chaque âme s’épanouira, s’unira à son Chef et vivra en plénitude.

En suivant la Règle.

Comme les religieux qu’ils imitent, les Tertiaires suivent une Règle, solennellement approuvée par le Saint-Siège.

Ce fut d’abord celle rédigée en 1221 par saint François, avec l’aide du cardinal Hugolin. Puis celle promulguée en 1289 par le Pape Nicolas IV. Enfin celle que Léon XII, après l’avoir renouvelée et adaptée à notre temps, a solennellement promulguée par la constitution Misericors Dei Filius du 30masi 1883, cette révision comme le déclarait le Souverain Pontife, n’a vouloir rien toucher à la nature intime du Tiers-Ordre, qui demeure intacte et entière; elle ne porte en rien atteinte à l’essence du Tiers-ordre, lequel continue d’être ce qu’à qu’a voulu son saint Fondateur Lui-Même.

(attention ici : depuis que le livre a été écrit la règle a été mortifié par le Pape Paul VI le 24 juin 1979 )

La Règle est un règlement spirituel qui indique la route de la perfection, elle est une assurance pour chacun qu’il se trouve dans la bonne direction, elle pousse les âmes généreuses au plein épanouissement de leur vie dans le Christ, la Règle est supérieur à tous les règlements approuvés par des directeurs de conscience qui en peuvent avoir qu’une autorité privée. La Règle émane de l’autorité officielle de l’Église.

Les Papes ont reconnu dans le Règle du Tiers-Ordre un instrument de perfection et ils n’ont cessé de répéter à travers les âges ; « Vivez votre Règle, tertiaires de saint François, et vous deviendrez à votre d’autres Christ. »

Vive, pour moi, c’est Jésus-Christ.

Le but que propose le Tiers-Ordre, c’est la conformité au Christ Jésus par l’initiation fidèle de saint François. A bon droit, nous pouvons mettre dans la bouche du Poverello ces paroles de saint Paul : « Soyez mes imitateurs comme je le suis moi-même du Christ. » ( Tite III, 7.) En imitant Jésus-Christ, il en est devenu la copie vivante et l’image la plus ressemblante qui fut jamais.

L’imitation de François d’Assisse ouvrira à un très grand nombre d’âmes les voie qui les ramènera les unira au Christ.

Deux vertus foncières traduiront ce idéal dans tous les détails de l’existence : la Pauvreté évangélique, qui détachera l’âme de tout ce qui n’est pas le Seigneur, la divine Charité qui la poussera au service de Dieu et du prochain.

La pauvreté évangélique

La pauvreté franciscaine, ce n’est pas la haine de la Création, ni le refus d’user des créatures ; c’est pas le mépris de l’oeuvre du Père, ni le rejet des êtres et des choses.

La pauvreté bien comprise constitue une libération de notre âme qui assure son élan vers Dieu.

Posséder, même être riche, mais sans jamais être asservi aux objets, qui doivent nous servir. Ne pas arrêter à notre personne ce qui dont servir à la gloire Dieu. Ne pas nous approprier avidement les objets, ou esclaves des biens de ce monde. Nous libérer par une pauvreté relative ou du moins spirituelle.

Alors, ainsi être dépouillé de tout, jouir de tout et tout reporter au Christ et à Dieu, telle fut la leçon d’Évangile que François donna au monde « Tout est nôtre », dit saint Paul, pour que « nous soyons au Christ, comme le Christ est à Dieu. » I Cor.3,23 .)

Cette pauvreté enveloppera les biens matériels et fera renoncer à ce que l’on possède, elle enveloppera les biens du corps et de l’esprit et devra renoncer à ce que l’on est. Elle engendra la vraie humilité que fait l’homme tel qu’il es devant Dieu et devant le monde.

La divine Charité.

La pauvreté évangélique aboutit infailliblement à ce terme. Détaché de choses terrestres, l’âme se tournera vers Dieu et vers ses frères, les hommes. Elle se mettra au service du Christ.

Par le don de toute sa personne, sans rechercher d’amour-propre, le tertiaire voudra participer à la tâche salvatrice de Jésus. Il travaillera dans sa modeste sphère, à la place que la Providence lui a marquée, à la sanctification des âmes. Il saura poursuivre inlassablement un apostolat familial, professionnel et social. Il apportera à tous la paix et la joie pour rendre ses frères « meilleurs chrétiens » et les donner par là à Dieu.

Ainsi la divine charité, poussant nécessairement au service du prochain, aboutira à l’amour du Christ et à la gloire de Dieu.

Conclusion.

Le Tiers-Ordre de saint François, qui produit dans les âmes ces heureux effets, mérite bien d’être appelé, estimé et considéré comme un artisan de sanctification chrétienne. Dans la cathédrale spirituelle et mystique, il fait une œuvre nécessaire et belle.

Béni soit Dieu qui, providentiellement par la séraphique saint François, ouvert aux âmes de bonne volonté, un chemin assuré vers la perfection. Chacune peut devenir ainsi-facilement une « pierre vivante » de la cité mystique, un futur élu du royaume de Dieu.

 

Chapitre Deux
Le Tiers-Ordre, moyen de sanctification personnelle

« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.» Parole de Notre Seigneur Matt.5-48

Un jour, nous rapporte le récit sacré, Notre-Seigneur explique à ses apôtres la nature de la perfection qu’IL attendant d’eux. « Ne vous contentez pas, leur disait-il ; de la pratique tout extérieure des pharisiens. Ce sont des sépulcres blanchis. lIs s’appliquent aux choses qui se voient, Il ne recherchent pas la pureté et la sainteté de l’âme. » Aussi Jésus attendait-il; de ses disciples une sainteté plus complète et surtout intérieure et Il concluait son enseignement par ces paroles : « Pour vous, soyez parfait comme mon Père céleste est parfait .»

Par ces mots, Notre-Seigneur traçait à ses apôtres et à travers leurs personnes, à tous les chrétiens le programmes de la perfection évangélique.

« Soyez parfaits », « devenez parfaits ». C’est une consigne, un commandement, un ordre qu’il donne. Si Notre-Seigneur nous donne cette consigne, c’est que nous ne sommes pas parfaits, ce qui est facile à constater, mais c’est aussi pour ce qu’il veut que nous fassions des efforts pour nous réformer et devenir meilleurs. Il y a en nous, aidés par la grâce divine, la possibilité d’une haute perfection.

Or, la volonté de Jésus est formelle : « Ma volonté à moi, c’est que vous deveniez de saints : voluntas mea est sancitficatio vestra. » L’Idéal offert à notre ambition est sublime : C’est Dieu lui-même. Voilà ce que le Christ propose à tous les disciples sans le saint Évangile.

Pour mieux réaliser cette consigne, deux idées fondamentales doivent être tout d’abord établis, à savoir :
1- Tous les chrétiens sont appelés à la perfection et à la sainteté.
2- Le Tiers-Ordre est pour eux un moyen efficace et providentiel de sanctification personnelle.

Puisse saint François, le séraphique père, modèle achevé de perfection évangélique entraîner les âmes généreuses à sa suite et les soutenir dans le travail courageux de la sanctification personnelle.

La recherche du progrès est naturelle.

On parle beaucoup de nos jours de progrès d’amélioration et perfectionnement pour les sciences et pour les arts, pour les hommes et pour les actions pour le présent et pour l’avenir… On améliore, en effet, la terre et les races d’animaux domestiques. On invente et l’on perfectionne les machines de l’agriculture et de l’industrie, l’homme possède maintenant le moyen de parcourir d’immenses espaces en quelques heures et transmettre sa pensée immédiatement à l’autre bout du monde. On a considérablement augmenté le bien-être matériel des humains. Voilà certes de beaux résultats…

Ce serait parfait si par tous ces progrès on arrivait à procurer à tous les hommes un peu plus de bonheur et de joie. Mais, hélas ! Le progrès moderne se montre aussi, en bien des cas, artisan de malheur et fait couler bien des larmes.

Quoi qu’il en soit, s’il est naturel de rechercher le progrès matériel et le perfectionnement du corps, il faut encore et même davantage s’inquiéter de l’âme, de la vie morale et du progrès moral. Le corps n’est qu’une partie de l’homme et la monde. Ce qui fait la valeur de la vie humaine, c’est la valeur de l’âme ; et ce qu fait la valeur et la beauté de l‘âme, c’est la vertu.

Qu’est-ce que la perfection ?

Qu’est-ce que la perfection ? Que faut-il comprendre par ce mot ?

La perfection désigne l’état d’un être accompli par opposition à l’état d’un être ébauché.

Entrons dans un atelier de sculpture, Que voyons-nous ? Tout d’abord des blocs de marbres, qui viennent d’arriver de la carrière. Ils sont informes, grossiers, disgracieux… avançons, en voici qui ont déjà subi le travail de l’artiste, ils présentent déjà une idée, une réalisation, on devine ce qu’ils deviendront. Enfin voilà l’œuvre qu’achève et maître-ouvrier. C’est une admirable statue, aux formes souples et vivantes.

Quand un artiste conçoit un sublime desseins, lorsqu’il exécute harmonieusement ce plan, son ouvrage est parfait en son genre : C’est un chef-d’œuvre. Ainsi Michel-Ange médite les douleurs de la Vierge au Calvaire et sculpte ce chef-d’œuvre saisissant : La Piéta. Ainsi Jacopone de Todi écrit les magnifiques strophes du Stabat Mater.

Une œuvre parfaite, c’est donc une œuvres sagement conçue et adroitement exécutée.

Le divin Artiste

Au-dessus de tous les artistes de la terre, se place le Souverain Artiste : Dieu. Dans la création des cieux et des mondes, dans la création des bêtes et de l’homme, les desseins de Dieu furent parfaits et l’exécution admirable. Le livre de la Genèse nous exprime, après l’achèvement de chaque oeuvre, la satisfaction et le contentement de l’artiste créateur. « Dieu voyait que c’était bien. »

En créant l’homme, Dieu avait en vue son divin Fils Jésus-Christ. Il voulait en faire, selon, expression de saint Paul, « l’Image visible de Dieu invisible ». Il voulait aussi que tous les autres hommes ressemblassent à ce Christ « prédilectionné : « celui est mon Fils bien-aimé, dira Dieu par deux fois. En Lui, j’ai mis toutes mes complaisances. »

La Perfection chrétienne.

La perfection de l’homme est donc le ressembler à Jésus-Christ et, par ce divin Médiateur, à Dieu lui-même. Aussi la consigne de Notre-Seigneur est-elle formelle : « Soyez parfaits, comme mon Père céleste est parfait. » Il dira une autre fois ces paroles : « Je suis venue sur terre et je vous ai donné l’exemple afin que vous fassiez vous-même ce que j’ai fait .»

Remarquez ici la force et l’étendue presque effrayante de ces paroles. La divin Maître s’adresse à tous, sans distinction de rang on d’état ; il ne dit pas : « Soyez parfais comme tel personnage de l’ Ancien Testament ». mais il dit : « Comme Dieu ». Et il ajoute : « Le royaume des Cieux souffre violence », il n’y à l’obtenir, que ceux qui savent se faire à eux-mêmes une salutaire violence.

La perfection chrétienne consiste donc a se mettre à l’école de l’Évangile pour contempler l’Image visible de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ, et s’efforcer ensuite d’imiter sa vie et ses sublimes vertus.

L’exemple de saint François

Saint François sut se mettre à l’ école de l’Évangile ! il sut ouvrir les yeux et les fixer sur la personne adorable de Jésus-Christ. Jeune homme, épris de joie et d’honneur, il entendit un jour l’appel du Christ, « Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait. » Il brisa son cœur les fascinations du monde et se lança à la suite du Christ pauvre, humble et obéissant. Il sut correspondre à l’action digne de la grâce, qui fait les saints. Il ne se contenta pas de prier, il fit pénitence, il se réforma, il pratique les vertus mêmes du Sauveur afin de copier ainsi les vertus mêmes de Dieu. Dans le travail de la perfection, il est un encouragement et un modèle.

Heureux sont donc les chrétiens qui appartiennent à la sainte famille des enfants de saint François. Pour les conduire sûrement et facilement à cette perfection nécessaire, pour épanouir leur vie chrétienne jusqu’à la sainteté, pour imiter les sublimes vertus de Notre-Seigneur Jésus ils ne trouveront jamais un moyen plus dur et plus efficace que le Tiers-Ordre franciscain.

Le Tiers-Ordre moyen providentiel de sanctification

Dieu a voulu le Tiers-Ordre afin de faciliter aux gens du monde le travail et leur sanctification personnelle. Pour le prouver, il n‘y a qu’à rappeler son institution historique.

L’exemple, la prédication et les miracles de saint François avaient tellement remué ses contemporains, ses éminentes vertus avaient suscité un tel élan vers le cloître, que tous les grands de la société sortaient des âmes généreuses qui s’enrôleraient sous la bannière de frères Mineurs ou sous celle des Filles de sainte Claire.

A cela, il pouvait y avoir des inconvénients... Cet exode enlevait au monde son élite. « J’ai songé depuis peu, dit un jour saint François à son entourage, à instituer un troisième ordre, où les personnes du monde pourront servir Dieu d’une manière parfaite. »

Inspiration d’En- Haut, dessein de la Providence, François réalisa ce proiet sans tarder, il offrit à tous les chrétiens un Ordre véritable, avec un habit, une règle, un noviciat et une profession : un Ordre séculier, c’est-à-dire composé de gens du monde, mais un Ordre séculier avec une véritable esprit religieux. Il mit ainsi la vie religieuse à la portée des personnes du siècle, « Grâce au Tiers-Ordre, dira un jour Lacordaire, on ne peut plus croire qu’il faille nécessairement fuit le monde pour s’élever à l’imitation des Saints, et arriver à la perfection. Toute chambre peut devenir une cellule, toute maison, une thébaïde. » Dans ces paroles éclate la grande richesse du Tiers-Ordre.

Valeur de la profession dans le Tiers-Ordre

L’état religieux, en effet, none consiste pas strictement dans les vœux et la vie commune, mais dans la recherche de la perfection évangélique pour la pratique d’une règle approuvée par l’Église, le vœu est un puissant auxiliaire de la perfection mais il n’en est pas l’essence. L’esprit fondamental du Tiers-Ordre, comme l’esprit religieux, est essentiellement l’obligation résultat de la profession de vivre selon le saint Évangile et de tendre à la perfection, c’est-à-dire de s’améliorer sans arrêt.

Si saint François a nommé sa troisième famille « l’ Ordre de la Pénitence », ce n’et pas pour insister sur la pénitence corporelle, mais avant tout pour insister sur la transformation de la vie. En conséquence, il demande au tertiaire de cesser de servir le monde et ses passions pour suivre et imiter Jésus Crucifié.

Le Tiers-Ordre, en vertu de sa profession, entraîne donc pour ses membres le devoir de vivre davantage pour Dieu et de tendre plus directement ainsi, même dans le monde, à la sainteté de la vie, la profession du tertiaire le fait alors participer à l’état religieux. Elle prend sa vie séculière, et la voue, la dédie, la consacre à Dieu, comme celle des religieux. L’Église accepte comme officielle cette consécration produite par la profession du Tiers-Ordre. Elle l’enregistre, elle la bénit et l’offre à Dieu ( 1)

Comme il apparaît clairement, le Tiers-Ordre lance le chrétien vers la perfection ; en vertu de sa promesse, il devra tendre à la sainteté par tous les actes de sa vie. L’obligation, qui en découle, reste cependant toute l’amour, puisque la Règle n’oblige pas sous peine de péché.

Le Tiers-Ordre moyen efficace de sanctification.

Le Tiers-Ordre, ayant placé le chrétien sur le vrai chemin de la sanctification, va maintenant lui en fournir la possibilité de réalisation. Il le fera en pour lui proposant des moyens de correction et des moyens de perfection. Il convient de les signaler brièvement.

Moyens de correction.

1- La Règle commence par opérer les retranchement nécessaire. Elle séparer le tertiaire « du monde et de l’esprit du monde » en lui prescrivant la fuite des mondanités, l’abstention des spectacles dangereux et des plaisirs frivoles. Elle lui épargne ainsi tout ce qui dissipe l’esprit de dévotion et tout ce qui réveille dans l’ âme les passions désordonnées.

Pour arriver à un résultat appréciable sur ce point, la Règle du Tiers-Ordre propose à se membres la grande et austère vertu de pénitence. Elle la lui présente sous tous les aspects ; la simplicité, dans la vie et dans l’usage des choses, la frugalité ans le boire et le manger, la sage modération dans ses désirs et ses ambitions, la sainte humilité dans ses pensés et sa conduire, la pauvreté ans son détachement des biens et des richesses. La Règle de Tiers-Ordre offre ainsi à ses membres tout un vrai programme d’ascèse, fondement de toute vie chrétienne.

L’âme du tertiaire se trouve alors dégagée de toute entrave et de tout fardeau, alerte et libre pour s’élancer vers les cimes, comme le coureur agile sur la piste.

La Règle en vient ensuite à la conduite du Tertiaire vis-à-vis du prochain. Elle lui commande la correction du langage. « Celui qui ne pêche pas par la langue, affirme l’apôtre saint Jacques, est un homme paraît. » Le tertiaire évitera toute parole contre la religion ou conte les bonnes mœurs, tout mensonge, tout propos médisant ou calomnieux, toute injure, toute insulte et toute colère. La Règle veut voire brille dans la conduite Tertiaire la dignité, la bonté et la charité. Aussi lui recommande-t-elle la patience la douceur, l’esprit d’entente et de concorde. Dans cette société, où souvent l’homme est un loup pour l’homme, le tertiaire s’en ira, à la façon de saint François dans la forêt de Gubbio, la main tendue et fraternelle pour toucher et gagner les cœurs.

3- La Règle enveloppe le tertiaire de son joug suave et léger. Le scapulaire de laine brune est l’habit de l’humble pénitent, qui se soumet à la volonté de Dieu. Son poids léger porte tout entier sur les épaules. C’est le joug du Seigneur. Porté avec dévotion, il donne l’esprit religieux et le rappelle.

Le cordon symbolise la pureté du cœur et s sens. Il est porté en double pour rappeler l’amour de Dieu et du prochain ; ses trois nœuds représente les trois grandes vertus religieuses donc le tertiaire doit s’imprimer. Il fait se souvenir aussi des liens de Notre-Seigneur pendant sa passion.

Par le rappel constant de sa signification, l’humble habit du Tiers-Ordre élèvera l’âme chrétienne aux réalités invisibles et la préparera tout doucement à revêtir un jour, au ciel, le vêtement de gloire.

Moyens de perfection

Sur le terrain de l’âme, ainsi préparé et dégagé, la Règle du Tiers-Ordre va maintenant construite pierre par pierre et jour par jour le bel édifice de la sainteté.

1- Elle commence par imposer au tertiaire la prière sous toutes ses formes.

« Il faut toujours prier », dit Notre-Seigneur. Intégré à l’Église priante par sa profession du Tiers-Ordre, le tertiaire récitera quotidiennement l’Office des douze Pater. S’il dispose de plus de temps, il pourra le remplacer par l’Office de la Sainte Vierge. Ainsi participe-t-il, au même titre que le prêtre et le religieux consacré, au grand honneur de la prière liturgique, source de grâce et de paix profonde.

La messe constitue la prière par excellence. Aussi la Règle du Tiers-Ordre demande-t-elle au « tertiaire qui le peut » sans nuire à santé ou à ses devoirs d’état, l’assistance quotidienne au Saint Sacrifice, montrant ainsi une sage prudence, mais indiquant par là l’acte de religion auquel la vie du tertiaire doit de plus en plus s’unir et s’identifier.

Dans le cas où le tertiaire ne peut se rendre à l’église le matin, il sera dans l’esprit de sa Règle s’il adopte la pieuse pratique de la « messe spirituelle ». Celle-ci consiste à s’unir par la pensée aux trois parties essentielles du Saint-Sacrifice qui se célèbre Oblation, Consécration et Communion et à vivre toute la journée en union avec le Christ.

Sans les Sacrements, nous ne saurions parvenir à la perfection. La Règle le sait. Elle fixe au tertiaire un minimum indispensable dans la Confession et la Communion mensuelles. Son esprit, pourtant, entraîner à une fréquentation plus assidue, surtout de la sainte Eucharistie, selon désir de l’ Église.

2- Après la prière, la Règle du Tiers-Ordre envisage la vie du tertiaire.

Elle veille à la sanctification des actions ordinaires, principalement des repas, elle recommande l’accomplissement parfait des différents devoirs d’état, par lesquels Dieu manifeste sa divine volonté sur nous. Ils ne sont pas des « obstacles » à la perfection, ils doivent en devenir au contraire des sens et des instruments. Ils nous font pratiquer l’obéissance et l’humilité nécessaires dans notre condition.

C’est un signe d’équilibre mentale et piété sérieuse que cette application journalière à ses devoirs d’état ou de famille. Le tertiaire doit être un modèle sur ce point.

Il ne convient pas de s’isoler des hommes, Dieu condamne l’égoïsme spirituel. La règle du Tiers-Ordre rappelle au tertiaire le devoir de l’édification du prochain. Envers tous, il entretiendra la bienveillance et la charité, il donnera le bon exemple autour de lui, il se dévouera dans toutes les oeuvres d’apostolat à sa portée. Il deviendra ainsi, l’exemple de son bienheureux Père, un levain de Christianisme.

3- Pour réaliser petit à petit la perfection de l’âme.

La Règle demande au tertiaire de faire chaque jour, l’examen de conscience. Cette pratique s’impose à toute âme désireuse de progresser. Mais, ici, entendons-nous bien. Il ne s’agit pas tant de cette recherche méticuleuse du péchés, telle qu’on la fait avant la confession, que d’un certain contrôle de son âme dans l’acquisition de telle ou telle vertu.

L’examen de conscience est d’abord « le miroir » où nous comparons notre visage réel avec l’idéale image de Jésus-Christ. Ce regard fixé tous les jours sur le Fils de Dieu nous invite avec insistance à copier ses divines Vertus.

L’examen de conscience devient alors « l’échelle de la perfection » qui nous fait gravir, échelon par échelon, les sommets de la sainteté. Le couvreur d’ardoise ne grimpe pas d’un bond sur les toits, mais il s’élève barreau par barreau. Saisissez chaque jour cette échelle et efforcez-vous d’y monter. Faite vote examen avec méthode, loyauté et persévérance, les résultats vous surprendront et vous remplirons de joie. Vous aurez la maîtrise de votre âme.

4- Comme moyen de perfection, la Règle du Tiers-Ordre assure encore le réconfort de la vie en Fraternité.

C’est là pour le chrétien un précieux secours et une marque de prédilection de Dieu. Sur la route du Ciel, il n’avance plus seul. Il est en compagnie. Soutenu par les enseignements des réunions mensuelles, encouragé par les beaux exemples de ses frères, il avancera plus sûrement.

Chaque année il bénéficiera d’une retraite et de la visite canonique. Sa piété est ainsi contrôlé, guidée et fortifiée selon la Règle et l’esprit de saint François. Cela maintiendra chez lui une régularité constante dans son progrès spirituel et avancera la beauté et la fécondité de sa vie.

Le tertiaire mettra son âme en famille, dans la Fraternité et dans l’assemblée de ses frères il goûtera la joie de l’union, le soutien de la prière commune et le bonheur de la charité. Qu’il est bon et réconfortant d’être uni de cœur et d’âme avec ses frères !.

L’arbre se reconnaît à ses fruits.

Cette simple analyse suffit à faire entrevoir l’immense avantage du Tiers-Ordre. Oui, vraiment, il constitue un cadre admirable de vie chrétienne et un auxiliaire puissant pour atteindre la perfection et de la sainteté.

Les Papes n’ont cessé de le présenter avec insistance à tous les fidèles du monde entier. « Nous avons chaleureusement recommandé le Tiers-Ordre, déclare Léon XIII, dans le but d’appeler le plus d’âmes possible à l’acquisition de la sainteté. » « Le Tiers-Ordre fait les vrais chrétiens », dit-il un autre jour. Après Léon XIII, tous les Papes ont renouvelé les appels et les exhortations en sa faveur.

Au reste, le Tiers-Ordre n’a-t-il pas fait ses preuves ? Il a produit un nombre considérable de saints et de saintes. Comme un arbre planté sur le bord des eaux, il n’a jamais perdu sa beauté et sa fécondité. A chaque génération nouvelle, Dieu est venu cueillir ses fleurs et ses fruits délicieux.

Conclusion

Quelle admirable école de perfection et de sainteté individuelle est ouverte dans le Tiers-Ordre franciscain ! Efforçons-nous toujours d’en comprendre les profondes leçons. Laissons-nous pénétrer par son esprit. Usons de ses moyens et de ses avantages.

Dans la mesure où les chrétiens deviendront les enfants de Petit Pauvre d’Assise, ils seront devenus des images ressemblantes du Fils de dieu et ils auront réalités sa sublime consigne : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait . »

 

Chapitre Trois
Le Tiers-Ordre, moyen de sanctification familiale

La famille chrétienne est un des chefs-d’œuvre de Dieu. Il l’a fondé lui-même à l’origine de l’humanité Adam et Éve ont été créés et unis pour toujours par Dieu et soumis par Lui à la loi de l’unité, de l’indissolubilité et e la fécondité.

Jésus-Christ a restauré la famille et l’a sanctifiée par ses exemples en vivant trente ans de sa vie cachée au foyer domestique de Nazareth. Il l’a consacrée enfin par sa législation raffermie et par l’institution du sacrement du mariage.

Un cri d’alarme court dans notre société : « La famille est désorganisée et ruinée : la famille se meurt. » C’est là, malheureusement, la triste réalité. Il est visible que le mal familial est immense et réclame impérieusement le remède et le salut.

L’Église, et par conséquent le Tiers-Ordre, ne sont-ils pas particulièrement qualifiés pour secourir l’institution familiale, pour la rétablir sur ses bases et la faire refleurir dans sa beauté première ? Poser la question, c’est la résoudre. Le moyen de sauver la famille, c’est d’y faire refleurir la religion, et le Tiers-Ordre s’apparaît, en vérité, comme un « moyen providentiel » et en même temps efficace » de sanctification familiale, c’est-à-dire de sanctification des époux et des enfants.

Étudions maintenant le Tiers-Ordre sous l’angle familial. C’est là un sujet intéressant et de pleine actualité. Puisse la Très Sainte Vierge Marie, modèle achevée de l’Épouse et de la mère, aider les époux chrétiens à profiter parfaitement des grâces accumulées dans le sacrement de mariage. Dans ce but, le Tiers-Ordre leur est d’un immense avantage.

Les origines de la famille

La famille est la plus élémentaire et la plus naturelle des associations humaines. Elle sert de fondement à la société religieuse et civile. Elle est l’unité première qui, en se multipliant, forme à la fois l’Église et les Nations : terrain sacré où vinrent éclore tous les espérances humaines, point de départ du bonheur des peuples et de la gloire de Dieu.

La famille a eu pour exemplaire Dieu lui-même. Avant tous les siècles, en effet, en un Dieu unique il y a trois Personnes divines ; le Père, le Fils et l ’Esprit-Saint. Les Trois se rende un ineffable témoignage de vie, d’intelligence et d’amour. Ils se connaissent, se parlent et s’aiment éternellement. Unité absolue, société incomparable, fécondité toujours présente ; voilà ; l’adorable, fécondité toujours présente : voilà l’adorable Trinité, exemplaire de la famille humaine (2)

Dieu crée l’homme à son image et à sa ressemblance, Il lui donne aussitôt une compagne semblable à Lui-même. Il leur prescrit l’unité et la fécondité comme lois : voilà la famille fondée. Jésus-Christ restaurera la famille dans sa beauté première et la sanctifiera par l’institution du sacrement des époux.

La décadence de la famille

Malgré la sublimité de son institution, malgré la sainteté de sa restauration, par la faute des hommes, à cause des passions humaines, la faille a souffert à travers les siècles… Elle subit de pernicieuses influences et elle sombre parfois dans la débauche et le péché. L’Évangile, base solide des foyers, a été oublié ou rejeté par les époux eux-mêmes.

Il en était ainsi au début du XIIIème siècle. La vie chrétienne des familles avait besoin d’être rénovées. Asservis aux choses temporelles, les hommes convoitaient avec frénésie les richesses et les honneurs, en vivant dans le luxe et les plaisirs. Il y avait des richesses scandaleuses et des misères effroyables. La désorganisation s’achevait dans les jalousies et les haines.

Dieu vient au secours de la famille

C’est alors que pour guérir ces maux, Dieu envoya saint François. Celui-ci venait de fonder successivement l’ordre des Frères Mineurs et celui des Pauvres Dames. Ces deux Ordres croissaient et se multipliant, entraînés sur le chemin de la vertu et de la sainteté par les conseils et les exemples du saint fondateur.

La parole de François était si enflammée, si persuasive, que partout où il passait, les foules voulaient quitter le monde et s’enrôler dans la vie religieuse. Beaucoup de ces gens, cependant, étaient mariés ; les hommes avaient femmes et enfants, des devoirs d’état et des situations inchangeables. Aussi saint François leur disait ces paroles ; « Restez, restez dans le monde, vous qui êtes mariés, ne séparez pas ce que Dieu a uni. Je règlerai moi-même ce que vous avez à faire pour vous sauver. »

Vers la fin de l’année 1221, François passa à Poggibonsi et entra dans une famille unie, chez Luchesio. Il fait alors connaître ses desseins. « J’ai pensé depuis peu, dit-il à ces deux époux, à instituer un troisième ordre où les gens du monde et en particulier les gens mariés pourront servir Dieu d’une façon plus parfaite ; je crois que vous ne sauriez mieux faire que de l’inaugurer. » Sur-le-champ, Luchesio et Bona Dona, son épouse, acceptèrent la proposition. Le Saint les reçut avec joie et leur donna un habit d’étoffe modeste et une corde pour ceinture, ce fut là le germe providentiel du Tiers-Ordre et de la Pénitence, qui s’étendit bientôt dans toute l’Église.

L’Ordre des gens mariés.

Le Tiers-Ordre apparaît don à l’origine comme l’Ordre des gens mariés, Saint François l’a institué pour la sanctification des personnes engagées dans les liens du mariage et pour lesquelles la vie religieuse et le cloître sont ordinairement fermés. Dans la pensée de notre Séraphique Père, le Tiers-ordre est donc bien un moyen de sanctification filiale, c’est-à–dire un moyen pour spiritualiser cette association de l’homme et de la femme, dont le but est « l’édification » des époux dans le Christ, l’aide mutuelle et la propagation de vie humaine.

C’est là, il nous semble, un point capital, auquel on n’a peut-être pas assez songé. Le Tiers-Ordre se présente alors comme un instrument providentiel, conclu de Dieu et établi par saint François pour favoriser la sainteté des époux et restaurer ainsi, une nouvelle fois, la famille désorganisée et déchristianiser.

L’Idéale union

Qu’est-ce donc que l’union des époux ? Qu’est-ce donc que la famille ? En quoi consiste le rôle mutuel es conjoints ? Convient-il de se le demander ?

L’union des époux, ce n’est pas seulement la simple cohabitation, ni même la seule communauté civile ; c’est une communauté unissant le corps et les âmes, et surtout une communauté spirituelle. Au reste, grand pape Pie XI le dit expressément dans son encyclique Cati Connubii :

« L’union des époux est une mise en commun de toute la vie et de tous les biens de la personne humaine. » Or, les biens propres de la personne humaine ne sont-ils pas d’abord les sentiments du cour et les vertus de l’âme : l’amour chrétien, la religion, la piété ?

Aussi, l’amour chrétien, ce n’est pas l’amour seulement charnel. C’est beaucoup plus et beaucoup mieux que cela. C’est surtout l’amour de l’âme du conjoint, image ressemblante, de Dieu.

Si donc l’amour humain des époux se porte sur les biens et les bonheurs terrestres, cet amour ne s’y arrête pas, ne s’y fixe pas, mais s’élève beaucoup plus haut, jusqu’à Dieu. En effet, Sa Sainteté Pie XI, dans cette même Encyclique écrivait encore : « La mise en commun, de leur vice, le mutuel appui que les époux doivent se prêter, doit viser à former en eux et à perfectionner chaque jour davantage « l’homme intérieur ». « Leurs rapports quotidiens, assure toujours Pie XI, doivent les aider à progresser de jour en jour dans la pratique des vertus, à grandir surtout dans la vrais charité envers Dieu et envers le prochain. » Aussi le mariage apparaît vraiment comme la belle union de deux cœurs pour le temps et pour l’éternité.

Le moyen de réaliser cet idéal

Pour réaliser ce beau programme de sanctification familiale, le Tiers-Ordre constitue un instrument incomparable entre les mains des époux.

Le tertiaire, en effet, selon saint François, reste et habite dans le monde, mais en tant que vrai disciple du Christ, il n’est plus du monde. Sans être rigoriste à l’extrême, la Règle du Tiers-Ordre lui demande d’éliminer de sa vie tout qui pourrait détruire ou simplement amoindri la vie du Christ dans son âme. Dans ce but, le Règle lui prescrit de fuir les bals et les spectacles « dangereux », les théâtres « mondains, » et les cinémas « corrupteurs », d’éviter les paroles déshonnêtes et les propos libertins et de ne prêter aucun serment sans raison grave et juste. La Règle fut fait encore l’importante prescription suivant : « Dans leur famille, les tertiaires ne laisseront pas enter dans leur maison les livres et les journaux qui peuvent porter quelques atteinte à la vertu, et ils en interdirent la lecture à leurs subordonnés. » ( Chap. II, parag.8,) Une telle fuite des mondanités, un tel rejet de l’esprit du monde établissement un solide rempart autour du cœur des époux et placent le foyer de leurs amours, comme en une citadelle inexpugnable.

Les directives pour le bonheur familial

La Règle du Tiers-Ordre pose ensuite les germes du bonheur familial lorsqu’elle exige du postulant la fidélité à la foi catholique, les bonnes mœurs et l’esprit de concorde. La fidélité à la foi catholique permettra aux époux de fonder leur foyer sur la base inébranlable de la religion. Ce qui manque en bien des familles, c’est la religion. Dans la famille du tertiaire, il n’en sera pas ainsi : la foi et la religion brilleront et seront les sources du vrai bonheur domestique.

Les bonnes mœurs exigées par la Règle seront d’abord or les époux tertiaires une fidélité réciproque, pour le mari en autorité, douce et ferme à la fois, vis-à-vis de son épouse et des ses enfants, pour la femme un dévouement courageux et persévérant. Pour les époux, ce sera encore une observance exacte des lois divines qui président à l’origine de la vie. Ils peupleront leur demeurer d’enfants chéris et joyeux. Ils s’appliqueront en fin là l’accomplissement parfait de tous leurs devoirs d’état.

Saint François savait ce qu’il demandait aux époux par la cette exigence des bonnes mœurs, Hélas : on envisage parfois le mariage comme un rideau derrière lequel tout semble permis ! Les bonnes mœurs familiales constituent tout un programme la vie et de sainteté.

Le Séraphique Père requiert aussi des tertiaires l’esprit de concorde et d’entente. Cette vertu est indispensable au sein de la société conjugale. Elle y établira la bonne entente et l’intimité entre l’époux et l’épouse.

Saint François ajoute encore ces directives très fermes :
« Dans leur famille, les tertiaires s’appliqueront à donner le bon exemple, à se livrer aux exercices de piété et aux bonnes œuvres. » ( Chap. II, parag.8.)

Famille des Tertiaires.

Quel beau spectacle que de voir des poux unis par le liens de l’ amour, de la piété et de la vertu ! Quel beau spectacle de les voir s’avancer, la main dans la main, sur la route de la vie, qui conduit à l’éternelle gloire du Ciel ! Quel beau spectacle de voir dans les enfants qui leur font cortège l’éclat des mêmes vertus et l’élan du même amour.

Ces spectacles s’offrent aux yeux qui les veulent voir, car Dieu, au cours des siècles, a toujours maintenu dans le peuple chrétien, comme la lumière jaillissante dans la lanterne des phares, de ces foyers pieux et féconds où germent les saints.

Le premier exemple de deux époux tertiaires fut donné par Lucesio et Bona Dona, son épouse auxquels saint François lui-même imposa l’Habit. Ils avaient acquis leur fortune par des moyens plus ou moins licites. Touchés alors par la grâce, il se mirent à pratiquer la charité et leur maison devin « l’auberge des pauvres ».

La fin du XII siècle allait voir briller un autre bel exemple, sans doute plus admirable qu’imitable. Deux époux tertiaires, vivant ensemble, mèneront une vie complètement angélique. Ce sont les saints époux Elzéar de Sabran et Delphine de Signe. Ils gardèrent par une grâce spéciale très rare dans, l’état conjugal, la virginité la plus parfaite. Tous deux reçurent les honneurs de l’autel (3)

Il est permis de citer des familles chrétiennes où l’un des deux époux, tertiaire, a su faire rayonner l’esprit et la grâce du Tiers-ordre sur les membres de son foyer.

Saint Louis, rois de France ( 1214-1270 ), épousa, le 26 mai 1234, la princesse Marguerite Bérenger, fille du compte de Provence. La jeune reine était belle, puises et parfaitement élevée. Les deux époux s’aimèrent d’un amour tendre et fidèle. Ils eurent onze enfants. Ils offrent un beau modèle de famille chrétienne et tertiaire. (4)

Sainte Élisabeth de Hongrie ( 1207-1231 ), qui, saintement, vécut avec son noble époux Louise de Thuringe. De leurs amours naquirent quatre enfants pendant les sept ans qu’ils passèrent ensemble. Puis le due partir en 1227 à la Croisade où il trouva la mort. Sa sainte épouse mourait quatre années plus tard.

La bienheureuse Humiliante Cerchi ( 1291-1246 ), née à Florence, avait un époux avare et incroyant. Elle souffrit patiemment ses avanies pendant cinq ans, puis elle sanctifia admirablement les six années de son court veuvage.

Saint Ferdinand III (1198-1252 ) naquit d’un père vicieux, de parents excommuniés, dans un royaume mis en interdit. Sa vie fit opposition à sa naissance . Il chassa les Maures de tout le sud de l’Espagne et y réinstalla la religion catholique. Il se maria avec Béatrix de Souable et, en secondes noces, avec Jeanne de Ponthieu. Son fils aîné régna sous le nom d’Alphonse X. Saint Ferdinand fut un saint époux et un bon père d e famille en même temps qu’un grand roi et un victorieux conquérant.

Le bienheureux Novellon, de Faenza, en Italie (122-1280 ), abusa de sa jeunesse. Les débuts de son mariage ne furent pas plus édifiants. Une terrible maladie occasionna sa conversion. Novellon supporta pendant un temps des injures de sa femme, sa patience réussit à la convertir elle aussi. Ils menèrent alors une vie pieuse et charitable. Le bienheureux sanctifia ensuite son veuvage dans de grandes austérités.

Le bienheureux Pierre, de Sienne; en Italie ( 1180-1289 ), fut un modèle d’ouvrier chrétien. Avec sa pieuse épouse, il tint un commerce de mercerie. Leurs affaires prospérèrent, mais on remarqua toujours leur extrême loyauté. Ils employèrent leurs biens en faveurs des pauvres.

La bienheureuse Micheline, de Pésara ( 1300-1356 )m resta veuve à vingt ans. Elle concentra sur son fils unique toutes son affection. Quelques années plus tard, Dieu le lui ayant en levé, elle sanctifia dans la pénitence et la pauvreté un long veuvage de trente ans.

Bien que n’appartenant pas à la famille du Tiers-Ordre, citons cependant la bienheureuse Jeanne de France (1464-41505 ), fondatrice des Annonciades et fervente disciple de la famille franciscaine. Fille de Louis XI, mariée à l’indigne Louise d’Orléans qui usa de son mariage et la trahit, elle fut une épouse modèle, aimante et dévouée ; elle supporta avec une héroïque patience le calvaire de sa réputation.

La bienheureuse Louise Albertoni ( 1474-1533) et son pieux époux nous donnent une l’exemple de la fidèle aux devoirs d’état. Mariée, elle est tout dévouement pour son mari. C’est elle-même qui surveille l’éducation des trois filles nées de leur unions. Lorsqu’elle mourut, âgée de 59 ans, le peuple de Rome suivit en pleurant le cercueil de celle qui avait pratiqué envers tous une grande et méritoire charité.

Plus près de nous, comment ne pas citer certains noms : Dame Marguerite Bosco, mère de saint Jean Bosco ; la comtesse de Ségur, mère de Mgr. de Ségur qui fut si zélé pour le Tiers-Ordre : le grand patron chrétien, Léon Harmel ( 1829-1895 ), admirable père de famille ; Albert de Mun ( 1811-1914 )`Grailhard-Bancel, si dévoué à la cause sociale et familiale ; M. Duthoit, père de faille exemplaire ; le savant Pierre Termier ; M. et Mme George Goyau , etc…

A Javron, dans la Mayenne, le souvenir d’une courageuse mère de famille de onze enfants est resté vivant. C’est Augustine Letonnelier ( 1853-1916 ). Elle prit l’Habit du Tiers-Ordre à l’âge de 29 ans, au cours d’une grande mission à Javron, prêchée par les Franciscains. Elle peut être citée comme le modèle des épouses et des mères (5).

Enfin, comment ne pas mentionner cette famille qui vivait naguère ans la petite ville d’Alençon, puis dans celle de Lisieux, Mme Martin était tertiaire, et dans son foyer domestique, pénétré d’esprit franciscain, s’est élevée sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, la neuvième enfant, dont l’âme avait tant d’affinités avec celle du Petit Pauvre d’Assise.

Quelles merveilles de sainteté ne pourront-ils pas produire encore les foyers des tertiaires de saint François !

Les exercices de la vie chrétienne

Non seulement la Règle du Tiers-Ordre pose les germes du bonheur familial, comme nous l’avons vu, mais encore elle précise les exercices fondamentaux de la vie chrétienne au sein de la faille. Elle demande, en effet, la prière, la récitation de l’office des douze Pater, qui pour les époux peut se faire en commun, la prière avant et après les repas qu’il sera tout naturel de réciter à la haute voix, elle recommande aussi l’examen de conscience qui peut se faire au cours de la prière du soir récitée par toute la famille. La vie de piété et assurée de la sorte dans ces grandes lignes.

Après la prière, la Règle impose la frugalité dans les repas, ce qui est un des aspects de ces grandes vertus de modérations, de simplicité et de pénitence qu’elle veut voir briller dans tous les tertiaires. Ne faut-il pas que l’époux et l’épouse s’entendent sur ces pratiques et les observent d’une commun accord ?

En ayant cette conduite, ils rempliront tout spontanément le grand devoir de l’exemple, rappelé par la Règle. Les enfants regardent et observent plus qu’on ne le croit souvent. Ils seront édifiés et entraînés à leur tour sur le chemin de la perfection.

L’atmosphère chrétienne.

Toutes ces exigences de la Règle du Tiers-Ordre ne créent-elles pas une atmosphère chrétienne qui enveloppera le foyer des tertiaires ? Toute cela permettra à ces époux de faire de leur famille : une famille selon le saint Évangile, un peu sur le modèle de celle qui vécut à Nazareth. Dans leur foyer domestique brilleront toutes les vertus franciscaines ; la simplicité qui allège les cours, la modération qui assure l’équilibre moral, l’esprit de sacrifice qui féconde les oeuvres, la confiance qui repose sur l’estime, l’amour qui dilate les âmes et, enfin, la joie de saint François, le séraphique père.

Le Tiers-Ordre facilitera l’union des époux, l’union es âmes, qui est la plus importante. Elle se réalisera par la mise en commun de leur vie et de leurs aspirations, par la communion au même Idéal et par un élan mutuel qui entraînera l’une et l’autre vers les mêmes cimes.

Les épreuves n’épargneront peut-être pas leur foyer, les difficultés de l’existence se dresseront un jour ou l’autre devant eux, les souffrances physiques et quelquefois morales, entreront de force dans leur demeure, c’est le lot de tous les humains et nul ne saurait y échapper. Ils supporteront courageusement ces maux avec cette foi qui fait resplendir les ténèbres. Et si leur âme est profondément franciscaine, même au sien de l’adversité, ils auront goûter l’austère saveur de la « joie parfaite », celle dont parlait saint François à frère Léon e qu’il ressentit lui-même plus d’une fois au fond du cœur.

Les foyers franciscains.

Dans ces sentiments, les époux tertiaires pourront alors accomplir parfaitement leur mission sur la terre. Leur famille sera solde et leur bonheur inébranlable parce qu’il s s’appuieront sur le Christ de Évangile et de l’Hostie. Ils trouveront en Dieu la force et la grâce nécessaires pour mener à bien leur tâche sublime de père de mère.

Ils pourront achever leur oeuvre d’éducation chrétienne en infusant à leurs enfants l’amour et le écoute de saint François. Tout jeunes, ils aimeront à les enrôler sans l’archiconfrérie de Cordon de saint François. Plus tard, leurs jeunes gens et leurs jeunes filles revêtiront comme eux les livrées du Séraphique d’Assise. Humbles livrées du Tiers-Ordres, qui rappellent l’humilité et la pénitence. Elles sont les liens solides et puissants qui les rattachent comme visiblement à celui que Jésus choisit un jour comme porte –étendard de ses sains Stigmates.

Chaque famille de tertiaires pourra ainsi devenir au sein de ce monde de perdition comme une communauté de vrais chrétiens. Le feu de la vie chrétienne rallumé de cette façon petit à petit, foyer par foyer , finira par réchauffer tous les cœurs dans l’amour de Dieu et par restaurer la Paix du Christ au milieu des agitations humaines, ce jours-là, on reconnaîtra franchement que le Tiers-ordres a été un des éléments actifs de la restauration familiale (6).

Conclusion

Oui, sincèrement, en réfléchissant sur ce sujet : « le Tiers-Ordre, moyen de sanctification familiale », personne ne croira y découvrir un aspect de nouveauté. Tous comprendront, au contraire, que c’est replacer le Tiers-Ordre dans la ligne exacte des origines de l’Institution franciscaine.

Le Tiers-Ordre est de sa nature un levain de vie chrétienne et l’histoire nous apprend qu’il en a joué le rôle immédiatement, dès son origine, pour agir, le levain doit être placé dans la pâte et non séparé de la masse. De même si nous voulons que le Tiers-Ordre produise tout son effet, n’ayons pas peur de le plonger dans la vie réelle, de le placer dans son vrai cadre, de le jeter dans le concret et le pratique. C’est là pour lui une question de vitalité et de fécondité.

 

Chapitre Quatre
Le Tiers-Ordre, moyen de sanctification sociale


« J’ai songé, déclarait saint François aux gens qui écoutaient sa prédication, à instituer un troisième Ordre pour les personnes du monde afin de leur permettre de servir Dieu d’une manière plus parfaite. »

Tout le but du Tiers-Ordre est renfermé dans cette courte phrase. L’Institution du séraphique Père n'a d’autres destination et n’a autre ambition que de faire épanouir dans le peuple chrétien la vie chrétienne vraie et intense, par la recherche la vie chrétienne vraie et intense, par la recherche de la perfection évangélique, selon une Règle adaptée aux conditions et aux devoirs d’état de chacun.

Or la vie chrétienne n’est pas parfaite si elle ne régit pas l’homme tout entier tel qu’il est : en chair et en os, individu vivant en société, membre d’une famille, exerçait une profession, occupant une situation et citoyen d’un pays, ce sont là, certes, ses aspects divers et distincts, mais non séparés, parce qu’ils s’intègrent dans un seul et même individu et que la perfection de l’être suppose précisément la perfection de chacun de ces aspects.

Dès lors le tertiaire, capable de penser et désireux de vivre intégralement sa vie franciscaine, peut légitimement se poser cette question : « Le Tiers-Ordre est-il pour moi un moyen de sanctification de ma vie entière, et particulièrement de la vie sociale ? » « Oui», répondons-nous sans hésitation.

Exposons maintenant comment le Tiers-Ordre peut être un moyen de sanctification de la vie sociale. Ce sera en même temps exposer la bienfaisance de l’Institution franciscaine vis-à-vis de la société et par là encore célébrer son utilité et sa merveilleuse fécondité pour le peuple chrétien.

La société est naturelle

L’homme est fait pour vivre en société. Même au sein du Paradis terrestres, orné des dons de la nature et de la grâce, l’homme solitaire ne pouvait trouve