Série 25 - 22 pages

Les 7 paroles De la vierge Marie
auteur chamoine Goerge-Joseph
de Geuser

Chapitre XI

Sixième Parole de la Très Sainte Vierge

Préparation
« Vinum non habent ! » (Jean, II.)
« Ils n’ont plus de vin ! »
Section 1
C’est aux noces de Cana que la Sainte Vierge prononça sa sixième parole et sa septième parole.

L’Évangile constate d’abord que « la Mère de Jésus était là. » Puis il ajoute : «Vocatus est autem et Jesus et discipulis ejus. » Jésus fut aussi invité, ainsi que ses disciples » Ainsi c’est la présence de la Mère qui amène celle du Fils : ils sont si indissolublement unis qu’il est impossible d’aimer vraiment la sainte Vierge sans aimer Celui qui est tout son trésor.

«Le vin venant à manquer, la Mère de Jésus s’intéresse charitablement à l’embarras des époux ; car elle est femme, elle est mère, elle sait compatir par expérience à ces imprévus de la vie domestique ; et enfin elle entrait, elle, son Fils, et se disciples, pour une part assez notable parmi les convives qui étaient la cause et l’objet de cet embarras : » Ils n’ont plus de vin dit-elle à Jésus.- « Vinum non habent » (Nicolas.) (01)

Adressée au Sauveur, cette parole est une prière admirable, tout éclatante pieux sentiments : elle nous dit la foi de Marie aux grandeurs infinies de Jésus, sa confiance dans sa libéralité, sa charité pour Dieu et pour les hommes : « On y sent une sorte d’intime intelligence entre Marie et Jésus qui la dispense de longs discours, et donne elle use au profit de son humilité que lui fait aimer le silence… Elle ne demande même pas, elle se borne à informer la divine Bonté que le vin fait défaut : à ceux qui sont porté par nature à la bienfaisance, il n’y a pas d’instance à faire, mais l’occasion à proposer » (Nicolas.) Un jour, Jésus dira aux siens : « Quand vous priez, ne multipliez pas les paroles comme les païens qui s’imaginent que c’est par la multitude de leurs paroles qu’ils sont exaucés » (02) Dans le secret de son cœur, Marie avait déjà entendu ce conseil évangélique et déjà elle y confirmait sa vie. Plus tard, formée à son école, Marthe e Marie prieront de même ; et pour obtenir la guérison de leur frère Lazare, elles se contenteront de dire, avec une exquise délicatesse : » Seigneur, celui que vous aimez est malade. » (03) Apprenons à prier ainsi ; et au pied du Saint-Sacrement, redisons à Jésus la double prière de la Vierge et des deux sœurs, et sachons qu’étaler sous ses yeux nos misères, c’es t implorer sa miséricorde.

Dite en faveur des époux, la parole de Marie nous révèle sa tendresse maternelle : elle n’attend pas qu’on la prie. Dès qu’elle a vu la confusion des ses hôtes, elle s’émeut et cherche à les soulager. » Et comment n’aurait-elle pas eu compassion, observe saint Bernard, et que peut-il sortir de la source la miséricorde, sinon la miséricorde ? Est-ce que la main qui a tendu pendant un demi-jour un fruit savoureux, n’entretient pas la bonne odeur tout le reste de la journée ? Combien donc la Miséricorde n’a-t-elle pas dû imprégner ces entrailles de Marie où elle a reposé neuf mois, d’autant plus qu’elle a rempli son âme avant son sien, et qu’en sortant de son sien, elle ne s’est pas retirée de son âme ? » (04)

Un jour, Jésus, à la vue des peuples et de leurs misères, s’écriera, dans la divine compassion de son cœur ; « J’ai pitié de cette foule ! Misereor super turban ! » (05) Copie très parfaite de son Fils, Marie partage ce pieux sentiment ; et pleine de cette compatissante charité qu’elle a puisée au cœur de son Jésus, elle ne cesse de le prier pour nous : « Oh ! Mon fils, voyez ces pauvres enfants donc vous m’avez établie la mère ! Quelle indigence est la leur ! Comme ils manquent de ces divins trésors que vous leur avez achetés par vos travaux ! « Vinum non habent ! »

Et même ne semble-t-il pas qu’il y ait dans la miséricorde de Marie quelques choses de plus tendre et de plus maternel, que dans la miséricorde même de Jésus ? Ah ! Certes, loin de nous la pensée blasphématoire de mettre le Créateur au-dessous de la créature ! Ce que Notre-Seigneur disait à sainte Catherine de Sienne : « Ma fille, je suis celui qui sui et toi, tu es celle qui n’est pas, » il peut le redire en toute vérité à sa Mère : par elle-même Marie n’est qu’un pur néant, oui, mais ce néant, Dieu l’a regardé avec un indicible amour ; « respecit humilitatem ancillae suae ; » et il l’a élevé au-dessus des cieux : « Fecit mihi magna qui potens est, » De même qu’au témoignage de Jésus-Christ lui-même, ses disciples accompliront des merveilles plus grandes que les siennes (06) ainsi, pour honorer sa Mère, le divin Sauveur a voulu qu’elle fût plus que lui-même, l’instrument des miséricordes infinies du Père céleste. Aussi voyez :

Pendant sa vie publique, Jésus multiplies les miracles et les guérisons. Mais jamais il n’emploie sa puissance que pure remédier à des nécessités urgences, guérir des maux pitoyables. Aux noces de Canda, Maire intervient pour un sujet incomparablement moins pressent : évite une légère confusion aux époux ! Ne pas altérer la joie d’un festin nuptial ! Et Jésus le fait remarquer à la sainte Vierge : « Quid mini et tibi est ? Comment, pour un mince intérêt, faites-vous appel à ma puissance divine ? Mais c’est précisément là le rôle de la mère. Une mère ne se content pas d’exciter son enfant à marcher dans l’austère chemin du devoir ; elle s’intéresse à ses jeux, à ses friandises, aux moindres détails de sa vie. Et c’est par ce que Marie est notre Mère que Jésus a fait, à sa prière, ce miracle que sans doute il n’aurait pas fait de lui-même.

Jésus prend piété de la foule qui le suivait au désert, et pour apaiser sa faim, il lui donne du pain ; le pain suffit paru empêcher de défaillir : « Ne deficiant in viâ. » Marie a compassion des époux qui l’on invitée et pour rendre heureux ceux qui l’entourent, elle leur donne, par Jésus, un vin délicieux.

De cette scène évangélique, tirons quelques pieuses conclusions :

La première, c’est que Marie ne cesse de renouveler pour chacun de nous ce qu’elle a fait en ce jour pour les jeunes époux, elle garde à jamais, comme son apanage, cette mission de miséricorde. Ici, rappelons-nous un principe souvent enseignée par les Pères, les Docteurs, et les Saints : ils se plaisent à remarquer, avec Bossuet, que : les dons de Dieu sont sans repentance et que l’ordre établie une fois par sa providence ne change plus, ainsi, disent-ils, ayant sanctifié Jean de Précurseur par Marie, ce sera toujours par Marie que Dieu sanctifiera ses élus, jusqu’à la consommation des siècles. Et pareillement, ayant par elle, une fois accordé aux époux de Cana un bienfait temporel, c’est par elle a jamais qu’il accordera toutes les faveurs, toutes les guérisons, toutes les miracles, soit pour l’âme, soit pour le corps. Comme à Cana, dans le cours des âges Marie prend piété de nos misères, et nos misères spirituelles avant tout, car se sont les plus pitoyables. « Marie tu ne me parles jamais de mes pécheurs, » reprochait-elle à une de ses servantes, Mgr, Pie (7) rapportant cette parole, ajoute cette remarque : « Mes pécheurs, comme le médecin dit : mes malades ! Comme la main dispensatrice des aumônes dit : mes pauvres ! » Si Marie s’émeut de nos périls éternels, elle se préoccupe aussi, comme à Cana, de nos sollicitudes matérielles, même les plus infirmes. Comme à Canda, elle n’attend pas toujours le cri de notre prière et elle redit à Jésus sa parole compatissante : «Vinum non habent ! Ils n’ont plus de vin ! »

Et jamais nous ne saurons ce que nous devons à sa miséricordieuse intercession de secours triomphants, de gâteries maternelles, de jours ensoleillés ! Les Saints ont vu dans le miracle de Cana l’ombre et la figue du plus grand de tous les miracles, le miracle eucharistique qui change un vin vulgaire au sang de Jésus-Christ. Si c’est par Marie que le Sauveur a voulue nous donner la figure, n’est-ce pas aussi par elle qu’il nous donne la réalité de ce vin délicieux qui doit charmer le festin de notre vie ? (8) ce n’est qu’au ciel que nos comprendrons ce que nous devons de reconnaissance aux bontés de notre tendre Mère !

C’est donc justement que nous donnons à Marie ce beau titre Reine et Mère de miséricorde. Commentant l’histoire d’Ester, (09) à qui le roi Assuérus offre la moitié d e son royaume, d’innombrables auteurs avec de saint Bernard, saint Thomas, saint Bonaventure, saint Alphonse, etc., y voient une image du Seigneur, divisant son royaume en deux parts. « Se réservant la justice et remettant les fonctions de la miséricorde à la Mère de Dieu, à l’Épouse qui trône aux côtés du Christ. » (Gerson,) Saluons donc avec l’Église, la sainte Vierge, comme « la Reine » du ciel et de la terre, mais plaisons-nous surtout à l’acclamer comme «la Mère de miséricorde, notre vie, notre douceur et notre délicieuse espérance, Slave Regina, Mater misericordiae, vita, dulcedo et spes nostra, Slave ! » (10)

Enfin, dernière conclusion : retrempons-nous dans la reconnaissance et le filial et confiant recours à Marie, elle est si bonne, si miséricordieuse et si maternellement soucieuse de notre bonheur ! Après Dieu, c’est Elle que nous devons tout : « Deus nos tolum habere voluit per Mariam’ » (Saint Bernard.) Oui, filiale gratitude pour le passé ! Et si les sombres mystères d’un avenir obscur nos épouvantent, confiance et total abandon entre les bras de sa charité ! Elle est notre Mère : un enfant recourt à sa mère en toute occasion. C’est nous apprendre à en user ainsi avec la sainte Vierge, que Jésus lui-même, vrais Fils de Dieu, a voulue se faire son petit enfant et dépendre d’elle, pour l’existence, pour la nourriture, pour les moindres détails de la vie. Et même, pendant son apostolat il a voulue qu’elle fût avec lui, dans ses prédications, avec lui aux noces de Cana, avec lui sur le chemin du Clavaire, avec lui dans son agonie, et à l’heure du trépas pour nous enseigner à nous abriter toujours sous le manteau de Marie, dans nos travaux dans nos joies dans nos douleurs et surtout dans les agonies de notre âme et à l’heure suprême de la mort. Comprenons cette grande leçon du Sauveur. Recourons sans cesse à la sainte Vierge, demandons-lui d’abord et avant tout le salut ! Oui, mais parfois, quand notre cœur faibli sous le faix de la croix, ne craignons pas d’aller chercher près d’elle, quelques goutes du vin délicieux de Cana, un peu de ces douces consolations qui raffermissent le cœur et nous rendre plus vaillants pour soutenir les combats de la vie ; et en toute occasion redisons avec saint Bonaventure : «Domina, in adjutorium meum intende ! O Marie, venez à mon aide ! Amen ! »

Références - des textes
(01)-Nicolas, II, ch..XVII. Les autres paroles de cet auteur, citées dans cet article et le suivant, sont du même chapitre.

(02)- Matthieu VI, 7, « Orantes autem nolite multium loqui, sicut, ethnici : putant enim quod in multiloquio suo exaudiantur.(03)- Joan., XI,3,, « domine,ecce quem amas infirmatur. »(04)- St Bernard. Dom, I post, oct, Epiph.,serm.1(05)- Marc VIII,2(06)- Joan., XIV, 12. »Qui credit in me opera quae ego facio et ipse faciet, et majora horum faciet. »(07)- Mgr Pie, Œuvres Sacerdotales, I, 46(08)- Le P. Terrien exprime, lui aussi, la même pensée, IV, 45, (V.Appendice, E, sur le rpêle de sla sainte Vierge, dans le don que jésus nous a fiat dans l’Eucharistie : N.D. Du Saint-Sacrement.)(09)- St Thomas, dans son « Exposition d’or, » ma longuement expliqué le sens mystique de l’histoire d’Ester l’impie Aman obtenant contre les Juifs un décret de mort, représente le démon, donc la ruse infernale a perdu l’humanité. Le roi Assuérus est l’image, de Dieu condamnant les pêcheurs. La sentence est consignée au livre de la Genèse, et promulguée par les Prophètes. Mais la Vierge, symbolisée par la reine Esther, obtient la révocation de la terrible sentence ; « car elle a trouvé grâce aux yeux de son Seigneur. » Le Roi a étendue sur elle son sceptre d’or, quand il a décrété l’incarnation de son Verbe ; et elle a reçu la moitié de son royaume, ayant été faite Reine de miséricorde. Les Apôtres, « messagers de la Bonne Nouvelle, » vont annoncer au monde la révocation de la sentence de mort. Les lettres de grâces ont le saint Évangile et les Épitres inspirées. (V. Terrien, III, p.250)

(10)- Sur la Miséricorde de Marie, voir Terrien, III

Prières «Salve Mater Salvatoris»

Adam de Saint-Victor, (1) ce grand poète latin du moyen-âge, dont les compositions illustrèrent durant tant de siècles le missel de l’Église de Paris, et furent si longtemps populaires dans toutes les Églises du nord de l’Europe, aimait, dit-on, en composant ses Proses, a venir chercher l’inspiration au pied des autels de Marie.

Un jour, il s’était retiré dans la crypte de l’Église abbatiale ; et se sentant comme enivrée par l’inspiration, il compassa avec transport les premières strophes du « Salve Mater Salvatoris. » sa prose la plus célèbre. Il était arrive à ce magnifique passage, où il montre tout la dignité de la Vierge qui complète la Trinité, et a fait dépendre de son chaste consentement les destinées de l’Incarnation : « Slave Mater pietalis… » Tous à coup, la crypte s’inonde de lumère ; la Mère de Dieu lui apparut et inclinant la tête lui sourit avec un geste de remerciement. « Gloriosa Virgo apparens ei cervicem inclinavit. » (Nicolas,IV,536.)

On trouvera au IIIe volume, p. 288, cette séquence qui n’a pas mois de 24 strophes. En voici quelques extraits, avec le passage qui mérita la miraculeuse approbation de la Vierge.

Salve, mater Salvatoris !
Vas electum, vas honoris,
Vas coelestis gratiae !
Ab aeterno vas provisum,
Manu sapientiae !

Salve, verbi sacra Parens,
Flos de spinis, spina carens
Flos spineti gratia,
Nos spinetum, nos peccati
Spina sumus cruentali ;
Sed tu spinae nescia

Tu convallis humilis,
Terra non arabilis,
Quefractum parturiit.
Flos campi, convallium
Singulare Lilium,
Christus ex te pridiit.


Salve, Mater pietatis,
Et toitus Trinitatis
Nobile triclinium
Verbi tamen incarnati
Speciale majestati
Praeprarans hospitium.

Salut, ô Mère du Sauveur !
Vase choisi, Vase d’honneur.
Vase de divine richesse !
Noble Vase prédestiné,
Vase de toute grâce orné,
Œuvre des mains de la Sagesse !

Des épines, mères du Fils,
Fleurs sans épines tu sortis :
Salut, du buisson fleur divine !
Le buisson, c’est nous, qu’a meurtris
L’épine d péché commis ;
Toi, tu n’a pas connu l’épine !

Vallon profondément creusé,
Terre où jamais soc n’a passé,
Sol digne du fruit qu’il voit naître !
Fleur ravissante de fraîcheur,
Lis des champs unique en blancheur,
C’est de toi qu’est né le doux Maître.

O Mère de la piété,
En toi l’auguste Trinité
Comme en un pavillon s’abrite.
Surtout, de son corps innocent
Le Verbe du Dieu tout-puissant
Fait sa demeure favorite.
H.Bels
Références-de la prière
(1) La Congrégation des « Chanoines de Saint Victor, ou Victorins, » était vouée à l’enseignement, elle fut fondée à Paris, en1118, dans un prieuré de Bénédictins, dit de Saint-Victor, établie au pied de la montagne Sainte-Geneviève, sur l’emplacement aujourd’hui traversé par la rue Saint-Victor. Sous Louis VIII, les Victorins possédaient quarante établissements. C’est de leur sein que sont sortis Guillaume de Champeaux, le maître d’Abélard, mort en 1121, Hugues de Saint-Victor, «le second Augustin, » mort en 1140, Pierre Lombard, «le Maître des Sentences, mort en 1164, Richard de Saint-Victor, mort en 1173, et Adams de Saint-Victor, mort en 1192

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