Série 25 - 22 pages

Les 7 paroles de la vierge Marie
auteur chamoine Goerge-Joseph
de Geuser

Chapitre 3

Première Parole de la Très Sainte Vierge

Voici la parole
« Quomodo fiet istud, quoniam virum non cognosco ? » ( Luc, 1,34.)
«Comment ce se fera-t-il car je ne connais point d’homme.»

La première parole de Marie, dont il a plu à Dieu de garder le souvenir dans les Livres sacrés, est une éclatante révélation de son incomparable pureté : « Comment cela se fera-t-il, car je ne connais pas d’homme ? »

C’était le 25 mars à Nazareth, «la cité des fleurs.» (1) Une créature vierge, un ange, et même un des plus saints parmi les anges, apparaît à la plus pure des Vierges, unie à un époux vierge, par la plus chaste des unions. Au nom du Dieu trois fois saint, il salue Marie et lui demande son libre consentement au Mystère du Verbe fait chair, le type idéal et la source unique de toute sainteté : « Voici que vous concevrez et vous enfanterez un fils, et vous l’appellerez Jésus. Il sera grand, car il sera Fils du Très-Haut et Dieu lui donnera le trône de David son Père ; il règnera éternellement dans la maison de Jacob et son rège n’aura plus de fin. » (Luc, 1,31-33)

O mon âme, laisse-toi pénétrer par ces effluves de pureté qui s’échappent ici de toutes parts ; et prie la Vierge, l’Archange et surtout Dieu, qui préside à leur rencontre, de te de sanctifier en méditant ce céleste message !

Avec sa vive intelligence, toute nourrie des Écritures, et en ce moment tout illuminée de clartés divines, Marie comprend ce langage : Gabriel lui annonce qu’elle concevra et enfantera un fils. Ce fils sera vraiment Dieu ; car il est : le fils du Très-Haut ; et son règne doit être éternel et n’aura jamais de fin. » Mais en même temps, il sera vraiment homme, puisqu’il « descendra de David » et « naîtra d’une femme.» Et ces deux natures seront intimement unies dans une même personne que ce Fils de Dieu et ce Fils de l’Homme seront l’unique fils de la Vierge. Ainsi donc, à n’en pas douter, Marie se voit choisie et élue par Mère du Messie


Quelle parle va s’échapper de son Coeur ? A la voix d’un ange, Ève avait follement crue, Zacharie avait douté, Évitant avec autant de soin la légèreté de la première et l’incrédulité du second, Maire « se trouble » volontairement : (2) et Vierge prudente, elle se demande « quelle est cette salutation. » (3) Et quand elle a compris que c’est vraiment Dieu qui lui parle, parce que « rien n’est impossible au Tout-Puissant, » avec une foi plus héroïque que celle d’Abraham, elle n’hésite pas à croire la merveille inouïe qui est proposée ; Oui, elle, si petite à ses yeux, tout en restant vierge deviendra Mère et Mère de son Dieu !…« Beata quae credidisli, lui dira bientôt Élisabeth. Ô Marie, que vous êtes heureuse d’avoir cru ! »

Mais un dernier point intéressant son plus cher trésor réclame une explication : Que doit-elle faire pour obéir aux dessins du ciel et quel concours offrira-t-elle au Très-Haut ? Prudemment et discrètement, Maire répond à l’Ange : « Comment cela se fera-t-il, car je ne connais pas d’homme ? »

« Hominem non cognosco ! » c’est-à-dire comme les saints Docteures le fon remarque, « je ne puis connaître d’homme. » C’est ainsi que l’aveugle dit : je ne vois pas, pour indiquer qu’il ne peut pas voir, Marie allègue une impossibilité qui ne peut venir que d’un vœu ; car pour changer une simple résolution, il suffisait d’une résolution contraire et d’un autre acte de volonté par conséquent, conclut saint Augustin, «elle n’aurait pue faite cette réponse si elle n’eût voué à Dieu sa virginité. Quod certe non dixisset nisi se prius virginem Deo vovisset. » (4)

Mais il nous faut approfondir cette parole de notre Mère. Si l’Esprit-Saint daigne nos éclairer, nous y verrons resplendir l’éclatante virginité de Marie avant, pendant et après l’Incarnation.

Admirable virginité de Marie avant l'Incarnation

« Hominem non cognosco. J’ai fait vœu de chasteté.» A une époque où la stérilité était considérée comme un opprobre et la fécondité comme la première des bénédictions, qui donc avait donné à Marie l’idée et le goût sacrée d’un pareil vœu ?

Évidement ce ne pouvait être là qu’une inspiration divine. » Ah ! Vierge sainte, s’écrie ici saint Thomas de Villeneuve, c’est que le Verbe de Dieu fut votre maître avant d’être votre fils, c’est qu’il vous eut pour disciple avant de vous d’avoir pour Mère et qu’il avait rempli votre esprit avant de descendre dans vos entrailles. » (1) O Marie, rendez nos cœurs dociles comme la vôtre à toutes les inspirations du ciel.

Et quand donc la Vierge s’est-elle ainsi consacrée au Très-Haut et offrit-elle à Dieu ce vœu sublime ? Saint Augustin, Saint Amboise, Saint Grégoire de Nyse, Saint Bonaventure, avec Suarez, Vasquez, Duns-Scott, et beaucoup d’autres grands théologiens, estiment sagement que Maie fit ce vœu dès qu’elle jouit de l’usage de sa raison, c’e st-à-dire dès le premier instant de son Immaculé Conception. (2)

En en effet si Les Docteur admettent qu’au jour de sa sanctification, saint Jean-Baptiste reçut avec la grâce le plein usage de sa raison, pourrait-on refuser à Marie ce privilège ? Oui, dès la première aurore de sa vie, plus éclairée sur les choses célestes que les Saints à la fin de leur carrière. La Vierge pénétra par la pensée toute la caducité du monde et de ses faux biens ; et d’un second regard plus assuré que celui de l’aigle, elle contempla les perfections infinies du Soleil de justice et avec un indicible élan, elle se donna tout à Dieu » In omnibus requiem quaesivi, et in haeraditale Domini morabor, » lui fait dire la sainte Église, « J’ai cherché partout le repos de mon cœur ; c’est dans l’héritage du Seigneur que je me fixerai à jamais.»

A cette heure bénie de son Immaculée Conception, mieux que les Anges et les Saints, elle comprit le trésor cachée de la pauvreté, la gloire des humiliations et surtout les joies ineffables, du renoncement et de la chasteté. Oh ! La chasteté, qu’elle lui apparut dès lors belle et ravissante ! Elle voyait que cette noble vertu nous égale aux anges, «en mettant dans notre chair quelque chose qui n’es pas de la chair ; (3) et même « elle nous élève au-dessus d’eux : Être ange, n’est qu’un bonheur, être vierge est une vertu ; et il est plus noble d’acquérir cette gloire par nos efforts que de la recevoir de la nature. » (4) Elle voyait que le type éternel et le modèle idéale de la virginité est la Trinité elle-même : « Prima virgo, Trias est » (Saint Grégoire de Nazianze.) Car là, le Père vierge y engendre éternellement un Fils toujours vierge ; et tous deux produisent virginalement leur Esprit-Saint et leur mutuel amour. Elle voyait enfin l’amour infini de Dieu pour ce trésor, et spécialement les prédilections du Verbe incarné » se plaisant parmi les lys, » (5) faisant des vierges « sa garde d’honneur sur terre et dans les cieux, » et leur donnant « de chanter un cantique que nul autre en saurait dire. » (6) Et saintement avide d’imprimer sur elle ce cachet divin, elle fit, dès l’instant même de son Immaculé Conception, vœu perpétuel et absolu de virginité ; et avec une telle perfection qu’elle mérita d’être après Dieu, la Vierge par excellence : « Secondo virgo Maria est. » (Saint Ambroise.) Par cet engagement sacré, dit le même saint, « elle leva la première l’étendard béni de la Virginité » et elle mérita d’être saluée par les Pères comme « la première des vierges suer la terre, » (Saint Grégoire de Nazianze) ; «le porte-enseigne et la Maîtresse de la virginité, » (Saint Ambroise) ; «la Vierge éternelle, » (Saint Jérôme) ; et «l’institutrice de cette religi9on sacrée. » (Saint Thomas de Villeneuve.)

Toute sa vie, Marie, chérissant chaque jour davantage sa vertu de prédilection, ne cessa de redire : »Hominem non cognosco ! » ce qui donnait à ce vœu un prix incomparable, c’étaient les élans de pur amour qui l’accompagnaient et surtout sa profonde humilité toutes les filles de David aspiraient à l’honneur d’être la mère du Messie. Quand à la Vierge, elle aimait tant sa chère vertu et elle était si petite à ses yeux que jamais la pensée d’une gloire si sublime n’effleura son âme. Et toute son ambition, c’est elle-même qui le révéla à sainte Élisabeth de Hongrie, était de devenir un jour la petite servante de l’élue du Seigneur : » Je conjurais Dieu de me conserver les yeux pour la contempler, ma bouche pour la louer, mes mains pour la servir, et mes genoux, pour adorer dans ses bras le Fils de l’Éternel.» (6)

Tous les Saints ont exalté à l’envie cette dilection sacrée de Marie pour sa chaste consécration ; et un grand nombre d’entre eux n’ont point hésité à dire que si, au jour de l’Annonciation, elle eût dû choisir entre la Maternité divine et la Virginité, elle eût préféré celle-ci ; car si par la première elle recevait beaucoup, par la Seconde, elle donnait beaucoup ; et Jésus-Christ l’affirme : « Il est meilleur de donner que de recevoir.» (7)

Selon d’autres théologiens non moins pieux, la Maternité divine étant le don le plus excellent que Dieu lui-même puisse faire à une pure créature, et cette dignité sublime entraînant avec elle des privilèges ineffables, la Vierge très sage et très prudente devait évidemment la préférer à tout.

Mais n’est-ce pas là une discussion stérile et oiseuse ? Car d’une part s’Il plaisait au Seigneur de demander à Marie l’immolation de ses plus saints désirs, alors même que son vœu lui eût été mille fois plus cher qu’Isaac à Abraham, ne devait-elle pas tout sacrifier pour satisfaire le bon plaisir divin ? Et celle qui dans un instant, va se proclamer «l’humble servante de Dieu » pouvait-elle lui refuser quelque chose ?

D’autre part le Très-Haut n’a jamais placé la Vierge dans une semblable alternative, et Marie n’eut pas même la pensée d’un pareil choix. En effet, en lui demandât son libre consentement, Dieu lui manifeste clairement ses desseins : « Vous concevrez … et vous enfanterez ! » Et sans doute, ce fut alors pour la première fois que la sainte Vierge comprit le plan divin à son endroit et la raison cachée du vœu qu’elle avait fait. Les Docteurs ont magnifiquement expliqué l’admirable convenance de la Virginité et de la Maternité divine ; ils se sont plu à dire que « Si Dieu naît dans le temps, il ne peut naître que d’une vierge ; et si une vierge devient mère, elle ne peut enfant qu’un Dieu. »-« Une mère vierge, dit un très ancien Sacramentaire de Vérone, ne peut avoir qu’un rejeton divin ; et un Dieu fait homme ne doit décemment naît que d’une vierge. »- «Si un Dieu se faisant l’homme doit avoir une Mère, ajoute saint Bernard, il est de sa dignité, et par là, d’une espèce de nécessité, que cette Mère soit vierge ; et si une vierge, par le plus inouï des miracles, doit sans cesser d’être vierge avoir un fils, il est pour elle d’une bienséance absolue qu’il soit Dieu.» - «En naissant d’une femme, conclut Théodore d’Ancyre, Jésus-Christ démonte qu’il est homme ; en naissant d’une vierge, il prouve qu’il est Dieu.

Ce que les Saints ont si bien expliqué, Marie, à cette heure solennelle, le vit mille fois mieux qu’eux tous ; et dans une éblouissante clarté, elle comprit pourquoi l’Esprit-Saint lui avait suggéré ce vœu dès l’aurore de sa vie. Et comme Abraham avait assuré sa merveilleuse postérité en sacrifiant le fils qui devait en être la source ainsi, en faisant ce qui semblait lui soustraire à jamais l’espérance de la Maternité divine, Marie ; précisément alors en méritait les gloires ineffables.

Admirable virginité de Marie pendant et après l'Incarnation
Dès que Marie eut posé sa virginale question, l’archange répondit : « L’Esprit-Saint surviendra en Vous ! » O Vierge, vous êtes déjà « pleine grâce ; le Seigneur est avec vous et vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Quand à votre Immaculé Conception, Dieu posa la première pierre du palais futur de son Verbe, il le voulut digne et de l’architecte qui le créait et du grand Roi qui devait habiter. Dès «cette première sanctification le Saint-Esprit remplissait votre âme, versant en vous, dans sa plénitude, cette « grâce des Enfants adoptifs, magnifique patrimoine de tous les élus. Mais maintenant que le Roi des rois va venir habiter son Sanctuaire, n’est-il pas juste que, pour l’inaugurer, on le revête des plus magnifiques ornements ? Voilà pourquoi «L’Esprit-Saint va survenir en Vous. » Et dans une seconde sanctification, il vous enrichira de cette grâce de Mère de Dieu, ont aucune intelligence ne peut sonder la sublimité » Spiritus Sanctus superveniet in Te !» (1)

Et l’Ange ajout : «La vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre, » Dieu est un feu consumant. (2) S’il est impossible de le contempler ici-bas sans mourir, que serait-ce d’être plongé en lui, comme une paille dans une fournaise ? Mais en craignez rien : L’Esprit-Saint, «vous couvrant de son ombre,» tempère ces ardeurs, n’en laissant subsister qu’autant qu’il en faut pour vous sanctifier et vous rendre divinement féconde.» (3)

Après ces sublimes explicitions, Maire n’a plus qu’a s’incliner et à prononcer son FIAT. Elle le dira avec d’autant plus d’amour, qu’elle n’en saurait douter : Ses chastes désirs viennent de Dieu et ravissent son Cœur : Hominem non congnosco » ce vœu de Virginité que le Ciel lui a inspiré, le Ciel se plaît à le garder : Oui, comme l’Église le chantera jusqu’à la fin des siècles, elle doit être : « la Sainte Vierge, la Vierges des Vierges, la Vierge très pure, la Vierge sans tâche, la Toujours toute Sainte Vierge. (4)

Elle sera Vierge dans sa Conception : «Le très pur, dit Bossuet, ne s’unit qu’à la pureté. Il conçoit son Fils unique dans son sein paternel, sans partager sa conception avec un autre ; et quand il le fait naître dans le temps, il ne veut le partager qu’avec une vierge et il ne souffre pas qu’il ait deux pères. «Isaïe avant annoncé cette merveille : «Ecce Virgo comcepiet ! » et l’Ange dira bientôt à Saint-Joseph : «Ce qui est né en elle, est l’œuvre du Saint-Esprit. »


Et les Chrétiens proclameront à jamais ces glorieux articles du Credo : « Il a été conçu du Saint-Esprit. »

Marie sera Vierge dans son Enfantement : Eh ! Comment celui qui ordonne d’honorer ses parentes, pourrait-il diminuer l’honneur de sa Mère ? » Comment, dit saint Thomas, celui qui ne venait sur la terre que pour rendre au monde la pureté, pourrait-il altérer celle de Marie ? »-« Comment, dit saint Cyrille, le Rayon de Lumière éternellement engendré de la Lumière, pourrait-il naître d’une vierge autrement que le Soleil pénétrant un globe de cristal ? » : Comme plus tard Jésus entrera dans sa vie glorieuse en traversant la pierre du sépulcre sans en briser les sceaux. Ce miracle, également annoncé par Isaïe, faisait l’attente de tous les nations ; et dans les forêt de Gaules, nos pères encore païens, élevaient déjà des autels «à la Vierge qui devait enfanter, –Virgini pariturae ! »

Enfin Marie restera Vierge après son enfantement : Elle est la «Porte, » dont parle Ézéchiel, et qui restera à jamais fermée, parce que le Seigneur Dieu d’Israël a daigné entrer par elle dans son sanctuaire. » (5) Et ne serait-ce pas un sacrilège, plus exécrable que celui de Balthasar, d’imaginer que ce calice d’or, consacré par ces divins Mystères, put devenir un vase profane ?

Ce n’est pas assez dire ; non seulement en naissant de Marie, Notre-Seigneur n’a pas diminué son intégrité, mais comme l’Église la plaît à le redire, il l’a consacrée : «non minuit, sed sacravit ! »-« O Vierge, lui dit saint Pierre Chrysologue, dans la conception de votre Fils, et par son enfantement, votre chasteté s’est accrue, votre intégrité s’est fortifiée, votre virginité s’est consolidé ! » -« Jusqu’à ce moment, dit saint Jérôme, le sein de Marie était pur et sans tache, mais encore y restait-il quelque chose de la bassesse humaine. C’était comme une laine d’une blancheur admirable mais ayant encore sa couleur native. Que le sang du murex y pénètre, et la laine devient une pourpre royale. (6) Ainsi dès que l’Esprit-Saint fut survenu en Marie, elle devint une pourpre divinement apte à revêtir le Roi des rois… tellement sainte que dès lors elle n’eut plus aucune aptitude qu’aux usages divins. »

Cette gloire de Marie, Vierge et Mère tout ensemble, l’Église la salue avec un pieux enthousiasme comme une ses joyaux les plus magnifique, un de ses dogmes de foi les plus aimés. Que Cérinthe ose attaquer la virginité de Marie dans sa Conception, Jovinien, sa virginité dans son enfantement, Helvidius, sa virginité après son enfantement, voici de toutes parts des protestations indignées ; Les Docteurs se lèvent pour venger l’honneur de la Mère de Dieu ; les Conciles foudroient les blasphèmes, et saint Jérôme avec sa rude éloquence pulvérise » les nouveaux Erostrates qui cherchent à souiller ce Temple mille fois plus sacré que celui de Diane. »

Souvent même, des miracles appuient ces affirmations de la foi chrétienne : Un jour, le bienheureux Egidius, un des premiers compagnons de saint François, vit venir à lui un Docteur de l’Ordre de saint Dominique. Éclairé d’en haut sur les doutes qui tourmentaient son visiteur, l’humble franciscaine cour à lui : « Frère pêcheur, lui dit-il, oui Maie est Vierge dans sa Conception ! » Et frappant la terre de son bâton, il en fait sortir un lis d’une merveilleuse blancheur. Et de nouveau : «Frère pêcheur, crois-le de toute ton âme : Marie est vierge dans son enfantement ! » Et d’un nouveau coup, il fait germer un second lis. Enfin, une troisième fois : « Frère prêcheur, Marie set restée vierge après son enfantement ! » Et un troisième lis vient confirmer la doctrine de foi. « O Mère très chaste, daignez faire jaillir de la pauvre terre de nos cœurs le triple lis d’une parfaite pureté de corps, de cœur et d’esprit !

Pour mieux satisfaire leur piété filiale et mieux réparer l’injure faite par l’hérésie à leur bien-aimée Souveraine, les Pères, les Docteurs et les Saints s’unissent pour exalter à l’envie les merveilles de cette ineffable Virginité. Ils montrent que «Marie est d’autant plus Vierge qu’elle est Mère, puisque le Verbe consacre et empourpre sa Virginité comme elle est d’autant plus Mère qu’elle est Vierge, ne partageant avec personne la gloire de sa fécondité ! »

Ils proclament que sa Virginité l’emporte tellement sur tout autre virginité qu’à vrai dire elle est «la seule Vierge, »-« la Vierge Unique, »-«l’archétype et le modèle de la Virginité. »(St. Ephrem.) « O Vierge vraiment singulière et vraiment unique, s’écrie saint Thomas de Villeneuve, en pensant à vous, nul n’oserait se dire vierge ; et à la vôtre, toute autre virginité paraît souillure. »

Et parce que ces éloges ne suffisent pas encore à leur piété, comme ils disent de Dieu qu’il est, non seulement bon, mais la Bonté même ; ainsi ils chantent de Marie qu’elle est non seulement Vierge, mais la Virginité même. C’est ainsi que le Pontifical appelle Notre-Seigneur, « le fils de la perpétuelle Virginité. » - O Sainte et Immaculée Virginité, s’écrie encore l’Église, quelles louanges vous offrirais-je ? En vérité, je ne le sais ! Car Celui que les cieux ne peuvent contenir, vous l’avez porté dans votre sein ! »

Enfin les Pères se plaisent à monter les fruits merveilleux de cette incomparable Virginité : C’est d’abord dans l’âme de Marie une très haute contemplation : « Bienheureux les cœurs purs. Ils verront Dieu ! » Si, parce qu’il était vierge, saint Jean fut le plus sublime des Apôtres, et si, d’un regard plus hardi que celui de l’aigle, il contempla les secrets de la vie divine et les mystères de l’avenir, quelles ne furent pas les divines lumières de Marie ? D’Illustres Théologiens n’ont pas craint d’affirmer qu’en ce grand jour l’Annonciation, il lui fut donnée de pénétrer l’essence même de Dieu. Et certes, si d’après saint Thomas, saint Paul « ravi au troisième ciel » jouit de ce bonheur, comment aurait-il été refusé à Marie ? (7)

L’ineffable pureté de la Vierge se reflétait jusque dans son corps très pur et «sa chair angélisée, « lui donnant une beauté ravissante et en même temps si chaste que sa seule vue, comme l’affirment les Saints, « virginisait les cœurs » et y allumait « des incendies de chasteté. » Et certes, si le seul aspect de saint Bernardin de Sienne imposait la retenue aux plus licencieux ; si, près de Jeanne d’Arc, les hommes d’armes sentaient s’éteindre tout pensée de convoitise ; s’il suffisait de regarder saint Stanislas Kostka pour s’embraser de chaste désirs, comment la Vierge n’airait-elles pas, mille fois mieux encore, possédé comme son divin Fils » une vertu cachée guérissant tous ceux qui l’approchaient… « Virtus de illo exibat et sanabat omnes. » (8)

Mais la gloire suprême de la Virginité Mariale, c’est sa divine fécondité. C’est elle qui « va chercher le Verbe dans le sein du Père et l’attire sur terre dans le sein de Maie. » (9) Et en même temps qu’elle enfant Jésus, le roi et l’Époux des Vierges, elle enfante la liliale armée de Vierges de tous les siècles, Rome ancienne, à prix d’or et par l’appât d’honneurs royaux et des plaisirs du Cirque, savait à peine trouver dans tout l’empire, six Vestales, consacrant à Vesta une virginité temporaire et abaissée. Mais dès que Marie « eut levé dans le monde l’étendard de la virginité, » (10) voici les Agnès, les Cécile, les Agathe, les Louis de Gonzague ; depuis dix-neuf siècles, à chaque génération des centaines de milliers de jeunes gens et de jeunes filles estiment comme la pus précieuse des grâces le bonheur de s’enrôler sous la blanche bannière des vierges et achètent joyeusement ce trésor par le sacrifice des plus brillantes espérances terrestres. Et tous ces magnificences de la virginité héroïque, apanage exclusif de l’église catholique, sont le fruit des exemples de Marie et de sa prière : » Adducentur Regi virginese post eam !

O mon âme, quel bonheur si Dieu daignait t’appeler à tout sacrifier pour la conquête de cette perle précieuse de la virginité, dont la valeur éclipse cent fois toutes les richesses de ce monde ! Mais au moins quelle que soit la voie où Dieu t’appelle, cultive en toi la très noble chasteté : tout d’abord demande à Jésus et à Marie une immense estime pour cette belle vertu et un horreur profond pour tout ce qui la blesse : « Poitius mori quam foedari ! » ce que Lacordaire traduisait énergiquement : » Plutôt mourir que pourrir ! »

Puis souviens-toi du grand conseil de Notre-Seigneur : Veillez et priez !-Vigilate et orate. « En deux mots, c’est là toute la stratégie pour la défense de ton trésor. D’Abord la vigilance ; car «si Dieu nous a créées sans nous, dit saint Augustin, il ne nous sauvera pas sans nous. Garde-toi et des pendants déréglés de ton cœur et des pièges du dehors, « ces filets du démon qui enlacent toute la terre, » disait saint Antoine. « Vigilate ! »

Et en même temps, la prière ! « Orate ! » Oui, je prierai, car «si Dieu ne bénit pas nos efforts, c’est en vain que veille celui qui garde la cité ! »

Je prierai le plus souvent possible, mais spécialement dans les tentations. Surtout je prierai Marie, car c’est elle « la Vierge des Vierges, la Vierge très pure, la Vierge très prudente ; qui a reçu le glorieux privilège d’accorder à ses enfants la couronne de pureté. Je prierais Marie : saint Alphonse nous assure qu’il est impossible de succomber aux tentations quand on l’invoque. Je prierai Marie et je me plairai à hanter sa virginale pureté. Saint Alphonse s’est fait le panégyriste de ce glorieux privilège : Un jour Marie lui apparut, tenant dans ses mains le livre qu’il avait composé en son honneur ; et après l’avoir enrichi de grâces singulières, elle lui fit don d’une chasuble d’une merveilleuse blancheur : gracieux prodige dont le souvenir était célébré chaque année en Espagne par une fête commémorative.

O Mère, en partageant la dévotion de ce grand Évêque, ne puis-je espérer partager sa récompense et recevoir de vos mains cette blanche robe de pureté qui charmera à jamais vos yeux et ceux de votre divins Fils ! AMEN

Prières «Le Sub tuum et Le Sub tuam»
Le Sub tuum
Le « Sub tuum » est un des chants les plus anciens composés en l’honneur de la très sainte Vierge. On le chantait primitivement dans les processions solennelles, si chères autrefois à la piété chrétienne. On le trouve dans l’antique liturgie milanaise. Chez nous il apparait pour la première fois dans un antiphonaire du XI siècle, dit de Charles le Chauve ; et bientôt, du livre des processions, il passe dans l’office. Cette antienne nous vient vraisemblablement de l’Église grecque, et elle se rencontre encore aujourd’hui dans ses livres liturgiques. Cette origine nous explique le changement de ponctuation introït dans cette prière : les Grecs aiment à saluer Marie, non seulement comme «la Toute-Sainte, la Panaghia, «mais aussi comme «la Toujours-Vierge. »

Les latins, peu habitués à cette appellation, ont ainsi coupé la finale : «Délivrez-nous toujours, ô Vierge bénie. » En réalité le texte original porte : «Délivrez-nous, ô Toujours Vierge bénie.» (Voir de Miechow, IV, 21 : Miracles obtenus par la récitation du « Sub tuum. »)

Sub, tuum praesidium confugimus, sancta DeiGenitrix ; nostras deprecationes ne despicias in necessitatibus ; (1)
sed a periculis cunctis libera nos semper, Virgo gloriosa et benedicta.

Nous avons recours à votre protection, sainte Mère de Dieu ; ne rejetez pas les prières que nous vous adressons dans nos besoins ; mais délivrez-nous toujours de tous les dangers, ö Vierge glorieuse et bénie.
Le Sub tuam
Le « Sub Tuam » est une antienne d’une antiquité aussi vénérable que le «Sub tuum. » Elle est comme la sœur jumelle de cette prière, dont elle a partagé le sort, et autrefois elle était tout aussi connue. Elle était par excellence le chant des pèlerinages au « Salut des infirmes ; » et au XVe siècle, à N.-D »d’Embrun, si chère à Louis XI, on la chantait sur une mélodie spéciale et solennelle. Tout récemment, elle a été rééditée, avec ses diverses mélodies, à la « Schola cantorum, » 269, rue Saint-Jacques, à Paris.
Sub, tuam protectionem confugimus, ubi infirmi acceperunt virtutem ; et propter hoc tibi psallimus, DeiGenitrix Virgo
Nous nous réfugions sous votre protection où tant de fois les faibles ont retrouvé la force ; et à cause de cela, nous chantons en votre honneur, ô Vierge Mère de Dieu.
Références

1ière parole

(1) Les savants discutent sur l’étymologie de Nazareth, Les uns lui donnent le sens de « séparé ou consacré. » Les autres plus nombreux, la signification de « fleur. »-« Nous irons à Nazareth, écrivaient à Marcella sainte Paule et sa fille Eustochie ; et suivant l’interprétation du nom, vous verrons la fleur de la Galilée. » (Dict. Biblique).

(2) « Non passio fuit, dit ici Cornelius à Lapide, sed propassio, id est voluntaria et persmissa. Nullae enim passiones in B.V. dominari, imo nec insurgere poterant, aut ejus rationem et libertatem praevenire. Simili modo Christus in horto caepit pavere. »

(3) « Auditâ laetiliâ, dictum examinavit...Evaae evitans levitatem et simul duritiam Zachariae… » Jean le Géomètre ( Cat. aurea St Thomae.)

(4) St Aug.L.de s. Vierg. C. et n.4-Patr. lat., XL, 398

Admirable virginité de Marie avant l'Incarnation

(1) Il serait fastidieux et sans profit de donner l’a référence exacte des très nombreux textes de Père consignés dans cet opuscule. Il sera sans doute plus utile d’indiquer certains ouvrages, où le pieux lecteur pourra retrouver, avec un certain nombre de nos citations, de belles études sur les sujets que nous abordons. Ainsi par exemple sur la « Virginité de Marie ; lire le bel ouvrage du P. Terrien : «La Mère de Dieu et des hommes. » II. P. 142-190

(2) A quel moment la saint Vierge et saint Jean-Baptiste eurent-ils l’usage de la raison? Ou trouvera la réponse à cette question, à la fin du volume. Appendices A & B

(3) St Augustin, I, de S. Virg, II.12 » Habent aliquid jam non carnis in carne. »

(4) St Pierre Chrysologue, serm, 173, de Annunt, Esse angelum felicitatis est ; virginem esse, virtulis. »

(5) Cant.11, 16. « Pascitur inter lilia. »

(6) Apoc.XIV. 3-5, « Nemo poterat dicere canticum nisi illa centum quadraginta quatour millia… qui empli sunt de terra. Hi sunt qui cum mulieribus non sunt coinquinati : virgines enim sunt. Hi sequntur Agnum quocumque icrit… Sine maculâ sunt ante thronum Dei. »

(7) Inséré dans les œuvres de saint Bonaventure. Tous les Saints on eu une ardente dévotion envers Jésus et Maire et ils ont exalté ce double amour comme le plus assuré des gages de prédestinations. N’est-il pas touchant de voir Marier elle-même, guidé par l’Esprit-Saint, pénétrée de sentiments si pieux pour «La Vierge qui devait enfant, »
Ignorant qu’elle était précisément cette élue de Dieu ?

(8) Act., XX, 35. » Beatius est dare, quam accipere. »

Admirable virginité de Marie pendant et après l'Incarnation

(1)-Cette division de la vie de la sainte Vierge en deux grandes périodes l’une antérieure, l’autre postérieure à sa Maternité divine est de date fort ancienne. On la trouve déjà au V111 siècle, dans une épître du pseudo-Jérôme à Paula et à Eustochie : « Migne, P.L. t.30, col, 129. La piété chrétienne se plait à la trouver symbolisée dans un gracieux prodige de l’Ancien Testament, (Juges V11) Pour délivrer son peuple de l’oppression des Madianites, Dieu avait fait choix de Gédéon ; mais avant d’accepter ce rôle le héros tenait à s’assurer que telle était bien la volonté du Ciel ; et par deux fois il demande au Seigneur une preuve miraculeuse de sa mission : Il mettrait sur le sol une toison de laine ; et tendis que la terre l’entour resterai sèche. La toison se remplirait de rosée. Puis dans une deuxième épreuve, la toison seul resterait sèche et la rosée tomberait tout à l’entour…Ce double prodige figurait la double merveille opérée en Marie pour salut du monde : Tandis que les eaux du péché originel infectent toute la terre, seul la sainte Vierge reste préservée de leur souillure, comme la toison demeure sèche sur un sol détrompé… Et au sein d’un univers frappé de stérilité, seule le reçoit en elle Jésus, la Rosée du ciel. (Voir les Médit, sur la sainte Vierge par le P. Vermeersch, 11, p. 86).

(2)-Hébr., X11, 29. » Etenim Deus noster ignis consumens est. »

(3)-V.P. Eymard, sainte Communion, p.33. « Ipse est qui Virgini obumbravit ut et virgineo corpori temperaret Deitatis accessum. » (St Bernard.)


(4)- V. Terrien, 11, p, 176-178, etc. les magnifiques acclamations des Pères saluant la Virginité de Maire.

(5)-Ezéch., XL1V.

(6)- Le murex est un animal de la tribu des buccinoides. Il secrète un liquide coloré, dont les anciens tiraient la pourpre
.
(7)- « Marie eut donc à ce moment la vision de l’essence divine elle-même, si cette vison peut être accordée en cette vie à une pure créature, question discutée en théologie à tout le mois, une vision de Dieu aussi élevée que possible dans la vie présente. Voir Suarez : De Myst. Christi, t, 11., disp.1X, sect.2.foin. » ( de la Broise, p.81-V, aussi Petitalot,1, 260

(8)-Sur ce sujet, voir Terrien, II, 112,-141 ;-d’Argentan,1.138 ;- Petitalot,11,332,-« Angelificata caro ; « Tertullien, de Ressur, carnis- «Le feu de l’amour divin qui brûlait en Marie se reflétait sur tout son être extérieur, en sorte que possédant la pureté des anges, elle avait un visage angélique.» St ambroise, De Istiti, Vietgg,c,7, 50, P L »XVL,319-« Elle était tellement vierge, ajoute St Thomas de Villeneuve, ( In fest, Annunt, conc, 1) qu’elle virginisait ceux qui la contemplaient, » Terrien. 11,181

(9)- Petitalot, 1,155

(10)-« Maria signum sacrae virginitatis extulit, et intemeratae intégritalis pium Christo, vexillum erextit. » St Ambroise, Des Inst, Viergin, c.5, n.35

Prières
(5) Certains livres de piété et diverses mélodies ajoutent ici « nostris, » ce mot ne se trouve ni dans le texte grec, ni dans les vieux antiphonaires, ni dans la version courante.(VF.Diect.de liturgie, par Don Cabrole. I. 2296

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